‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 2)Chapitre 57 sur 226 · ALAIS · texte numérisé non relu

ALAIS

témoins de Tenquête, « 50,000 dans les vallées des Cévennes, outre 40,000 qui sont à Nîmes et dans les environs. » L'évêché fut supprimé en 1790 {Gallia chr., VI).

II. La Réforme, déjà connue dans les Cévennes avant 1560, s'y répandit, à cette époque, avec une extrême rapidité. Plusieurs Eglises furent « dressées » dans le pays, suivant l'expression de Bèze, notamment à Âlais, qui était la capitale des Cévennes et dont TEglise fut organisée, sinon fondée, par Robert Maillard, pasteur de Mialet. Les guerres de religion survinrent peu après, et les protestants s'emparèrent de la ville, dont ils chassèrent aussitôt les catholiques (1567, 2« guerre). Ce fut sans succès qu'ils tentèrent de la prendre en 1569 {3« guerre). Après la Saint-Barthélémy, ils ne purent la conserver que quelques semaines (1572, 4« guerre); mais trois ans après, soutenus par le maréchal de Damville, qui s'était mis à la tête du parti des Politiques dans le midi, ils s'en saisirent de nouveau et la gardèrent plus longtemps (1575, 5« guerre). Pendant la Ligue, Alais eut à souflFrir de la défection momentanée de Damville, mais, à partir de la conférence de Fleix (1580), elle jouit de la plus grande tranquillité. L'Eglise cicatrisa ses blessures. Un synode général très-important s'y assembla en 1620 dans la rue Fabrerie, n© 54. Il édicta un règlement général à Tusage des académies réformées du royaume et confirma les décisions du synode de Dordrecht. Malheureusement les trois nouvelles guerres religieuses du dix-septième siècle (1621-1629) vinrent encore la troubler. Les protestants de la ville embrassèrent le parti du duc de Rohan, qui les visita plusieurs fois; mais, ne pouvant soutenir une lutte inégale, ils finirent par se rendre au roi Louis XIII qui les assiégea en personne (16 juin 1629). Quelques années après, en 1632, la comtesse d' Alais, Charlotte de Montmorency, qui avait épousé la querelle de Marie de Médicis et de Gaston d'Orléans, adversaires du cardinal de Richelieu, fit soulever Alais contre le roi, mais la religion fut étrangère à cette révolte, et les protestants, comme corps, n'y prirent aucune part. A dater de cette époque et jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes, l'Eglise d' Alais fut paisible. Elle ressortissiiit au colloque d'Anduze et au synode des Cévennes. Sa population était supérieure en nombre à la population catholique et desservie par deux pasteurs. Son temple, vaste et commode, situé rue Peyrolerie, fut démoli en octobre 1685. Après la révocation, des assemblées du désert furent présidées dans les environs d' Alais par de hardis prédicants, comme Fulcrand Rey, Vivens, Poujol et autres. La guerre des Camisards (1702-1704) amena plusieurs fois près d' Alais le célèbre Cavalier, qui livra aux flammes l'antique abbaye de Cendras. Les travaux pacifiques d'Antoine Court et de ses compagnons, Durand, Crotte, Hue, Vesson et Arnaud succédèrent à cette époque troublée. La plupart de ces pieux missionnaires moururent martyrs de leur foi, notamment Arnaud, jeune ministre plein d'espérance, qui périt sur le gibet à Alais le 22 janvier 1718. Quinze ans plus tard, le pasteur Claris aurait été de même exécuté à Alais, mais il put s'échapper de sa prison. Sous l'épiscopat de Vivet de Montclus (1744-1755), les protestants du diocèse d'Alais eurent particulièrement

AL Aïs — ALBE 133

à souffrir de la part de ce prélat intolérant^ qui voulait que TEtat or* donnât aux protestants de faire réhabiliter, dans l'Eglise romaine et à bref délai, leurs mariages et leurs baptêmes sous des peines très-sévères en cas de désobéissance. Le célèbre pasteur de Nîmes, Paul Rabaut, répondit avec beaucoup de force et de modération à la lettre de révoque. On trouve comme pasteur à Alais, de 1752 à 1760, Ghalon dit Latour, qui eut à lutter contre la trop grande complaisance avec laquelle les membres les plus influents de son Eglise tapissaient les devantures de leurs maisons les jours de procession. Après lui (nous ne savons si ce fut inmiédiatement), TEglise fut desservie par le pasteur Jean-Pierre Roche, que le gouvernement confirma dans son poste, après la loi de germinal an X. A cette époque, Alais devint le chef-lieu d'un consistoire important. En 1870, cette Eglise comptait 6,500 protestants. — (V. Bèze, Histoire ecclésiastique; Ch. Coquerel, Histoire des Eglises du Désert', Recherches historiques sur la ville d* Alais, 1860; Correspondance inédite des deux Chirons). £. Arnaud.

