ALLUT — ALPHA ET OMÉGA
compagnons d*infortune. Mais la plupart des malheureux composant ce groupe d'exilés emportaient avec eux cette exaltation nerveuse et maladive dont beaucoup de camisards étaient atteints, résultat de la lutte prodigieuse qu'ils avaient soutenue. Ils continuèrent à prophétiser à l'étranger comme dans leurs montagnes ; ils tinrent des assemblées, recrutèrent des adeptes et publièrent de petits Hvtcs ascétiques, conmie ceux-ci : « Discernement des ténèbresjfpar imitation aux créatures de Dieu d'entrer dans l'arche de grâce qui se bâtit aujourd'hui » (par Jean Allut, Elisabeth Charras et Henriette Allut). Rotterdam, 1710, in-8«; '< Cri d'alarme ou avertissement aux nations, 1712, précédé d'un avertissement de l'esprit du Seigneur, prononcé de la bouche de Jean à Allut Leipsick, 1712.-» On les renvoya d'Allemagne; à Londres le consistoire de l'Eglise française les condamna comme impies et faux prophètes ; dès lors Toubli s'étendit sur eux.
' ALMOHADES, c'est-à-dire en arabe unitaires^ secte et dynastie de princes maures qui régnèrent sur l'Afrique occidentale et sur l'Espagne au douzième et au treizième siècle. Voyez Maures.
AL06IENS. Nous n'avons que des renseignements très-incomplets sur ces hérétiques, qui vécurent en Asie Mineure vers l'an 160. Ëpiphane (Hadres.y LI, LIV, 3) leur donne ce nom, par une sorte de jeu de mots, à la fois parce qu'il trouve leur doctrine déraisonnable et parce qu'ils repoussaient la doctrine du Logos. S'appuyant sur les Synoptiques, ils contestaient l'autorité du quatrième évangile dont ils attribuaient la rédaction à Cérinthe. Ils ne paraissent pas d'ailleurs avoir formellement uié la divinité de Jésus-Christ; ils admettaient sa naissance surnaturelle, et le sévère Ëpiphane, dans un autre passage, n'hésite pas à leur déliwev un certificat d'orthodoxie {Hxres,^ XLIV, 4 : Ta hn y;[;.Tv xtTrsuc'.v 2oxoj7i}; ils se bornaient à rejeter la doctrine du Verbe qu'ils trouvaient empreinte de gnosticisme. On a prétendu que les alogiens reprochaient aussi à l'évangile selon saint Jean sa doctrine du Paraclet, à cause de l'abus qu'en avaient fait les montanistes. Ce qui est certain, c'est que, dans leur opposition contre le montanisme, ils repoussaient Tidée de la permanence des charismes, en particulier de l'esprit prophétique dans l'Eglise (V. Irénée, III, c. 2), comme aussi la doctrine du chiliasme et le livre de l'Apocalypse qui la favorise. En Tabsence de données plus explicites, il est impossible de déterminer si les alogiens ont plutôt incliné vers les doctrines monarchistes qui identifient le Christ avec le Père, ou vers celles de Théodoret et d'Artémoh qui le rabaissent au ' rang d'un simple homme. Une seule chose est attestée chez eux : l'aversion pour une spéculation qui leur semble propre à engendrer un mysticisme dangereux. — Voy. Merkel : Bist. krit. Aufklœrg der Streitigk. der Aloger ûb die Apokal.^ 1782; Heinichen. />e A%w,Lips., 1829; JSeander, Kirckengesch.yl^ 3, p. 667 ss.; Domer, Entwklgsgesch. der Lehre der Persan Chr.^ I, 500 ss.
ALPHA ET OMÉCrA. (A xac û). Cette expression que l'Apocalypse
appUque trois fois (I, 8; XXI, 6; XXII, 13) au Christ est empruntée à
&aïe XLIV, 6 (cf. XLIII, 10). L'emploi de la première et de la dernière
lettre de l'alphabet est la traduction apocalyptique de ces mots : « Je
202 ALPHA ET OMfiGA - ALSACE
suis le commencement et la fin, le premier et le dernier. » C'est Tidée de la divinité, non-seulement quant à la durée mais aussi quant à la puissance, que saint Jean exprime dans le prologue de son évangile par ces mots : Ilavxa Si' aÙTOu è^évETo (i , 3). D'après le gnostique Marcus, le Christ se serait appelé a et w, pour préfigurer le Saint-Esprit sous la forme de la colombe, vu que la valeur en chiffres de l'a et de Tt»), c'està-dire 801, est égale à la somme en cliiffres des lettres du mot 'ki^'.z- Tcpa. Plusieurs interprètes de T Apocalypse ont adopté ce jeu d'esprit puéril. L'ancienne Eglise voyait dans ces deux initiales un témoignage de la divinité de Jésus-Christ : c'est à ce litre que nous les trouvons sur les monuments chrétiens, presque toujours combinés soit avec le monogramme du Christ, soit avec la croix (voy. les iniéressants détails donnés par Piper dans la Real-Encycl. de Herzog, 1, p. i).
ALPHÉE ('AX<paToç), père de l'apôtre Jacques le Mineur (Matth. X, 3 et parai.) et par conséquent époux de Marie, mentionnée Marc XV, 40, comme la mère de Jacques et de Joses. D'après Jean XIX, 25, on a voulu faire de cette Marie la sœur de la mère du Christ, et alors Alphée ou Klopas aurait été le beau-frère de Joseph. Mais c'est là une erreur. Dans Jean XIX, 25, d'après les meilleurs manuscrits, il faut voir mentionnées quatre femmes et non trois, divisées en deux couples opposés, et traduire le passage ainsi : « Près de la croix de Jésus se tenaient sa mère et la sœur de sa mère (Salomé ?), Marie la femme de Klopas,' et Marie de Magdala. » En tout cas il ne faut pas douter, malgré les apparences, de l'identité du nom d'Alphée et de Klopas ou Kléopas (Luc XXIV, 18). Ce sont deux transcriptions grecques différentes, d'un même nom très-fréquent dans le Talniud, Khalipaî ou KhaliphaL La double manière de l'écrire en grec vient de la double manière de prononcer le Khet hébreu. On en trouve de nombreux exemples dans la version des Septante ('A^Yato; = Khaggaï, etc.). Il est question, (Marc 11, 14) d'un autre Alphée, père de Lévi (Matthieu), qui ne peut être conifondu avec le précédent.
