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jurista). Animé d'une piété fervente, il se livrait à toutes les pratiques de la dévotion ; mais bientôt saisi par le doute, il crut devoir retourncf à la religion de ses pères. Il quitta le Portugal avec sa famille qu'il av«V convertie, changea son nom de baptême Gabriel en celui d'Uriol II vint demeurer à Amsterdam, où il fit profession publique de judadM. Acosta ne tarda pas à découvrir que le judaïsme moderne s'écartait éli bien des points de la loi mosaïque, exprima hautement ses doctrines antirabbiniques et s'attira ainsi Tanathème de la synagogue. Il écrivit alors un livre contre l'immortalité de l'âme, où il comparait les traditions pharisiennes avec la loi écrite (Examen tradùionum pharis. Amst., 1623). Cet ouvrage fut réfuté par le médecin Sam. de Silva et valut à son auteur d'être condamné à la prison par les tribunaux d'Amsterdam. En butte pendant près de quinze ans à des persécution^ de toute nature, devenu indifférent au judaïsme aussi bien qu'au christianisme, il se résigna, pour obtenir quelque tranquillité, à faire amender honorable et à subir le châtiment que la synagogue voudrait lui imposer. Il désavoua publiquement se« erreurs, et, dépouillé jusqu'à la ceinture, attaché à une colonne, il fut battu de verges; puis on le coucha sur le seuil de la synagogue et les membres de la communauté lui mai^ chèrent sur le corps. Acosta ne put supporter une telle humiliation, et, à la suite d'une tentative de meurtre contre son cousin qui Pavait décidé à se soumettre, il se tua d'un coup de pistolet (1611). On trouva dans ses papiers une sorte d'autobiographie intitulée : Exemplar vitx humanœ, qui a été publiée par le théologien protestant Limborch à b fin de son Amica coUatio cum erudito judsso de veritate religionis ckrvh U'anx (Gonda, 1687, in-4®).
ACRE (SAINT-JEAN-D') ['Akkô, 'Axxw, "Axy), Ptolémaïs, sur les pylônes de Kamak, Aaka], port situé sur le golfe qui est au nord du Carmel et à l'entrée de la petite vallée du même nom. Cette place a toujours été d'Une importance capitale, parce qu'elle dominait la vallée de Jizréel et était la clef de la route de Damas. Aussi les Uébtenx n'ont-* ils jamais réussi à s'en emparer; elle est citée (Juges 1, 31) pârnii le^ vQles (|ui n'ont pu être prises par eux, puis il n'en est plus fait mentlofi dans l'Ancien Testament, si ce n'est peut-être Michée I, 10. Akkd â toujours appartenu à la Phénicie, comme le prouvent ses monnaies (Gcsenius, Monum,^ p. 296 ss.). Après Alexandre, elle passa aux Ptolémées, à qui elle dut son nouveau nom de Ptolémaïs, puis à Antiocfaos le Grand. Sous les Macchabées, elle devint la base d'opérations des Syriens; Simon tâcha en vain de s'en emparer (1 Mac. V, 22); plus tard, Alexandre Bala, pour se concilier Jonathan, ne sut mieux faire que de la lui offrir (1 Mac. X, 39). Après avoir été quelque temps indépéti^ dante, elle tomba aux mains des Syriens, puis passa, avec toutes leurs possessions, aux Romains. Ptolémaïs n'est mentionnée qu^utie fois dâiiS le Nouveau Testament, à propos du dernier voyage de saint Paul i Jérusalem (Actes XXI, 7), puis elle rentre dans le domaine de rhistoiré profane. Pourtant, dans les actes des conciles, on voit flgùrci' à différentes reprises des évêques de Ptolémaïs, l'un d'efttre eux même pàitili les évéques de Phénicie. Elle est la dernière ville qui dit offëft fttié
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ffeistance sérieuse aux Sarrasins. Sa chute entraîna là perte du testé de . il Palestine (18 ttiài 1291). Pehdànt les croisades, elle avait changé son HMh d'Akka, qui lui avait été rendu par les Arabes en 638, coiitre celid te Baint-Jeah d'Acre, à cause d'une église fort ifflportàtit^ que lès chéirïkliers de Saint- Je;tn y possédaient (voy. Jbsèphe, Anfij., Xll, 8, 2; 3tni, 42, 3 bipaèsîtn; de Belîb Jud,, 11, 10, 2; Wilken, GèsA. der Kreuzi«j^, vol. II et Vil; Heland, Pal, sub. voc. i4cco; Rôsentnullër, 5îi/. AUisrthHmskmdê, II, 2, p. 60-60 et hot. 139; Renan, Mission de Phêm-
êft, 753 8S.). Ph. Berger.
