ADAMITES — ADÉODAT
(Beausobre, Dissert, sur les Adamttes, chez Lenfant, Hist. de la guerre des Bussites, etc., II, liO; etmon Bist. du panthéisme popuL, Paris, 1875, p. il6). — 4» Petite secte anabaptiste d'Amsterdam, composée de sept hommes et de plusieurs femmes, ayant pour prophète un certain Dietrich le Tailleur, un \isionnaire dont les prédications apocalyptiques, entremêlées de descriptions du ciel et de Tenfer, exerçaient une puissante fascination sur Tesprit exalté de ses auditeurs. Le 12 février 1535, le prophète parut dans l'assemblée armé d'un casque, d'une cuirasse et d'une épée, prêcha et pria quatre heures durant, puis se dépouilla de ses armes et de ses vêtements et les jeta au feu, en invitant les autres membres de la secte à faire de même, affirmant que c'était un sacrifice agréable à Dieu de jeter au feu tout ce qui est terrestre pom* n'être plus revêtu que de vertus célestes. Puis, après quelques moments d'irrésolution, tous ces fanatiques sortirent de la maison et se mirent à parcourir les rues en criant : « Malheur ! la vengeance di- \'ine ! » Arrêtés immédiatement par les bourgeois, ils refusèrent les habits qu'on leur offrait, en disant : « Il faut que la vérité soit nue. » Peu de jours après, ils subirent le dernier supplice (Bayle, Diction,^ art. Picards, note B). A. Jundt.
ADELBERT, chef du clergé frank à la cour de Garloman, fils de Charles Martel. En possession d'une grande popularité, il s'était fait consacrer évêque d'une manière irrégulière et sans avoir de diocèse. Son histoire ne nous est connue que par les récits et les documents produits par son implacable adversaire Boniface, l'apôtre de la Germanie, dont il parait avoir contrecarré les plans ambitieux. Il est accusé d'une part d'avoir, sous l'empire d'un spiritualisme exagéré, défendu les pèlerinages à Rome, blâmé la pratique du jeune, interdit la consécration des églises sur les noms des apôtres et des martyrs et recommandé au peuple la célébration du culte en plein air, dans les champs et auprès des sources. D'autre part, Adelbert aurait exploité la crédulité du peuple par les supercheries les plus grossières, prétendant guérir les malades par l'attouchement de reliques que lui auraient apportées les anges, exhibant une lettre écrite par Jésus-Christ lui-même et tombée du ciel entre ses mains, etc. Il est difficile de démêler la vérité au milieu de ces accusations contradictoires. Boniface eut quelque peine à faire condamner celui qu'il considérait comme son plus dangereux adversaire, tant le crédit dont jouissait l'évêque frank était considérable. Ce ne fut qu'avec l'avènement de Pépin le Bref, qui avait intérêt à ménager la cour de Rome, que la sentence du synode de Soissons (744), confirmée par le concile tenu à Rome (745), put être exécutée. D'après une tradition conser\'ée dans l'église de Mayence, Adelbert, à la suite d'une controverse publique avec Boniface, aurait été enfermé dans le couvent de Fulda et, après s'en être évadé et avoir erré misérablement sur les bords du Rhin, aurait trouvé la mort par la main d'un porcher.
ADÉODAT fut pape de 672 à 676. Il était Romain et avait été moine à Saint-Erasme. Sa vie, attribuée à Anastase (Muratori, Script, rer. Itat.^ m, i, p. 141 ss.), nous apprend qu'il fut un homme doux. On
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rappelle quelquefois Adéodal H, pour le distinguer du pap6 Deuftdédit.
ADHÉMAR de Monteil , évêque du Puy, dirigea la première croisade en qualité de légat du pape, prêcha, par sa parole et son exemple, l'union entre les chefs, la constance au milieu des fatigues et des périls et la pratique des vertus chrétiennes. Il mourut à Antioche en 1098.
ADHÉMAR (D'), famille de gentilshommes languedociens qui en 4536 étaient encore de petits tenanciers de Féglise cathédrale d'Uzès, mais, dès la fin du siècle, fortement attachée aux principes de la Réforme, elle s'est peu à peu élevée au premier rang dans sa province où elle est aujourd'hui l'une des plus considérables et des plus fidèles protestantes. On cite particulièrement le comte Claude d'Adhémar qui fut arrêté au milieu de la nuit, en 4751, pour avoir fait baptiser ses deux fils au désert, et qui écrivait à l'intendant par lequel il était retenu en prison qu'un honnête homme, un bon citoyen, un fidèle sujet lui avait paru devoir vivre sans rien craindre, mais que puisqu'il s'était trompé, il invoquait ardemment « le grand scrutateur des cœurs, afin qu'il touche celui de notre auguste monai'que en faveur dos infortunés protestants. » L'intendant se récria sur « le ton fanatique » de tels sentiments. Mais il n'eut pas le dernier mot, car M. d'Adhémar lui répondit que si porter l'amour du prince et de la patrie au point de préférer le triste état de protestant en France à celui de feld-maréchal dans le pays étranger constituait le fanatisme, il en était atteint au suprême degré. Plusieurs de ses parents, en etfet, occupèrent de hautes fonctions au service de l'Allemagne, mais le foyer de la famille est resté bien français.