ALSACE. L (1517-1648). La Réformation en Alsace eut comme partout ailleurs ses précurseurs. Ce furent principalement des sectes, qui, comme les vaudois , s'étaient émancipées plus ou moins du joug de l'Eglise romaine. On a souvent exagéré l'importance de ces réformateurs avant la Réforme : ce reproche s'adresse surtout au chroniqueur alsacien Speckle, auquel nous devons le plus de renseignements de ce genre. Dans ses Collectanées^ où il expose les doctrines religieuses de €es sectes, il veut en faire des partis foncièrement protestants. €'cst là un anachronisme que Thistorien ne doit point perdre de vue. Déjà au onzième siècle l'Eglise romaine rencontra en Alsace des velléités d'opposition. La voix puissante de moines fanatiques y mit bientM fin et le pontife de Rome trouva presque toujours auprès de Tévêque de Strasbourg et du clergé d'Alsace un dévouement inaltérable. L'opposition se maintient seulement au soin des sectes et des confréries pieuses, qui à cette époque se fornièrent dans la vallée du Rhin. Speckle nous parle des vaudois, qui au commencement du treizième siècle avaient à Strasbourg de nombreux adhérents. Les domi-
nicains les persécutèrent et plusieurs d'entre eux furent brûlés. Si même beaucoup de détails, que communique le chroniqueur^ devaient ^tre des amplifications, il n'en reste pas moins acquis que les vaudois s'étaient répandus jusqu'en Alsace. Le quatorzième siècle vit surgii* le plus grand nombre de sectes réformatrices. On les classe oixlinairement en deux groupes : les sectes dont la tendance était plutôt spéculative et mystique, et celles qui étaient plus dirigées du côté de la vie pratique. Les premières sont surtout connues sous lé nom des Amis de Dieu ; leur représentant principal en Alsace est le prédicateur Jean Tauler. A la même époque une autre secte comptait a Strasbourg beaucoup d'adhérents : elle ï'ejetait l'autorité souveraine du pape, le culte de Marie, etc. Elle aviiit ses prêtres, nommés Winkler; plus tard nous la voyons en rapports directs avec jes hussites ; nous possédons même les actes du procès d'un de ces hussites qui était venu à Strasbourg et qui y fut brûlé (voyez Rœhrich, Mit{fieilungen^ 1 ; Jung, Tknothens^ II). L'état dans lequel se trouvait alors l'Eglise avait fait naître ces sectes. Ses charges étaient souvent données à des hommes qui ne les méritaient nullement; prêtres et moines étaient généralement d'une ignorance absolue. Le culte était devenu une comédie; les indulgences, la vente de reliques et d'autres abus achevaient, ici comme ailleurs^ la décadence de l'Eglise. — En Alsace, la bourgeoisie des villes n'avait cessé d'aspirer à l'indépendance politique ; ce fut elle aussi qui peu à peu se mit à rechercher l'indépendance religieuse. C'est ainsi que nous voyons à Strasbourg le magistrat, Pierre Schott, créer de ses propres fonds une place de prédicateur à la cathédrale pour un théologien distingué. Le premier qui reçut celte place importante fut le docteur Jean Geiler, né à SchaflFhouse en i445 et élevé à Kaysersberg, en Alsace. C'est à ce nom que se rattachent les premiers efforts sérieux en vue d'une réformalion de l'Eglise. Du haut de la chaire, Geiler ne cessa de censurer les mœurs dissolues, tant des dignitaires de l'Eglise que des simples prêtres et moines; sa prédication populaire et originale eut un immense retentissement; Tempereur Maxinlilien fut souvent au nombre de ses auditeurs. Mais jamais Geiler n'attaqua l'autorité du pape ; la \Taie source de tous les abus lui resta cachée; mais il n'en jeta pas moins des semences qui devaient porter plus tard leurs fruits. 11 n'avait pas été seul dans son œuvre ; des amis éclairés l'avaient soutenu : Pierre Schott, l'ammeister de Strasbourg, aux vues larges et libérales; Sébastien Brandt, le satirique de l'époque; Wimpheling, le savant modeste, l'ami et le conseiller de Maximilien !«•, le maître de Jacques Sturm. Ce dernier nom nous rappelle un autre levier de la Réforme en Alsace, la Renaissance. La célèbre école de Schletlstadt, organisée par Louis Dringenberg, entre 1330-80, devint une pépinière d'hommes savants et distingués, qui saluèrent avec joie les premières lueurs de la Réformation, mais qui plus tard s'en éloignèrent. Ce qui activa le plus les progrès de. l'émancipation intellectuelle et religieuse fut l'invention de l'imprimerie. L'Alsace a l'honneur d'en avoir été le berceau. Ce furent les libraires et les imprimeurs qui répandirent les premiers la semence de la Réformation. Jean Knobloch imprima en
4519 des écrits de Luther; d'autres suivirent son exemple. Un autre libraire, Wolfgang Capiton, se mit plus tard exclusivement au service de la Réformation. Bien que l'édit de Worms et un bref du pape Adrien VI eussent défendu la lecture de li\Tes hérétiques, ces hommes courageux n'en continuèrent pas moins leur œuvre. Peu à peu, beaucoup de l)ourgeois furent gagnés aux nouvelles doctrines, et le jour vint où même du haut de la chaire elles furent annoncées. Le premier prédicateur évangélique que Thistoire mentionne fut Pierre Wickgram, de Remiremont, prêtre de l'église Saint-Pierre-le-Vieux (1520). Depuis 1521 ses p/édications eurent beaucoup de retentissement. Comme Gei- 1er, il ne fut d'ailleurs qu'un sévèfe censeur de mœurs. Nous omettons d'autres noms, pour arriver à l'homme que l'on .regarde avec raison comme le réformateur de Strasbourg : maître Matthieu Zell, né en 1477, à Kaysersberg. Il avait fait ses études à Erfurt et à Fribourg, et fut appelé en 1518 comme prédicateur de la chapelle Saint-Sauveur, à la cathédrale. Depuis 1521, il se mit à prêcher dans le sens de la Réformation. Dès l'abord, il devint le protecteur du peuple, et èes prédications, qui de jour en jour devenaient plus courageuses, lui firent un grand nombre d'adhérents. La bourgeoisie et le conseil le soutinrent contre tous ses détracteurs. En 1523, l'évêque Guillaume III de Hohenstein fit rédiger contre Zell vingt et un chefs d'accusation auxquels le réformateur répondit par un livre devenu le premier document de la Réforme .en Alsace : « Christliche Verantwortung ûberArtikel ihm vont Bischœf {lichen Fiscal daselbs entgeqengesetzt und im rechten ûbergeben. » Dans l'intenalle , d'autres prédicateurs infiuents s'étaient rangés du côté de Zell: Symphorien Pollion, le successeur de P. Wickgram, et plus tard prédicateur à l'église Saint-Martin; Wolfgang Capiton (Kœpfei), né en 1478 à Mayence, depuis 1512 pasteur à Bruchsal et à Bâle, depuis 1520 prédicateur ii la cour du prince -évêque Albert de Mayence, et en 1523 prévôt de Saint-Thomas. Capiton, qui avait salué la Réformation avec joie, n'aimait pourtant point des procédés trop audacieux. Mais l'influence de Zell fut décisive; et le prévôt de Saint-Thomas . se mit bientôt, au grand étonnement des bourgeois, à prêcher courageusement les doctrines évangéliques. Un autre appui de Zell fut le prêtre Martin Bucer, né à Sclilettsladt en 1491. D'abord moine dominicain, Bucer étudia la théologie à Heidelberg; la lecture d'Erasme et de Luther Tenthousiasma p'our l'œmTe de la Réformation. Le brave chevalier de Sickingen le protégea contre les persécutions des dominicains ; mais la guerre de Sickingen avec l'évêque de Trêves força bientôt Bucer à se retirer en Alsace. Après avoir prêché quelque temps à Wissembourg, il vint à Strasbourg ; Zell l'accueillit à bras ouverts et le fit prêcher plusieurs fois ; sa parole eut du succès et la bourgeoisie lui devint favorable. A ces trois hommes vint s'adjoindre Gaspard Hédion, d'Ettlingen (en Bade), né en U94. Ami de Capiton,* de Zwingle, de Luther, et successeur de Capiton , à Mayence, Hédion accepta avec joie en 1523 la place de prédicateur à la cathédrale. Ce furent là les hommes que l'on appelle avec raison les réformateurs de Strasbourg. Ils se complétaient Tun l'autre et leurs efforts réunis assurèrent à l'oeuvre de la
Réforme une victoire décisive. Zell était Thomme du peuple ; Capiton, le savant et le théologien ; Bucer, l'homme d'Eglise et le fin diplomate (voyez la biographie de Bucer et de Capiton parM.Baum). Les appuis que la Réformation trouva au sein de la bourgeoisie ne furent pas moins importants. Beaucoup de conseillers s'y étaient rattachés; nous ne mentionnerons que le plus éminent d'entre. eux, Jacques Sturm de Sturmeck, que ses contemporains appelaient la Heur de la noblesse allemande. Il était né en ^i89; ses maîtres furent Geiler et Wimpheling. Il se destina à la carrière politique et depuis 1524, époque à laquelle il entra au conseil, son influence de\int prédominante. Jusque-là le conseil s'était tenu réservé, mais il ne put garder à la longue un silence absolu. Le 1*^^ décembre 1523, il reconnut le bon droit des prédicateurs évangéliques par une ordonnance, dans laquelle il était dit : Dorénavant on ne de\Ta prêcher au peuple chrétien que le saint Evangile et la doctrine divine et tout ce qui sert à l'accroissement de l'amour de Dieu et du prochain, publiquement et librement. Le premier pas était fait vers un changement radical dans l'Eglise. D'autres le suivirent ; quelques prêtres se marièrent ; malgré la colère de l'évéque, leur acte fut reconnu légitime. En 1523, le conseil ordonna que les prêtres devaient être reçus bourgeois de la ville. Bientôt après, il se chargea de la nomination des pasteurs des différentes églises; le premier pasteur nommé fut Martin Bucer à l'église Sainte-Aurélie. Depuis 1524, on n'employa plus que le titre de « ministres de la Parole. » Une réforme du culte devint également nécessaire ; les pasteurs l'entreprirent et en 1524 parut la première Kirchenordnung sous le titre de : « Teutsche Mess wie sytf yetzundt zu Strassburgk gehalfen tvurt. » D'autres écrits réformateurs parurent à la môme époque : ils étaient en partie provoqués par les attaques injurieuses de deux moines fanatiques : Conrad Treger et le docteur Thomas Murner. Ce dernier est une des figures les plus originales de répoque; génie sauvage et indiscipliné, il fut tour à tour le défenseur ardent et l'impudent détracteur de l'œuvre de la Réformalion. — De sérieux dangers vinrent entraver ce développement si rapide. En Alsace comme en Allemagne la Réformation fit éclater une crise, qui se préparait depuis longtemps. On sait combien à cette époque le peuple était opprimé; lorsque la voix des réformateurs réveilla le désir de l'émancipation, une révolte générale ne tarda pas à éclater. Elle commença dans le Sundgau, se répandit dans toute la Haute- Alsace jusqu'en 1525; la Basse-Alsace fut également le théâtre d'une révolte générale des paysans. Le conseil de Strasbourg, qui avait déjà su rétablir la paix dans le pays de Bade, essaya aussi de s'interposer en Alsace. Les trois premiers prédicateurs furent envoyés dans le camp des insurgés. Mais on ne put rien faire ; il fallut chercher ailleurs du secours. Le duc Antoine de Lorraine offrit ses troupes et entreprit Texpédition terrible, dont les péripéties sont trop connues pour que nous les racontions ici. La paix se rétablit en Alsace; les paysans étaient réduits à une impuissance complète. Depuis ce temps, la maison d'Autriche persécuta les protestants dans ses possessions alsaciennes. A Strasbourg se montrèrent bientôt de nouveaux ennemis.