AOÏA âAHOTORUI. Oil cotnprend d'ordinaire sous le nom gériérîqiie d'Actes des saints, les écrits de nature très-diverse qui nous racontent leilr tie, leUr lûbHj la translation de leurs reliques, les miracles accomplis par leurs tertUs, en tin mot toutes les oeuvres hagiographiques. Ce n'est toutefois que depuis la publication du grand recUëil des Bollàndisles cjùe le mot Actn a pris cette extertsioh. Il ëtiiit ànciéhnetiiënt réservé ailx Aclà niartpmm et les autres œuvres portaient les titres de Vitœ, Frànshtionei, Miracula, L'expression Acta a en effet le sens spécial et pour ainsi dire technique d'acte officiel, de prbcès-vérbàl juridique. Elle fae devrait s'appliquer qu'aux documents relatant les poùi^siiites défit les chrétiens ont été l'objet et le supplice qu'ils oht subi. Les Acta ihârtyriifA ont là prétention d'être des récits absolument authentiques et véridiqdes des martyres chrétiens. C'est par un abus de langage et par uilé inexactitude gramitiaticale qu'on a confondu Acta arefe Adm et qu'on a donné à l'expression Actes des martyrs le même sens qu'à Actes des apôtres [A dus iiposlotôrum, Faits et gestes des apAtreè).
I. Acta fnartyrUm. La mort des martyrs â donné niûssàiice à deux sortes d'écrits ; \éh Aëtés proprement dits qui sont dès récils plus ôil moins développés des përsécutiohs et des supplices que les rhartyrs oht éii à endurer, appelés d'brdiiiaire dans les textes anciens Passtones sandorum^ Gesta ntor^fj/HM, réunis ft^équernitlent dans des recueils sidvant l'ordre des Uttirs de 1 ahtlée (ces recueils étaient appelés Passionarii^ Passionaria^ Fa^ohitàires) ; et les martyrologes {Afaî'tyrotogia) ou catalogues des martyt^ classes aussi d'après les jours de l'année (de là leur nom de itaUiidiiria) dans lesquels la sèche inehtioh de la mort d'un martyr s'est {)ài4bis peu à pétt aCbt*ue pâi* des remaniements successifs jusqu'à former ttU Hm plus ou moins développé et orné. Ce mot de martyrologe a dti reste rapidement perdu sbn isens pnmitif ; on a compris dans les lilàrt^^ibgës tbtis les saints, qu'ils fussent morts martyrs ou non ; et ëilflli tnàrt^olôge est devenii synonyme de nécroïoge od d'dbitùait^. ({liflfit aux Diply^iies [Diptycha, iabellx episcopales, episcoporum^ morièûÉHiHi), éé n'étaient pomt à proprement parler des listes de martyrs, iAaiS dès listes di*èësées pour chaque Eglise des évêques ou d'autres |iëtâ6fitiâges renommés pour leur sainteté et dont le nonl était lu aux dffiëês. Cette inseriptioh siir les diptyques fut le point de départ des eàtlSliisatioiià bfBcielles. Chez les Grecs on appela Menologia les tftà^lîfrdlo^ëS, et Menàà les offices des saints contenant un récit dé léfif vie et de léiir mort. -^ Il n'est pas []hx)bable qu aucune
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des compositions à la fois littéraires et édifiantes qui nous sont parvenues sous le nom d'Actes des martyrs remonte à l'époque des persécutions et soit antérieure au quatrième siècle de notre ère ; soit que les écrits de ce genre aient tous été détruits par les persécutions et en . particulier par celle de Dioclétien (Arnobe, Adversus nationes, IV, 36); soit plutôt que pendant cette période militante on n'ait point eu le temps de s'adonner à ces exercices de style, et qu'on se soit contenté de raconter les souffrances et la mort des martyrs dans des lettres écrites par les Eglises persécutées aux frères des autres Eglises pour le-s exhorter à suivre ces saints exemples et pour les encourager dans la foi. Eusèbe nous a conservé plusieurs lettres de ce genre. Les persécutions exercées sous Marc- Aurèle contre l'Eglise de Smyrne en 467 et contre celle de Lyon en 477 nous sont racontées dans deux lettres adressées par ces Eglises aux Eglises d'Asie et quisontles deux plus anciens documents de la littérature hagiographique {Histoire ecclésiastique, FV, 45, et V, 4). Eusèbe cite également une