AGRICOLA
A6RIC0LA (Rodolphe), Huesmann, un àesi premiers restaurateurs des études en Allemagne, naquit en 1413 de parents pauvres, au village de Bafloo près deGroningue; il reçut sa première instruction dans Texcellente école des Frères de la vie commune à Zwoll, où Thomas A Kem- [HS fut un de ses maîtres. Il compléta ses connaissances par un séjour de plusieurs années aux universités de Louvain et de Paris et par de longs voyages en Italie, où il apprit le grec et un latin plus classique. Appelé à Heidelberg pour concourir au relèvement des études, il y enseigna la rhétorique et la philosophie ; en même temps il se fit donner par un juif des leçons d'hébreu. De retour d'un nouveau voyage en Italie, il mourut à Heidelberg en octobre 1485, à peine âgé de quarantedeux ans, laissant des écrits assez nombreux, des traductions du grec, des discours, des poésies, des lettres. Son ouvrage principal est le traité De inventione dialectica^ en trois li\Tes: c'est par ce traité qu'il a préparé la réforme de renseignement philosophique. Dans les écoles du temps, la dialectique était devenue le plus compliqué et le plus stérile des arts; Agricola la simplifie et la ramène à un but plus pratique, en montrant qu'elle ne doit enseigner que les moyens de trouver des arguments et de les exposer. En 1529 et dans les années suivantes, Jean Sturm professa ces principes dans des cours faits à Paris ; l'université s'en offusqua, elle se plaignit de ce qu'au lieu de suivre Aristote on suivait Agricola. Ces plaintes n'empêchèrent pas Ramus, un des auditeurs de Sturm, de s'approprier la méthode du savant Hollandais. — Riid. Agricole opera^ Cologne, 1539, 2 vol. in-4o; le traité De inventione dialectica parut plusieurs fois séparément, voy. Tresling, Vita et mérita Rud. Agr., Groning., 1830; Bossert, De Rud, Agr. litterarum in Germania restitutore, Paris, 1865.
AGRICOLA (Jean), né à Eisleben en 1192, s est fait un nom dans l'histoire de la Réformation par ses opinions particulières sur la loi mosaïque, et par son empressement à servir l'électeur de Brandebourg, qui voulait le maintien des cérémonies du catholicisme. Il n'a pas été cupide, comme on Ta prétendu, mais entêté et vaniteux. Après avoir étudié à Wittemberg et rempli diverses fonctions dans cette ville et à Francfort, il fut appelé en <525 à la direction d'une école nouvellement établie à Eisleben, où il devint aussi prédicateur. Lorsqu'en 1527 parurent les articles de Mélanchthon sur la nsitation (inspection) des Eglises de la Saxe, dans lesquels l'auteur recommandait de ne pas prêcher seulement la foi, mais aussi la repentance qui doit la précéder, et d'expliquer par conséquent le décalogue, Agricola trouva que ce principe portait atteinte à la doctrine de la justification par la foi seule; il soutint l'abrogation pleine et entière de la loi, et prétendit que le sentiment de la repentance ne peut être inspiré que par l'annonce de la grâce. Dans une conférence à Torgau, Luther l'amena, non pas à renoncer à son opinion, mais au moins à ne plus l'exposer d'une manière agressive. Cependant, devenu professeur de théologie à Wittemberg en 1536, Agricola renouvela ses attaques dans quelques thèses sur la loi de Moïse ; cette loi, disait-il, est devenue superflue, attendu que tout vient uniquement de la foi. Il montra un tel mépris
m AGRICOLA — AGRICULTURE
du décalogue, qu'en 1538 Luther soutint et publia contre lui plusieurs disputations, pour établir le vrai rapport entre la loi et la grâce ; il donna à la doctrine d*Agricola le nom d*antinomimie, qui lui est resté. Engagé dans un procès pour avoir diffamé Luther, Agricola se rendit à Berlin, où Tavait appelé rélecteur Joachim 11, comme prédicateur de la cour. De là il envoya à Wittemberg une sorte de rétractation, mais n'oublia pas sa rancune contre Mélanchthon et Luther. Joachim était grand amateur de cérémonies ; quand Charles Y songea à régler provisoirement la situation religieuse de Tempire, il lui fut facile de gagner 06 prince et son prédicateur pour un projet qui obligerait les protestants à rétablir un certain nombre de coutumes catholiques. Agricola, flatté de jouer un rôle dans cette affaire, consentit au sacrifice de quelques-uns des principes les plus importants de la Réforme. Le 15 mai 1K48, V Intérim fut proclamé devant la diète d'Augsbourg; les électeurs du Brandebourg et du Palatinat furent les seuls princes évangéliques qui le signèrent sans protestation. Dans la controverse qui éclata en 1548 sur la nécessité d' ouvres bonnes^ Agricola revint à ses opinions sur l'abrogation de la loi ; selon lui, il ne fallait plus parler d'œuvres dans aucun sens, autrement on renonce à TEvangile. Il mourut en 1566. Outre des traités théologiques et des sermons, il dtiste d' Agricola un curieux recueil de proverbes, publié d'abord en ba»-allemand à Magdebourg, 1528; puis en haut-allemand kHaguenau et à Zwickau, 15â9. Ces premières éditions contiennent 300 proverbes; la dernière, Wittemi^erg, 1592, en a 749. Enfin on a d' Agricola une traduction allemande de YAndria de Térence, 1544. —V. Kordes, Agricola'i Schriften mœglichst vollstssndig verzeichnet, Altona, 1817; Nitzsch, De antinomismo Agricolx, 2 vol. Witt., in-4«, et une dissertation, sous le même titre, de We^etzer, Btralsund, 1829, in-4».
