AFGHANISTAN — AFRIQUE
Parsis qui habitent la contrée. — Bibliographie : Voyages et géographies de Forster, d'Elphinstone, de H. Pottinger, d'E. Slirling, de Masson, d'Outram, de Perrin, de H. Wilson, etc.
AFRE (Sainte), patronne . d'Augsbourg. Les actes de cette sainte (M.Welser, Rer. August, Vind. Commentarii, Fef. 1594, in-4o; AA, SS.^ 5 Ang. ÏI) se composent de deux parties. D'après la Conversio^ œuvre légendaire et sans valeur, Afra (ou Affra), Cypriote d'origine, était meretrix, et consacrée au service de Vénus. Saint Narcisse, évéque de Gerona en Espagne, s'étant réfugié dans sa maison, la convertit ainsi que ses servantes. La Passio (publiée seule par Welser, Ven., 1591, in-4o; Ruinart, et Friedrich, p. 427) contient un beau récit de sa mort : Afra, autrefois lupanaria, fut brûlée au bord du Lech par le juge Gaius (304) ; sa mère Hilaria (ou Hilara), après avoir recueilli ses restes, fut brûlée le même jour. Saint Fortunat, mort en 609 {De vita S. Martini, l: 4, éd. Luchi, R. 1786, 1, p. 470), fait le premier mention du nom de sainte Afre. Il s'adresse à son poëme et lui dit :
Pergis ad Aufi^stam, quam Vindo Lycusque fluentant ;
(Var. : Virdo et Licca fiueiitant, La Wertach et le Lech).
Illic ossa sacraî venerabere martyris Afrae. (Var. : Virginis,)
Le culte de sainte Afre était donc célébré à Augsbourg dès le sixième siècle. Rettberg (AT. Gesch, DeutschL, l, 1846, p. 144 ss.), paraît avoir prouvé que ce mot de meretrix ne se rencontre dans les martyrologes qu'avec Adon (859), c'est-à-dire après l'époque où nous retrouvons les Actes de la sainte, dont il fixe la date peu avant le milieu du neuvième siècle (voy. aussi Tillemont, V). M. Friedrich, qui a retrouvé les Actes entiers dans un manuscrit de la fin du huitième ou du commencement du neuvième siècle (AT. Gesch, Deutschl.,iS61,l, p. 186 ss.), veut faire remonter les Actes du martyre jusqu'au quatrième siècle. — Voy. PI. Braun, Gesch, der h, Mart, Afra, Augsb., 1805,in-8o. Sur l'église et le monastère de saint Ulrich et sainte Afra à Augsbourg, voy. Basil, SS. U. et A. hist. descr,, Aug., 1635, in-f». PI. Braun, Beschr. der Dioc. Augsb., I, Augsb., 1823.
AFRIQUE (Statistique religieuse). Nous allons passer rapidement en revue toutes les parties de ce vaste continent et en indiquer la population et, autant que possible, la proportion des divers groupes religieux dans chaque contrée. — 1® Maroc. En prenant pour base le recensement fait en Algérie en i 872 et les rapports des voyageurs les plus accrédités sur la proportion de la population des deux pays, nous arriverons à donner approximativement à l'empire du Maroc 6,080,000 habitants^ savoir, 5,370,000 pour la portion fertile du Nord ou Tell, et 710,000 pour la région stérile du Sud ou Sahara. Plusieurs races occupent le pays, les Maures, les Arabes, les Berbères, les nègres, tous mahométans et formant la plus grande partie de la population. Les Juifs, proportionnellement fort nombreux (300 à 350,000), descendent pour la plupart d'Israélites que la persécution chassa d'Espagne ; il s'y trouve enfin quelques centaines de chrétiens (6 k 800) établis presque tous à Tanger et catholiques-romains en majorité. — 2° Algérie. Le recensement de 1872 donne à l'Algérie une population totale de 2,416,225 habitants. Il compte
2,125,05a musulmans, 233,733 catholiques, 6,006 prolestanLs, 39,812 israéliies et 11,682 individus dont le culte n'a pu être constaté. L'article spécial consacré à TAlgérie discutera ces chiffres et donnera plus de détails en indiquant Forganisation des divers cultes. — 3<' Tunisie, Environ 2,000,000 d'habitants (ou 1,250,000). Les mahomélans des diverses races qui peuplent le nord de l'Afrique forment le fond de la population. Les juifs sont nombreux ; les évaluations varient entre 45,000 et 168,000; on compte environ 25,000 catholiques romains (ou 7,000), Italiens et Maltais pour la plupart, 400 catholiques grecs et une centaine de protestants. — 4° Régence de Tripoli, Des données fort incertaines font attribuer à ces contrées 1,150,000 habitants, savoir, 794,000 pour la Tripolitaine, 54,000 pour le Fezzan et 302,000 pour le pays de Barka. Presque tous sont musulmans. Les juifs y sont moins nombreux que dans les autres Etats barbaresques ; mais on ne saurait donner de chiffre à cet égard. Il n'y a pour ainsi dire pas de chrétiens. — 5® Sahara. La population de cette grande région appartient tout entière à l'islamisme. En additionnant les chiffres que nous fournissent pour ses différentes parties les voyageurs les plus autorisés, nous arrivons à un total nécessairement très-douteux de 3,672,000 âmes. — 6* Egypte et possessions égyptiennes. Jusqu'à ces derniers temps on attribuait aux Etats du