lettre de l'évêque Denys d'Alexandrie sur les martyrs d'Egypte (ibid. yWl, 34, 32). De nombreux écrits sur les martyrs se trouvaient aussi dans des écrits d'un caractère plus général, tels par exemple que les Commentaires d'Bégésippe (Eusèbe, Hist, eccl., Ill, 32) ou les Lettres de Cyprien. Il semble de plus que dès le troisième siècle chaque Eglise avait soin de tenir registre de ses martyrs, car Gyprien recommande de bien noter le jour de leur mort pour pouvoir ensuite les célébrer {Epistola 42; Eusèbe, Hist, eccL y \ ill j 44). Ges mentions étaient peut-être accompagnées de quelques mots sur leur \ie ou leur mort; mais il semble qu'il s'agisse ici plutôt de simples martyrologes. Eusèbe dans son Histoire ecclésiastique ne fait pas mention d'Actes proprement dits, et les Actes concernant les plus anciens martyrs, ceux de saint Ignace, de sainte Symphorose, de sainte Féhcité, de saint Justin, de saint Symphorien, des saints Alexandre et Epipodius, ne sont évidemment pas contemporains des faits qu'ils racontent. Aucun d'eux n'est antérieur au quatrième siècle. Il ne faudrait cependant pas en conclure que les faits qu'ils contiennent sont absolument faux, car les petites sociétés persécutées conservent leurs traditions avec une singuUère ténacité, et l'on a pu par les inscriptions vérifier l'exactitude d'événements rapportés par des Actes évidemment apocryphes (Voy. pour les Actes de sainte Félicité les observations de M. Leblant dans les Gomptes rendus de l'Académie des inscriptions, 4875, p. 438). G'est pendant les quatrième, cinquième et sixième siècle que furent composés la plupart des Acta martyrum, — Eusèbe de Gésarée (267-338) est pour la littérature hagiographique comme pour tous les autres genres de compositions littéraires le maître des siècles postérieurs. Son Histoire ecclésiastique est à vrai dire une histoire des martyrs ; le huitième hvre en particulier est tout entier consacré à la grande persécution de Dioclétien. Il avait de plus composé un ouvrage spécial sur les anciens martyrs àçr^oiUù^ [ULpxùpm ouvaY^T'i (Hist. eccL, IV, 45), qui a été perdu de bonne heure et n'existait plus à la fin du sixième siècle (Grégoire le Grand, Epist., VIII, 29). Ges récits sur les martyrs ont aussi revêtu la forme poétique, par exemple dans le Peristephanon de Prudence (né vers 348),
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qui se compose de quatorze hymnes en Fhonneur des martyrs où il raconte leur passion (Ed. Dressel, Leipzig, 1860). — Nous ne savons pas à quelle époque Tusage s*introduisit de réunir les Actes des martyrs suivant Tordre du calendrier dans les Passionnaires, mais il est probable qu*il remonte assez haut, car dès le quatrième siècle on Usait dans les églises les Passions des saints (Concile de Carthage, 397, c. M ; Attonù episcopi capitulare, c. 58 ; Canones saxonici yElfrici ad Vulfinum episc, c. 21 ; Epist. Buggx ad Bonifacium moguntinum eptscop. ; Aviius Viennensts ep.y éd. Sirmond, II, 97). Quelques esprits prudents, comme le pape Gélase au concile de Rome de 494, essayèrent bien de mettre le clergé en garde contre les innombrables falsifications qui sous le voile de ranon3rme se glissaient dans ces œuvres hagiographiques, et d*en interdire la lecture publique ; mais toutes les Eglises furent de Tavis de saint Ferréol d*Uzès qui écrivait au chapitre 18 de sa Règle : « Gesta martyrum, i. e. Passiones sanctorum fidelium, quodam compaginata studio et sermone digesta sunt, tempore quo nobis diem migrationis eorum anni meta cursus sui legibus reprsesentat, recenseri in oratorio, audientibus cunctis, omnino decernimus. » Cf. Du Cange, Glossarium, y^Passwnarius. De ces lectures publiques est venue l'expression de legenda appliquée aux récits de la vie et de la mort des saints lus aux offices (en grec ouvaÇdpia); de là legendarius, fr. légendier, « Legendarius, dit G. Durand dans son