Beaucoup d'anabaptistes, attirés par l'esprit tolérant des prédicateurs de Strasbourg, s'étaient retirés dans cette ville, parmi eux le turbulent Garlstadt. Leurs prédications excitèrent beaucoup de troubles ; elles attiraient les fanatiques et en engendraient de nouveaux. Le conseil lança un mandat contre eux; les anabaptistes continuèrent leurs manœuvres ; un instant toute l'œuvre de Zell et des siens fut compromise. Le conseil dut mettre violemment fin à tous cqs troubles et peu h peu la \ille fut délivrée de ces agitateurs. Toutes ces entraves n'empêchèrent point la consolidation de l'œuvre de la Réforme. A Strasbourg, la bourgeoisie s'était peu à peu rangée entièrement du côté des prédicateurs et réclamait une sanction définitive du nouvel ordre de choses. L'abolition de la messe fut réclamée de toutes parts ; la diète de 1526 avait été favorable aux protestants; en 15t28, à la suite d'un colloque, la ville de Berne avait passé au proti^stantisme. Malgré les députations réitérées du conseil impérial siégeant à Spire, le conseil ne put résister aux demandes de la bourgeoisie, et le 20 févriei'1529 une majorité de 184 voix contre 9i décida l'abolition de la messe. On sait que bientôt après, à la suite de la diète de Spire (1519), des dangers bien autrement sérieux vinrent menacer les protestants. Jacques Sturm, qui avait été l'un des signataires de la fameuse protestation de Spire, chercha h les conjurer, en réunissant les deux partis qui déchiraient l'Eglise et dont la division empêchait toute action commune. Les prédicateurs de Strasbourg l'assistèrent dans ces efibrts. Le colloque de Marbourg, qui devait amener une entente réciproque, ne fit qu'envenimer l'animosité. On pouvait s'attendre à ce que l'attitude courageuse du conseil de Strasbourg excitât la colère de Fempereur. Strasbourg s'était lié plus étroitement aux \111es suisses et allemandes par la confédération du Burgrecht, A la diète d'Augsbourg, à laquelle assista Jacques Sturm, on ne chercha qu'une chose : l'union des protestants. Les députés de Strasbourg n'étaient point d'accord avec Mélanchthon dans ce qu'il disait de la sainte Cène dans sa confession ; ils consentirent cependant à signer celte dernière, mais on ne le leur permit point. Ils durent rédiger une autre confession : Bucer et Capiton s'en chargèrent. Elle fut signée par les députés des quatre villes: Strasbourg, Constance, Memmingen et Landau ; elle est connue dans l'histoire sous le nom de Confessio Tetrapolitana et resta en vigueur jusqu'en 1518. L'inttuence de Strasbourg n'en dè\int que plus grande: et il est à reconnaître, comme le titre le plus beau de ses diplomates et de ses prédicateurs, qu'ils n'usèrent de cette influence que pour la paix de l'Eglise. L'âme de tout ce mouvement était Jacques Sturm. Cette noble figure nous apparaît ici dans toute sa grandeur. Grâce à son influence et à celle de Bucer et de Capiton, les partis se rapprochèrent, si bien que Strasbourg fut reçu dans la ligue de Smalcalde (1532). Les rapports entre Luther et les théologiens de Strasbourg devinrent dès lore plus étroits; enfin, en 1536, la Concorde deWitlemberg fut conclue de part et d'autre. La situation politique était aussi devenue plus supportable depuis la paix de Nuremberg (1532). Mais peu à peu l'hoHzon s'assombrit de nouveau; en 1546 éclata la
guerre de Smalcalde. Jacques Sturm fut naturellement du coté des confédérés protestants. L'empereur était décidé à punir sévèrement tous ceux qui avaient refusé de reconnaître le concile de Trente. On siiit combien les premiers événements de cette guerre furent malheureux pour les protestants : les villes du Sud se virent bientôt abandonnées par leurs alliés et réduites à se soumettre à Terapereur. Jacques Sturm se décida à chercher dû secours auprès du roi de France Henri II. Cependant on ne put éviter un acte de soumission à Tempereur. Bientôt après, la diète d'Augsbourg décréta Tlntérim : Strasbourg Taccepta après avoir longtemps résisté, parce que l'intérêt politique l'exigeait. Bucer et ses collègues, qui n'avaient en vue que les intérêts religieux, ne se souoiirent point : Bucer se retira en Angleterre. Les catholiques occupèrent de nouveau la cathédrale ; des députés furent envoyés à Trente, entre autres l'historien Sleidan. On sait comment tout à coup Maurice de Saxe fit prendre aux affaires politiques une autre tournure. Strasbourg se réconcilia avec l'empereur, qui visita même encore une fois la >ille; et lorsque la diète d'Augsbourg se réunit, les protestants purent espérer beaucoup d'avantages. Cependant on ne fit que confirmer le statu quo, Strasbourg ne fut point content; les prédicateurs entreprirent une guerre à outrance contre l'évêque et le conseil, pour obtenir l'abolition complète de l'Intérim. Ils remportèrent enfin, en 1552, la victoire, et Strasbourg resta une ville protestante. — Il est temps de voir quel fut le sort dé la Réformation dans les autres parties de l'Alsace. On sait que ce pays était à cette époque morcelé en une foule de petits Etats : villes impériales, possessions de l'empereur, des princes palatins, du landgrave deHesse, des comtes de Hanau et de Wurtemberg, d'évêques et d'abbés, de Êmnilles frcinçaises, etc. Dans chaque ville et chaque territoire le sort de la Réformation dépendait de la situation politique. Pour plus de détails, nous renvoyons aux ouvrages de Rœhrieh, ainsi qu'aux monographies de MM. Lerse et RochoU pour Colmar, Erichson pour Kaysersberg, Dnon pour Sainle-Marie-aux-Mines, Ja?ger pour Uaguenau, F. Jung pour Wissembourg, etc. Dans les endroits dépendant de Strasbourg, la Réformation se répandit rapidement. Elle fut accueillie avec transport dans les \illes impériales : à Mulhouse, ce furent Augustin Knemer et Nicolas Prugner qui, depuis 1522, prêchèrent l'Evangile; à Wissembourg, la Réforme fut étouffée violemment dès 1525; à Haguenau, où résidait le bailli impérial, les nouvelles idées pénétrèrent a^'ec peine; à Schlettstadt, les humanistes opposèrent plus de résistance qu'on aurait pu croire ; les possessions des princes palatins furent plus accessibles à la Réforme. Dans les parties de l'Alsace appartenant à l'archiduc d'Autriche, elle eut à surmonter bien plus de difficultés; il en fut de même dans la seigneurie de Ribeaupierre et dans les terres du duc de Lorraine. Dans bien des villes, comme à Colmar, le magistrat n'osait protéger ouvertement la Réformation. Les événements politiques racontés plus haut changèrent la situation de bien des Eglises. Dans les possessions des princes palatins, la Réformalion s'affermit de plus en plus. Le seigneur de Ribeaupierre, Egenolphe in, embrassa aussi le protestantisme. Il s'affermit également dans