khédive en\iron 8,400,000 âmes. Le recensement de l'Egypte proprement dï\e et les grandes conquêtes des années 1874 et 1875 dans l'intérieur de l'Afrique ont plus que doublé le chiffre primitif et fait admettre 16,921,757 habitants. L'Egypte propre comptait, le 11 mars 1872, 5,271,757 habitants, la Nubie 1,000,000, le Darfour et les autres possessions du khédive dans le Soudan 10,670,000 dont 5,000,000 pour le Darfour. La Nubie, le Darfour et le Soudan sont exclusivement mahométans, sauf quelques communautés coptes et quelques stations de missions sur les bord du Nil. Dans l'Egypte proprement dite, les musulmans forment également la majorité. Les coptes chrétiens sont au nombre de 150 à 200,000, ayant à leur tête le patriarche d'Alexandrie qui réside au Caire. Malgré le travail des missionnaires catholiques et protestants, il n'y a guère, si l'on en excepte les coptes, d'autres chrétiens que les étrangers, soit, 79,696 individus, savoir, 34,000 catholiques grecs, 37,000 catholiques romains et 8 à 10,000 protestants. Les juifs sont au nombre de 8,000 (voy. cet article). — 7® -4 6y«mw. Les 3,000,000 d'âmes qui peuplent l'Abyssinie se répartissent ainsi que suit. Le christianisme monophysite est la religion de 2,500,000 d'entre eux ; 250 ou 300,000 professent le judaïsme ; le reste se rattache à l'islamisme, au paganisme et à diverses Eglises chrétiennes (voy. cet article). — 8o Au sud de l'Abyssinie, le pays des Gttilas et la région du Nil-Blanc sont peuplés d'environ 15,000,000 d'habitants païens, parmi lesquels travaillent quelques rares missionnaires. — 9" La péninsule de Somali est peuplée d'environ 8,000,000 de mahométans. — 10" Le Soudan moyen compte à peu près 33,800,000 habitants musulmans, répartis dans les royaumes de Wadaï, de Raghirmi, de Bomou, de Sokoto, de Gando, deMassina, etc. — 11° hdi Haute-Guinée et le Soudan occidental^ peuplés d'environ 43,600,000 habitants, sont I. 7
partagés à peu près également entre païens et musulmans, ceux-ci dans rintérieur du pays du côté du désert, ceux-là davantage sur les côtes et dans les contrées voisines de la mer. Dans cette région, les possessions françaises du Sénégal et de Gorée renferment 215,941 habitants ; les gotontes anglaises de la Gambie, de Sierra-Leone^ de la Câte d'Or et de Logos 633,400 ; la petite république nègre de Libéria 718,000. Les chrétiensdetoutesdénominations,tantËuropéens qu'indigènes, peuvent être au nombre d'ennron 350,000. Les nègres chrétiens forment ime partie considérable des habitants de Libéria ; le travail assidu de nombreux missionnaires en a amené un certain nombre à TEvangile dans le reste du pays. — 12" L'Afrique équatoriak est, au rapport des voyageurs, peuplée de 45,500,000 habitants, de race nègre, païens en grande majorité. On compte cependant un certain nombre de mahométansdans le nord et quelques chrétiens dans les stations missionnaires des côtes. — 43o Zanzibar et pays environnants sur la côte orientale d'Afirîque. 3,700,000 habitants mahométans et païens avec quelques chrétiens. — 14* Mozambique^ Quilimaneei autres possessions portugaises de la côte orientale. 300,000 habitants païens, avec un certain nombre de catho* liques européens et indigènes. — i^^ Possessions portugaises de la côte occidentale, 9,000,000 d^habitants païens, sauf 100 à 150,000 chrétiens tant colons européens qu'indigènes convertis par les missionnaires. — 46» Cafrerie indépendante, royaumes indigènes de t Afrique méridionale. Environ 6,^80,000 habitants. La masse de la population est encore païenne ; mais c'est une des contrées du monde où les missions, protestantes surtout, ont été le plus actives et le plus bénies ; une portion oonsidérable des habitante de ces régions est aujourd'hui chrétienne. On pourrait, je crois, sans exagération en évaluer le nombre à près de 300,000. — 17*' La républiquedu TransvaaU de 275 à 300,000 habitants. Les dominateurs du pays, Hollandais d'origine, au nombre de 35 à 30,000, se rattachent à l'Eglise réformée. La population indigène, forte de 250,000 âmes, est encore en grande majorité plongée dans les ténèbres du paganisme.— 18® Etat libre du fleuve Orange. 245,000 habitants, savoh*, 45,000 blancs protestants et environ 200,000 nègres, presque tous encore païens. — 19» La colonie de Natal comptait, en 1871, 289,773 habitants. Les Européens sont presque tous protestants, le paganisme indigène est fortement entamé par les nombreux missionnaires protestants et catholiques à TœmTe dans le pays. — 20<» La Cafrerie britannique avec 86,201 habitants est dans le même cas. Les Européens y sont peu nombreux. — 21** La Colonie du cap de Bonme'EspérancevmX^ au recensement de 1871 , 436,381 habitants. Par suite de la grande émigration de colons européens d'une part et du travail missionnaire de l'autre, la majorité est rattachée au protestantisme. Cependant, il y a encore dans quelques régions du pays passablement de païens. — 22» Les Iles de l'Océan Atlantique, îles du Gap- Vert, de San-Thomé, du Prince, de Fernando-Po, d'Annobon, de Corisco, de l'Ascension, de Sainte-Hélène et de Tristan d'Acunha sont toutes colonies des puissanees européennes. La population (129,219 habitants) est protestante à Sainte- Hélène, catholique dans les autres. — 23» Madagaacwr, habitée par les