Rationale divinorum officiorum^ liv. VI, ch. I, n® 29, vocatur liber ille, ubi agitur de vita et obitu confessorum, qui legitur in eorum festis, martyrum autem in Passionariis. » — Les martyrologes^ c'est-à-dire les simples listes de martyrs, classés d'après le calendrier remontent comme nous l'avons déjà vu par les paroles de Cyprien à une assez haute antiquité. A la fin du sixième siècle Grégoire le Grand en parle en termes très-précis : « Nos autem paene omnium martyrum distinctis per dies singulos passionibus collecta in uno codice nomina habemus, atque quotidianis diebus in eorum veneratione Missarum solennia agimus, non tamen in eodem volumine quis qualiter sit passus indicatur, sed tantummodo nomen et dies passionis ponitur. » Epist. VII, 29. Cf. Du Cange, \^ Martyrologium, Dans le Chronographe de 354 dont le manuscrit est à Vienne et qui a été publié par M. Monunsen [Abhandlungen der kgl, Sxchs. GeselUch, der Wissenschaften in Leipzig^ I, 1850, p. 661) se trouve le plus ancien martyrologe connu et daté. Il est spécial à l'Eglise de Rome. Ruinart a publié dans ses Acta martyrum (p. 541) deux martyrologes qu'il fait remonter l'un au quatrième, l'autre au cinquième siècle, et qui sont spéciaux, le premier à l'Eglise de Rome, et le second à celle de Carthage. Mais de très-bonne heure les martyrologes cessèrent d'êlre particuliers à une Eglise et continrent les noms des principaux martyrs sans distinction d'origine. Tel était sans doute celui dont parle saint Grégoire, tels sont ceux qui nous sont parvenus sous le nom de saint Jérôme, mais que rien n'autorise à lui attribuer et qui d'ailleurs présentent dans les divers manuscrits les plus grandes divergences. Le nom de saint Jérôme a été tout naturellement appliqué à ces catalogues parce qu'il était pour l'Eglise latine le plus éminent représentant des traditions ecclésiastiques et de la
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littérature gftcrée (Ed, Fiorentini, Lucquea, 1668 ; d'Xchéry ^Spicilegfimj II, 1-13; Martène, Thésaurus^ III, 1547). A ce martyrologe se rattache le Martyrologium Romanum vetustius $eu parvum (publié par Valois à la suite d'Eusèbe, Paris, 1639, in-f"et par H. de Roswey avec les martyrologe* d'Adon et de Baronius,Anvers,1613,jn-f«)etleA/ar^yro%iuwiGW/on«nie (du monastère de Gellone)écrit vers 804ot l'un des plus estimés (publ. par d'Achéry, Spicilegiutti, XIII, 388, et par Sollerius, A A, 55., juin, t.VI).-»- Pendant ce temps les martyrologes revêtaient au nord de TEurope dea formes plus développées et accueillaient des traditions plus ou moins légendaires. Le point de départ de celte nouvelle série est le martyrologe de Bède dont le texte primitif ne nous a pas été conservé, mai» qui a servi de canevas aux martyrologes plus étendus encore de Florus (sousdiacre à Lyon au neuvième siècle ; édité dans les œu\Tes de Bède, dana les A A, SS,y mars, II, p, XIII ; etc) ; de Wandalbert, moine à Prum vers 851, quia mis envers l'œuvre de Bèdecnramplifiant (d*Achéry, Spict'l,, 1 303. Ms à Paris, Bibl. nat. 2332) ; de Raban Maur abbé de Fulda (v. 845; Ganisius, Lectiones aniïquœ^ 2« éd., II, 2, 314); d'Adon de Vienne (839-874. Cf. supra Marf. Bom. pan\); de Husvvaitl, moine de Saint- Germain-des-Prés (875. Ed. Sollerius AA. 55., juin VI et VII); enfin de Notker le Bègue, le maître de TEcole de Saint-Gall (f 912. Ganisius, 8 éd. II, 3, 89). — Quant au grand Martyrologe romain composé par Baronius par ordre de Grégoire XIIl et publié sous Sixte-Quint (Rome, 1586, in-f») ce n'est qu'une compilation pleine des plus graves erreurs. — Ruinart a donné en 1689 une édition des Actes des martyrs qui fait encore aujourd'hui autorité bien qu'il soit loin d'avoir poussé le scepticisme critique assez loin : Actn primorum martyrum sincera et selectn, ex libris cum editis tum niannscrîptis collecta, erutn ml emendata, notisque et observationibus