AVIGNON
au feu. Plusieurs aimées après, en 1540, un libraire étranger, établi à Avignon, ayant mis en vente des Bibles latines et françaises, les prélats qui s'étaient réunis en concile dans cette ville pour poursuivre l'exécution du sanglant arrêt rendu par le parlement de Provence contre les vaudois de Mérindol, lui firent faire son procès et demandèrent au juge de le condamner au feu. Ce dernier, qui voulait lui sauver la vie, le conjura de faire amende honorable et de reconnaître, dans les prélats qui l'accusaient, de \Tais pasteurs de l'Eglise de Jésus-Christ, mais le libraire ayant répondu qu'ils étaient plutôt, à ses yeux, des sacrificateurs de Bacchus et de Vénus, le juge ne put l'absoudre. Il fut cx)iidamné à mort et brûlé le jour même avec deux Bibles suspendues à son cou. Ce supplice ayant excité de grands murmures parmi le peuple, les prélats lirent crier le lendemain à son de trompe, dans les rues de la ville, que tous ceux qui seraient détenteurs de livres français ayant trait à la Sainte-Ecriture, auraient à les rapporter à des commissaires spéciaux. Dix-sept ans après (1557), deux étudiants, convaincus d'hérésie, furent condamnés à faire amende honorable au-devant des portes de toutes les paroisses d'A\ignon et à être enfermés, leur vie durant, en jeènant, au pain et à l'eau, trois jours la semaine. Ces rigueurs n'empêchèrent pas les principes de la Réforme de se propager rapidement à Avignon et dans tout le comtat Venaissin, et il fallait qu'en 1560 leurs partisans fussent déjà assez puissants pour que le libraire Trophime des Hivers osât y faire paraître la Juste complaùue des fidrles de France contre leu7*s adversaires papistes et autres (40 pag. in-8"), où l'cm disait, après avoir décrit les mœurs scandaleuses des prêtres : « Sitôt que, devant eux ou les leurs, vous ouvrez la bouche pour dire un seul mot de Dieu à bon escient et en révérence, vous êtes soupçonnés, voire accusés d'être luthériens et hérétiques... Nous sommes voirement venus nous assembler auprès d'eux et entre eux pour renverser, non pas l'Eglise catholique et chrétienne (comme ils s'eflorccnt de le faire accroire au poure simple peuple), mais bien la leur, c'est-à-dire la romaine, non pas celle toutefois à laquelle écrivait Paul et à laquelle nous nous conformons le plus que nous pouvons, mais bien la papale, c'est-à-dire la partiale et épicurienne, soit qu'on regarde la doctrine, soit qu'on regarde à leurs mœurs et façons de faire tant en public ([u'en privé. » Quand le célèbre capitaine Montbrun, du Daupliiné, eut porté la guerre dans le comtat Venaissin (1560), les habitants d'Avignon prirent des mesures importantes pour la sûreté de leur ville. Ils établirent un conseil de guerre, renforcèrent leurs troupes de deux compagnies, mirent en place quarante-deux pièces d'artillerie de divers cahbres, creusèrent leurs fossés plus profondénieut et ci lassèrent toutes les personnes suspectes d'hérésie, si bien que le baron des Adrets, qui ne reculait pourtant devant aucun obstacle, n'osa pas attaquer la ville (1562). Quand la première guerre de religion fui terminée, le maréchal de Vieilleville, commissaire exécuteur de l'édit de paix pour les provinces du sud-est de la France, vint à Avignon pour mettre un terme aux troubles du comtat. Il y parvint. Les huguenots furent confiés à la garde du vice-légat et de Fabricio Ser-