ACTA 8ANGT0RUM — ACTE8 DES APOTRES
sujet. M. Polthast donne dans la seconde partie de SBLBibtiotheca hùtorica mpdii ami (Berlin, 1862^ et supplément, 1866, 2 vol. in-8«), une bibliographie complète des écrits hagiographiques, rangés par ordl'é alphabétique des noms des saints. C'est un manuel indispensable et qui à reiidu inutile le HeitigenleJoicon de Srhmauss, Gœttingen, 1719, iti-8<». Vojr. Wattenbach, Deutscklands Gesckichts-Quellen, 3« éd. 1« vol. Irltrôd. et i^ partie. Tougard, De r histoire profane dans les Actes grecs des BollttHdistes, Paris, Didot, 1874, in-S». Gabriel MoNb».
ACTE, ACTION. La théologie scolastique a distihgué eh Dieii, (lâr analogie avec ce qui se passe chez Thomnie : 1" les actes de l'ehlêridétnent et ceux de la volonté; 2* les actes intérieurs [actus ad ihtra)^ t^ls que celui par lequel Dieu se connaît et s'aime lui-même, et les àctëi extérieurs {actus ad extra), tels que celui en vertu duquel il a Hféé Ife monde; 3« les actes nécessaires (Dieu se connaît et s'àhne tlécessâîrement) et les actes libres (Il a librement créé le monde). De hiême, dans l'œuvre de la rédemption, les dogmatiques ont distingué Vactus immùnens, en vertu duquel Dieu en lui-même est réconcilié avec l'homme, et Yùctus forensis, par lequel il déclare à Thomme qu*il le régarde comme justifié par lat foi. — En ce qui concerne Thomme, la sCola^iqUë fait une différence : 4° entre les actes huitiains {actus humanUs). c'êstàrdire accomplis avec réflexion et par conséquent imputables, èl entre lè^ actes d'homme {actu^ hmninis), c'est-ii-dh*e les simples mouVèitléflts instinctifs et spontanés dont Thomme n'est pas responsable ; ^ énttc les actes naturels, accomplis sans le secours de là grâce, et leé actes surnaturels, seuls directement utiles au salut ; 3° entre les actes dé foi, témoignages de confiance en. la parole de Dieu, les actes d'espérance, témoignages de confiance en ses promesses, et les actes de chàritë, tétnoignages d'amoul* pour Dieu, en retout* de l'amoiir dotit il noUô à sdmés.
ACTES DES APÔTRES (npi^ei;, ttpiÇci; tîov âicocruéXcov , Acta oU Actits ûpostolorum) est lé nom générique ser\'ant à désigner, dès là plus haute ahtiquité chrétienne, un grand nombre d'écrits dé natiiré et d'origine fort diverses, se rapportant à l'histoire réelh; ou légendaire dé Fâge apostolique (voy. Apocj'yphes). II est devenu de bonne heure et il est testé le nom propre du livre canonique du Nouveau Testament attribué à saint Luc, compagnon de saint Paul, bien que ce titré soit liri Jiéu ti*oj) général et ne lui convieime pas parfaitement. Ce liiTC se rattache au troisième évangile comme une seconde partie à la prèriiièré partie d'un même ou\Tage (Actes I, i). De niéme que Tévangilè, c'est ùri écrit privé adressé au iriéme Théophile que rien n'autorise à prendre pour un personnage fictif ou symbolique; on peut encore penser que le prologue de l'évangile s'applique également aux Actes des apôtres OÎi l'écrivain achève de raconter ces choses « accomplies ou accréditées» dans la primitive Eglise (îUcxXspoçcpTQfiivwv Iv f||jL{v), dont il vèîit donner à Théophile la pleine certitude (Ev. selon saint Luc I, 1-3). En tout èias, l'identité d'auteur est hors de toute contestation se^ Hétiâe. Elle à été établie et démontrée par MM. Zeller et Lècké^ i>b$ch ail triple pioiht de Vùë des idées dogmatiques, dès procédés
