‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 2)Chapitre 28 sur 226 · ACTA SANCTORUM · texte numérisé non relu

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en écrivant une Vita Dagoberii régis qui est supposée écrite par un contemporain du roi. Un des principaux motifs qui poussèrent à la composition des Vies des saints apocryphes, fut le désir qui s'empara de toutes les Eglises à partir du neuvième siècle, de faire remonter leur fondation jusqu'à l'époque apostolique. Cette manie sévit avec violence en France et en Allemagne. De là les Vies de saint Denys l'Aréopagite de Paris, celle de saint Trophime d'Arles, celle de saint Julien du Mans, celles de saint Eucharius, Valerius et Maternus, les fondateurs des Eglises de Trêves, de Cologne et de Tongres, etc., etc. Les théories discréditées et pourtant toujours renaissantes, qui attribuent la fondation des Eglises de Gaule aux apôtres et aux soixante et dix disciples, reposent toutes sur des légendes apocryphes de cette nature. Le onzième siècle fut l'époque la plus féconde en pieuses falsifications, et Guibert de Nogent (t 1124), dans son curieux ouvrage de Pigtioribus sanctorurrij a signalé, avec une singulière vigueur, les supercheries auxquelles donnaient lieu les reliques et les écrits hagiographiques. En même t^mps le nombre des Vies des saints contemporains allait toujours en diminuant, comme le nombre des saints du reste, et l'on s'occupait surtout de composer de beaux recueils des Vies les plus importantes, écrites en noble style, copiées sur grand parchemin, et d'une calligraphie irréprochable. Tous les monastères, toutes les Eglises possédaient de ces recueils et ils sont conservés aujourd'hui on grand nombre dans nos bibliothèques. Les grands saints, comme saint Dominique, saint Bernard, Otton de Bamberg, trouvent, il est vrai, des biographes remarquables, mais qui n*ont plus la naïveté des temps primitifs. Saint François seul, qui par sa vie rappelle Tépoque apostolique, inspire un livre exquis ks Fiorettt\ où l'on retrouve le parfum des récits de Rufin d'Aquilée et de Grégoire de Tours. — Au moment où l'hagiographie va s'éteignant au milieu de la platitude prosaïque du quatorzième et du quinzième siècle, on réunit toutes les légendes en les abrégeant dans des compilations destinées à être répandues à un grand nombre d'exemplaires pour les besoins du culte ou de l'édification personnelle. Dès le dixième siècle, Wolfhard de Herrieden avait réuni une série de légendes pour chaque jour de l'année {Anonymm Haserensis. Monum, Germ, 55., Vil); mais il n'avait fait qu'un choix très-restreint. Jacques de Voragine, archevêque de Gènes (f i298), atteignit pour ainsi dire du premier coup la perfection du genre. Sa Legenda aurea ou Libe?* passionaliSy ou Historia Longobardica (éd.Graesse,Leipzig,18oO)eut immédiatement une immense réputation. Elle fut imprimée dès que l'imprimerie eut été inventée. Il y en eut quatre éditions avant 1570 ; et elle a été traduite dans toutes les langues de l'Europe. Le Catalogus de Pierre de Natalibus (dei Nadali, t av. 1400) est loin d'avoir eu la même popularité (Vicence, 1493, in-f»). — D'après.tout ce que nous venons de dire, on comprendra sans peine combien il est difficile de critiquer avec certitude les écrits hagiographiques et de les utiliser pour la connaissance de l'histoire du moyen âge. Sans parler des falsifications complètes, la plupart des Vies de sainte ne nous sont parvenus que défigurées par des remaniements sous les-

