ADRIEN IV
tration temporelle et de Fabandonner au sénat élu par eux. Adrien, chassé de Rome, met la ville en interdit. Le jeudi saint de Tan 1155, le peuple ayant chassé le tribun, il rentre au Latran. Cependant Barberousse pénètre en Italie, il tient la diète de Roncaglia près Plaisance, le pape aussitôt lui envoie une ambassade amicale et lui demande de lui li\Ter Arnaud ; celui-ci est pendu et brûlé à Rome. Le 9 juin 1155, Adrien se décide à aller saluer le roi à Sutri, devant Rome; mais Frédéric l" ne Initient pasTétrier. Le pape exige et obtient Thommage qui lui est dû : à Nepi, le roi des Romains conduisit par la bride la monture du pape. Frédéric parle aux Romains avec une éloquente énergie, et, réconcilié avec Adrien, il se fait couronner par lui à Saint- Pierre, le 18 juin 1155. Une émeute des Romains est réprimée et Fempereur retourne en Allemagne. Bientôt Adrien IV se trouve en lutte avec le roi de Sicile Guillaume !•«■ ; assiégé dans Bénévent et pressé par les circonstances, il conclut, en 1156, un traité avec le roi Guillaume. Les cardinaux gibelins le lui reprochent ; Frédéric I*', qui convoite les Deux-Siciles, en est irrité. Cependant, en 1157, à la diète de Besançon, le pape envoie à l'empereur, par. deux légats, une lettre hautaine: c( Souvenez-vous, lui dit-il, comment votre sainte mère l'Eglise vous a accueilli, comment elle vous a comblé de dignités et d'honneurs, vous conférant volontiers, avec la couronne, les insignes de l'empire. Et nous aurions été heureux que votre excellence pût recevoir encore de notre main de plus grands bienfaits (bénéficia). » Le mot de bénéficia^ traduit par bénéfices^ souleva un orage de colère au sein de la diète. Le cardinal Roland de Sienne (plus tard Alexandre ïll) aggrava l'effet de cette lettre en s'écriant ; « De qui donc l'empereur tient-il Tempire, si ce n'est du pape? » Déjà, à son voyage à Rome, Frédéric avait été offensé par la vue d'un tableau qui représentait le couronnement de Lothaire, et portait ces deux vers, où l'empereur était appelé « l'homme du pape : » Rex venit ante fores, jurans prius Urbis honores, Post homo fit PapXy sumit quo dante coronam. Dès lors, Frédéric fut l'ennemi du pape. Goldast a publié une lettre adressée à Hillin, archevêque de Trêves, oii l'empereur déclare qu'il n'a pas été couronné par le pape ; il a pris lui-même la couronne, il n'a reçu d'Adrien que l'huile sainte : et l'empereur propose à l'archevêque de Trêves de faire schisme. MM. Jaffé, Wattenbach et Hefele ont démontré l'inauthenticité de ce document. Frédéric mai*che une seconde fois sur l'Italie, il y entre en juillet 1158 ; le pape, allant au-devant de sa colère, lui donne, sans s'humilier, les explications les plus Sc^tisfaisantes sur sa lettre : « Bénéfice ne signifie pas, chez nous, /?e/ mais 6/en/aiY... conférer veut dire imposef\ » L'empereur se contente de cette justification. A la diète de Roncaglia, en novembre 1158, il recevait le témoignage de la ser\ilité des Italiens. Mais la tension entre l'empereur et le pape demeure. L'approche de la mort (Adrien mourut le i^ sept. 1159 à Anagni) empêcha seule le pape d'excommunier Barberousse. — Voy. R. Ilaby, Pope Hadrian IV Lond., 1849; H. Reuter, Gesch.Alex. ///,2-édit.,L., 1860, p. 1 ss.; Hefele, Conciliengesch.,\, p. 472 ss.,trad. fr.,VII,p. 328 ss.; Raumer, Hohenst,. éd. III, t. Il, p. 22 ss. La \ie d'Adrien IV, recueillie par le cardinal d'Ara-
ADRIEN IV - ADRIEN YI m
gon, Nicolo Roselli (f 1362), est l'œuvre du cardinal Boso, camérier d'Adrien {+ 1178). M. Walterich {Pontifie, roman, vitx, L. 1862, II, p. 323 ss.) l'a publiée avec tous les documents intéressant la vie de ce
pape. s. Berger.
ADRIEN V fut pape du 12 juillet au 18 août 1276 ; il s'appelait Oltoboni Fiesco et était Génois.
ADRIEN VI. Adrien Dedel d'Utrecljt, qui avait été successivement chanoine, vice-chancelier de l'université de Louvain, précepteur du petitfils de Maximilien, cardinal-évêque de Tortose, régent d'Espagne, fut élu pape sans s'être porté candidat et sans être connu du conclave, le 9 janvier 1522 ; il fut nommé à la recommandation de Gajetan qui avait entendu parler en Allemagne de sa science et de sa piété, par une majorité qui voulait être agréable à Charles V. Adrien toutefois ne se crut pas obligé de servir la politique de son ancien élève et^ dès son avènement^ il recommanda la paix à toutes les puissances de TEurope et essaya de se placer en dehors et au-dessus des luttes qui divisaient la chrétienté. Il se propose de combattre Thérésie en Allemagne et en Suisse, de réformer TEglise, de tourner les armes des chrétiens contre les Turcs et de rendre au saint-siège le prestige qu'il avait perdu depuis longtemps. Mais rien ne lui réussit et il ne fut même pas en état d'observer la neutralité qu'il croyait indispensable au succès de ses projets. A Rome, « qui était la source de tout le mal, » il rencontra une opposition insurmontable ; les abus de l'administration, le trafic des bénéfices, des indulgences, des grâces étaient consacrés par un long usage : toute la curie entra en lutte avec le pape et l'obligea de reculer. En Allemagne, la Réforme avait fait de rapides progrès depuis la diète de Worms, et lorsque le cardinal Chieregati se présenta devant la diète de Nuremberç avec un bref pontifical engageant les Etats à procéder contre Luther et à faire exécuter l'édit de Worms, les princes répondirent que des mesures de rigueur provoqueraient la guerre civile. Chieregati eut beau promettre au nom du pape de sérieuses réformes dans l'Eglise, la diète ne voulut pas tenir compte de ces promesses ; elle formula les cent doléances et réclama la réunion d'un concile libre dans une ville d'Allemagne. Adrien accorde à Charles-Quint la dîme et les annates en Allemagne sous la condition qu'il combattra les Turcs ; mais l'empereur ne peut pas se décider à tourner ses armes contre l'Orient par crainte de ^ la France. Le pape, après avoir eu la douleur de voir tomber Rhodes aux mains des Ottomans, adhéra à la Ligue (3 août 1523), persuadé que l'ambition remuante de François \^ faisait seule obstacle à la croisade. Au moment où la guerre éclate en Lombardie, où les Français passent le Tessin, Adrien découragé, méconnu des Romains, insulté par les cardinaux, meurt le li septembre 1523. Ce pape, malgré les intentions les plus droites, les mœurs les plus pures, une science théologique trèsprofonde, un amour éclairé des lettres [bonx litterœ) qu'Erasme se plaisait à constater, fut traité de tyran, de barbare, d'ennemi farouche des Muses par un peuple habitué aux splendeurs païennes du règne de Léon X. Il porta sur le trône pontifical l'autérité d'un ascète; mais Rome méprisa ses vertus maussades autant qu'elle avait ad-