littéraires de composition et du style ; et les doutes que quelques esprits diflicultueux oHt pu émettre sont à rheure présente entièrement dissipés. Après avoir rappelé son premier écrit et les dernières paroles de Jésus, entre lesquelles se détache, comme un programme au frontisjrice du livre, cet ordre suprême laissé aux apôtres : « Vous serez mes témoins et à Jérusalem et en Judée et en Samarie et jusqu'aux 6xtl*émités de la terre » (Actes I, 8) ; après avoir raconté Tascensiofi du Ressuscité à Béttaanic, et donné une nouvelle liste des apôtres complétée ÀVéc Matthias désigné par le sort, Thistorien entre dans le cotirs et la suite dés événements avec le miracle de la Pentecôte et la fondation de TEglise de Jérusalem. Il semble suivre à la lettre le programme tracé par Jésus lui-même à ses disciples, et, préoccupé de faire éclatet* le caractère universel du christianisme, il en suit pas à pas les conquêtes et les progrès; il s'attache surtout à montrer cette marche en avant, sans jamais s'arrêter ni revenir en arrière pour raconter la vie 0tt les discussions intérieures de TEglise apostolique. Naturellement ces questions intérieures se sont effacées ou ont même disparu à ses yeux devant le but suprême et dominant auquel il regardait dès la première ligne, et qu'il ne .perd pas de vue un seul instant dans sa rapide narration. C'est de cette manière seulement que le plan du livre se fait comprendre ; il se divise de lui-même en trois grandes parties correspondant aux grandes étapes qu'a parcourues la prédication de l'Evangile sur cette longue route qui l'a portée de Jérusalem, la capitale du judaïsme, à Rome, la capitale du monde. — La première partie fl, î ; Vlil, 1) raconte les succès de la prédication des apôtres à Jéini^ salem. Dès le début, le don miraculeux des langues sytnbolise lés destinées universelles de l'Evangile. Pierre fonde la première côtttmunauté chrétienne qui n'est encore ni par le dogme, ni par les ha'bitudes, tri par le culte, séparée du judaïsme et au sein de laquelle un ardent mouvement de charité réalise Un moment la communauté des biens. Le chapitre V marque un progrès essentiel par là naissance dé luttes intérieures dans le sein de cette première Eglise, riUsUtUtion des diacres el l'apparition d'Etienne, dotit la prédication, tiréèédant et annonçant celle de saint Paul, met en conflit violent, pour ta preniièt*e fois, le christianisme et le judaïsme. — La seconde partie Va de Vin, 1, à XV, 33. C'est une longue transition qui, par un progrès bien gradué, porte l'Evangile de Judée en Samarie, de Samarie au monde païen, jusqu'au moment où rentrée des gentils dans l'EgUse, présentée d'abord comme fait accidentel et isolé dans les conversion^ de l'eunuque de la reine Candace et du cenlenier Corneille, est enfiU l^tltnée et régularisée par une décision du concile de Jérusalem. Là po^écution où Succombe Etienne disperse d'abord les chrétiens en Palestine et en Sàrtiarîe. Philippe évangélise cette dernière province où se rendeïit Pierre et Jean. Puis Fhistorien, qui avait déjà introduit Saul coinUie persécuteur, raconte sa conversion aux environs de Damas ( IX) Ce n'est pas Paul cependant, c'est Pierre, éclairé par une vision, qui owffé là voie à l'Etangile vers les païens, tandis que d'autres missiofinaireà lé portent JHs^U'eti Phénicie, en Chypre et à Antioche (X, XI). La persécU-
tion, au contraire, sévit en Judée, où Jacques, le fils de Zébédée, est tué et Pierre mis en prison (Xll). La première grande mission de Paul et de Bamabas (XIU et XIV) a des succès plus grands encore; ces succès provoquèrent les conférences de Jérusalem, dont le résultat fut de reconnaître le droit des païens au royaume de Dieu et de les dispenser de la circoncision. Ainsi la formation d'une chrétienté pagano-chrétienne n'api>araît pas dans ce livre comme un acte révolutionnaire et violent de Paul, mais comme la conséquence irrésistible et naturelle des progrès de TEvangile que TEglise mère de Jérusalem, après quelque résistance, a fini par comprendre et accepter. — La troisième partie s'étend jusqu'à la fin du livre lui-même (XV, 35 ; XXVllI, 34). Paul, dont la personnalité et le rôle grandissaient à chaque pas dans les chapitres XIII et XIV, arrive maintenant au premier plan. Les missions païennes ont trouvé en lui leur héros, et