Ch. Schmidt.
AGMCULTDRE dans la Bible. Les Hébreux, tant qu'ils menèrent la vi6 nomade, ne s'occupèrent que fort peu de cultiver la terre. Rs durent envisager d'abord ce travail comme quelque chose d*a\ilîssant, indigne d'une race libre. La vie pastorale leur semblait plus noble, et, dès le début de la Genèse, nous voyons que Dieu préfère l'offrande d'Abel, le berger, à celle de Ca!n, le laboureur (Gen. IV, 2-5). Du reste, si Pbomme doit « tirer avec labeur sa nourriture de la terre » (Gen. RI, 17, 48), c'est à cause de la malédiction divine qui suivit la première désobéissance. Les Hébreux se livrèrent cependant avec succès à Fagri- Gulture dès que, renonçant à la vie errante, ils eurent trouvé des demeures fixes dans le pays de Canaan. Ils n'eurent qu'à suivre l'exemple étt populations dépossédées par eux et qui depuis longtemps exploitaient ks richesses du sol fertile de la Palestine (Deut. VIII, 8; voye2 rénumération des tributs payés à Touthmosis III par les and^s Cananéens, H. Duncker, Ge%ch. des AUerthumSy I, p. 253, 4* éd.). Une transformation complète s'opéra ainsi en Israël, et exerça une influence considérable sur le développement religieux et politique du peuple hébreu. -^ Les Israélites cultivèrent surtout le froment , l*orge , répeaatre, etc. ; Salomon pouvait livrer annuellement à Hinm, roi de
AGRICULTURE - AGRIPPA DE NETTE8HEIM m
"Tjrp, en échange des bois de cèdre et de cyprès destinés à la construction du temple, 20,000 kors de froment (1 Rois V, 25). La vigne et Toliyfier formaient également un des grands éléments de richesse du pays. A l'époque de la moisson, qui s'ouvrait le second jour de la fête de Pftque (Lév. XXIII, 9-14), au mois des épis (ftbîb), l'allégresse éclatait partout (Ësale, IX, 2), et quand venait le moment des. vendanges^ qui devaient être terminées avant la fête des Tabernacles (fin des récoltes), les vignes et les pressoirs retentissaient de cris joyeux pour lesquels la Bible a un mot particulier (hédftd, Jér. XXV, 30 ; XLVIII, 33, etc.). — De nombreuses prescriptions légales se rapportent à l'agriculture, mais elles sont d'origine relativement moderne (voyez les articles Année sabbatique et Législation mosaïque). Quant aux détails techniques sur les procédés de culture des Hébreux, voir W. Smith, Dictionary of the Bible j s. v. Agriculture; Munk Palestine, p. 359 ss., et les manuels d'archéologie biblique. A. Carri&rb.
AGRIPPA I et n. y oyez Bérodes (les).
AORIPPA CASTOR est signalé par Eusèbe (Hist, Ecoles,, IV, 7) et par Jérôme [Devir, illustr., c. 21) comme l'un des adversaires les plus savants du gnosticisme du deuxième siècle. 11 réfuta les attaques que Basilides avait dirigées contre le christianisme en citant des prophètes qui n'ont jamais existé, et lui reprocha d'avoir autorisé ses disciples comme étant des choses sans importance, à manger de la viande sacrifiée aux idoles et à renier la foi pendant la persécution. Il nous est impossible de juger de la valeur de cet écrit : Katà RxotXeîSou iXifXflq^ par l'analyse confuse qu'en a faite Eusèbe.