illustrata. Paris, 1689, in-f"; réédité avec des additions à Amsterdam 1713, et à Vérone 1731. Une traduction française en a été donnée par Drouet de Maupertuis, Paris, 1708, in-8**. Ruinart a mis en tête de son ouvrage une préface générale très-imporlante où il expose ses principes de critique et réfute Dodwell qui dans ses Dissertatiom sur saint Cyprien (1682) avait cherché à diminuer l'importance des persécutions contre les chrétiens. Voyez aussi l'ouvragp de M. Aube, Histoire des persécutions de l'Eglise jusqu'à la fin des Antonins, Paris, 1875, in-8°, qui reprend la thèse de Dodwell. Pour la liste complète des martjTologes, voy. Potthast, Bibliotheca historica medii sévi, I, 436 ss. Pour la critique des martyrologes, voy. Tlntroduction de Sollerius au Martyrologium Usuardi, dans les i4i4. 55. juin VI; Piper, Die Kalendarien und Martyrulogien der AngcUachscn, Berlin, 1862, in-8''; et G. de Smet, /«troductio ad historiam eccles., Louv., 1876.
11. Acta Sanctqrum. La littérature biographique a pris avec le christianisme un immense développement. Les écrivains païens ont sans doute, surtout à l'époque impériale, écrit des biographies, et il suffit de rappeler les noms de Suétone, Plutarque, Diogène Laerce, Philostrate; mais la religion nouvelle, en détachant les chrétiens de tous les intérêts temporels, en leur faisant considérer avec mépris les événements généraux de la vie laïque et publique donna une valeur infinie aux vertus et aux
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actions individuelles des personnages religieux. DUrant les premiers iiiècles, la vie et la mort des prédicateurs et des martyrs étaient seules dignes d*occuper l'attention des chrétiens ; plus tard, les moines, enfermés dans leur couvent, et même les prêtres d'une église épiscopale, pouvaient rarement étendre leurs regards vers le monde extérieur, comprendre la vie politique et s'y intéresser. Ce qui les touchait, c'était le souvenir des hommes saints et illustres dont la vertu leur servait de modèle. Parla sainteté, par son union avec Dieu et l'Eglise, par la perpétuité de son action sans cesse renouvelée dans les miracles qu'opéraient ses reliques, la vie de l'individu, la vie du saint acquérait une valeur générale et durable. Sa vie, sa mort, ses miracles, composaient souvent l'histoire tout entière d'un monastère ou d'une Eglise. — Cette littérature biographique commence à l'origine môme du christianisme. Les trois premiers évangiles et les Actes des apôtres sont des écrits hagiographiques,semblables à bien des égards à ceux du moyen k^c. Mais en dehors des écrits relatifs aux fondateurs même^ du christianisme, les trois premiers siècles ont été trop troublés pour qu'on se soit attaché à écrire d'autres biographies, ou si on l'a fait pour quelques-uns, ces écrits se sont perdus. C'est au sixième siècle que la littérature hagiographique se développe tout à coup, à la fois en Orient et en Occident. Nous retrouvons à son origine les noms des deux hommes qui sont les pères de toute la littérature ecclésiastique du moyen Age, Eusèbe et saint Jérôme. Nous avons perdu la Vie de saint Pamphile par Eusèbe {But, eccLj VI, 23; VII, 29); mais nous avons conservé les trois Vies de saint Paul Ermite, de saint Hilarion, et du solitaire Malchus, par saint Jérôme, qui avait aussi traduit du grec la Vie de saint Antoine, par saint Athanase. Le nombre de Vies de saints alla rapidement en augmentant, et bientôt on compose des recueils contenant la rie d'une série de saints. Tels sont le Paradisus d'Heraclides et YBistoire lausiaque^ Aaucaïxév, par Pallade de Galatie, écrits au commencement du quatrième siècle. 