le territoire des comtes de Hanau-Lichtenberg. A Wissembourg, Munster, etc., il resta victorieux; à Haguenau même il le fut un instant, mais la guerre de Trente ans et les jésuites arrêtèrent ses progrès. A Colmar, la Réforme fut solennellement reconnue en 1575. Beaucoup de seigneurs alsaciens avaient embrassé le protestantisme, comme ceux d'Andlau, de Rathsamhausen , de Landsperg, d'Oberkirch. — Aussi longtemps que vécurent ' les réformateurs de Strasbourg, les divisions confessionnelles ne pénétrèrent point dans* les Eglises protestantes de l'Alsace. Grâce à l'esprit tolérant et vraiment évangélique des Stufm, des Bucer, etc., Strasbourg était devenu, dans cette première période de notre histoire, le centre de la Réformation. Cet esprit malheureusement cessa bientôt d'animer les représentants de FEglise de Strasbourg : l'intolérance dogmatique et Tétroitesse confessionnelle devinrent leur signe distinctif. Gomment s'opéra ce changement? En Tan 1555, tous les héros de la Réformation avaient quitté la scène : Zell, Bucer, Sturm s'étaient rapidement succédé dans la tombe. Geux qui les remplacèrent n'étaient point de leur taille. La paix d'Augsbourg n'avait eu en vue que l'Eglise luthérienne : c'est cette dernière seule que Ton cherche dorénavant à défendre et à fortifier. Après la] mort de Sturm, le président du convent ecclésiastique de Strasbourg, le pasteur Jean Marbach, devint l'apôtre fanatique d'une sèche orthodoxie. Le culte, d'abord si simple, fut surchai^é d'éléments liturgiques; la prédication, envahie par la polémique, ne servit plus à l'édification des fidèles. L'école seule résista à ce mouvement rétrograde : et ici, c'est à Jean Sturm que revient l'honneur d'avoir conservé les traditions libérales, de ses devanciers. Sur l'instigation de Jacques Sturm, les réformateurs de Strasbourg avaient fondé une école supérieure d'enseignement ; les professeurs étaient en même temps membres du chapitre de Saint-Thomas. Des bourses, un pensionnat (couvent de Saint-Guillaume) et une bibliothèque complétaient cette .institution. Quelques réfugiés d'Italie avaient été recueillis au nombre des professeurs, parmi eux le savant Pierre Martyr Vermigli; des réfugiés français trouvèrent aussi un asile à Strasbourg et plusieurs d'entre ewL professèrent à la nouvelle école ; nous ne nommerons que Calvin, qui fui aussi le premier pasteur de la petite paroisse française à Strasbourg. Jean Sturm fut l'organisateur de toutes ces institutions. Il avait été à Paris avec Sleidan ; les persécutions le poussèrent à Strasbourg. Il y devint le premier directeur du gymnase 8réé par Jacques Sturm. Admirateur passionné de l'antiquité classique, il releva ces études et les organisa sur une vaste échelle. Aussi l'école de Strasbourg devint-elle le rendez-vous de la jeunesse studieuse de tous les pays (voyez l'ouvrage de M. Schmidt sur la vie et les travaux de Jean Sturm). Sturm était aussi un défenseur zélé de la cause protestante ; il aimait ces nobles et braves huguenots et ne désespéra jamais de la victoire du protestantisme en France. Un conflit entre l'école et l'Eglise était inévitable. Peu à peu la lutte prit un caractère sérieux. Pierre Martyr dut quitter Strasbourg;, un autre savant italien, Jérôme Tanchi, eut une longue querelle avec Marbach au sujet de la prédestination et
dut partir; la paroisse française cessa d'exister. Depuis 1571, une querelle théologique divisait Marbach et Sturm. En 1577, une nouvelle confession de foi, la Formula concordiXy avait été signée ; elle devait être un fort rempart entre luthériens et calvinistes. Marbach et son collègue Pappus, non moins célèbre par son fanatisme, remplirent Strasbourg de leurs cris et de leurs injures; ils parvinrent même jusqu'à obtenir la destitution de Sturm. La Formula concordix ne fut pourtant pas adoptée ; mais le but des Marbach et des Pappus n'en fut pas moins atteint : à la fin du seizième siècle, l'orthodoxie froide et intolérante régnait à Strasbourg. — A la même époque le catholicisme s'était relevé pour recouvrer ce qu'il avait perdu. On sait que le nouvel oi*dre des jésuites s'était mis au service du pape, pour le seconder dans cette œuvre. En Alsace, les jésuites furent appelés en 1580 par l'évéque Jean de Mander^cheid. Le premier collège fut établi à Molsheim ; dès 1614, nous les voyons à Ensisheim, en 1604 déjà, à Haguenau. Le chapitre de la cathédrale comptait parmi ses membres des amis de la Réformation. Une lutte ne tarda point à éclater; à la mort de Jean de Manderscheid en 1692, les protestants élurent le margrave de Brandebourg, Jean- Geoi^e, et les catholiques le cardinal Charles de Lorraine. 11 en résulta une guerre de dix ans, connue sous le nom de guerre épiscopale ou des évéçues. La ville s'était rangée du côté de Jean-George, qui de plus était soutenu par la ligue de Torgau et par Henri de Bourbon. C'est en 1604 seulement que, grâce à l'intervention de Henri IV, la paix fut conclue. Elle fut malheureuse pour les protestants ; le cardinal de Lorraine devint évêque de Strasbourg et le chapitre n'eut plus d'éléments hétérogènes dans sort sein. Le successeur de Charles, Léopold de Bavière, père de Ferdinand 11, fut la cause de nouveaux malheurs pour l'Alsace. 11 était impliqué dans la guerre de la succession de Juliers-Clèves. Le pays fut dévasté ; Henri IV devait mettre fin à la guerre et relever l'union protestante, lorsqu'il tomba sous le fer du régicide. Une guerre décisive était inévitable. Ce fut la guerre de Trente ans. Dès 1621, l'Alsace devint le théâtre de la guerre. Le comte de Mansfeld fit une expédition en faveur de l'union protestante; mais Strasbourg, qui dès 1621 avait quitté l'union, ne le soutint point. La ville conclut la paix avec l'empereur, qui en retour éleva son école au rang d'université. Bientôt après les protestants eurent à subir une série de persécutions ; à Colmar, ils furent même bannis. En 1628, on proclama Tédit de restitution ; des mesures énergiques furent prises pour l'exécuter. Cette réaction antiprotestante ne manqua point d'exciter une haine ardente contre l'empereur et le conseil. A la même époque Richelieu arrivait au pouvoir. On connaît sa politique; Strasbourg lui tendit une main amie : les Suédois, sous la di^ction du général Horn, eurent bientôt soumis toute TAlsace. Cette invasion des Suédois est pour l'Alsace un fait de sinistre mémdre. En 1634, on appela les troupes françaises : Richelieu accorda l'Alsace à Bernard de Saxe-Weimar, qui de 1635 à 1638 conquit le pays. 11 gouverna l'Alsace pendant quelques mois : après sa mort les Français occupèrent le pays. Bientôt la paix longtemps désirée fut conclue. L'Alsace Strasbourg excepté, passa à la France. Le pays était épuisé : pour le
repeupler, on y envoya beaucoup d'étrangers du Palatinat et de la Suisse, la plupart calvinistes: c^est là Torigine de beaucoup de paroisses réformées. Nous renvoyons pour plus de détails sur cette époque aux articles de M. Reuss, dansYAlsatia de 1862, et de M. Rœhrich, dans ses Mittheilungen, vol. 2, ainsi qu'aux ouvrages généraux. — L'histoire de la Réformation en Alsace a été traitée surtout par deux savants : M. Rœhrich a écrit une Histoire de la Reformations en 3 voï. , et des Mittheilungen^ en 3 vol. ; M. JUng a écrit un volume de Beitrœge zu der Geschickie der Reformation, Le vicomte Marie-Théodore de Bussière a écrit plusieurs omTages sur l'histoire de la Réformation en Alsace [Histoire de Fêtablissemeni du protestantisme en Alsace; Histoire du - développement du protestantisme, etc.) dans un sens tout à fait catholique et avec beaucoup de partialité. Nous avons indiqué dans le cours de l'article les monographies les plus importantes. Alb. Courvoisier.
