‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 2)Chapitre 59 sur 226 · ALBERT LE GRAND — ALBERT DE MAYENGE · texte numérisé non relu

ALBERT LE GRAND — ALBERT DE MAYENGE

ments ne sont pas le fruit de sa méditation personnelle, ils faisaient partie de la tradition scolastique elle-même, ils venaient de Pseudo- Denis, qui passait pour un Père authentique et orthodoxe et sur lequel Albert a même écrit un commentaire. Jamais, dans ses ouvrages théologiques, il ne résout les questions par la spéculation, il les résout theologice^ c'est-à-dire d'après l'autorité des Pères ; « quand il s'agit des choses de Dieu, dit-il, la foi vient avant Tintelligence, les autorités avant le raisonnement ». Les dogmes par eux-mêmes sont l'expression de la vérité divine, mais on peut en démontrer la rationabilité, car il est impossible qu'il y ait désaccord entre la raison et la révélation. C'est là le principe fondamental de la théologie scolastique. Les principaux ouvrages théologiques d'Albert le Grand sont une Summa theologix, des commentaires sur les sentences de Pierre le Lombard, sur différents livres de la Bible et sur l'Aréopagite. Il se forma une école d'albertistes, qui propagea surtout ses principes philosophiques ; en théologie, son disciple le plus célèbre fut Thomas d'Aquin. — Voy. Hist, litt, de la France^ t. XIX; Rousselot, Etudes sur la philosophie dans le moyen âge^ Paris, 1841, t. II, p. 178 ss.; Hauréau, De la philosophie scolastique^

t. Ilf p. 1 ss. Ch. Schmidt.

ALBERT DE HATENGE, fils de l'électeur Jean de Brandebourg, naquit en 1490. Nommé en 1513 archevêque de Magdebourg et administrateur de l'évéché d'Halberstadt, il devint en outre, en 1514, archevêque de Mayence, primat de Germanie et électeur du saint-empire; en 1518 il fut élevé à la pourpre romaine. Comme par suite de trois vacances successives (1505, 1508, 1513), Mayence avait, en moins de huit ans, payé trois fois le pallium, Albert ne fut nommé à ce siège qu'à la condition d'acquérir son pallium à ses propres frais. Tl dut emprunter 30,000 ducats aux fameux banquiers Fugger d'Augsbourg, et, pour les rembourser, il obtint de Léon X la ferme de la vente des indulgences en Allemagne. L'instruction qu'il rédigea pour cet effet tient 40 pages inquarto, d'une impression très-serrée; c'est un chef-d'œuvre de raffinement et de cynisme, pour exploiter les vivants et les morts. Le dominicain Jean Tetzel s'y conforma si bien, qu'il provoqua les 95 thèses, qui furent le premier acte de la Réformation (31 oct. 1517). Luther les envoya à Albert, accompagnées d'une lettre oii Thumilité monacale s'allie à une noble hardiesse. Celui-ci n'y répondit point et ne prit aucune part officielle au débat; mais la vente fut enrayée et le cardinal ne put empêcher la Réforme de pénétrer dans ses diocèses de Magdebourg et d'Halberstadt. « Brocanteur de l'empire, » il se fit payer fort cher sa voix et ses intrigues pour l'élection de Charles-Quint (1519). Lorsque Luther fut enfermé à la Wartbourg, Albert voulut reprendre son productif trafic ; mais le réformateur lui écri\it aussitôt, le menaçant, s'il ne s'arrêtait, de li\Ter à la publicité sa « réprimande publique » Contre tldok de Halle, La réponse de l'archevêque fut humble et soumise. «... Je me conduirai désormais comme il convient à un prince pieux... Je sais qu'il n'est rien de bon en moi, sans la grâce de Dieu, et que je ne suis, par moi-même, qu'un vil et infect fumier... Je souffre volontiers une réprimande fraternelle et chrétienne ...» (21 déc. 1521). On

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