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Saint-Caprais a été bâtie du onzième au seizième siècle sur les ruines d'une première basilique fondée, suivant la tradition, par saint Dulcide, qui fut évéque en 405 {Gallia Christiana, II).
AGENAIS. La Réforme ne s'introduisit ostensiblement dans cette contrée, qui ressortit plus tard au synode de la Basse-Guyenne et forma les deux colloques du Bas et Haut-Agenais , que lorsque Gérard Roussel prit possession de l'abbaye de Clairac en 1530. Pourvu de ce bénéfice par François !«•, favorable à cette époque aux idées nouvelles, le célèbre réformateur donna aussitôt des conférences qui attirèrent une foule de moines, lesquels quittèrent leurs couvents sur Theure et propagèrent les doctrines réformées. Quatre ans plus tard, Calvin étant venu visiter le savant et pieux Lefèvrc d*Etaples, qui s'était retiré à Nérac pour fuir la persécution, Roussel eut des entretiens avec lui touchant Forganisation de l'Eglise, mais les deux docteurs ne pui*ent s*ent«ndre. Calvin voulait « raser sur terre pour bâtir un nouvel édifice, » tandis que Roussel désirait seulement restaurer ce qui existait déjà ; de là l'éphithète de temporiseur que lui donnait volontiers le premier. Deux ans après (1536), les doctrines réformées furent professées à Agen pour la première fois piu» le régent Philibert Sarrasin, «homme docte, vertueux et craignant Dieu, » qui devint l'ami du célèbre Scaliger et le précepteur de son fils aîné. Bientôt suspect de « luthérerie, » Sarrazin fut obligé de fuir pour ne pas être appréhendé au corps par le conseiller Geoffroy de la Chassaigne, délégué par le parlement de Bordeaux pour informer contre les partisans des idées nouvelles a Agen. Scaliger lui-même, accusé de posséder des livres hérétiques, « d'avoir dit le carême n'être de l'institution ni de Christ ni des apô- « très, ni la transsubstantiation article de foi sinon depuis le concile de ce Latran et finalement d'avoir mangé de la chair en t«mps prohibé, » ne dut sa liberté qu'à la protection des amis qu'il comptait parmi le parlement. Les autres luthériens d'Agen furent condamnés à « faire amende honorable devant le grand temple, en chemise la torche au poing » et à abjurer. En i539 l'official de l'évêque d'Agen, plus sévère <iue le -parlement, condamna le moine jacobin Jérôme Vindocin, qui avait fait le voyage de Genève, à être brûlé vif, supplice que le courageux martyr endura avec une grande constance (4 fév.). Dans une autre partie de TAgenais, àTonneins, en 1541, l'Allemand André Mélanchthon et Jean Carvin d'Artois « tenaient des écoles et prêchaient. » Aymon de la Voye faisait de même à Sainte-Foy. Le courageux confesseur ayant appris qu'il était décrété d'arrestation par le parlement de Bordeaux ne chercha pas à fuir, « répondant à quelques amis particuliers « qui le pressaient de sortir, que c'était le fait de mercenaires et faux « prophètes. » Conduit à Bordeaux vers la Noël, il souffrit pendant neuf mois « toutes sortes d'indignes et cruels traitements, » fut mis en vain à la question extraordinaire pour dénoncer ses amis, convertit un jeune carme qui était venu l'exhorter et marcha au supplice en chantant le psaume CXIV (21 août 1542). Peyreton, archer d'Agen, et Nicolas Charpentier, de Castelmoron, se virent également condamnés au 4nipplice du feu. Le parlement de Bordeaux ordonna encore, le 4 août
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1S42, de poursuivre contre plusieurs personnages « accusés d*être tt sectateurs et auteurs de certaines doctrines contraires à la foi de « TEgiise catholique, » et Paul Denserville, « convaincu de blasphènie « séditieux et perturbateur de la foi catholique, » fut condamné à la même époque à faire amende honorable au devant de l'église SaintrAndré de Bordeaux et à « être brûlé vif et son corps mis en cendres <c en face du palais du parlement. » Le 7 mai 4556, Arnaud Monier, de Saint-Emilion, et Jean de Gazes, de Libourne, furent également brûlés vifs à Bordeaux en vertu d'un arrêt du parlement qui, du même coup, défendit à son de trompe « Timpression et vente des « Pseaumes et du Nouveau Testament en français. » En 4558 Pierre Saubin, conseiller au présidial d'Agen, accusé de luUiéranisme, fut conduit à Bordeaux, u où il endura beaucoup d'inhumanités, mais tant y « a que finalement