l'histoire des progrès de FEvangile vers Tuniversalisme où il tend dès l'origine, se confond avec celle de l'apôtre lui-même. Paul se sépare de Barnabas et de Marc que son audace effrayait sans doute, et, dans un second voyage à travers la Galatie, l'Asie Mineure, la Macédoine et la Grèce, porte le christianisme jusqu'à Corinthe, laissant derrière lui une série de communautés chrétiennes nouvelles qui marquent comme les étapes de la route parcourue (XVl-XVIII). Après une course rapide à Antioche, il vient se fixer à Ephèse qui lui sert, pendant trois ans, de quartier général et d'où il rayonne en Grèce et en Asie (XIX-XXl). Assiégé de sombres pressentiments, il se rend encore une fois à Jérusalem ; il n'échappe à la haine des Juifs que pour tomber entre les mains des Romains. Mais cette captivité elle-même le conduira à Rome, but suprême où tendent ses désirs, comme aussi la narration de son historien. Après un emprisonnement de deux années à Gésarée et une longue traversée retardée encore par un naufrage, Paul, enfin, arrive dans la ville des Gésars. L'auteur arrête ici son récit et conclut par une citation du prophète Esaïe (Esaïe VI, 9), qui justifie le rejet de l'Evangile par les JuÎTs et son acceptation par les païens. La brusque fin du livre avant le martyre de Paul a étonné. On a pu conjecturer que l'auteur se réservait d'ajouter à ses deux premiers livres un troisième discours (ipCTOv Xé^ov), où il aurait raconté la fin de la vie de Paul et des principaux apôtres. Ge n'est là qu'une supposition. Le livre est bien fini; le plan que l'auteur se proposait est bien réalisé. Il peut poser la plume. Si Théophile était un catéchumène que troublaient les objections et les attaques de la fraction pharisao-chrétienne, il doit être à cette heure convaincu que la doctrine libérale qu'il a reçue est la vraie, que l'universalisme évangélique répond bien à la volonté divine et que Paul l'a réalisée, non sans luttes, mais en somme dans un accord général avec les douze apôtres de Jésus-Ghrist et la majorité de la primitive Eglise. Voilà comment il faut comprendre les Actes et quelle part il faut faire à l'intention conciliatrice ou apologétique qu'on leur a prêtée. Elle n'en saurait altérer essentiellement ni le caractère ni la valeur historique. — Quant à l'histoire du livre, elle reste fort obscure dans les commencements. Sans doute on peut dire
que l'ancienne Eglise n'a jamais eu le moindre doute sur rautheniicité et la canonicité des Actes des apôtres. Les sectes qui les rejetaient le faisaient toutes par des motifs dogmatiques : les Ëbionites et les Encratites Sévériens, en haine de Paul et de son universalisme ; les Manichéens, qui, voyant dans leur chef Mani le vrai Paraclet, ne voulaient pas admettre la descente du Saint-Esprit le jour de la Pentecôte ; et enfin les Marcionites, qui ne pouvaient tolérer les condescendances ou les faiblesses de Paul à Tégard du judaïsme (Epiph., Hxr,^ 30, 16; Aug., De utilitate cred.j 3; TertuUien, Adv. Marc, y V, 2). Cependant ce n'est que chez Irénée et dans le canon de.Muratori que, pour la première fois, il est fait une claire mention de notre livre comme d'un ouvrage de Luc. Toutes les traces qu'on en a cru trouver dans Papias, Polycarpe, Ignace et Justin Martyr restent fort douteuses. Sans doute les témoignages nombreux de la présence et de l'autorité du troisième évangile au deuxième siècle doivent profiter également aux Actes des apôtres, puisqu'il n'est rien de plus certain que l'identité de l'auteur des deux livres. Il n'en est pas moins vrai que le dernier ne semble pas avoir été populaire dans Tandenne Eglise. Chrysostôme se plaint, dans sa première homélie sur les Actes, non-seulement de ce que plusieurs en ignoraient lauteur, mais encore l'existence. Ce fait singulier s'explique si l'on songe à la nature du canon ecclésiastique du deuxième et même du troisième siècle. 