Howas de race malaise, les Sakalaves de race nègre et d'autres peuplades nuHns importantes, nourrit environ 5,000,000 d'habitants. Le paga- DÎame a disparu officiellement du pays, et sauf i 0,000 catholiques, les babîtants se rattachent à TËglise presbytérienne. ISlais tout semble indiquer que chez beaucoup la conversion au christianisme a été seulement extérieure, et le danger d'une réaction en faveur des erreurs anciennes ii*est pas encore écarté. — 24^ Les lies de la Réunion^ de Maurice^ et des Seychelle$i la première française, les autres anglaises, ont une population totale de 542,965 habitants. Descendants de colons européens et de nègres esclaves, ils sont généralement catholiques. Les îles anglaises contiennent un certain nombre de protestants. Le paganisme règne en^ core dans le cœur de bien des nègres extérieurement catholiques. — 23» Enfin les petites Iles africaines de l'Océan Indien^ les Comores, Nossi- ^«\ etc.. avec environ 80,000 âmes, sont habitées par une population paieane encore dans sa masse, mais déjà fortement entamée par TEvangile. — Résumé : De ce qui précède, il résulte que la population de TAfirique s'élève environ à 207,500,000 habitants. Ce chiffre étonnera peutêtre quelques lecteurs . On trouve encore dans des livres récents la population de ce continent taxée à 80 ou 100.000 000. Cette énorme différence s'explique ainsi qu'il suit : le centre de l'Afrique, complètement inconnu jusqu'à Livingstone et à quelques autres voyageurs contemporains, passait pour être presque désert. Les explorateurs récents, lorsqu'ils sont parvenus à y pénétrer, ont trouvé au contraire que c'était une conti'ée extraordinairement peuplée ; c'est pourquoi les évaluations nouvelles vont quelquefois au triple et au quadruple des anciennes, et la population totale de l'Afrique est comptée pour plus du double de ce que Ton disait il y a vingt ans encore. Du reste, les procédés d'évaluation pour ces pays encore si mystérieux laissent place à bien des erreurs. A l'exception de l'Egypte, de l'Algérie, du Cap et des autres colonies anglaises et françaises, toutes les populations ne sont estimées que d'après les évaluations nécessairement conjecturales des voyageurs, et bien des chiffres subiront sans doute encore de grands changements. Pour le moment nous sonames forcés d'adopter les nombres qui ont pour eux les principales autorités ; sauf deux ou trois exceptions nous avons pris les chiffres de Bebm et Wagner dans les MiUheiltmgen de Petermann, 1875, cahier 41 des suppléments. Voyons maintenant comment les diverses religions se partagent cette population. Les mahométans et les païens de toutes dénominations se partagent à peu près également les habitants de l'Afrique. Nous trouvons en effet 101 ,000,000 de païens et 98,000,000 de mahométans. Il y a quelques années encore l'écart en faveur du paganisme était beaucoup plus considérable, mais l'actiWté missionnaii'e des musulmans fait tous les jours de nombreuses conquêtes et la marche de l'islam vers le sud est sûre et rapide. Les juifs sont dans le nord au sombre de 7 à 800,000. Les diverses communions protestantes ont enliron 6,000,000 d adhérents, dont plus des trois quarts sont les presbytériens de Madagascar. Les monophysites coptes et abyssins vont à environ 2,700,000; 1,100,000 catholiques et 35,000 grecs complètent à peu près pour tous les chrétiens africains le nombre de 10,000,000. —
Organisation ecclésiastique. Depuis le inomeiit où le christianisme régna dans le noixl de TAfrique jusqu'à la conquête musulmane, il y eut dans ce pays un grand nombre de diocèses. Le patriarche d'Alexandrie avait sous lui neuf provinces métropolitaines : 1® Egypte I (métropole Dementure, Hermopolis parva), 14évêchés ; 2° Augustamnique I (Péluse), 16 évèchés ; 3o Augustamnique II (Léontopolis), 9 évêchés ; 4" Egypte II (Cabasa), Sévéchés; o*» Arcadie (Oxyrynchus), 9 évêchés; 6oThébaïde 1 (Antinoé), 40 évêchés; 7*»Thébaïde n(Ptolémaïs), 10 évêchés; S^Lybie 1 ou Pentapole (Ptolémaïs de Cyrénaïque), 1 1 évêchés ; 9® Lybie II ou Marmarique (Dai-danis), 8 évêchés, plus deux douteux. L'Ethiopie (métropole Auxuma) et les diocèses des