il en échappa par une amende pécuniaire et ne « laissèrent les petites assemblées de passer outi'e ». Cependant le timide Gérard Roussel, qui avait été promu, dès 4536, à Tévôché d'Oléron en Béarn par la reine Marguerite de Navarre, fut bientôt distancé par ses partisans, qui organisèrent des Eglises évangéliques. C'est ce que fit en particulier son propre vicaire général, le bénédictin Aymeric, qui devint le premier pasteur de Clairac. Son exemple fut suivi et Ton vit peu à peu se fonder diverses Eglises, à la tête desquelles furent placés des ministres venus de la Suisse. Les documents de l'époque mentionnent François le Guay, dit Boê Normand, et Vigneaux, pasteur à Bordeaux en 1558 ; Oudet Nott, à Castelmoron, exï 4561 ; Jean Yoirin et Jacques Fontaine, a tous deux de grande doctrine et piété, » à Agen en 4560. Voirin était doué d'une vive éloquence et on dut lui livrer les églises des Jacobins et de Saint-Phébade d'Agen, pour contenir les nombreux auditeurs avides de l'entendre. Un synode (Nrovincial, assemblé à Bordeaux en 4561 et qui compta 40 pasteurs, donna un corps à toutes ces Eglises. Le parlement irrité rendit un arrêt sévère, qui ordonnait l'arrestation de tous les « prêcheurs » et faisait défendre à toute personne d'aller les ouïr sous peine de mort. En même temps, il envoya des commissaires dans la sénéchaussée d'Agen « à l'effet d'in- « former contre les hérétiques, d ayant eu soin de leur donner pour escorte une compagnie de soldats à sa solde. Un grand nombre d'évangéliques furent arrêtés et pendus, leurs assemblées dissoutes par les soldats et leurs lieux de réunion démolis. Comme on pouvait s'y attendre, il y eut des représailles regrettables de la part des évangéiiques et le feu de la discorde fut allumé dans tout le pays. Le féroce maréchal de Montluc, qui s'intitulait « le boucher royaliste, » et reçut plus tard des féhcitations du pape pour ses exécutions, vint, sans mission ofQcielle d'abord, puis avec une commission en règle du roi, prêter main-forte au parlement, et le sang coula de toutes parts. I^es guerres de religion, qui surgirent ensuite, ne contribuèrent pas peu à augmenter le nombre des massacres des protestants (celui de Penne, en 456i, est resté célèbre), et les condanmations juridiques se multiplièrent à l'infini. L'édit de Nantes ouvrit une ère de prospérité et de paix pour les Eglises agenaises. Elles euraot cependant à flouffinr des
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trois nouvelles guerres de religion du dix-septième siècle. Glairac fut pris en 1621 et pillé, et le consul Denys, le ministre Lalfargue et le procureur de même nom pendus. Plusieurs autres périrent noyés. On rasa complètement les fortifications de Monheurt qui étaient en fort bon état. En I6S9, Tonneins fut à son tour incendié. Après ces événements, les Eglises de TAgenais jouirent paisiblement de leur droit d*exercice ju8qu*aux approches de la révocation, alors qu'elles furent interdites les unes après les autres et virent leurs temples rasés et leurs conducteurs spirituels bannis. Nous citerons parmi les pasteurs agenais les plus distingués de cette époque, Primerose, Gigord et Garissoles. L* Agenais demeura sans pasteurs, mais non sans souffrir, pendant de longues années..Ge n'est qu'en 4740 que les assemblées du désert y prirent une certaine importance. En 1745, elles étaient présidées parle pasteur Ollivier, dit Jean de Loire, et en 1754 par lé jeune et courageux Grenier de Barmond, qui déploya la plus grande activité dans son œuvre. A partu* de cette époque et malgré le schisme fâcheux de Laune, dit Dubois, qui avait accepté, en 1701, la vocation des Eglises de Tonneins, Nérac et autres, mécontentes de certaines décisions des synodes, les Eglises de TAgenais ne cessèrent de s'affermir jusqu'à la Révolution, à travers des alternatives de persécution et de tolérance, fruit de la versatilité des idées de la cour. A l'époque de la réorganisation des cultes, l' Agenais, dont a été fait le département de Lot-et-Garonne, fut divisé en cinq coBsistoîres : Tonneins (avec 3,500 protestants en 1870), Glairac (3,200), Nérac (1,500), Lafitte (2,700) et Gastelmoron, embrassant plus de 160 communes habitées par des protestants. (Voyez Bèze, Hist, ecclés,; Alph. Lagarde, Chronique des Eglises réformées de t Agenais ^ 1870).