11 se divisait en deux parties : V Evangile et V Apôtre {instrumentum evangelicum, qui renfermait les quatre évangiles, instrumentum apostolicum, qui renfermait les épîtres). Les Actes des apôtres ne se trouvaient sans doute ni dans l'une ni dans l'autre ; ils restaient isolés entre les deux et devaient être lus moins souvent. Longtemps, dans l'antiquité et durant tout le moyen âge, les Actes furent considérés comme le premier chapitre de l'histoire de l'Eglise. A la Renaissance, on remarqua qu'à y avait bien des lacunes dans la suite des événements, et que le récit lui-même ne s'écartait guère des personnes de Pierre et de Paul. Aosdf depuis Grotius, les regaixiait-on comme la double biographie parallèle de ces deux fondateurs de l'Eglise chrétienne. Même à ce point de vue restreint, l'ouvrage reste fort incomplet et ne s'explique pas dans toutes ses parties. Ce n'est que de notre temps qu'on s'est rendu un compte précis de la nature, de la tendance et du plan du livre. Les discussions et les recherches commencèrent avec le livre si original de Schneckenburger, professeur à Berne (1841), sur le But des Actes des apôtres. Ce savant mettait pour la première fois en pleine lumière le parallélisme constant établi par l'auteur entre Pierre et Pânl, montrant qu'à un miracle ou à un discours de l'un dans la première partie du livre, correspondaient toujours un miracle et un discours analogues de l'autre dans la seconde. Baur et son école sont partis de ces conclusions pour mettre en doute et anéantir la valeur historique du récit de Luc. Ils ont essayé de montrer que non-seulem^it il reposait sur des combinaisons artificielles et arbitraires, mais qu'il avait un but dogmatique évident, que Pierre y parlait comme aurait pu parler Paul et que Paul se conduisait comme aurait pu faire
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Pierre, que l'auteur enfin avait voulu faire oublier les luttes ardentes qui avaient divisé la première Église et les apôtres eux-mêmes et n avait dressé, du milieu du second siècle où il écrivait, qu'un tableau légendaire, pâle et sans vérité, de Tâge héroïque du christianisme. Sans compter que les disciples de Técole de Tubingue n ont jamais réussi à se metti^e d'accord sur la véritable tendance dogmatique des Actes des apôtres, deux faits, mis en lumière par une critique moins prévenue et moins systématique, sont venus corriger ce qu'une telle conception avait d'excessif et de faux. Le premier, c'est que notre livre, étant la continuatioa du troisième évangile, ne peut avoir ni une autre tendance ni un autre caractère que ce dernier. Le second, plus décisif encore, c'est que, pour écrire l'histoire apostolique comme pour écrire l'histoire évangélique, loin de s'abandonner à son imagination, lauteur a recherché et mis soigneusement en œu\Te des sources écrites ou orales qu'on peut encore discerner. Son procédé littéraire est resté le même. Le prologue de levangile nous montre un homme qui se rend assez bien compte de la tâche d'un historien, qui n'aborde pas son œuvre sans avoir considéré les moyens qu'il a de la remplir et procède avec réflexion, choix et critique dans la compai^aison et l'emploi des documents qui lui sont accessibles. En d'autres termes, lauteur a déjà le scrupule historique, et, pour l'évangile du moins, le résultat définitif a répondu assez bien à ses efibrts (voy. Tarticle Luc [évang. selon saint]). L'étude attentive des Actes ne mène pas à une autre conclusion. Ici encore l'auteur a inséré dans son récit des documents qu'il est difficile de bien dégager, mais qu'il est aise de reconnaître. La recherche et la discussion de ces sources premières est le point le plus grave et le plus curieux à la fois du problème que le livre des Actes pose à la critique historique. Dans