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quali il e«t {»*esque mpossible de discerner Tœuvre primitive ; enfin méine lorsque celle<-ci nous a été conservée, elle a souvent été écrite avec une partialité qui lui ôte toute autorité, ou bien elle a été conoposée par un auteur qui, n'ayant en vue que Tédification, a passé sous silence, ou raconté inexactement les événements historiques contemporains, même ceux auxquels le saint a été mtMé. C'est ainsi que Fortunat a laissé une Vie de saint Rémi, où il n'est pas question du baptême da Clovis, Pourtant Thagiographie a pour Thistoire du moyen âge une importance capitale et il est impossible de la négliger. Tout d'abord il est un certain nombre d'écrits hagiographiques qui contiennent des récits historiques étendus et dignes de foi. C'est ainsi que les Miracula S, Benedicti du moine André, sont notre principale source pour l'hisr toire de Robert et de Henri I««'. De plus, même lorsqu'elles ne contiennent pas des récits étendus, les Vies de saints, par des allusions à des faits contemporains, permettent souvent de compléter ou de contrôler les chroniqueurs. Elles sont en outre une mine infinie de renseignements sur les mœurs, sur les institutions, sur la vie sociale, sur les idées et les sentiments, sur Tarchitecture, sur le costume. Alors même qu'elles sont de pures fabrications d'une époque postérieure, si elles sont sans intérêt pour le temps où a vécu le saint dont elles parlent, elles peuvent être très-intéressantes pour celui où elles ont été écrites. Enfin elles sont notre source la plus précieuse pour la connaissance de la vie et des idées religieuses au moyen âge. Toute l'histoire de l'évangélisation, des missions, des pèlerinages, des monastères, des Eglises est là ; et la vie religieuse si importante à toutes les époques est le fond même de l'histoire du moyen Age. L'histoire ecclésiastique est intimement liée à l'histoire profane, elle la domine ; et Ton ne peut rien comprendre à ces temps si obscurs sans attacher une gi^ande valeur aux récils hagiographiques. — Dès les premiers temps de l'imprimerie et du réveil des études au quinzième et au seizième siècle, on se mit à recueillir et h pubUer les Vies des saints. Mombrilius publia à Milan à la fin du quinzième siècle, un Sanctuarium (sans date, 1474? 2 vol. in-f*), ou les Vies des saints sont classées par ordre alphabétique. En 1551 Aloysius I^ipomanus, évêque de Vérone, commença la publication de son Bistoria de vitis sanctomm (Rome, 1555-1560. 8 vol. in-4°). Lipoman' n'avait donné que des remaniements latins de textes grecs ; le chartreux Surius de Cologne reprit l'œuvre de Lipoman, la compléta par toutes les Vies latines qu'il put recueillir et les classa suivant Tordre du calendrier. La première édition, seule donnée du vivant de Surius, 1570-1575, ne forme que six volumes in-f«>. La plus estimée est celle de 1618 donnée également à Cologne en 12 vol. in-f». Toutes ces collections n'étaient point faites dans un esprit scientifique. Aucun travail de critique n'accompagnait les textes ; ceux-ci étaient recueillis au hasard et les éditeurs ne se faisaient nul scrupule de les retoucher ou de les abréger. C'est aux Jésuites d'Anvers que revient la gloire d'avoii* les premiers conçu le plan d'un recueil complet et critique des écrits hagiographiques, et d'avoir poursuivi cette œuvre colossale pendant

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plus de deux siècles, à travers des difficultés de tous genres. Hériberl de Roswey (et non Rosweyde) jeta les bases de l'entreprise en 4607 dans les Fasti sanctorum (Anvers, in-8<>), reproduit plus tard dans le 4« vol. des Acia sanctorum paru en 1643 (Anvers, in-f».), quatorze ans après la mort de Roswey. Ce fut Jean Rolland, (d'où le nom de Bollandisies, voy. ce mot) qui continua Tœuvre, dont il publia cinq volumes, et après sa mort (1665), il fut remplacé par Godefroid Henschen (1600-1681) et Daniel Papebroch (1628-1714). Quarante-neuf volumes parurent jusqu'en 1773. Alors commença pour les Bollandistes, à la suite de la suppression de Tordre des Jésuites, une série de tribulations qui ne les empêchèrent cependant pas de publier encore de 1773 à 1794 quatre nouveaux volumes. Complètement arrêtée par la Révolution, la publication reprit en 1845 et elle comprend aujourd'hui soixante volumes in-fo (Paris, Palmé), qui s'étendent jusqu'au 29 octobre. Un volume supplémentaire, publié en 1875, comprend des additions et une table générale des plus utiles composée par M. Rigollot. — La collection des Acta Sanctorum est d'une valeur très-inégale. Elle ne devait contenir que seize volumes, et elle en aura près de cent ; aussi le nombre des documents admis pour les premiers mois de l'année a-t-il été beaucoup moins grand que celui des documents recueillis pour les derniers mois. Néanmoins, si les derniers volumes l'emportent sur les premiers par l'abondance des matériaux, ils sont loin de les valoir pour la sûreté et l'indépendance de la critique. On ne saurait à cet égard trop louer la liberté d'esprit dont Henschen et Papebroch ont fait preuve. Ils ont réduit à néant une foule de légendes, celles en particulier sur les origines apostoliques des Eglises de Gaule, raillé sans pitié les traditions vaniteuses des ordres religieux^ tels que les Carmélites qui prétendaient remonter au prophète Elie, poussé même parfois le scepticisme trop loin, comme il arriva à Papebroch quand il prétendit, en 4675, dans son Propylxum ad Acta SS,, que tous les documents diplomatiques antérieurs aux Carolingiens étaient faux. Les Acta SS. à cette époque méritèrent d'être mis à l'index par rinquisition espagnole et furent même un instant menacés du même sort à Rome. Cette époque de sévère et libre critique ne dura pas. Dès le dix-huitième siècle, les Bollandistes tombèrent dans une insupportable diffusion ; ils enflèrent démesurément leurs préfaces , accueillirent avec crédulité les traditions les plus fabuleuses. Ces défauts n'ont fait que s'accentuer de nos jours, et si les Bollandistes modernes sont dignes de leurs prédécesseurs par leur infatigable activité, ils n'ont presque rien conservé de leur esprit scientifique. Quant au choix des textes et à la critique des manuscrits, elle a toujours beaucoup laissé à désirer chez les Bollandistes, et ils n'ont guère fait à cet égard de progrès depuis le dix-septième siècle. Le clergé catholique, qui seul serait bien placé pour entreprendre un grand travail de critique et de classement des écrits hagiographiques, en est aujourd'hui radicalement incapable, dans la servitude intellectuelle où il est tenu, et ce sont les Jésuites eux-mêmes, qui, par des mobiles de politique ecclésiastique, imposent l'obligation d'accepter de^ légendes