E. Arnaud.
AQKNDE. Bien que ce mot, dans son sens ecclésiastique, n*ait jamais ' été jusqu'ici usité en France et qu'il ne figure à ce titre dans aucun de nos dictionnaires, il est d'un usage si courant dans Thistoire religieuse de TAllemagne qu'il nous a semblé devoir lui faire une place ici, d'autant plus que nous ne possédons en français aucun terme qui y corresponde exactement. Le mot agende n'a jamais eu qu'une signification fort restreinte : il désignait l'office des morts en neuf leçons chez les Chartreux (voyez Littré, Dictionnaire); il aurait aussi, d'après M. Littré, désigné quelquefois l'administration municipale, mais ce sens n est nullement établi, et la seule citation de Bossuet que M. Littré apporte à l'ippuif et que nous n'avons pu retrouver dans le livre XV de \ Histoire ét$ variations^ d'où elle serait tirée, nous paraît avoir une tout autre signification. Le mot latin agenda^ usité chez les plus anciens auteurs et toujours au pluriel, désigne le culte public en général et la messe en particulier, car on disait couramment missas agere pour célébrer la messe. Ainsi, dans les Actes du second concile de Garthage, sous Gélestin I«, can. 9 : In quibusdam locis sunt presbyteri qui, cuw plurimis in damieiliis agant agenda, ainsi dans la lettre d'Innocent !«>' (f 417) à Decentius : Quem inorem vel in consecrandis mysteriis, vel in cxteris AftBNins areanis teneat; et dans la règle de Saint-Benoît : Cxterts vero jAums uUima pars ejus oraHonis {dominicœ) dicitur ut ab omnibus res*
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f)ondeatur : Sed libéra nos a mnlo. Le mot agenda diei désigne souvent aussi l'office du jour. De là à désigner sous le nom A'ageiuia un livre indiquant Tordre à suivre dans les offices, la transition était facile. D'après Daniel, auquel nous empruntons la plupart de ces renseignements, le mot agenda^ pris dans ce dernier sens, apparaît pour la première fois en 1287, chez Jean de Janua^ qui remploie en désignant par là liber baptismalis vel hcnedictionis, — Dans les premiers siècles, il est presque certain que TEglise n'a pas voulu consigner par écrit les formes liturgiques de son culte, mais qu'elle les a conser\'ées par la tradition orale avec les autres éléments de ce qu'on appelait disciplina arcani (voyez l'article Liturgie). On ne voulait pas qu'elles pussent tomber entre les mains des païens. Qu'on se rappelle qu'on attendait le moment du baptême pour communiquer au néophyte le texte de l'oraison dominicale et du symbole de la foi. La partie de la Liturgie qui fut probablement écrite le plus anciennement fut ce qu'on appela les Diptyques, ou tablettes sur lesquelles on inscrivait les noms de ceux pour lesquels on priait à l'office public, car ces noms ne pouvaient guère être conservés par la mémoire (voir Martigny, Dictionnaire des antiq. chrétiennes^ art. Diptyque), Plus tard, l'extension de la liturgie primitive et les prières qui se rapportaient aux diverses fêtes de l'année rendirent nécessaire la rédaction de ses diverses parties. Ou appela en Occident ces manuscrits libelli. Ils ne contenaient au début que les parties variables des liturgies (voir la très-intéressante publication de Mone, Lateinische und gnechische Atessen aus dem zweiten bis sechsten Jahrhundert). Ensuite on rédigea le tout, comme nous le voyons dans les manuscrits les plus anciens des sacramentaires romains. Mais le savant Muratori affirme que dans tous les manuscrits qu'il a vus antérieurs à l'an 1000, les parties variables de la liturgie sont toujours écrites sur un autre cahier que celui qui renferme le canon de la messe. Ces différents livres durent se multiplier avec le temps, car il devait y en avoir un pour chacune des cérémonies que le prêtre accomplissait. C'est ainsi