'L'Histoire lausiaque contient l'histoire des ermites et moines d'Orient. Traduite par Rufin d'Aquilée (milieu du quatrième siècle), sous le titre de Vitx Patrum ou Historia eremitica, elle eut une grande réputation au moyen âge, et jusqu'au dix-septième siècle (Ed. Héribert de Roswey, Anvers, 1615, in-f"). Un peu plus tard, Jean Moschus (f v. 620), écrit une Vie des moines jusqu'à l'époque d*HéracUus, sous le titre de Asujlwv ou vsbç xapaoïco; {Bibl. Patnim, Paris, 1644, t. XIV). En Occident, pendant ce temps, les Vies de saints se multipliaient. En Gaule la première Vie de saint gallo-romain, celle de saint Martin de Tours (t 397), est écrite par son disciple Sulpice-Sévère, {AA, 55., juin, I, p. 162). Eugippius raconte la vie de son maître saint Séverin, l'apôtre du Haut-Danube (t 482. Friedrich, Kirchengeschichte Deutschlands, I) ; Ennodius, évéque de Pavie, nous conserve l'histoire de saint Epiphane son prédécesseur (f 496. AA, SS. janv. Il, 364). Ces trois écrits ont un intérêt capital pour l'histoire du christianisme en Gaule, en Burgundie et en Allemagne ; à côté d'eux paraissent une foule d'œuvres analogues , mais qui n'ont pour la plupart qu'un intérêt d'édification. Telles sont les Vies de saints du poëte
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Forlunat, mort évêque de Poitiers (v. 600. Op/>., éd. Luchi. Rome 1786, 2 V. in-4o). A côté et à la suite des Vies des saints nous voyons apparaître de nouveaux écrits hagiographiques, qui racontent les translations des reliques des saints {Translationes) et les miracles accomplis sur leurs tombeaux {Miracula), Les cinquième et sixième siècles constituent pour rhagiographie en Occident une première période pendant laquelle la plupart des saints sont d'origine romaine, et prêchent TEvangile dans les pays romanisés, et où leurs biographes appartiennent presque tous au clergé séculier. Cette première période pourrait être appelée romaine et épiscopale. Son représentant le plus éminent est Grégoire de Tours (538-594). Dans la littérature hagiographique comme dans la littérature historique, il est le modèle des écrivains du moyen âge primitif; il domine tous ceux qui viennent après lui par le nonibre comme par la valeur de ses œuvres. 11 n'est aucun genre d'écrit hagiographique dont il n'ait laissé l'exemple. Ses Vùx Patrum sont un recueil de vingt vies de saints ; son De gloria Martyrum est une collection de Miracula et dePassiones se rapportant aux temps primitifs de l'Eglise et à la mission en Gaule; son De gloria Confessorum et ses quatre livres De Miraculis Martini sont des recueils de miracles ; enfin son DeVirtutibus S. Juliani est unePassio, suivie d'une Translatio et de Miracula (Gregorii Tur. opéra minora, éd. H. Bordier, 4vol. in-8o, av. trad. 1857-1864, p. la Soc. d'Hist. de France). C'est le groupe d'œuvres le plus remarquable qu'ait produit la littérature hagiographique. Après cette période romaine et épiscopale, l'hagiographie prend un caractère purement monastique. L'ordre de Saint-Benoit répand sur l'Occident ses rolonies de moines et les envoie au delà du monde romain évangéliser les barbares. Cette seconde période qui commence avec la Vie de saint Benoît, par Grégoire le Grand (590-604), se prolonge en réalité à travers tout le moyen âge, c>ar c'est désormais dans les monastères que se réfugie ce qui reste de l'art d'écrire. On peut toutefois discerner encore des époques et des courants divers. Pendant le septième siècle et le commencement du huitième^ la mission est presque entièrement entre les mains des moines venus des Eglises celtiques d'Irlande et du pays de Galles et de leurs disciples. Ce sont eux qui à la suite de saint Colomban, de saint Gall, de saint Wandrille, créent partout, en Gaule, dans le Jura, dans les Alpes, des monastères qui à leur tour envoient au loin des colonies nouvelles, et donnent au monde les plus beaux exemples de la spirituahté pure et de la vie contemplative. C'est grâce à ces missiormaires qu'on désigne du nom d'Irlandais que le septième siècle peut être appelé l'âge d'or des monastères. L'hagiographe qui représente le mieux cette époque est Jonas, le disciple de saint Colomban, l'auteur des Vies de saint Colomban, de saint Eustase, de saint Atlale, de saint Bertulf, de sainte Burgondofare (Mabillon, AA, SS. ord. S. Ben,, 11). L'influence des missions irlandaises ne se prolongea guère au delà des temps mérovingiens. Le caractère spéculatif et mystique des Celtes les poussa aux lointains pèlerinages et aux studieux travaux des scribes dans les monastères. Ils furent remplacés dans l'apostolat par les Anglo-Saxons, d'un caractère plus énergique,