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dont leurs prédécesseurs ont démontré la fausseté. — Pendant que les Bollandistes poursuivaient en Belgique leur œuvre gigantesque, en France les Bénédictins de la congrégation de Saint-Maur entreprenaient des travaux de tout genre sur la littérature ecclésiastique du moyen âge, et apportaient à cette étude une intelligence plus profonde des traditions religieuses, en même temps qu'une conscience scientifique plus scrupuleuse. Dom Luc d'Achéry, D. Mabillon, D. Germain et D. Ruinart, commencèrent en 1668 la publication d'un recueil des Acta sanctorum ordmis S. Benedicti, Mabillon en fut le principal auteur et on considère le recueil comme son œuvTC. Cette collection s'étend jusqu'au douzième siècle, et quoi qu'en dise le titre, elle contient des Vies d'une foule de saints qui n'Ont point appartenu à l'ordre des Bénédictins. Mais Mabillon et ses collaborateurs se sont surtout attachés à ne publier que des Vies offrant un véritable intérêt, à choisir les textes les plus anciens et les plus corrects; ils les ont de plus accompagnées de courtes et excellentes préfaces. L'œuvre de Mabillon, par sa sobriété, sa précision, sa méthode, est bien plus conforme que celle des Bollandistes à ce que nous exigeons aujourd'hui d'une édition de textes. Le classement adopté est plus scientifique. Tandis que les Bollandistes ont conservé le vieil ordre des légendiers d'après le calendrier, les Bénédictins ont adopté Tordre chronologique et leur recueil est divisé en six siècles, de 500 à 1100. A côté de ces grandes collections et des nombreuses éditions des Vies des saints, publiées dans les bibliothèques des Pères ou dans les grands recueils historiques, tels que D. Bouquet, Pertz, etc., nous possédons encore un nombre considérable de collections spéciales à un ordre religieux ou à un pays particulier. Les Vies des moines de Quny, des Cisterciens, des Dominicains, etc., sont réunies dans des recueUs dont les titres seront donnés aux articles consacrés à chacun de ces ordres monastiques. Quant aux recueils spéciaux aux divers pays, en voici les principaux : Ghesquière, Acta SS. Belgii selecta, Bruxelles, 1783-94, 6 vol. in-f*. Fr. Van Heussen, Batavia sacra, Bruxelles, 1714, 2 vol. in-f*. Chr. Brower, Sidéra illustrium et sanctorum virorum, qui Germaniam... omarunt^ Mayence, 1616, in-4®. Rader, Bavaria sancta et pia^ Ingolstadt, 1581, 2 vol. in-f»; 3« éd., Munich, 1705, 4 vol. in-fo. Berthold, de Melk, Sancta et beata Austria, Vienne, 1750, in fo. Acta SS. Ungarïœ, 1733-44, 2 vol. in-P>. Balbinus, Bohemia sancta^ Prague, 1682, in-f». J. Vastovius, Vitis Aquilonita, sive vitœ SS. regni Sueci-Gothici, Upsal, 1708, in-4o. H. Wharton, Anglia sacra^ Londres, 1691, 2 vol. in-f». Th. Messingham, Florilegium insulx sanctorum seu vitse et acta SS, Hibernix^ Paris, 1624, in-f». J. Colgan, Acta SS. Scotix seu HibemiXy Louvain, 1645-1647, 2 vol. in-f». Farlati, lUyricum sacrum. Venise, 1751-1819, 8 vol. in-f». 0. Caietan, Vttx SS. Sîculorum, Palerme, 1657, 2 vol. in-fo. H. Florez, Espana sagrada, Madrid, 1747-1856, 48 vol. in-4o. La commission archéologique russe publie une collection de Vies de saints dont la cinquième livraison a paru. — En fait de travaux sur les Vies des saints nous ne possédons presque rien. L'article Acta Martyrum^ Acta Sanctorum^ par Rettberg, dans rEncyclopédie de Herzog, est encore ce qu'il y a de plus complet sur le

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