que, dans le moyen âge, nous voyons qu'on se sert des livres liturgiques suivants : Atanuak, Obsequiale, Benedictionale^ Sacerdotale^ Ordinatorium^ qui tous reçoivent le nom d'Agenda. Ils furent parmi les premiers livres que l'imprimerie servit à répandre. Ainsi, en 1513, nous voyons paraître à Mayence VAgende de l'archevêque Uriel; en 1551, au même lieu, une no\i\e\\e Agaide de l'archevêque Sébastien, etc., etc. Peu à peu, et surtout après l'édition officielle du Rituak romanurtiy sous Paul V, le mot agende est adopté par l'Eglise luthérienne, et il ne conserve plus dans l'Eglise romaine que le sens de rituel ^ qui tinit par l'y remplacer. — La Réformation dut créer une forme de culte conforme à son esprit. En 1523, Luther publiait un écrit sur l'ordre à suivre dans le culte public. En 1524 paraissait à Wittemberg une Formula missœ et communionis pro ecclesia Vuittembergemi; en 1526, un ouvrage tout semblable en langue vulgaire, Deudsche Messe und ordnung Gotlis diensts. Luther y ajoutait des formulaires pour le baptême et le mariage. Ces différents formulaires étaient peu à peu réunis et publiés dans chaque Etat sous le titre de Kùrchen-
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ordnung ou à'Agende. Us déterminaient Tordre plus ou moins complet du service divin, en réunissant, comme dans le Common prayer book anglican, des éléments qui se trouvaient dispersés dans les divers offices de I*Eglise romaine; et comme Tépiscopat n'existait plus en qualité de ministère distinct chez les luthériens, ils faisaient aussi des emprunts au Pontifical, par exemple pour les semces de confirmation et d'ordination, et aussi aux livres de droit canon pour certains cas de discipline. Ils sont tous écrits en langue vulgaire, quoiqu ils aient conservé un grand nombre d'appellations latines. Nous pouvons citer, parmi les plus anciennes agendes protestantes, celle du grand-duché de Prusse, 1525 {Landesordnung des Herzogthums Preussen) ; celle de Brunswick, rédigée par Poméranus en 1528 ; celle de Hambourg, 1529 ; de Gœttingue, 1530 ; de Lubeck, 1531, etc. La multiplicité des Etats dont était alors composée TAllemagne favorisa la diversité des formes liturgiques. Parmi tant de formulaires, on peut distinguer trois familles principales : les agendes luthériennes, celles qui ont plutôt une direction catholique, celles qui ont été inspirées par Tesprit calviniste. Parmi les agendes plus strictement luthériennes, on doit citer en première ligne celle qui fut publiée en 1533, par Osiander et Brenz, pour le Brandebourg et le territoire de Nuremberg, et celle du duc Henri de Saxe en 1539, celle du Mecklembourg en 1552. Parmi celles qui sont restées plus fidèles à la tradition catholique, celle de Joachim H en 15-iO. Parmi les calvinistes, celles du Wurtemberg, du Palatinat, de Bade et de TAlsace, en particulier celle du duc Christophe de Wurtemberg publiée en 1553. La plupart de ces agendes subsistèrent sans modification sensible jusqu'au milieu du dix-huitième siècle, où Tinfluence de plus en plus prédominante du rationalisme se fit sentir dans la liturgie comme dans le chant d'église. Alors on vit paraître dans les prières publiques toute la phraséologie de Tesprit nouveau, les termes philosophiques de vertu, de raison, de lumière, etc. ; les corrections se multiplièrent dans une direction en général très-prosaïque et plate. La grande inspiration de la foi chrétienne avait disparu, et Ton s'éprenait d'enthousiasme pour des nouveautés qui nous semblent aujourd'hui singulièrement vieillies. Dans les autres Eglises protestantes, le dix-huitième siècle vit s'accomplir des transformations de même nature. Les Eglises réformées avaient, il est vrai, attaché beaucoup moins d'importance à la liturgie que les Eglises