ADIAPHORA (du grec iîtaçopoç, indifférent). Les stoïciens, mettant le bien uniquement dans la volonté et l'action, regardaient tout le reste comme n'ayant en soi aucune valeur morale. Selon eux, la richesse, la bonne renommée, le pouvoir, la durée, la santé même, tous les objets extérieurs sur lesquels pouvaient se porter l'action de l'homme, n'étaient, à les considérer en eux-mêmes, ni bons ni mauvais. Parmi ce» choses, il y en avait que le sage était libre de préférer comme étant plus rapprochées du véritable bien et pouvant servir davantage à le réaliser, mais aucune ne méritait proprement le nom de bien ; quelquefois moyens, jamais but, toutes formaient la classe nombreuse des choses en soi indifférentes, adiaphora (V. Ritter, Hht, de la philos*, 4™ part., vol. III, p. 325-326, 350; Ravaisson, Essai sur le stoïcismp^ p. 48-53). — Ce terme a joué un grand rôle dans certaines controverses parmi les protestants d'Allemagne. En 4548, Mélanchlhon et quelques autres, trouvant que l'intérim impérial d'Augsbourg demandait aux évangéliques des concessions exagérées, proposèrent comme modus vivendi entre catholiques et luthériens ce qu'on appela l'intérim de Leipzig. On y acceptait la juridiction des évêques, la confirmation, rextrême-onction, les cierges, les jeûnes, les fêtes, même celle du corps du Christ, presque tout l'ancien canon delà messe : c'étaient, disaitron, autant d'o^ta^^AivYi, de choses extérieures et indifférentes auxquelles il était permis dô se
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soumettre pour conserver la paixet Tunité de TËglise. Celle condescen* dance parut à plusieurs excessive, et une polémique assez animée 8*6*leva. EÎle se poursuivit, même après la paix de religion d'Augsbourg, jusqu'au moment où la Formule de concorde (1580) imposa sur ce point comme sur d'autres ses déclarations conciliatrices. Ce symbole reconnut que les cérémonies et les usages ecclésiastiques, n'étant pas ordonnés par l'Ecriture, sont laissés à la liberté des Eglises, pourvu que la vraie doctrine reste sauve : ce sont des adiaphora dans certaines limites qu'on ne saurait déterminer à l'avance pour tous les cas. Mais on ajouta que, dans les temps de persécution où l'on demande des fidèles un témoi^ gnage ferme et non équivoque, il ne faut pus céder aux ennemis de l'Evangile, même dans les choses indifférentes (Conc. Form, art. X, de ceremoniiê ecclesiasticis qux vulgo adiaphora vocantur). — Deux siècles plus tard, toujours en Allemagne, s'éleva un nouveau débat sur les adiaphora^ mais dans un tout autre domaine. Ce fut Spener, l'auteur du mouvement religieux connu sous le nom de piétisme, qui le provoqua. Dans son dessein de réagir contre la légèreté des mœurs de son temps, il condamna toute une série de délassements et d'habitudes qu'il jugeait incompatibles avec le sérieux de la vie chrétienne, la danse, par exemple, le jeu de cartes, le théâtre, le luxe de la table ou de la toilette, etc. [Theol. Bedenken, A vol. 1700-1742; Letzte TheoL Bed., 3 vol., 1711). Une quantité de livres ou de brochures s'échangèrent entre les piétistes qui étaient les rigoristes de l'époque et les orthodoxes qui en étaient les relâchés. On peut en voir l'indication dans Walch, Einleitung in dit Relig. Streit. der Luth. Kirche, V, p. 831-841. Des polémiques de détail 9e dégagea une question générale : Y a-t-il des actions moralement indifférentes» qui ne soient ni commandées ni défendues ? Les piétistes le niaient. Les orthodoxes l'affirmaient. Cette question n'est point en* oore vidée : la discussion se continue avec moins de passion et plus de science entre les moralistes de nos jours, et l'on rencontre parmi les champions de l'une ou de l'autre thèse quelques-uns des plus grands noms de la philosophie ou de la théologie. Non que personne soutienne aujourd'hui qu'il puisse y avoir, dans la vie chrétienne, une seule aclion indifférente, c'est-à-dire sans caractère moral, par conséquent sans aucun rapport avec la volonté de Dieu et avec la sainte vocation du croyant. Tout le monde s'accorde à nier Vadinphoron ainsi entendu. Mais il est certaines actions qui, si le chrétien s'y décide, devront être accomplies par lui