lî. (!648-1789). Lors de la réunion de l'Alsace à la France, le respect de la liberté de conscience n'avait pénétré encore ni dans les mœurs ni dans les lois. Aussi le gouvernement de Louis XIV fit-il de fréquents efforts, sinon pour détruire le protestantisme dans les provinces nouvellement acquises, du moins pour Tentrayer et pour fevorM^r les progrès de la religion catholique: Dès 1662, une ordonnance royale prescrivit de ne distribuer qu'à des catholiques les terres et habitations abandonnées pendant les guerres ; aux nouveaux propriétaires, il fut fait remise, pendant six ans, de tout impôt, et on leur permit de prendre gratis dans les forêts du domaine le bois pour la reconstruction des maisons ruinées. Cette mesure avait pour but d'attirer dans l'Alsace, dont plusieurs parties étaient presque dépeuplées, une nouvelle population catholique. La plupart des édits publiés contre les huguenots furent enregistrés au conseil souverain d'Alsace ; par ce fkit, ils devenaient applicables aux protestants du pays, tant luthériens que calvinistes, malgré le traité de Westphalie qui leur garantissait la liberté de leur culte. Nous citerons entre autres les déclarations sur Tâge auquel il ét^iit loisible aux enfants mineurs de changer de religion , sur les moyens de subsistance à leur fournir par les parents, sur la défense des mariages mixtes, sur les peines auxquelles s'exposaient les pasteurs qui recevaient dans leurs églises des catholiques convertis ou non. Par. la capitulation de Strasbourg, 30 septembre 1681, il fut stipulé que la ville garderait le libre exercice de sa religion et la propriété de ses biens ecclésiastiques ; la cathédrale seule dut être rendue aux catholiques ; dès le mois d'octobre, l'évêque François Egon de Furetenberg en prit possession : il fit frapper en souvenir une médaille, contre laquelle protesta le magistrat. En 1664, la France conclut avec Fempire une tnHe de vingt ans ; elle s'engagea de nouveau à laisser aux luthériens et aux réformés d'Alsace leur entière liberté ; en vertu de cet engagement, la révocation de l'édit de Nantes ne fut pas enregistrée au conseil souverain ; mais les agents du roi n'en continuèrent pas moins à protéger le catholicisme au détriment du protestantisme. Déjà en 1683 l'intendant de la Grange avait exempté ceux qui se convertiraient de toute charge de guerre pendant trois ans ; une ordonnance de 1685
accorda aux mêmes trois ans pour l'acquittement de leurs dettes ; en iOH8, on autorisa les catholiques, quand ils voulaient se faire recevoir bourgeois, à ne payer que le tiers des droits usités. Ce qui fut plus gitivë encore, car ce fut une violation flagrante de la capitulation de Strasbourg, ce fui une déclaration royafe du 5 avril i687, voulant que les charges et emplois qui donnaient enti^ au magistrat ou qui en dépendaient^ tant dans la >ille que dans les seigneuries, fussent remplies alternativement par des protestants et des catholiques; le nombre de ces derniers étant encore trè»-restreint, on se borna d'abord à ne leur affecter que le quart des places ; mais dans le cours du dix-huitième siècle on s'en tint strictement à Talternative. En 1683, les jésuites, qui avaient déjà plusieurs maisons en Alsace, s'établirent aussi à Strasl)ourg. Le séminaire fondé par Tévêque, le collège royal, l'université catholique, transférée en iTCM de Molsheim à Strasbourg, furent confiés à leur direction. Ils devinrent les agents les plus actifs de la propagande catholique dans la province. A leur tête était le professeur Jean Dèz, homme instruit et habile: en 1087, il publia un livre, intitulé : Réunion des protestants de Strasbourg à l'Eglise romaine; on en attendait un grand succès, mais il n en eut aucun aupivs des Strasbourgeois. Un colloque entre des jésuites et le professeur de théologie Bébel eut le résultat ordinaire de ces conférences; chacune des deux parties gai*da son opinion. Les missions catholiques furent plus heureus^s dans les campagnes; plusieurs \illages furent entièrement ramenés au catholidsme. Un édit de 1686 avait ordonné de ne plus instituer que des maires catholiques. En 1684, on avait prescrit que, dans chaque commune possédant deux églises, les protestants n'en garderaient qu'une seule, et que là où il n'en existerait qu'une, elle serait partagée entre les deux cultes, de manière que les catholiques eussent la jouissance du chœur ; il suffisait'à cet eflet qu'il y eût dans le village sept familles professant la religion du roi ; seulement « pour obvier aux abus qu'on pourrait faire de ce règlement, ». on voulut bien ne pjis compter au nombre des sept familles « les passagers ou les simples valets, tels que chasseurs, pâtres et autres gens sans domicile fixe. » Ce fut là Torigine des églises simultanées, dont il existe encore plusieurs en Alsace. — La fameuse déclaration de Louis XV, du 14 mai 1724, confinnant la révocation de l'édit de Nantes et de toutes les ordonnances rendues pour en assurer Texécution, fut enregistrée, sur l'ordre exprès du roi, au conseil souverain d'Alsace, mais il fut impossible de l'observer ; on se vit même obligé de faire savoir oflidellement qu'elle ne setendait pas aux luthériens. Ceux-ci toutefois ne cessaient de se méfier des arrière-pensées du gouvernement ; leur méfiance fut pleinement justifiée par un règlement du l»' mars 1727, provoqué surtout par révêque cardinal de Hohan, qui s'était plaint de certaines coutumes protestantes comme étant des abus préjudiciables à la religion et au clergé catholiques. Le règlement qui dut être suivi dans toute la province et qui, à cet effet, fut enregistré au conseil souverain, ordonnait aux protestants, quand ils rencontreraient un prêtre portant le saintsaciement, deyagenouiller ou de se retirer; il demandait la cessation
du culte protestant dans les églises mixtes les jours où elles étaient visitées par Tévêque, Tobservation rigoureuse des fêtes romaines, Téducation catholique des enfants illégitimes, « attendu que le roi seul est en droit de leur tenir lieu de père. » Quelques-unes de ces prescriptions n'étaient que le renouvellement d'ordonnances plus anciennes, qu'en Alsace on avait laissé tomber en désuétude ou qu'on n'y avait pas môme introduites. Les réclamations qu'élevèrent les protestants ne furent pas écoutées. Ce ne fut qu'à partir du ministère du duc de Choiseul que le gouvernement se montra un peu plus libéral ; les protestants d'Alsace ne furent plus molestés que par des fonctionnaires subalternes. On contesta aux pasteurs le droit d'entrer dans les prisons et les hôpitaux miUtaires ; on songea même un moment à introduire dans l'université, à la seule exception de la faculté de théologie, la même alternative qu'.on avait fait prévaloir dans les fonctions civiles; on maintint surtout les ordonnances sur l'éducation catholique des bâtards; il existe de nombreux dossiers, allant jusqu'à l'année 1782, sur l'enlèvement d'enfants protestants. On se vantait enfin des conversions que Ton faisait; il y en eut qui firent quelque bruit, d'autres furent obtenues on ne sait comment ; deux volumes in-foljo contenant des noms de convertis alsaciens, de 1682 à 1778, ressemblent singulièrement aux listes qu'avant la révocation de l'édit de Nantes on avait eu coutume de mettre sous les yeux de Louis XIV. — Cette situation dura jusqu'à Tédit de tolérance de Louis XVI. Elle avait diminué la force politique du protestantisme, mais elle ne l'avait pas empêché de se conserver ; il s'était consolidé plutôt par la nécessité de se défendre contre les entreprises d'un pouvoir absolu et fanatique. Dans la faculté de théologie de Strasbourg on ne peut citer au dix-huitième siècle aucun nom illustre ; les professeurs étaient des hommes érudits, mais trop préoccupés de controverse ou de simple édification pour faire avancer la science. Dans le dogme ils étaient fidèles à la tradition orthodoxe luthérienne. Quand les piélistes et les frères moraves commencèrent à se répandre en Alsace, on les combattit avec une extrême véhémence; le professeur Frœreisen entre autres publia une brochure sous ce titre : Porh^ait de deux imposteurs^ Mahomet et Zinzendorf^ singe du premier, A plusieurs reprises parurent des arrêtés contre les conventicules. En 1759, il fut même défendu aux pasteui^ de Strasbourg et de ses dépendances de rien publier sans l'autorisation du couvent ecclésiastique. Cependant la vie religieuse était généralement florissante ; dans peu de villes le culte était plus fréquenté qu'à Strasbourg et à Colmar ; l'Eglise d'Alsace eut quelques pasteurs dont elle se souviendra toujours avec respect ; l'un d'entre eux, Oberlin, s'est acquis une célébrité européenne. — Les réformés seuls manquaient en Alsace de liberté. Ils avaient contre eux, outre l'intolérance du gouvernement, les scrupules des luthériens. Ils possédaient des églises à Sainte-Marieaux-Mines, à Bischwiller et dans deux ou trois villages ; dans d'autres localités ils se réunissaient dans des maisons particulières. Ceux de Strasbourg étaient obligés de se rendre à Wolfisheim, qui dépendait alors des landgraves de Hesse-Darmstadt, comtes de Hanaru. En 1788,
ils s*adressèrent d'abord au magistrat, puis au gouvernement de Louis XVI, pour être autorisés à célébrer leur culte dans l'intérieur même de la ville ; la permission leur fut accordée, à condition que la maison de réunion ne trahit par son extérieur a ni un temple ni même un édifice public » et qu'elle n'eût pas de cloches. Ils élevèrent alors le * bâtiment qui leur sert encore aujourd'hui. — Les édits, etc., relatifs aux protestants sont disséminés dans le recueil, intitulé : Ordonnances uTAUacey Golmar, d775, 2 vol. in-fo; V. Kiefer, Le Gouvernement français et les protestants d'Alsace, 1648-1697, Strasb., 1868; Charles Bœgner, L* Eglise protestante de Strasbourg dans ses rapports avec l'Eglise catholique^ 1681-1727, Strasb., 1851. Divers articles de Rœhrich, dans le t. ÎI de ses Mittheilungen ans der Geschichte dei* evangelischen Kirche des Elsasses, Strasb., 1855. Ch. Schmidt.