luthériennes. Zwingle avait laissé une très-grande liberté à cet égard, f/ùt publiée precandi mo8 recipietur^ avait-il dit dans son ouvrage De cnn. vmsx, prxf.y p. 176, utetur quœlibet eccL quitus placebit orationibusy modo sint ad regulam vei^bi Dei farmatx. Calvin s'était exprimé dans le même sens (voir à l'article Liturgie tout ce qui concerne l'histoire de ce sujet). Cependant l'Eglise réformée, soit helvétique, soit calviniste, et cette dernière dans ses diverses branches, avait conservé quelques éléments liturgiques qui subirent au dix-huitième siècle la même modification que nous observons chez les luthériens. L'Eglise anglicane au contraire fut préservée de ces déviations par son attachement à son antique liturgie. — Notre siècle a vu s'accomplir une véritable révolution liturgique, en ce sens que la plupart des agendes dont nous parlons
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ont été l'objet de révisions successives qui ont fait disparaître les effets de rinfluence du dix-huitième siècle et se sont inspirées de Tesprit dei Ecritures et de l'antiquité chrétienne. La nouvelle agende prussienne mérite surtout notre attention par les luttes ardentes qu'elle a soulevées. Il convient donc que nous en retracions sommairement Tbistoire. En 1798, Frédéric-Guillaume III, sous Tinfluence du théologien Saok, se décida à réformer la liturgie de son royaume et nomma dans ce but une commission composée de théologiens réformés et luthériens, tels que Hacker, Teller, Zœllner, Conart, Meierotto et Sack. Ce travail devait évidemment se faire dans le sens des idées régnant à la fin du dixhuitième siècle, c'est-à-dire du rationalisme de la période de YAufklm" rung. Il fut arrêté par les guerres qui bouleversèrent alors F Allemagne, et lorsqu'il fut repris, à la suite de la défaite de la France en 1815, le roi était revenu lui-même, sous Tinfluence des circonstances doulou*reuses qu'il avait traversées, à des idées chrétiennes positives. Il était douloureusement affecté de l'anarchie des idées qui régnait dans l'Eglise protestante, et il jugeait que l'établissement d'une liturgie bien faite était un des moyens les plus efficaces d'y remédier. On voit dans ses lettres publiées par Eylert {Characlerzûge aus dem Leben Friedrich Wilhelm III) à quel point cette idée le préoccupait; il sentait qu'une liturgie devait, pour réussir, se garder de trop improviser^ de trop sacrifier au goût contemporain et qu'il fallait qu'elle puisât largement aux grandes sources de lantiquité chrétienne. C'e^t sous cette influence que parut en 181(5 une liturgie pour l'Eglise de la cour et de la garnison à Potsdam et à Berlin dont l'auteur resta inconnu, ce qui fait qu'on y vit l'œuvre personnelle du roi lui-même. Elle fut assez vivement critiquée dès son apparition par Schleiermacher ; cette critique stimula le roi qui travailla directement a une révision de ce premier essai, en s'inspirant davantage encore des traditions du seizième siècle. L'édition nouvelle fut soumise à l'examen des consistoires qui raccueillirent de façons fort diverses, et dont quelques-uns y firent une assez violente opposition. Le roi voyant que les arguments qu'on lui opposait étaient souvent contradictoires et que la discussion, en se prolongeant, ne ferait que s'envenimer, résolut d'agir d'une manière autoritaire en usant de son droit de summus episcopus, de premier évêque de TEglise. Il fit donc paraître en 1822 Y Agende ecclésiastique pour la chapelle royale et pour la cathédrale. Il fit cadeau de cette liturgie à chacune des Eglises qui se déclaraient prêtes à l'adopter, en l'accompagnant d'une lettre autographe. Deux théologiens distingués, Augusti et Ammon, se prononcèrent ouvertement en faveur de \ agende nouvelle. Mais bientôt