Himiarites et d' Adule ressortaient probablement aussi du patriarche d'Alexandrie. Le patriarche de Garthage avait sous lui un grand nombre d'évêques. Le P. Gams, bénédictin, dans sa Séries episcopo7*um cote les évêques de 715 sièges. Aujourd'hui l'Eglise catholique compte en Afrique un certain nombre de diocèses que nous allons énumérer : 1 archevêché, Alger; 12 évêchés, Constantine, Cran, Ceuta, Congo et Angola, Saint-Denis, Santiago du Cap- Vert, Maurice, Mozambique, Saint- Paul- de -Loanda, Natal, Tanger, San- Thomé ; 9 >1cariats apostoliques, Abyssinie, Alexandrie, Le Cap, Grahamstown, Guinée, terre des Gallas, le Caire, Libéria et Monrovia, Tunis ; 1 provicariat apostolique, Khartum, et A préfectures apostoliques, Saint-Louis, Nossi-Bé, les îles Seychelles et Tripoli. L'Eglise épiscopale d'Angleterre a des évêques au Cap, à Grahamstown, à Maurice, à Natal, à Sainte-Hélène, à Sierra-Leone,et trois évêques missionnaires dans l'Afrique centrale, au Niger et dans l'Etat libre du fleuve Orange, en tout 9 diocèses. — Bibliographie. Les documents consultés sont trop nombreux pour être tous indiqués ici. Citons seulement plusieurs relations de voyages, la statistique officielle de l'Algérie en 1873 et les publications de l'Institut géographique de Gotha. E. Vauchbr.
AFRIQUE (Eglise d'). On a Thabitude de désigner sous ce nom Tenserable des Eglises chrétiennes qui s'étaient établies dans l'Afrique pi^Kionsulaire et qui y florissaient dans les premiers siècles de notre ère. Par le rôle considérable qu'elle joua dans les controvei^ses dogmatiques et ecclésiastiques de cette époque, non moins que par la notoriété de ses principaux représentants, l'Eglise d'Afrique a droit à une mention toute particulière. Nous ne nous occuperons ici que de la première période de son histoire, qui est naturellement close par l'invasion vandale et la mort de saint Augustin (430). Les années qui suivirent furent pour cette Eglise des années d'angoisses et de décadence; la conquête arabe (698) acheva de la ruiner. — A l'époque où le christianisme y fut introduit, le nord de l'Afrique était divisé, au point de vue politique, en quatre provinces : V Afrique proconsulaire proprement dite, la Numidie^ la Mauritanie Césarienne et la Mauritanie Tingitane, Au commencement du quatrième siècle, on comptait six provinces au lieu de quatre. La Mauritanie Tingitane avait été, il est \Tai, réunie à TEspagne, mais on avait, en revanche, adjoint aux autres la province de Tripolis; on avait subdivisé l'Afrique proconsulaire en deux parties qui portaient les noms de Zeuaitane et de Byzacène , et de la Mauritanie Césarienne on avait
AFRIQUE loi
détaché la Mauritanie Sitifienne, La Numidie seule restait ce qu^elle était. Ces six provinces constituèrent, au point de vue ecclésiastique, le diocèse d'Afrique. La métropole de ce diocèse, la ville qui devint le centre du christianisme africain était Carthage. Détruite de fond en comble, après la troisième guerre punique, elle ressuscita en quelque sorte par la volonté de Tempereur Auguste (29 av. J.-C). Son développement fut si rapide qu'elle ne tarda pas à reprendre son ancien éclat. A côté d'elle on peut citer quelques \illes plus ou moins célèbres : Hippone, Tagaste, Madaure, Miîène, etc. — Comme la plupart des Eglises, celle d'Afrique a essayé de se donner une origine apostolique. La légende, s'emparant du nom de Simon de Cyrène qui s'était acquis une grande notoriété en portant la croix de Jésus (Matth. XXVII, 32) et le confondant avec Simon le Zélote, un des douze apôtres, a fait de ce dernier le premier missionnaire de l'Afrique; elle a aussi prétendu que saint Pierre aurait envoyé de Rome des légats apostoliques à Carthage. Ce sont là des suppositions purement gratuites. Tertullien, qui fait quelque part une énumération des Eglises ayant une origine apostolique, passe sous silence l'Eglise d'Afrique à laquelle pourtant il appartenait. 11 est très-naturel de supposer que les rapports fréquents soutenus par la capitale de l'empire romain avec l'Afrique proconsulaire contribuèrent, pour une grande part, à l'introduction du christianisme à Carthage. Les commencements de l'Eglise d'Afrique sont obscurs. Le premier évéque dont il soit question est Optât de Carthage, qui est cité dans le martyrologe de Perpétue et de Félicité (202). Cependant le christianisme avait introduit comme une vie nouvelle dans le nord du continent africain, et sur ce sol un peu barbare était née toute une littérature. Tertullien, Cyprien, Augustin, et au-dessous d'eux Arnobe de Sicca, Optât de Milène, Fulgence, etc., imprimèrent à la langue latine un cachet tout particulier. Les trois premiers surtout jouèrent un rôle considérable dans