cette recherche comme dans bien d'autres Timpulsion fut donnée par Schieiermacher. Depuis son livre sur les écrite de Luc (Uebei* die Schriftm des Lucas, Berlin, 4817), Tévangile et les Actes ont été disséqués de toutes les façons : on méconnaissait trop alors l'unité, le pian refiéchi de l'ouvrage. Luc a eu des sources sans doute ; mais souvent il les a combinées, fondues dans un récit nouveau, et, dès lors si l'on ne veut se peidre dans les minuties où toute décision devient arbitraire, il faut s'en tenir à ce qui est évident. Or, dans les Actes des apôties, il est deux points où cette évidence se rencontre : d'abord, au chapitre Xlll ; le verset i«r est évidemment un commencement nouveau. Non-seulement il est sans lien avec le chapitre précédent, mais il est impossible que ce verset soit de la même main qui avait déjà rédigé Xli, 24 et â5. Hamabas et Saul, dans le récit de Luc, sont toujours nommés ensemble. Or au chapitre Xlll, i, nous trouvons une liste des prophètes et docteuis qui enseignaient à Antioche où ïternabas est nonuné le premier, Saîd lé dernier et, entre eux, trois inconnus. Evidemment ce verset est indépendant absolument de XII, 25. C'est dans le cours de ce même chapitre que Saul est pour la première fois appelé Paul (Xlll, 9). Il est donc assez clair que nous avons ici un document d'oiigine pauhnienne qui racontait ce premier voyage de l'apôtre en Chypre et en Pisidie et dont Luc a fait son profit. La préci-
«on et la sûreté des indications géographiques, le naturel et la vraisem- Uanee du récit distinguent avantageusement ces deux chapitres de ceux qui les précèdent. 11 semble qu'à ce moment la tradition, toujours un peu incertaine et colorée de reflets légendaires, fasse place à l'histoire précise et positive. Cette remarque s'applique mieux encore à la fin du livre des Actes, à cette partie où le récit devient direct et la troisième personne est remplacée par la première. Le nous apparaît pour la première fois XVI, 40-17, et revient XX, 5-15, XXÏ, 4-18, XXVII et XXVIII, 46. Quel que soit Tauteur de ce fragment mystérieux, il provient sûrement d'un témoin oculaire. Je ne sais pas s'il est un autre document dans toute l'antiquité plus exact, plus précis, plus sûr que le récit du voyage contenu dans le chapitre XXVII. Quel est ce témoin oculaire? Il faut évidemment le chercher parmi les compagnons de Paul. On ard abord pensé à Timothée (Schleiermacher). Mais cette hypothèse vient échouer devant le verset XX, 3, dont le sens naturel s'impose à tout esprit non prévenu. Là sont nommés d'abord trois Macédoniens, (Sopater de Bérée, Aristarque et Secundus de Thessalonique), puis deux Lycaoniens (Gaïus de Derbe et Timothée de Lystre) et enfin deux personnes de l'Asie proconsulaire (Tychique et Trophime). « Ceux-ci, lisons-nous ensuite au verset 5, nous attendaient à Troas. » Dès lors la personne qui parle au pluriel ne peut être confondue avec Timothée. On peut en dire autant de Silas, nommé à la troisième personne, XV, AO, puis dans le fragment XVI, 46-20, et qui d'ailleurs disparaît du récit des Actes et probablement se sépare de Paul à partir du XVIII, 5. Il faut pour les mêmes raisons, écarter Sopater, Aristarque, Secundus, Gaïus, Tychique, Trophime. Tous les compagnons de Paul que nous connaissons avaient à ce moment (XX, 4) été envoyés en avant. Quelle peut dom>. être la personne qu'il avait gardée auprès de lui ; il ne reste que Luc. Quand on lit avec attention les premiers fragments où le nous apparaît, on arrive à se convaincre que l'auteur parle en Macédonien. Le nous commence précisément XVI, 4, pour cesser XVI, 47, au moment où Paul quitte Philippes et, chose digne de remarque, il reparaît XX, 5, au moment où Paul revient pour la seconde fois dans cette ville. On prétend donc avec raison que Luc était de ces parages, qu il se serait