arriva un flot de protestations; on vit paraître des écrits anonymes, ou publiés sous des noms empruntés, tels que celui de Pac//îa*aiStiicerMs (Schleiermacher): Sur le droit liturgique des princes protestants en Allemagne^ Gœtlingue, 1824. Le roi prit une part personnelle au débat en publiant uu écrit anonyme sous le titre suivant : Luther et f Agende ecclésiastique prussienne de 1822. Cet écrit est dirigé surtout contre les vieux luthériens qui trouvaient que la liturgie nouvelle portait atteinte à leur doctrine sur la sainte Gène. En 1824, le ministère envoya aux consistoires
AGEND£ — AGGÉE il&
une nouvelle édition de VAgende en leur demandant de se prononcer pour ou contre : deux tiers d'entre eux se décidèrent à l'accepter (5,343 Eglises sur 7,782). Le A juillet 1825, une circulaire officielle somma les récalcitrants de prendre un parti. Une controverse violente s^ngagea à ce sujet. Douze prédicateurs de Berlin, et Schleiermacher à leur tête, envoyèrent leur protestation. Le gouvernement décida le S juin 1826, que tout pasteur appelé à desservir une Eglise devait s^en* gager à adopter la liturgie nouvelle à moins que Ton ne pût prouver que cette Eglise conservait son ancienne agende approuvée par les autorités du pays. Bunsen, alors représentant de la Prusse à Rome, rédigea pour la chapelle de l'ambassade prussienne dans cette ville une Uturgie tout à fait conforme à la nouvelle agende prussienne, et dont la préfece fut écrite par le roi. Le 10 janvier 1829, la nouvelle agende prussienne fut introduite dans les Eglises évangéliques du grand-duché de Bade. La nouvelle agende prussienne a été en butte à dc^s attaques pasûonnées partant des points de vue les plus opposés. Le parti des vieux luthériens lui a reproché son caractère rationaliste, et d'autre part on a prétendu qu^elle avait pour but de ramener TE^^'lise évangélique au catholicisme. Ce qui lui a nui surtout, c'est qu'elle a été considérée à juste raison comme le moyen pratique de réaliser dans le culte ridée de l'Eglise évangélique unie (voyez l'article sur ce sujet), œuvre de conciUation des réformés et des luthériens à laquelle on pourra toi^ours reprocher son origine toute officielle et gouvernementale. Mais cette liturgie considérée en elle-même est après tout un monument remarquable : la doctrine en est scripluraire, et elle contient de remarquables éléments empruntés à l'antiquité chrétienne. Cependant de bons juges, Daniel entre autres, critiquent la sécheresse de sa forme; ils trouvent que le style manque souvent d'ampleur et de majesté. Malgré ces remarques, on ne peut nier qu'elle n ait été le point de départ d'un véritable mouvement de réforme du culte évangélique. Od en retrouve la trace et l'influence dans les agendes qui ont paru depuis; dans l'agende pour l'Eglise évangélique luthérienne dç Russie (1832), dans la liturgie du duché de Nassau (1813) ; dans le livre d'EgUse {Kirchenbuch) du royaume de Wurtemberg (1843) ; d'autres eiBais du môme genre ont été publiés dans d'autres parties de TAllemagne et la question a été souvent mise à l'ordre du jour des conférences pastorales. On peut citer, parmi les œuvres individuelles les plus remarquables faites dans ce genre : la Liturgie luthérienne de P^ (1851) ; Y Agende de Lœhe (18M) ; celle de Stier (1852); celle de Pétri, destinée à l'Eglise du Hanovre (1852) ; celle de Th. Hugues, écrite au point de vue réformé. — Qn peut consulter sur 1 histoire des Agendes des Eglises allemandes l'article de Daniel, dans YEncycl. de Heraog; Bockelmann, Teutsche Bibliotheca Agendarum, 173G ; Richter, Evangelùehe Kirschenordnungm des Hi^^^Jahrunderts, 18^16; Kliefoth, Litur» gisehe Abhandlungen^ 1854; Falck, Aktenstûcke heircffend die neuePrettsnsche Agende^ Kiel, 1827. £uo. Bers^ikr.