l'Eglise d'Occident par la part qu'ils prirent aux luttes dogmatiques, ecclésiastiques et morales de leur temps. — Avant d'aborder l'histoire dogmatique et morale de l'Eglise africaine, rappelons rapidement quels furent ses rapports avec les derniers empereurs romains. Un seul mot les résume : persécution. Dans l'espace de quelques années, le christianisme avait acquis un développement si rapide au sein de l'Afrique proconsulaire qu'il était devenu pour Tancienne religion un rival dangereux; aussi, la population du pays, qui sous le dehors d'une civilisation avancée avait gardé un grand fonds de barbarie, exécuta-t-elle aveô une ardeur sauvage les décrets des empereurs. En 203, Septime-Sévère condamna formellement dans un décret la propagation des doctrines nouvelles, et invita les magistrats a faire, à cet égard, des enquêtes minutieuses. Le proconsul d'Afrique, Saturnin, n'attendit pas ce décret pour sévir contre les chrétiens. Dès l'an 200, douze chrétiens des deux sexes de la petite ville de Scillita furent amenés k Carthage, interrogés et décapités. Deux ans après eut lieu, encore à Carthage, le martyre de Perpétue et de Félicité. En 2ii, sous Caracalla, nouvelle persécution, mais qu'il faut attribuer moins à l'empereur qu'au proconsul Scapula. l^' Apologie de
Tertullien n*avaii pas empêché la première persécution ; sa belle LêUrt à Scapula ne diminua pas les rigueurs de la seconde. L'Eglise jouit d'une sécurité relative sous Macrin, le meurtrier de Caracalla, et sous Héliogabale (2t8); Alexandre-Sévère (222-235) lui fut même favorable. Sous les empereurs suivants, en particulier sous Maximin le Thrace (23^338)) la persécution se raviva; mais FEglise même d* Afrique ne fut directement atteinte que sous Décius (2i9-25i). Les rigueurs furent telles que de nombreuses défections eurent lieu, et c'est alors que surgit la grave question des chrétiens tombés, des lapsi^ où se fit sentir d'une façon particulière Tinfluence de saint Cyprien. Le pieux évêque n'était pas à Carthage au moment où la persécution y sévissait. Comprenant que Theure du martyre n'avait pas encore sonné pour lui, il s'était réfugié dans une retraite inconnue d'où il continuait à gouverner son Eglise, l'exhortant par ses lettres et combattant avec succès le schisme du prêtre Félicissimus que ses adversaires voulaient asseoir à sa place sur le siège épiscopal. Quand il put reparaître au milieu des siens, il trouva son troupeau affaibli et divisé. Beaucoup de ceux qui avaient faibli voulaient rentrer en grâce. La question était délicate : on était porté d'une part à une trop grande indulgence , tandis que d'autre part on réclamait une sévérité excessive. Cyprien, unissant la fermeté à la douceur, écrivit à ce sujet son traité De lapsis, dans lequel il déclare que si ceux qui ont failli ne doivent pas être rejetés à toujours, il ne faut cependant les admettre au pardon qu'après pénitence. Les empereurs Gallus (2S1-2JÎ3) et Valérien (253-260) continuèrent, quoique avec moins de rigueur et de persistance, la politique de Décius; mais les quarante années qui suivirent la mort de Valérien furent de nouveau pour l'Eglise une période de tolérance et de calme. La terrible persécution de Dioctétien et de ses associés (30:3-313) n'en dut paraître que plus formidable. L'Eglise d'Afrique fut particulièrement éprouvée. C'était surtout contre les Livres saints que les païens tournèrent leur fureur. Le décret de Dioctétien portait entre autres que « les exemplaires des Livres sacrés devaient être jetés au feu » (Eusèbe, H. £., Vill, 2). Beaucoup de chrétiens croyaient satisfaire à la fois à leur conscience et à leur sécurité en livrant, au lieu des saintes Ecritures, des manuscrits des livres hérétiques. On les appela traditores. La plupart firent preuve d'un courage héroïque : ainsi, Félice, évêque de Tabura, qui r^ista è toutes les injonctions. L'édit de Milan (313) inaugura pour l'Eglise une ère nouvelle; le christianisme devenait religion d'Etat avec Constantin; mais TEglise d'Afrique ne devait pas connaître de sitôt la paix exté* rieure ; le schisme des donatistes lui causa presque autant de donmiage que la persécution païenne. — Cela nous amène à parler de l'attitude que cette Eglise prit dans les questions disciplinaires et morales. Dans un excès de réaction contre la corruption de la société païenne, quelques chrétiens se jetèrent dans un ascétisme outré, et cette tendance donna naissance en particulier à la secte des monOmistei et à celle des novQtiens (voy. ces articles). Mais ce fut surtout contre le donatùme que l'Eglise d'Afrique eut à lutter (voy. cet article). Comme les précédents, les donatistes affichaient une rigueur disciplinaire exceisivt.