joint à Paul à Troas, et serait resté à Philippes jusqu'au moment où Paul revenant de Corinthe, le reprit avec lui. Le seul point sur lequel on discute encore aujourd'hui est de savoir si ce journal de voyage, rédigé par Luc, a été intercalé dans les Actes des apôtres par un auteur postérieur, qui aurait profité de cette occasion pour mettre son ouvrage entier sur le compte de cet homme apostolique, ou si Luc lui-même est bien réellement l'auteur du troisième évangile et du livre des Actes. MM. Hilgenfeld, Zeller tiennent pour la première opinion. MM. Renan, Holzmann, Reuss pour la seconde, et celle-ci paraît devoû» triompher. L'auteur de l'évangile et des Actes des apùtres a un style très-personnel ; il a une grammaire et un dictionnaire à lui, des tournures et des habitudes d'expression fort caractéristiques. Le témoin oculaire qui parle à la fin des Actes est ausffi un écrivain original. Constate-t-on quelques différences entre
leurs deux manières? Aucune. Comme on a prouvé, jusqu'à l'évidence, par la simple comparaison du style, Tidentité d'auteur de l'évangile a des Actes, on peut prouver avec la même force l'identité personnelleJa témoin qui dit nous^ et de l'auteur du livre tout entier. En second lieu, pour comprendre la fraude pieuse par laquelle l'évangile et les Actes auraient été attribués à Luc, il faut faire composer ces deux livres au plus \6i vers l'an 110 ou 120. Or il est certain que l'évangile existait alors depuis longtemps, qu'il n'est pas très-postérieur à l'an 70, que les Actes l'ont suivi de près, et qu'à ce moment, Luc vivant encore selon toute vraisemblance, on ne pouvait abuser de son nom. Entre les hypothèses imaginées, celle de la pleine authenticité de nos deux écrits reste encore après tout la plus sûre. De cette analyse critique des documents mis en œuvre par Luc, se déduit bien plus sûrement que d'une tendance dogmatique spéciale toujours difficile à préciser, la valeur historique du livre des Actes. Il faut se garder avant tout d'un jugement sommaire et d'ensemble. Les matériaux employés par l'auteur n'étaient pas tous de même qualité ni de même valeur. On ne saurait mettre sur la même ligne ni estimer au même prix le journal de voyage de la fin et les traditions quelquefois assez vagues et un peu merveilleuses du commencement. Il faut distinguer entre ces éléments de provenance et de nature fort diverses et appliquer à chacun sa mesure. Les données chronologiques du livre comme celles de l'évangile sont discutables. Mais il ne faut pas se hâter de condamner Luc. Les choses de c^tte époque nous sont encore fort mal connues, et il s'est trouvé bien des fois que les découvertes de l'épigraphie ont donné raison à Luc contre Josèphe, le seul historien qui puisse ici servir de contrôle. Nous n'avons malheureusement aucun autre récit parallèle des premiers commencements de TEglise, et l'on peut se demander si une histoire des apôtres, écrite du point de vue galÛéen de l'évangile de Matthieu, ne nous aurait pas montré en Galilée des commencements chrétiens qui compléteraient ceux que Luc nous a dépeints à Jérusalem. Mais cette réserve faite, on doit reconnaître que, de l'Apocalypse, de l'épître de Jacques et des autres documents judéo-chrétiens, il ressort un tableau général de la vie, de l'esprit et des mœurs des premiers chrétiens qui correspond fort bien aux grandes lignes de celui que Luc a laissé. On ne peut enfin méconnaître que, dans les premiers discours de Pierre, il n'y ait une esquisse de l'évangile primitif, commençant au baptême de Jean et finissant à la résurrection, et une conception de la personne et de l'œuvre du Messie tout à fait originales, antérieures même à la tradition synoptique et très-frappantes de simplicité et de vraisemblance (U, S2-36; III, 13-26 ; IV, 27-30 ; X, 34-43). Pour contrôler la dernière partie du livre des Actes, nous avons les épîtres de Paul. De cette comparaison, il ressort avec évidence que la biographie de Paul d'après Luc est loin d'être complète, que notre historien n'a pas tout su, et que même entre ce qu'il a su, il a fait un choix approprié au but général qu'il se proposait dans sa narration. Quelque agitée que nous apparaisse dans les Actes la vie errante de Paul, elle a été en réalité bien plus traversée, bien plus orageuse et pleine de douleurs et de disputes que son