m. (1789-1876). La révolution de 1789 fut accueillie avec un vif enthousiasme en Alsace. Les protestants la saluèrent comme devant omiîr une ère nouvelle dans laquelle la liberté de culte^ qui leur était garantie par le traité de Westphalie, ne serait plus entravée par des mesures administratives empreintes d'un esprit marqué d'hostilité. Un Cahier de doléances (Rœhrich, MittheiL, III, 444) fut envoyé à l'Assemblée nationale par les magistrats et consistoires protestants des villes d'Alsace pour réclamer la confirmation des anciennes garanties, la restitution des biens possédés en l'année 1624, la réglementation du culte simultané dans les églises où il avait été introduit, et la participation par moitié aux places, dignités, charges et emplois publics de la province. En même temps, le professeur Koch fut délégué à Paris pour appuyer ces réclamations auprès des autorités compétentes. Des décrets du 17 août et du 10 décembre 1790 exemptèrent de la vente des biens ecclésiastiques, ceux des protestants des deux confessions d'Augsbourg et helvé- Ûque habitant l'Alsace, ainsi que ceux des pays deBlâmont, deBelmont, d'Héricourt et de Chaletot, parce que ces biens, sécularisés depuis longtemps, étaient exclusivement destinés à l'entretien du culte et d'établissements d'instruction publique, auquel ils avaient peine à suffire. Un décret spécial, rendu le 8 mai 1791, étendit cette exemption aux biens deja fondation de Saint-Thomas, principalement affectés à Fentretien de l'université protestante de Strasbourg. Lorsque l'armée des alliés menaça la frontière de l'Est, l'Alsace envoya ses bataillons de volontaires pour la couvrir : bien qu'allemande encore de mœurs et de langue, elle était française de cœur, et ce fut surtout pendant ces mémorables années où ses fils combattirent sous le drapeau tricolore pour défendre l'indépendance de la France et ses libertés récemment conquises, que le lien qui rattachait l'ancienne province de l'empire à sa nouvelle patrie devint plus intime. Le règne de la Terreur même ne put le relâcher. Uordre de fermer les églises fut donné au mois d'octobre 1793, et peu de localités purent s'y soustraire : pendant plus d'une année le culte public fut interrompu. Les vases d'église, les ornements de la chaire et de l'autel avaient été oflerts ou confisqués pour les services publics; le couvent de Strasbourg avait spontanément décidé de iaire collegialiter à la patrie le sacrifice des boucles d'argent que ses
membres portaient à leurs chaussui^es. Les églises furent converties en hôpitaux, en magasins de fourrages et parfois même en étables. Des •commissaires du gouvernement révolutionnaire parcouraient les campagnes pour faire fondre les cloches et brûler les livres sacrés trouvés sur les autels. Les pasteurs furent invités à renier la foi chrétienne, et ;Ceux d'entre eux qui s'y refusèrent se virent arrachés à leurs troupeaux et incarcérés. Le nombre des défections fut peu considérable, et beaucoup de pasteurs déployèrent, dans c^tte circonstance, une fermeté qui commandait le respect même à leurs persécuteurs. On peut dire qu'en général, les protestants, comme les plus éclairés, les plus modérés et les plus riches des citoyen^ de TAlsace, eurent le plus à souffrir pendant la Terreur. La correspondance du pasteur Blessig, détenu pendant onze mois dans le séminaire épiscopal de Strasbourg qui avait été converti en prison, est remplie de détails curieux (voy. Ëdel, Monatsbbetler fur die Blessig-Stiftungy 1847-1850, A vol.). — Au milieu de ces secousses qui agitèrent le pays pour lo transformer, il devint nécessair^^ de réorganiser FEglise protestante d'Alsace sur des bases nouvelles. Lo * couvent ecclésiastique de Strasbourg s était, dès le mois de septembre 4789, retrempé dans des élections presbjiérales Mtes d'api>ès un mode très-large, et il avait adi^ssé une Encyclique aux communautés de la province pour les exhorter à la concorde et à la paix. Divers projets d'organisation surgirent pour mettre fin à l'anarchie que la ruine de l'ancien régime avait provoquée. Des débats auxquels ils donnèrent lieu, et des négociations qui furent entamées avec le premier Consul et son ministre Portalis, sortit la fameuse loi du 18 germinal an X. Elle fut accueillie avec une vive faveur, parce qu'elle assurait aux protestants l'existence légale, le salaire de l'Ëtat, et qu'elle donnait satisfaction au besoin d'unité administrative; le sentinoent religieux, d'ailleurs peu ardent à ce moment, ne réclama ni contre ce qui, dans les conditions électorales, était de nature à le blesser, ni contre les dispositions qui compromettaient gravement l'indépendance et l'autonomie de TEglise. La loi de germinal prenait pour base l'Eglise cx)nsistoriale, composée d'une moyenne de six mille âmes, dispersées sur un territoir»^ plus ou moins étendu et réparties dans une où dans plusieurs paroisses, avec un nombre indéterminé de pasteurs et une représentation laiquo qui variait de six à douze. Ces anciens devaient être nommés pour la première fois par les vingt-cinq pères de famille les plus imposés au rôle des contributions directes ; dans là suite, le consistoire devait luinpiéme désigner un nombre égal de notables chargés de pourvoir, dt^ concert avec lui, aux réélections et aux vacances. Les pasteurs étaient nommés par le consistoire, et cette nomination était soumise à l'approbation du gouvernement^ qui se réser\'ait aussi la laculté de les destituer. Un certain nombre de consistoires formaient une inspection, à la tête de laquelle se trouvaient un inspecteur ecclésiastique et deux inspecteurs laïques, chargés d'exercer une certaine surveillance sur les Eglises de leur ressort. Au-dessus des assemblées d'inspection, la loi de germinal plaçait un consistoire général, composé d*un pi^dent laïque, de deux inspecteurs ecclésiastiques nommés à vie par le gouvernement.