AGRIPPA DE NETTESHEIM (Henri-Cornélius), un des plus originaux et des plus Inconstants de ces aventuriers littéraires, dont l'époque de la Renaissance a produit un si grand nombre. Il faudrait un espace dont nous ne pouvons pas disposer ici, pour raconter le roman de sa vie. Né en 1486 à Cologne, il mourut en 1535 à Grenoble, après avoir séjourné tour à tour en France, en Espagne, en Angleterre, en Italie, en Allemagne, dans les Pays-Bas, s'occupant de tout, de mé* decine, d'astrologie, de magie, d'alchimie, de droit, de philosophie, de théologie, tantôt emprisonné pour ses opinions trop téméraires, tantôt jouissant de la faveur des princes, attiré par la Réformation, mais trop égaré dans ses rêveries pour laccepter. Nous ne dirons quelques mots que de ses deux ouvrages principaux. De occulta philosophia, et De incerti^ tudine et vanitate scientiarum et artium alque excellentia verbi Dei declamatio. Dans le premier, se rattachant à quelques philosophes italiens ainsi qu'à Reuchlin , dont à Dôle il avait expliqué publiquement le initèDeverbo mirifico, Agrippa veut élever la magie à la hauteur d'une science, qui compléterait toutes les autres ; il admet que nos connaissances dérivent soit de la nature, qui a donné lieu à la philosophie hermétique et cabalistique, soit de la révélation qui est contenue dans l'Ecnture; sur ce principe il élève une théosophie qui, selon lui, explique tous les mystères de la création visible et invisible. Le traité De la vanité des sciences semble être le contraire de la philosophie oeeulte ; autant dans celle-ci Agrippa parait enthousiaste et convaincu*
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autant il paraît sceptique dans l'autre ; après avoir voulu savoir iOMt^ il est arrivé à la conclusion, qui sert d'épigraphe au livre : nikil scire, felicissima vtta, Ni'hil scïre, c'est renoncer au vain savoir des hommes, pour ne connaître et aimer que Dieu. Mais ce qui le fait parler ainsi, c'est moins le découragement d'un homme qui a perdu ses illusions, que l'indignation qu'il éprouve en voyant la manière dont la plupart des sciences étaient enseignées en son temps. Le traité est en réalité une declamatio très-vive et le plus souvent très-juste contre les méthodes qui rendaient tout savoir incertain: il attaque même incidemment le monachisme et certaines pratiques du culte. En peu d'années le livre eut sept éditions et fut traduit en plusieurs langues. La faculté de théologie de Louvain l'ayant censuré, Agrippa publia une Apologia adversiÂS calumnias.,. siùi per ab'quos Lovanienses theologistas intentatas, 1533. Les œuvres complètes ont paru en 2 vol. à Lyon, en 1550 et en 1660. Voy. sur lui : Diclionnaire philosophique^ Paris, 1844, t. 1, p. 33 ss. Ch. Schmidt.
AGUIRRE (Joseph Saënz d') [1630-1699], bénédictin, professeur de théologie à Salamanque, secrétaire de l'inquisition, fut nommé cardinal par Innocent XI, en récompense des services qu'il rendit à la cour de Rome par sa Defensio cathedrse Soncti Pétri contra qwiluor propositiones cieri gallicani^ Salam., 1683, in-f'». On a, en outre, de lui une Collectio maxima conciliorum omnium Hispanise et novi orbis cum notis et dissert ationibus ^ Rome, 1693, 4 vol. in-f», qui contient des documents importants pour l'histoire politique et religieuse de l'Espagne, ainsi qu'une Theologia S, Anselmi, Rome, 1690, 3 vol. in-f", restée inachevée. Bossuet, son adversaire, a dit ; « Le cardinal d'Aguirre est la lumière de l'Eglise, le modèle des mœurs, l'exemple de la piété. »
AGUR [AgourJ, nom d'un sage inconnu auquel est attribuée la collection de sentences et d'énigmes qui forme le chap. XXX du livre des Proverbes (v. 1 : Paroles d'Agur, fils de Jaque, prophétie, oracle donné par l'homme à Ithiel, à Ithiel et à Uchal, » suivant la version de Perret- Gentil). Mais la traduction ordinaire de ce passage, rendu déjà tout autrement par les Septante et la Vulgate, n'est guère acceptable (Hitzig, Theol, Jahrb. de Zeller, 1844 p. 283; Bertheau, der Prediger^ introd., § 2; Kuenen, Hist.-Krit, onderzoek naar het ontstaan en de verzameling van de boeken des B, 0., III, p. 65 ss.). Hitzig corrige le texte et traduit : « Paroles d'Agur, fils de celle à qui Massa obéit, » c'est-à-dire de la reine de Massa; Agur deviendrait ainsi un frère de Lemuel (Prov. XXXI, 1). Geiger est le seul qui de nos jours ait défendu l'ancienne explication donnée par Jérôme et Raschi, et d'après laquelle Agur (de la racine âgar, rassembler) serait un nom symbolique de Salomon. Voyez Proverbes (livre des).