historien ne le dit. La simple énumération, faite 2 Cor. XI, 23-33, suffit pour montrer combien est incomplet le récit de Luc. De même dans le chapitre I« de cette même seconde épître, est rappelée une récente et douloureuse épreuve de Paul en Asie qui eut sur sa vie et même sur sa doctrine une influence décisive et dont rien ne donne Tidée dans les Actes. La longue lutte de Paul et des judaïsants qui remplit ses quatre grandes lettres y est également effacée. La dispute d'Antioche n'est pas mentionnée; rien n'est dit sur le séjour de Paul en Arabie, et le récit des conférences de Jérusalem (XV) ne laisse pas que d'offrir des difficultés rapproché de celui que Paul en a fait lui-même (Gai. 11, 1-11). De ces faits, il résulte que, dans une histoire de la vie de Paul, il faut toujours prendre pour point de départ et pour base les indications historiques fournies par l'apôtre et corriger d'après elles ce que le récit de Luc peut avoir de vague ou de défectueux. Mais cela dit, il faudra souvent admirer combien la vie de Paul que nous donne Luc et celle qui ressort des épîtresde cet apôtre, se rencontrent dans les grandes lignes et dans les détails. En particulier, à partir du ch. XVI, où le récit devient personnel et où l'auteur est entré dans l'intimité de Paul, sa narration peut être incomplète, mais elJe est, dans ce qu'elle renferme, singulièrement précise et fidèle. Les Actes des apôtres, tout en restant soumis à la critique, n'en demeurent pas moins en somme un document historique de la plus sérieuse valeur et d'autant plus précieux qu'U est le seul qui nous reste sur une période de l'histoire et sur des ûàis que nous avons tant d'intérêt à connaître. — La littérature exégétique et critique dont ce livre a été l'objet est fort riche. En se bornant à l'essentiel, il faut citer : Chrysostôme, Homil. in Acta apostolorum;Théoi>hy' ]Acie,Èxplicationes in Acta. ap.; CEcxxmemnSjCommentaria inAct. apost. et epist. Pauli et episi. cathol.^ et enfin des scholies tirées des manuscrits A F D H. Dans les temps modernes, les travaux sont plus nombreux encore : R. Simon. Bist. crii, du Nouveau Testament. Rotterdam, 1689. W. Paley. Horx Paulinx, traduit en français sur la dixième édition. Paris, 1821. En Allemagne, outre les nombreuses introductions au Nouveau Testament et les commentaires généraux, parus depuis Semler à nos jours, les travaux spéciaux les plus remarquables sont ceux de Schneckenburger, Veber den Zweck der Apostelgeschichte, Bern., 1841; de Baur, Paulus der AposteL J.-C, 1"» édit., Stuttg., 1845; 2» édit., Leipz., 1867; de Zeller, Die Apostelgesckichte nach ihrem Jnhalt und Ur$pnmg kritisch untersucht, Stuttg., 1854; de Lekebusch, jDte Composition und Entstehung der Apg,y Gotha, 1854 (ces deux derniers ont épuisé l'étude philologique et littéraire du livre). James Smith, Voyage mut shipwreck of st Paul, Lond., 1848. Gonybeare et Howsen, The Life of tt Paul, Lond., 1864 (dans ces deux livres la partie géographique est admirablement traitée). Renan, Les apôtres, introduction. Paris, 1867. A. Sabatier.
ADAD [Hadad, 'ASd8, 'ApaS, 'ASop, Hadad], divinité syrienne (d'après Hacrobe (Satum,, 1, 23), le dieu du soleil ; d'après Sanchoniathon : a2iUo<;, le roi des dieux), dont le nom, ou ses composés, a été porté par plusieurs rois de Syrie {NicoL Damasc, p. 293): l'Ancien Testament