ALBAN (Saint) [Albon], premier martyr de l'Angleterre, fut mis à mort à Vérulam dans la persécution de Dioctétien (302), après avoir donné l'hospitalité à un clerc (Bède, Hist. Eccl.y 1, 6 ; A A. 55., 22 Juin y IV). La plus ancienne mention du nom de ce saint est dans saint Gildas (583) et dans saint Fortunat. De prétendus actes anglais, que l'on dit avoir été composés vers 590, appellent le clerc Amphibale, mais il n'y faut voir qu'une paraphrase du récit de Bède. Le nom d'Amphibalus paraît être né d'un jeu de mots (Henschen, AA. SS. L /.). Le roi Offa a construit en 793 près des ruines de Vérulam le célèbre couvent de Saint-Albans, supprimé par Henri VIll (Tillemont, V, 508; Monast. anglic, II, p. 178; Atkinson, Saint-Auban^ L., 1876).

ALBAN (Saint), martyr de Mayence. Raban Maur, dans son martyrologue, raconte qu'il vint de l'île de Namsia (Naxos ?), sous Théodose, à Milan avec saint Théoneste et saint Ours ; envoyés par saint Ambroise prêcher en Gaule, ils moururent, saint Ours à Aoste, saint Théoneste et saint Alban à Mayence. Goswin, chanoine de Saint-Martin de Mayence (vers 1079), a composé une vie de saint Alban, publiée par Ganisius dans ses Leetiones antiqux (Ingolst., 1601). (V. AA. 55., 21 Juin, IV). D'après les documents les moins anciens, saint Alban a poi^ sa tète jusqu'au lieu de sa sépulture. L'église de Saint-Alban, à Mayence, apparaît en 758. Elle fut rebâtie en 805 sur l'ordre de Gharlemagne, qui la destinait à la sépulture de son épouse Fastrade ; le couvent nous est connu depuis 895, il devint un puissant chapitre noble, qui fut ravagé en 4552 (Reuter, Albamgulden, M., 1790; Rettberg, K. Gesch. Dl., I, p. 211 et 582).

ALBE (Fernando Alvarez de Toledo, duc d'). Ce célèbre capitaine, fils de Garcia Alvarez de Toledo et de Beatriz Pimentel, naquit, d'après Herrera, en 1508. Il commença de bonne heure sa carrière militaire sous les auspices de son grand-père Fadrique Alvarez de Toledo. Il assista à la prise de Fontarabie (1524) ; il prit une part active à la campagne de Hongrie contre Soliman (1532) et à l'expédition de Tunis

131 ALBB

(1535), il dirigea en pariie l'année de Charles-^Juinl, dans ses campagnes contre les protestants allemands en i5i5 et 1540. Les seuls épisodes de sa vie qui intéressent directement 1 histoire religieuse sont 3es négociations diplomatiques avec le pape Paul IV en 1556, et son gouvernement des Pays-Bas de 1567 à 1573. Le duc fut chargé par son «ouverain de demander satisfaction des violences commises par Toitlre de Jean-Pierre Garaffa, qui venait d'être élevé au pontificat, sur les partisans de l'Espagne à Home ; il devait défendre le royaume de Naples que le pape avait déclaré indépendant de la couronne d'Espagne, protester contre la demande d'excommunication prononcée contre Charles-Quint et Philippe II par le fiscal du pape dans le consistoire du 28 juillet 155(), et obliger le pontife à renoncer à l'alliAnce française. Les deux lettres qu il écrivit au pape et au collège des cardinaux après son arrivée a Naples avec son armée, le 21 août 1556, témoignent d'une intention sérieuse de ne pas entrer en guerre ouverte avec le saintsiége dans un moment où les discussions entre le roi catholique et le pape pouvaient avoir de si graves conséquences. Le duc y proteste de son dévouement au sîiint-siége en indiquant toutefois que l'intention de son souverain est de retirer à tout prix les armes des mains du pontife ennemi do l'Espagne. On sait conmient se termina cette campagne, comment le duc de Guise, envoyé par Henri U en Italie, fut obligé de revenir en toute hâte pour couvrir Paris qu'on croyait à la veille d'être assiégé par les Espagnols qui venaient de remporter la victoire de Saint-^^uentin. Los portos de Rome s'ouvrirent devant le général es» pagnol qui y entra en cx)nciliateur et donna à ses officiers les ordres les plus sévères pour faire respecter la ville éternelle et la mettre a l'abri d'un nouveau sac. A partir de 1558, le duc d'AIbe prit une part très-active dans le gouveinoniont de Philippe II et devint un des membres les plus influents de son conseil d'Etat; il s'y occupait surtout de questions militaires et sur ce point ses avis étaient presque toujours écoutés. Lorsque, vers la fin de Tannée 1566, Philippe II se décida à inaugurer une politique de répression absolue contre ses sujet^s des Pays-Bas et à retirer des mains do Marguerite de Parme le gouvernement de ces provinces, il n'hésita pas longtemps à tixer son choix sur le capitaine illustre dont il connaissait les talents militaires, l'inflexibilité de caractère et le dévouement sans bornes. En renonçant à se rendre lui-même au milieu do ses sujets, en leur envoyant comme gouverneur rhonîine qui parmi tous ses minisires leur était le plus antipathique, Philippe 11 inaugurait une politique dangereuse, mais parfaitement logique. Le roi, qui dans la Péninsule se refusait à toute espèce de concession en matière de religion, qui Iraitidt ses sujets espagnols avec la dornièro riguom\ ne pouvait pas admettre dans une province de j?e$ Etals dos principes de tolérance religieuse dont les etfets n'auraient pas tardé à se faire sentir au cœur momo de la monarchie» Les années do dominalic n du duc d'AIbe aux Pays-Bas comptent parmi les plus U \j ?ii (le l'histoire de ces provinces. La création du conseil des ti^oubles, l'oxf cution des principaux chefs de la révolution, en un mot la dureté A^ cœur et la cruauté du général espagnol ont rendu son nom odieux