et d-un député laïque nommé par chaque inspection également à vie. Dans rinterv'aile de ses sessions, d'ailleurs non périodiques, une commission de cinq membres devait, sous le nom alors en vogue de directoire, s' occuper de Texpédition des aÔ'aires courantes. Toutes les modifications dans les catéchismes, dans lés formulaires liturgiques, dans Ja confession de foi, dans la discipline 'ecclésiastique étaient d ailleurs subordonnées à Tapprobation du gouvernement, et ne pouvaient même pas être discutées sans son agrément. L'université protestante de Strasbourg fut convertie en Académie ou séminaire protestant par dé- -cret du 30 floréal an XI, et complétée en i8i8 par une faculté de théologie. — Cette organisation, sorte de compromis entre le type luthélien^ plus autoritaire, et le type réformé, plus démocratique, dans ses traits essentiels, subsiste en Alsace encore aujourd'hui. De 1830 à 1850, diverses tentatives furent faites auprès du gouvernement pour y introduire quelques éléments plus libéraux, mais elles échouèrent, moins •encore par suite du mauvais vouloir de l'autorité civile que pai* le défaut d entente chez les protestants eux-mêmes. Le décret du 20 mars 4852, rendu dictatorialement par le piincc-président après le coup «d'Etat, apporta à la loi de germinal quelques changements importants, n donna une sanction légale aux conseils presbytéraux qui, de fait, ., existaient déjà à peu près partout ; de plus, les élections devaient être laites par le sufirage miiversel. Sont électeurs tous les membres portés au registre paroissial qui sont Agés de trente ans au moins et qui ont deux ans de résidence. Les conseils presbytéraux des chefs-lieux consistoriaux reçurent le titre de consistoires, le nombre des conseillers presbytéraux fut doublé, et chaque conseil presbytéral sectionnaire y envoya avec son pasteur un délégué laïque. Le consistoire supérieur devait comprendre deux députés laïques par inspection, tous les inspecteurs ecclésiastiques, mi professeur du séminaire délégué par ce corps, le président du directoire et un conmiissaire du gouvernement, ce qui donnait à cette assemblée plus d'un tiers de membres, tous fonctionnaires, nommés par l'Etat. Le consistoire supérieur devait se réunii* au moins une fois par an. Quant au directoire, il fut composé de cinq membres, dont trois nommés par TEtat. C'est entre ses mains qu'était remise la nomination des pasteurs, celle des inspecteurs, des professeurs du séminaire et du gymnase ; il avait de plus le droit d^autoriser ou d'ordonner, par mesure disciplinaire, le passage d*un pasteur d'une cure à l'autre. Ces dispositions, qui renforçaient le principe de centralisation et concentraient l'autorité dans l'Eglise entre les mains d'un corps à peu près irresponsable, étaient en opposition flagrante avec les vœux des Eglises et les principe^ fondamentaux du protestantisme. N'étaitril pas dérisoire de mettre l'élément électif et le suffrage universel à la base de la constitution ecclésiastique, alors qu'on annulait eomplétementr l'action des conseils locaux, en bornant leur rôle à la surveillance des intérêts matériels et à la gestion des fmances? « Le protestantisme, pouvait justement dire M. de Montalembert, comme institution, aiaissé réduire au rang d'une section de l'administration civile ses Eglises officielles, docilement enchaînées dans l'antichambre de
TEiat. » Le directoire sentait fort bien le vice de sa position, ciir il interdit avec une vivacité extraordinaire toute discussion de» articles de ce décret, si notoirement contraire aux légitimes aspirations des fidèles. Le consistoire supérieur, d'abord résigné, essaya dans la suite de lui arracher quelques concessions, notamment en ce qui concerne la nomination des pasteurs. Il fut faiblement soutenu par l'opinion publique, qui^ après avoir accueilli avec stupeur le décret de 1852, prit le parti funeste de se désintéresser des choses de TEglise. Pourtant Topposition, commencée par le courageux auteur des Gravamina, imprimés à Bâle et distribués par la poste, grandit chaque année et chercha à réveiller les communautés de leur indifférence, et à leur donner la conscience de leurs droits et de leurs devoirs (voyez surtout les brochures de M. le pasteur Mettetal). — Au printemps de Tannée 1870, une campagne sérieuse de tous les partis coalisés avait été ouverte pour battre en brèche la constitution de 1852, lorsque survinrent les événements désastreux qui, en renversant ses auteurs, changèrent le sort politique de TAlsace. Annexée à l'empire d'Allemagne par le traité de Francfort, malgré les protestations unanimes de ses représentants, elle conserva ses institutions ecclésiastiques, un instant menacées pai* la pieuse ingérance du gouverneur, M. de Bismarck-Bohlen, aidé du commissaire extraordinaire, M. Fabri, inspecteur des missions à Barmen. La conquête allemande détacha des Eglises de la confession d'Augsbourg d'Alsace les inspections de Montbéliard et de Paris, qui en faisaient partie depuis la réorganisation des cultes en 1802; de plus, tandis que sur 1,235,097 catholiques, l'Alsace n'en perdit que H, 936 (moins de 1 pour 100), sur 270,699 protestants, 20,00! (plus de 14 pour 100) optèrent pour la France. Ajoutez-y les départs en vue d'échapper au service militaire allemand : en 1873, 479 jeunes gens de moins de dix-sept ans; en 1874, 735; en 1875, 811 ont demandé des permis d'émigration, sans parler du grand nombre de ceux qui se sont passés de cette autorisation. Ainsi réduite, l'Eglise luthérienne d'Alsace-Lorraine forma cinq inspections, celles du Temple-Neuf, de Saint-Thomas, de Bouxwiller, de Wissetmbourg, de la Petite-Pierre et de Golmar, avec 38 consistoires, 191 paroisses et 211 pasteurs titulaires. Un déci*et récent vient d'en créer une sixième, celle de Saint-Guillaume, formée de cinq consistoires, détachés des deux premières inspections. Les anciens vices de la constitution ecclésiastique ont survécu au changement du régime et des personnes : ni l'autorité du directoire n'a été limitée, ni des garanties sérieuses n'ont restitué à l'électorat paroissial sa dignité. De plus, tandis que dans nos Eglises de France les étrangers, après deux années de résidence, sont admis à être portés sur le registre électoral, un décret du gouvernement impérial allemand a enlevé leurs droits électoraux à tous les étrangers (lisez Français) résidant en Alsace. En vertu d'une disposition libérale, émanée du consistoire supérieur, les communautés sont aujourd'hui consultées sur le choix de leurs pasteurs; mais le directoire conserve le droit de les nommer et de les déplacer sans avoir égard à ces vœux. En somme, s'il faut en croire le témoignage de l'un de ses membres
les plus compétente et les plus impartiaux, le consistoire supérieur jouit de moins de liberté que du temps de l'administration française {AmtL Sammlg., XXIX, p. 55). Quant à TEglise réformée, elle compte en Alsace-Lorraine cinq consistoires, ceux de Strasbourg, de Bischwiller, de Sainte-Marie-aux-Mines, de Mulhouse et de Metz, avec 26 paroisses et 3^ pasteurs titulaires. Une tentative récente de créer un lien commun entre eux, par le moyen d'une organisation synodale, a échoué devant le mauvais vouloir de l'autorité politique. Il y a en outre, en Alsace, deux communautés de luthériens séparés à la suite de dissentiments d^ doctrine ou de discipline ecclésiastique, une station de frères moraves, un petit troupeau méthodiste qui dépend de l'Eglise méthodiste américaine, et quelques communautés évangéliques libres sans lien avec des Eglises du dehors et sans action sur celles de la province. — Nous ne dirons que peu de mots de la vie intérieure des Eglises d'Alsace. Son histoire se rattache étroitement'à celle des Eglises sœurs qui l'entourent, comme au courant général des idées qui agitent le protestantisme contemporain dans des directions contraires. Les paroisses alsaciennes ont subi, dans une large mesure, l'influence du rationalisme au commencement du siècle ; elles ont aussi participé, bien qu'un peu tard, au mouvement du réveil ; l'union et la séparation confessionnelles ont rencontré des partisans dans leur sein, comme aussi la tendance critique et l'école radicale. Bien qu'on Tait tentée, une statistique exacte paraît difficile à établir. Les divers partis en Alsace ont traversé des périodes de luttes très-vives, suivies de temps d'apaisement et d'acalmie; ce qui est certain, c'est qu'aucun d'eux ne saurait revendiquer pour lui ni le monopole de la vie et de l'activité religieuses^ ni celui des individualités marquantes. Nous trouverons l'occasion, dans ce recueil, de citer les noms les plus célèbres en ce qui concerne les morts ; pour les vivants, ils sont dans la mémoire de chacun. Les sessions annuelles du consistoire supérieur ont été l'arène la plus en évidence des débats ecclésiastiques. Des discussions animées s'y sont produites à propos de l'introduction des li>Tes de cantiques, des catéchismes, des formules liturgiques, des nominations ou des destitutions de pasteurs ou de professem*s, de l'ouverture ou de la fermeture des paroisses, de noms indûment rayés des registres électoraux. En thèse générale, le parti libéral s'est trouvé en majorité, sans pourtant que Ton puisse lui reprocher d'avoir abusé de son pouvoir ou d'avoir cherché à faire passer des mesures trop . radicales. Il y a, dans les Eglises d* Alsace, un esprit très-conservateur, même chez les esprits les plus dégagés de l'ancienne dogmatique. Le respect des traditions, des coutumes, parfois aussi l'amour de la routine et de la commodité, le désir de garder les positions acquises y sont pour beaucoup : ni le radicalisme ni le puséysme ne recruteront jamais qu'un petit nombre d'adeptes dans les rangs du clergé ou des fidèles alsaciens. Par contre, depuis une vingtaine d'années, un certain luthéranisme strict y a fait des progrès sensibles, bien que l'on constate que, dans les derniers temps, il a beaucoup perdu, sinon de son exclusivisme, du moins de son âpreté. Les piétistes, par. contre, tendent à disparaître et à se fusionner soit