HalheureuBement, au lieu de les abandonner à risolement auxquels ils te condamnaient eux-mêmes, Constantin donna le premier, contre eux, le signal des persécutions (314). Les donatistes se crurent en droit de combattre la force par la force. Us se liguèrent avec tout ce qu'il y avait en Afrique de sujets opprimés, d'esclaves maltraités, de débiteurs poursuivis, en un mot avec tous les ennemis jurés de Tordre social. A leur suite, les « circoncellions , » espèce de mendiants vagabonds, armés, disaient-ils, pour combattre Satan, parcouraient les campagnes, dépouillant les voyageurs, pillant les maisons, se livrant à toutes sortes d'excès. Il était vraiment impossible de ramener ces fuiieux pai* la persuasion. Saint Augustin, qui s*y était d'abord essayé dans plusieurs conférences, finit par les abandonner à la rigueur des édits d'Honorius (412). L'Etat, on le voit, inter\'enait de plus en plus dans le règlement des affaires ecclésiastiques; TEglise cependant s'était organisée en dehors de lui et possédait son gouvernement propre. Dans le principe tous les fidèles étaient « prêtres et sacrificateurs, » mais peu à peu et par la force même des choses le gouvernement spirituel se concentra entre les mains d'un petit nombre. Ainsi naquit la distinction entre le clergé et les laïques. Au commencement du troisième siècle, Tertullien s'écriait sans doute : « Nous laïques, ne sommes-nous pas aussi prêtres? » mai^ déjà la hiérarchie était fondée et depuis le milieu du troisième siècle. sous l'influence de saint Gyprien surt(»ut, Tépiscopat obtint sur la prêtrise une prééminence sensible. L'évêque de Garthage ne lutta pas avec mollis d*ardeur contre la primauté romaine et en plusieurs circonstances il maintint formellement son avis contre celui de Tévêque de Rome. Selon Cyprien, la décision d'aucun évêque ne pouvait prévaloii* dans l'Eglise catholique, qu'autant qu'elle était confirmée par le corps épiscopal tout entier. Disons toutefois que le même Gyprien, sans prendre expressément le nom de métropolitain de sa province, en joua souvent le rôle. Les évêques de la Numidie, de la Mauritanie ou de la Tripolitane se réunirent souvent en synodes généraux sous sa présidence, et le siège épiscopal de Garthage finit par acquérir une sorte de primauté de fait. Cet état de choses s'afRrma surtout sous Aui*èle, qui lut évéque de Garthage de 392 à 429. L'évêque du chef- lieu de chacune des six provinces dont se composait l'Eglise d'Afrique fut considéré comme une sorte de primat, mais seulement dans le sens d'évêque du premier siège {primx sedis episcopus). Toutefois ce ne fut pas là pou?* TEglise d'Afrique une règle absolue, et la dignité de primat fut souvent atUibuée non pas à l'évêque du chef-lieu, mais à celui dont l'ordination était la plus ancienne. Gela n'empêcha pas l'Eglise de Garthage de conserver la prépondérance et Aurèle, en particulier, ne laissa passer aucune occasion de l'afllrmer. Ego cunctarum ecclesiarum dignatione IM^uticilis, fratres, soUicitudinem sttstineo ^ dit-il au troisième concile de Garthage. Ge pouvoir étendu était pourtant limité par le concile général devant lequel étaient portées les affaires qui concernaient les Eglises de toutes les provinces africaines. A l'époque d 'Aurèle ce concâa devait se réunir tous les ans, le 23 août ; plus tard il fut décidé qu'il ne serait convoqué que lorsque les circonstances l'exigeraient {Cod,