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plus pratique, mieux discipliné, et qui étaient^ comme leur premier chef Augustin (f 608), étroitement attachés à TEglise de Rome, tandis que les Irlandais avaient toujours conservé un fonds de fière et naïve indépendance. C'est par les Anglo-Saxons que Finfluence de Bède se répandit sur le continent, c'est par eux que la Germanie païenne fut amenée au christianisme. Leur parole fut le plus utile auxiliaire de répée de Gharlemagne. Le vrai représentant de cette époque anglosaxonne fut saint Boniface (Winfrid f 755), le grand primat de Germanie, le créateur des évéchés d'outre-Rhin, dont nous avons deux Vies contemporaines, celle de Willibald (Pertz, Monumenta Germaniœ, 55., Il, 331) et celle d'un anonyme de Maestricht (AA. SS., juin I, 477). A côté de lui nous trouvons Wilfrid, Willibrod, Lullus, Willibald et Wunnibald, etc., etc. — A partir du neuvième siècle et du réveil littéraire sous Gharlemagne, l'hagiographie prend un caractère nouveau. Jusqu'à cette époque on s'était contenté d'écrire la vie de personnages contemporains ou morts depuis un temps relativement restreint, et ces récits, sans être toujours d'une exactitude bien scrupuleuse, avaient du moins un air de naïveté et de bonne foi. A parth* du neuvième siècle on continue sans doute à écrire les Vies des saints contemporains, et ces Vies nouvelles ressemblent à celles des siècles précédents ; mais en même temps on entreprend un travail tout nouveau de remaniement des anciennes biographies ; on compose tant bien que mal les Vies des saints qui n'avaient point eu de biographes contemporains, enfin on en arrive à créer des saints dont la biographie est fabriquée de toutes pièces sur des légendes populaires et aux frais de l'imagination de rhagiographe. Le plus souvent le but du remanieur est simplement de donner une forme plus élégante à un écrit d'une époque barbare. C'est ainsi qu'Alcuin refait la Vie de saint Waast. Presque toutes les Vies anciennes ont subi des remaniements semblables, si bien qu'il nous en est parvenu un très-petit nombre sous leur forme primitive. On les détruisait ou on les laissait périr, leur préférant un récit plus élégant, et de plus embelli le plus souvent d'une foule de détails el «de miracles d'invention toute récente. Il est souvent difficile de reconnaître les Vies du septième et du huitième siècle sous les travestissements qu'elles ont revêtus du neuvième au treizième siècle. D'autres fois les hagiographes étaient poussés par des mobiles moins désintéressés que l'amour du beau style. Il s'agissait souvent d'achaiander de visiteurs et de pèlerins un sanctuaire trop peu fréquenté, ou d'assurer à une Eglise des droits de primauté sur les diocèses environnants, ou de fournir à un monastère des titres de propriétés perdus ou même imaginaires, au moyen d'un écrit d'aspect vénérable et d'un caractère sacré. C'est ainsi qu'on fabrique une Vie de saint Dagobert III, soi-disant martyr à Stenay ; que Sigebert de Gembloux (+ 4412) écrit une Vie de saint Sigebert 111, qui ne repose sur rien d'authentique. Hincmar, pour appuyer ses prétentions ambitieuses, compose une Vie de saint Rémi, qui est un chef-d œuvre d'habile supercherie ; les moines de Saint-Denis chassés en 885 de leur abbaye par les Normands, et ayant perdu leurs titres de propriété, les remplacent