AQGÉK [Khaggai, 'à^y^^^i Aggxus], dont le nom signifie « celui qui célèbre une fête, » ou mieux encore « celui qui est né pendant la
llf» AGGÉE — AGIER
fête (des tabernacles), » est le dixième des petits prophètes d'après Tordre suivi par le texte hébreu et la version des Septante. Contemporain de Zorobabel, qu'il accompagna peut-être à son retour de l'exil, Aggée exhorte le peuple et ses chefs à continuer la réédification du temple commencée peu de temps après l'arrivée à Jérusalem (538 av. J.-C), mais arrêtée par suite de l'opposition des Samaritains. Son livre se compose de quatre oracles, tous datés de la seconde année de Darius, fils d'Hystaspe (520 av. J.-G.). S'adressant à Zorobabel et à Josué, le prophète reproche au peuple d'habiter des maisons lambrissées pendant que le temple de Jéhova est en ruines; c'est à cela qu'il faut attribuer la famine dont le pays souffre actuellement (l, 1 -H . L'appel d* Aggée produisit son effet, et vingt-trois jours après les travaux du temple furent repris (l, 12-15). Mjiis ceux qui avaient vu l'ancien temple de Salomon devaient trouver bien mesquine la nouvelle construction (comp. Esdras, III, 12) ; le prophète les console en annonçant que la gloire du second sanctuaire déjiassera celle du premier (11, 1-9). Jusqu'à présent le peuple étant impur, ses offrandes l'étaienl également, et Jéhova l'a châtié par de mauvaises récoltes ; maintenant va s'ouvrir l'ère des bénédictions (II, 10-19). Aggée prédit enfin que dans la catastrophe générale, qu'il attend dans un bref délai (II, 6, 7), Jéhova gardera et protégera Zorobabel (II, 20-23). Il n'existe aucune raison pour mettre en doute la composition de ce> quatre oracles par un prophète du nom d'Aggée et aux dates fixées par le livre lui-même. Mais sur la personne du prophète, nous ne possédons aucun renseignement. Peut-être, ainsi que le suppose Ewald, était-il de ceux qui avaient vu l'ancien temple de Salomon. Le livre d'Esdras le cite, à côté de Zacharie, fils de Iddo, comme ayant prophétisé au sujet de la reconstruction du temple (V, 1; VI, 14). Dans l'antiquité chrétienne, quelques-uns, se fondant sur une mauvaise interprétation du passage I, 13, regardèrent Aggée comme un ange qui n'aurait eu que Tapparence d'un corps (rx)mp. Jérôme, Comm. ad Agg., I, 13). Aggée joue un certain rôle dans les traditions talmudiques ; on lui attribue des prescriptions sur Tintercalation du mois d'Adar, l'autorisation d'écrire la Loi en cai'actères assyinens^ la permission d'offrir des sacrifices en Tabsence de temple, la découverte de Tendroit où se trouvait l'ancien autel, etc. (Hamburger, Real-Encyclop, fur Bibel und Talmud, s. v. Baggai). La version des Septante, ïltala, la Peschito inscrivent les noms d' Aggée et de Zacharie en tête de plusieurs psaumes. — Littérature : Peu de travaux récents ; Kœhler, Nachexilische Propheten, B. I ; Haggai, 1860. A. Carrière.
AGIER (Pierre- Jean), né à Paris en 1748, fils d'un procureur au parlement, devint magistrat et janséniste comme son père. Envoyé en 1789 aux états généraux comme député suppléant du tiers état de Paris, il s'enthousiasma pour une réforme de la situation du clergé ; la constitution civile votée par l'Assemblée nationale fut entièrement conforme à ses opinions. Dans un ouvrage qu'il publia en 1800, en 2 vol. : Traité sur le mariage dans ses rapports avec la religion et les lois nouvelles de la France, il démontre avec talent la légitimité du