eccl. Afr., can. 95). Les décisions du concile général devaient être sans appel et rexcommunication était la peine réservée à ceux qui lente* raient de faire intervenir une autorité d'outre-raer. — Cet esprit d'indépendance que Ton constate dans Torganisation ecclésiastique de l'Eglise africaine, se retrouve en quelque mesure dans ses croyances dogmatiques. D'une manière générale, elle se rattachait à la tendance réaliste pratique par opposition à la tendance scientifique idéaliste représentée par l'école d'Alexandrie. TeHullien qui fut d'abord son principal docteur apparut sur la scène au moment où la doctrine chrétienne s'affirmait contre les sectes théosophiques. Les gnostiques, on le sait, faisaient bon marché de la tradition et de la lettre. Tertullien afRrma au contraire qu'il fallait s'y asservir et que là même où elles répugnaient le plus à l'intelligence humaine, leur apparente absurdité était un titre de plus aux yeux de la foi. « Credo quia ùieptum, » disait-il. Les gnostiques essayaient de résoudre par les fantaisies de leur imagination ces grandes questions de l'origine du monde et de l'existence du mal ; ils avaient inventé à ce propos le système des émanations. Tertullien, et avec lui l'Eglise d'Afrique, professe la création exnihilo, par un acte absolu de la volonté de [Dieu, et l'existence de ce Dieu se prouve par le témoignage de l'âme naturellement chrétienne. Dans son réalisme outré, Tertullien allait jusqu'à attribuer un corps à Dieu. A vrai dire, c'était là du matérialisme et ce matérialisme s'affirme ingénument dans ses idées sur la nature de l'àme humaine; selon lui, l'âme était corporelle et se propageait avec les corps; on a appelé ce système le traducianisme. Le réalisme de l'Eglise d'Afrique ne s*affirma pas moins en christologie, et le génie matérialiste de Tertullien n'était nullement embarrassé pour expliquer comment Dieu était devenu Père et pour faire ressortir l'identité de substance du Fils et du Père. C'est Tertullien également qui introduisit dans le langage théologique occidental le mot de trinité pour désigner un Dieu triple quant aux personnes qui le composent et un par la substance. Les disputes ariennes n'agitèrent pas trop l'Eglise d'Afrique ; cependant, par l'oi^ane de saint Augustin, elle dit son mot lors de la rédaction du dogme trinitaire, et fit ajouter, en Occident, au symbole de Conslantinople le fameux Filioque. Des questions d'une nature plus pratique occupaient l'Eglise latine : c'étaient celles qui concernent l'homme, les rapports de son libre arbitre avec la grâce et les forces dont il dispose pour remplir les conditions du salut. Nous n'avons pas à faire ici l'histoire de la controverse pélagienne ; il nous suffira de rappeler que saint Augustin fut le plus infatigable et le plus implacable adversaire de Pelage et de Cœlestius. Il les fit condamner par plusieurs conciles réunis en Afrique même, entre autres par les conciles de Carthage de 412, 41 G et 417. Si l'histoire de l'Eglise d'Afrique peut se clore à la mort de l'illustre évêque d'Hippone, son influence a persisté bien au delà. Grâce à lui, les doctrines de l'Eglise d'Afrique ont été pendant des siècles la norme de la croyance des Eglises chrétiennes aussi bien catholique que protestantes. — Voyez surtout Muntcr, Pi^imnrdia ecclesix Africanx^ Hafn., 1829. ^ A. Qart.
AGABUS — AGAPES 105
AGABUS ÇXyaJSoç, nom évidemment hébraïque, peut-être le même que Khagab, Esd. Il, i6), prophète chrétien de la primitive Eglise mentionné deux fois dans les Actes (XI, 28, et XXI, 10). La première fois à Antioche, Agabus prédit une grande famine qui devait s'étendre à toute la terre. On s'accorde assez à voir dans cette prédiction la famine qui sévit particulièrement en Judée en Tannée 44 et la quatrième du règne de Claude (Josèphe, Ant, XX, 2, 6 ; Eusèbe, ff. E,, II, 8; Orose, VII, 6). Plus tard, à Césarée, dans la maison de Philippe Tévangéliste, il prédit encore par un acte symbolique la captivité de Paul à Jérusalem. Agabus est Tunique prophète chrétien du Nouveau Testament dont le nom ait été conservé. Mais, à cette époque, les hommes en qui revivaient TanUque esprit et Texaltation prophétique étaient nombreux (Actes XI, 27; XXI, 9; i Cor. XII, 28; XIV, 29; Ephés. III, 5; IV, il). Les prophètes avaient même rang dans TEglise et venaient après les apôtres.
