ACADÉMIES
leçons et dans les thèses des professeurs, dans les unes comme dans les autres sans exception ; c'était un eflfet inévitable de la position des réformés en France ; mais cette préoccupation s'associa, se subordonna peut-être même à une autre, et les académies qui avaient jusqu'alors vécu en bonne intelligence, commencèrent, sinon à se diviser, du moins à se distinguer les unes des autres par des tendances dogmatiques quelque peu différentes. A Saumur, Caméron d'abord et après lui ses disciples, Moïse Amyraut, Louis Gappel et Josué de la Place essayèrent, pour la première fois en France, d'adoucir les aspérités de la théologie de Calvin, et ce fut dans cette voie que marchèrent en général ceux qui leur succédèrent dans les chaires de cette académie, entre autres Etienne Ciaussen (i65.")-1675) qui remplaça Josué de la Place. Cet essai souleva une vive opposition à Sedan, Pierre Dumoulin (1626-1658) en particulier n'eut pas assez d'anathèmes non-seulement pour les innovations salmuriennes, mais encore pour les hommes qui les avaient proposées. Samuel Desmarets (1625-1632) ne fut pas un moins ardent défenseur du calvinisme ; il est vrai que ce fut surtout en Hollande et contre les arminiens qu'il se laissa entraîner à une polémique ardente ; mais cet esprit avait dû certainement se montrer dans son enseignement à Sedan. On sait enfin avec quelle vivacité Pierre Jurieu, soit à Sedan (1674-4681), soit plus tard en Hollande, s'éleva contre tout ce qui lui paraissait porter la moindre atteinte à des doctrines devenues en quelque sorte traditionnelles dans la Réforme. A Montauban, on ne se rangea pas du côté des nouveautés des professeurs de Saumur ; mais on n'eut pas pour elle cette indignation et ces colères qui éclatèrent à Sedan. Ant. Garissoles écrivit un gros volume contre la doctrine de Josué de la Place sur l'imputation du péché d'Adam, mais sans se permettre la moindre récrimination contre ce théologien, sans même le nommer, et comme s'il se fftt agi d'une doctrine anonyme, il y a plus, en passant sous silence ou en adoucissant ce qu'il y a d'âpre ou de dur dans le système de Calvin. Cette modération théologique, et si l'on peut ainsi dire, ce calvinisme adouci se retrouvent, peut-être encore plus prononcés, dans les écrits de Verdier (16i5-1666), de Théophile Arbussy (1674-1682), d'Antoine Pérès (1660-1685). Cette tendance théologique moyenne était bien certainement celle de la grande majorité des Eglises réformées de France au dix-septième siècle. C'est du moins ce qu'on est autorisé de conclure de la modération que montra en 1637 le synode national d'Alençon dans l'affaire de Testard et d'Amyraut (Aymon, Synodes nation,, II, 571-576), et du regret que manifesta en 1641 le synode national de Charenton de voir continuer des discussions qu'il faudrait « ensevelir dans un perpétuel oubli » (Aymon, Ibid., Il, 663). L'académie de Nhnes suivit la même voie que celle de Montauban ; elle refusa d'entrer dans la lutt^, et un synode du bas Languedoc, tenu en 1654 à Montpellier, jugea dangereux d'agiter les questions irritantes qui se débattaient entre Saumur et Sedan, et fit tous ses efforts pour étouffer les divisions qu'elles avaient provoquées [Bulletin, X, 43-49). C'est dans cette théologie de modération que l'enseignement de Tacadémie de Die paraît s'être toujours maintenu. Etienne Blanc (1616-1650) avait pris part au rapport