ALBE — ALBER 135

et en ont fait le sjiionyme de tyran sanguinaire. Toutefois, quelque part de responsabilité personnelle qu'il lui incombe dans ces répressions, il est juste de remarquer qu'il n'était que l'exécuteur de la volonté du maître. Philippe II, décidé à renoncer à la politique de modération suivie jusqu'alors par Mai'guerite, chargea le duc de prendre le contre-pied de la ligne de conduite suivie auparavant, et les letlres du souverain à son agent prouvent qu il ne lui laissa pas, bien souvent, choisir les moyens d'obtenir les résultats qu'il désirait. Sans doute il est rej^ttable pour la mémoire du duc que les circonstances l'aient placé en présence d'hommes agités de sentiments qu'il ne comprenait pas et qu'il se sentait tenu de comprimer par le fer et le feu ; aussi partagera-t-on l'opinion du cardinal de Granvelle qui, en apprenant sa mort, écrivait de lui : « C'éloit un grand personnage ; mais je voudrois qu'il n'eût oncques vu les pays d'embas, pour tout respect. » A partir de ioIA, après son départ des Pays-Bas, où il fut remplacé par le grand commandeur de Castille, Luis de Hequesens, le duc d'Albe n'a plus à la cour qu'un rôle assez efliicé. 11 encourut niéme la disgrâce de Philippe n, en 1579, à l'occasion d'un mariage de son fils Fadrique : le duc fut exilé et son fils emprisonné. En 1580 le roi rappela cependant son vieux ser\1teur pour le mettre à la tête de l'armée qui devait envahir le Portugal. Ce fut la dernière campagne du duc ; il mourut le 12 décembre 1582, à l'âge de soixante-quatoiy.e ans, suivant d'autres de soixante-seize ou soixante-dix-sept ans. — Bibliographie : J. A. de Vera y Figueroa, Résultas de la vida de D. Feimando Alvarez de Toledo, in-4**, s. 1. n. d.; P. An t. Ossorio, Ferdinandi Toleiani Albx ducis vit a et re$ gestWy Samanticae, 16G9, 2 t. in-8»; J. V. de Ruslant, Historia de Fernando Alvarez de Toledo, Madrid, 1751, 2 t. in-i". Ces trois ouvrages sont des panégyriques. Sur le gouvernement du duc d'Albe aux Pays- Bas, voy, toutes les histoires de la domination espagnole dans ces provinces, et surtout les deux premiers tomes de la Correspondance de Philippe 11 sur les affaires des Pays-Bas^ publ. par M. Gachard, puis la Coleccion de documentos ineditos para la historia de Espaiia, t. IV, Vil

et VUI. Morel-Fatio.

ALBER (Matthieu), Albérus, un des premiers réformateurs du Wurtemberg, un de ceux qui, avec Brenz, ont fait prévaloir en ce pays, voisin de la Suisse, le type luthérien. Né à Reutlingen en liOo, il fit ses études à Tubingue et à Fribourg, fut consacré prêtre à Gonstanccî et appelé comme prédicateur dans sa ville natale, où il commença aussitôt à prêcher les principes de la Réforme. 1]q 152i il fut cité devant Tévêqur» de Constance : sur son refus de comparaître, le prélat l'excommunia et frappa Reutlingen de Tinterdit ; une sentence du tribunal aulique de Rolweil aggrava ces peines, en mettant au ban d(» l'iMnpire les habitants et leur prédicateur. On ne se laissa pas intimider; Alber contirma son œuvre. Traduit devant le tribunal d'Esslingen, il se défendit si bien, qu'après trois jours de débats on le laissa repartir en liberté. Il sut empêcner l'arrivée d'anabaptistes, et maintenir Tordre pendant les troubles des paysans. Par une lettre du 16 novembre 1524, qui est un document important dans l'histoire de la discussion sur la sainte Cène, Zwingle

Page 1