AGAPES, du mot grec «Yairr^ qui, dans le Nouveau Testament, désigne surtout Famour fraternel. C'est le nom des repas mystiques que les premiers chrétiens prenaient en commun et qui se terminaient par la célébration de TEucharistie. Le mot revient souvent chez les auteurs ecclésiastiques des quatre premiers siècles. On ne le trouve, dans ce sens, qu'une fois dans le Nouveau Testament, Epitre de Jude, 12. (La leçon parallèle de 2 Pierre 11, 13, que nous offrent les manuscrits A, C, ne parait pas être la bonne). Il est vraisemblable que le livre des Actes fait allusion à ce repas fraternel quand il parle de Thabitude des chrétiens de rompre le pain en commun (Actes II, 42, 46, et XX, 7). Paul le mentionne expressément et le nomme xuptaxbv îetirvov (1 Cor. XI, 20). Cette expression en démontre Torigine chrétienne et ne permet pas d'y voir une imitation ou un emprunt fait aux esséniens ou à quelque autre sccle juive ou païenne. L'agape est évidemment dans TEglise le souvenir et la répétition du dernier repas de Jésus avec ses disciples à la fin duquel il institua la sainte Cène (Matth. XXVI, 8; 1 Cor. XI, 23). Voilà pourquoi Tagape et la sainte Cène étaient séparées du culte public dans la primitive Eglise et célébrées ensemble le soir (Actes XX, 7 ; Pline, Epfst.j X,96). A Jérusalem, dans les premiers temps, ce repas mystique avait lieu tous les jours. Mais un tel état de choses ne pouvait durer qu^auss^ longtemps que TEglise était peu nombreuse et que la charité y produisait et y maintenait cette communauté de biens dont il est question dans le livre des Actes. Plus tard les agapes n'eurent lieu que le dimanche. Bientôt des abus et des désordres se produisirent qui amenèrent des changements plus importants. Déjà Paul blâme vivement la manière dont ces agapes se tenaient à Corinthe (1 Cor. XI, M, 22). Il n'y reconnaît plus le repas du Seigneur. Ces festins ressemblaient trop à ceux qui suivaient les sacrifices païens. Au lieu de tout mettre en commun , chacun mangeait ce qu'il avait apporté. Les uns sortaient presque ivres, les autres ayant faim. Les riches semblaient insulter par leur abondance à la misère des pauvres. Ajoutons que ces agapes non-seulement donnèrent à l'autorité romaine l'occasion d'appliquer à TEglise chrétienne les lois contre les hétairies ou corpo-
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rations dont les membres se réunissaient en des banquets réguliers (Pline, Epist,^ \, 97), mais encore par le seul fait qu'elles avaient lieu dans Fintimité et là nuit, elles donnèrent lieu à toutes ces rumeurs absurdes qui couraient dans le peuple sur le compte des chrétiens. La distribution symbolique du corps et du sang du Christ devenait un repas de chair humaine. Le baiser fraternel que se donnaient avant de ^ séparer les membres de la communauté se transformait en scènes de débauches incestueuses. La lettre de PUne a démontré la fausseté de ces calomnies. Mais il n'est que trop vraisemblable que les désordres dont se plaignait Paul durent aller en augmentant dans les Eglises d'origine païenne. Aussi en vint-on bientôt à sé()arer la sainte Gène de Tagape et à la joindre au culte du dimanche matin. Nous trouvons cette révolution accomplie à l'époque de Justin Mart}T (140), qui nous donne dans sa première apologie, une description du culte chrétien dont la sainte Gène est déjà la partie centrale. A partir de cette séparation, la sainte Cène et l'agape eurent des destinées bien contraires. La sainte Gène acquit chaque jour une plus grande importance et une plus haute signification dans le culte, la doctrine et la vie de l'Eglise, jusqu'au sacrifice de la messe et au dogme de la transsubstantiation. L'agape, au contraire, privée de son élément capital, réduite à un simple banquet fraternel, dégénéra de plus en plus et perdit de son importance et de son rôle dans la vie de l'Eglise. Sans doute Tertullien, avant la période montaniste de sa vie, en fait le plus chaleureux éloge (Apologet,^ 39) et Julien l'Apostat recommande aux païens d'emprunter cette coutume aux Galiléens; mais des voix de plus en plus nombreuses, inspirées par l'esprit ascétique envahissant l'Eglise ou par les désordres moraux qu'amenaient ces agapes, s'élèvent contre elles a partir du troisième siècle (Clément d'Alexandrie, Pxdag.^ II, i; Chrysostome, Hom. XXVIl in 1 Cor. XI; Augustin, Epist.^ 64). Du temps de ce dernier, les agapes n'étaient guère plus que des repas de charité que les riches donnaient aux pauvres. Sans les condaînner, plusieurs évéques, à l'exemple d'Ambroise de Milan, et plusieurs conciles défendirent de les célébrer dans les Eglises (Concile de Garthage, III, 39i, c. 30). Avec le cinquième siècle, les agapes disparaissent. Peut-être faut-il en voir des traces dans certaines habitudes populaires et distributions faites aux pauvres en quelques pays, le jour des Rameaux, le lundi de Pâques ou le jour de Noël.
A. SABATISa.
AGAPET I" (saint) [Agapitm, Agapetus], Romain, fut pape de juin 535 à septembre 536. Envoyé à Constantinople pour négocier au nom du roi des Ostrogoths, Théodat, menacé par BéUsaire, avec l'empereur Justinien, il s'employa à combattre le monophysitisme et réussit à mettre sa créature Mennas à la place du patriarche hérétique Anthime. Dans une lettre adressée à l'évêque de Jérusalem, il célèbre son triomphe en comparant le premier évêque d'Orient qui ait été sacré par un pape à ceux qu'a institués saint Pierre. Il mourut à Constantinople. Sa vie, attribuée à Anastase, est dans Muratori, Scr, r. Itai.^ m» i, p. 428. Yoy. Hefele, II, IM. Ses lettres se lisent dans Hansi^YIIl.