sous le regard de Dieu, mais qui ne s'imposent pas à •a conscience comme des devoirs, et qu'il se sent libre de faire ou de ne pas faire. On ne dit pas qu'elles soient indifi'érentes ; on dit qu'elles sont aimplement permises. Telle est l'opinion de Chalibseus (System der spekulaiiven Ethik, 1850, vol. I, p. 279-285), de Rothe ( ThvoL Ethik, 1870, vol. III, § 811), de Palmer [Moral des Christenthums, 206-329; Jahrb. f. DeuUche TheoL 1860, p. 476-483 ; 1869, p. 698-705), de Martensen {ChHêtL Eikik. Allg. Theil, 1871 , p. 579-582), de Wuttke {Handbuch d. Chrùtl. Sittenlehre, 1875, vol. 1, p. 322-329), etc. Ces partisans du «simpleaient permis » ont grand'peine à définir ce qui proprement le constitue ; il est impossible de résumer ici leurs conceptions et leurs arguments
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qui sont loin de concorder. Mais une même préoccupation leur est commune : vouloir, pensent-ils, que le chrétien n'agisse jamais que sur un commandement exprès de Dieu ou de sa conscience, ce serait détruire en lui toute spontanéité, tout élan, et le jeter dans des scrupules sans fin ; en fait, telle promenade, telle lecture, tel exercice ou telle jouissance esthétique (musique, peinture, poésie), ne sont pas des devoirs positifs, mais simplement des libertés permises au chrétien, à la seule condition qu'il en use chrétiennement (i Tim. IV, 4). Palmer fait remarquer que l'héroïsme n'est pas commandé. Au contraire, Fichle (vol. IV de ses œuvres, System d. Sittenlehre, p. 155 ss., 264 ss.), Schleiermacher (vol. I de ses œuvres, Krilik d. bisher. Sittenlehre^ p. 133-136, surtout Ueber den Begriff d. Erlaubten^ Philos, und vermisch,Sckrtften, 11, p. 41»-4i5), Wirth {System d. spek. Ethik, I, p. 116), Harless {Christl. Ethik, 5« édit. p. 160), Kœstlin [jahrb. f. Deutsche TheoL, im%Studien ueber das Sittengesetz^ p. 464-527), etc., soutiennent que tout dans la \ie morale doit se ramener à la volonté de Dieu, au devoir ; et que Faction qui ne pourrait se justifier que par la libre préférence de l'agent devrait être considérée par lui non pas comme permise mais comme défendue. Ils accusent l'opinion contraire de mener tout droit à la dangereuse distinction des (( prxcepta et consilta » en morale, et aux œuvres surérogatoires. Il est bon de remarquer que si les derniers excluent absolument de leur système de morale la catégorie du « simplement permis, » ils n'excluent pas, en général, de la vie morale les actions que Ton prétend ranger sous ce chef ; ils s'efforcent seulement de les rattacher à quelque grand devoir. En quoi, ils arrivent plus ou moins à se rencontrer avec leurs adversaires ; car, ceux-ci, tout en maintenant le « simplement permis » dans la théorie, n'en affirment pas moins que le chrétien ne saurait s'y livrer que sous le regard de Dieu, et, en quelque manière pour le servir, ce qui est bien près de le faire par devoir. On comprend du reste que, descendue sur le terrain de la pratique et des détails, la discussion tombe aisément dans la casuistique comme au temps de Spener : il s'agit de savoir jusqu'à quel point et par quelles raisons un homme sérieux, un chrétien peut légitimer devant sa conscience la danse, le jeu, les soirées, l'usage du tabac, le luxe, etc. En résumé, saint Paul a posé le vrai principe (1 Cor. X, 31). Plus le chrétien avance dans son développement moral et religieux, plus sa vie est pénétrée jusque dans ses derniers détails de l'esprit du Christ et consacrée à Dieu; plus aussi, il sent, selon un mot du grand apôtre, que tout lui est permis, et, dans le même temps^ moins il est porté vers ce qui n'édifie ni ses frères ni lui-même (Tite 1, 15; 1 Cor. X, 23. Cf. 1 Cor. VI, 12). La perfection suprême des enfants de Dieu, c'est Dieu tout en eux et eux tout en Dieu : c'est aussi leur glorieuse liberté. Charles Bois.
ADON, de Vienne. Originaire d'une famille noble du diocèse de Sens, il fut d'abord moine, successivement dans les couvents de Ferrières et dé Prùm, célèbres alors pour leurs tendances littéraires. De retour d'un voyage en Italie, il fut nommé en 859 archevêque de Vienne ; il mourut en 874, après avoir aidé, sous les papes Nicolas W et Adrien II, à conso-