AHASVÉRUS. Voyez Juif-Erront.
AHIJA [Akhiyâh et Akhiyàhou, 'Ayiâ, Achias], prophète de Sih», qui vivait vers la fin du règne de Salomon et sous Jéroboam. Ce fut lui qui prédit à Jéroboam le schisme des dix tribus et son avènement au trône d'Israël (1 Rois, XI, 29-39; XII, 15). Mais, après le schisme,
AHIJA — AILLY 125
Jéroboam sétant rendu coupable des mêmes (îrimes d'idolâtrie que Salomon, Ahija prophétisa la ruine de la nouvelle dynastie et reçut avec une extrême dureté la femme du roi d'Israël qui était venue le consulter au sujet de son fils malade (I Rois XIV, 1-18). Voir Schisme des dix tribus.
AHDIÉLECH [Akhtmèlèk, ^XyjL[iÀ\v/^^ Achimelech], nommé aussi Ahija, Akhiyâh, Xyii, Achias (I Sam. XIV, 3-18), était un arrièrepetit fils d'Eli et exerçait les fonctions de prêtre à Nob, dans la tribu de Benjamin, quand David vint se réfugier auprès de lui (1 Sam. XXI, i et ss.). Il Taccueillit, lui donna à manger les pains sacrés et lui remit répée de Goliath. C'est pourquoi Saiil le fit massacrer avec tous les prêtres de Nob, au nombi'e de quatre-vingt-cinq (1 Sam. XXII, 19). Abiathar seul échappa à la mort.
AÏ, Aïath. Voyez Haï,
AILLT (Pierre d'), de Alliaco, né en 1350, destiné îi jouer un nMe éminent dans les graves complications ecclésiastiques de son époque, entra à Tàge de vingt-deux ans au collège de Navarre, un des plus savants de la capitale. Il se distingua de t)onne heure par son talent dialectique ; se rattachant au nominalisme, il se réserva une certaine indépendance dans Texamen des questions logiques et psychologiques, mais traita aussi, dans ses leçons sur le Maître des sentences et dans ses disputations, une foule de problèmes de peu d'importance. Il essaya, sans trop y réussir, de combiner avec la théologie scolastique le mysticisme ; celui-ci, tel qu il l'expose, est plus allégorique et ascétique que réellement contemplatif. En 1380, il obtint le giade de docteur en théologi(» ; dans un discours qu'il prononça à cette occasion sur réloge de Fétude des Ecritures saintes, il dit, entre autres, que dans les paroles de Jésus-Christ, Matth. XVI, 18, la pierre sur laquelle l'Eglise est fondée est la Bible, que saint Pierre et ses successeurs ne peuvent pas être ce fondement, à cause de leur infirmité humaine. Il fit des cours sur le Nouveau Testament ; dans une de ses leçons, il distingua entre l'Eglise universelle et l'Eglise romaine, qui n'est qu'une « Eglise particulière ; » il démontra que cette dernière n'avait pas nécessairement la primauté, que tout autre évêque pouvait être le chef de la chrétienté. Ces principes obtinrent l'assentiment de l'université qui, lors du schisme, employa son autorité auprès des rois et des papes, pour rendre à l'Eglise la paix. C'est pendant le schisme que s'ouvrit pour d'Ailly une carrière, dans laquelle il s'acquit une grande célébrité. Dès 1381, il fit devant le régent, au nom de l'université, une harangue pour demander un concile universel, comme unique moyen de terminer la scission qui divisait et troublait l'Eglise; en ce moment toutefois il n'admettait pas encore qu'un pareil concile eût une autorité supérieure à celle du pape. En 1383, il obtint une prébende canoniale dans l'église de Noyon ; l'année suivante il devint recteur du collège de Navarre, où il eut pour disciples Gerson et Nicolas de Clémanges. Les dominicains de Paris ayant attaqué la doctrine, non encore officielle, de Timmaculée conceptiony la Sorbonne prononça la censure contre un des moines ; celuici en appela à Clément VII. L'université fit partir pour Avignon d'Ailly,