avec les luthériens, soH avec les lionnnes an tiers-paHi. Ia me religieuse Ti'e^t pas en progrès depuis l'annexion àTÂllemagne.l.e rôle que les organes de TEgKse évangélique d'otftre-Rhin tmt joué pendant la -guerre de t870 n'a pas rapproché des sanctuaires ceux qui dëjà n'étaiertt que trop tentés de s'en tenir éloignés; déplus, les rapports unanimes des inspecteurs constatent avec douleur les éléments de démoralisation que les hnmigrés allemands, par leur mdifférence religieuse et Tirrégnlarîté de leurs -mœurs, ont apportés dans les paroisses. La mendicité, rivrognerie et la propagation de la littérature légère ont augmenté dans une notable proportion. — lie culte piiblic en Alsace, fidèle à ses anciennes traditions, a conservé un juste milieu entre la trop grande sécheresse du puritanisme réformé et le ritualisme catholique auquel, dans d'autres pays, les Eglises protestantes sont parfois tentées de faire des emprunts. La pi*édication est, en thèse générale, simple et nourrie, plus fortement biblique et moins oratoire qu>n France, plus pratique que dans beaucoup de localités en Allemagne. Les études thédlogiques sont cultivées avec succès en Alsace. Tout le monde sait Téclaft jeté par la faculté de théologie et le séminaire protestant de Strasbourg, et la part importante qu'ils orrt eue au mouvement scientifique mauguré en France par la Heuue de théologie et de philosophie chrétiefmes (1850-1869. 3^ vol.). Ces établissements sont on ne peut mieux placés pour servir d'intermédiaires entre la science allemande et la science française, etpour sauvegarder ce trait particulier de la piété alsacienne, qui est d'unir à un sentiment religieux profond, sobre et résen'é dans son expression, une indépendance réelle d'esprrt et une rive répulsion pour tout ce qui touche à Tintolérance. L'énumération serait trop longue des ouvrages d'histoire, de critique et de philosophie religieuses, publiés dans les deux langues par des savants alsaciens, parmi lesquels on compte plus d'un modeste pasteur de campagne. Le décret du i"" mai 1872, qui créa l'université de Strasbourg avec une dotation dfe phis d'un million de francs par an, supprima le séminaire protestant comme corps enseignant; par un autre décret du 29 novembre 1873, l'administration dos biens de Saint-Thomas, à laquelle le gouvernement français n'avait point touché, bien qu'il fût maintes fois sollicité de le faire par les meneurs du parti catholique (voyez en particulier : Notices sur les fondations administrntives par le séminaire protestant de Strasbourg, Strasb., 1854), fut confiée à un corps nommé en conformité a\TC les règlements antérieurs à 1789. Disons aussi que le nombre des étudiants en théologie, depuis l'annexion, a diminué de plus d'un tiers. Les amis de l'ancienne école fondée par Jean Stunn et qui, sous le nom de Gtftnnase protestant, a jeté un si vif éclat, déplorent de lui voir perdre de jour en jour le caractère qui constituait son originalité. Grâce à son enseignement solide et large, fécondé par la combinaison heureuse des méthodes françaises et allemandes, et grâce aux principes de forte . pédago§^e sur lesquels elle réposait, cette école était à la fois la pépinièi^e où se recrutait le corps pastoral alsacien et un foyer de haute culture intellectuelle d'où est sortie toute une élite d'hommes éminents dans toutes les branches; aujourd'hui, sans égard pour les sentiments d'une popn-
ALSACE — AiLTENSTEIN 219
iêtàiam qwCil froisse, 6t sias froii pour TEglifte dont Tesprit lui est deirenu étranger, cet établissement, entre les mains 4e ses nouveaux directeurs, tend à devenir un simple lycée allemand. Pour compléter •œ tableau, nous dirons que TAisace d^loie une louable activité dans le champ des œuvres religieuses. Elfe ne possède pas moins de as associations <de mission intérieure (sociétés de charité, ouvroirs, cvrfriielinatfi, patronage des détenus, établissements de diaconesses, asàes, etc.), 9 sociétés bibliques et d'évangélisation, 5 -sociétés pour les missions parmi les païens et les juifs, 5 caisses pour les pasteurs émériftes et les «neuves de pasteurs. Sa libéralité est bien connue, en France surtout ou, pour les œuvres et les intérêts les plus divers, on s*est habitué de longue date à compter sur elle. Les Ë^ises d'Alsace ont plusieurs conférences pastorales, ainsi qu'une société de propagande évangélique et une union protestante libérale qui, chaque hiver, organisent des confépences très-suivies sur des sujets d'ordre religieux. Parmi les organes de la presse périodique, nous citerons les suivants dont les titres indiquent suffisamment la tendance : Elsxss. evangel, Sonntagsblalt (depuis 1863), le Progrès religieux (depuis 18(>8), Evangel, luther. Prieiembote (depuis 1871), Evangel. prot. Kirchenbote (depuis 1872). — Sources, outre i(?s feuilles ci-dessus mentionnées : Recueil officiel des actes du consistoire supérieur et du directoire de l'Eglise de la confess. d'Augsb. en France (26 vol.), et Amtl. Sammlg. da* Àcten des Ober- Cons. u, des Direct, der K. A, C, in Els.-Lothr,, qui y fait suite; Buob, Manuel d'un code ecclés, à P usage des devx Eglises prot, de France, P., 1855; E. Lehr, Dictionnaire d" administrât, cccl.^ P., 1809; Evangel, Kirchenkalender fur Elsas.-Lothr., herausgeg. von G. Boegner, 1873, 1875-1877, 2 vol.; Archiv der Strassb, Pastoral-Confe7*enZy Strassb., 1847-76, 6 vol. ; Beitrxge zu den theol, Wissenschaften, herausgeg. von Reuss u.Cunitz, lena, 1851, 0vol.; (Mander), Oie protest. Kirche Franhr, 1787-1846, herausgeg. von Tiieseler, L(Mpz., 1848, 2 vol., avec de nombreux documents et pièces à l'appui (il s'en trouve, parmi les papiers du vénérable président du consisloiio réformé de Strasbourg, mort en 1873, un grand nombre d'autres, classés et annotés, qui offriraient facilement les matériaux de doux uuti'es volumes); Kienlen, Franzœs, reform. u, luther, Kirche im \\) feu Jhh., dans la Real-Encyclop. de Herzog., IV, p. 547 ss.; enfin des articles publiés jiar le signataire de cet articledansla^ei;M^r///'éf7/enne, X, p. 403 ss.; XVI, p. 471 ss.; p. 559 ss.; XVU, p. 232 ss.; XXII, p. 1 ss.; XXIll, p. 042 ss.
F. LlCHTENBlfROBR,.
ALSIED (Jean-Henri), théologien réformé, fui professeur de philosophie et de théologie à Herborn, puis à pariir de 1029 à luniversité récemment fondée de W(»issenburg en Transylvanie ; il mourut dans c«tte ville en 1638. Il avait élé envoyé au synode de Dordrecht par TËglise du Nassau. Parmi les nombreux ouvrages de cet écrivain infatigable, nous nous contenterons de citer son Encgclopœdia, 2 vol. , Herb. , 1630, in-f", réimpjimée à Lyon en 4 vol. in-f", 1049.
ALTENSTEIN (Gliarles, baron de Stein-Altenstein), né le 7 octobre 1770 à Ansbach, dans la principauté deEa^Teuth qui appartenait alors »
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la Prusse. D'abord conseiller au commissariat des guerres et des domaines dans sa ville natale, appelé en 1792 à Berlin par le prince Hardenberg, il suivit Frédéric-Guillaume III à Kœnigsberg après la catastrophe de 1806 et reçut en 1808 le portefeuille des fmances, en 1813 il fut nommé gouverneur de la Silésie, en 1817 ministre de Tinstruction publique. Le talent supérieur avec lequel il dirigea ce département dont il était le premier titulaire (rinstruction publique, qui avait fait jusqu'alors partie du ministère da l'intérieur, fut constituée depuis 1817 en un senice spécial sous le nom de ministère de l'instruction, des affaires ecclésiastiques et médicales^ Mimsterium fur die geistlichen, Unterrichts-und Afedicinalangelegenheilen) lui valut l'estime de toutes les personnes compétentes ; aujourd'hui encore sa mémoire est entourée de la reconnaissance universelle. La loi de 1819, qui régla tous les stades de l'enseignement depuis l'école primaire jusqu*à l'université et dont les dispositions les plus essentielles sont demeurées jusqu'à maintenant en vigueur, fortifia le principe de l'obligation dont un siècle de pratique avait démontré l'excellence (introduit parunédit deFrédéricl^^enniS) ; son adoption fut décrétée pour la Westphalie et les provinces rhénanes malgré l'opposition du clergé catholique. Si grande que fût à cette époque la pénurie du trésor, Altenstoin laissa lors de sa retraite 120 gymnases et 30,000 écoles pour 16 millions d'habitants environ. Les universités ne furent pas traitées avec moins de sollicitude. En 1809, Altenstein, quoiqu'il eût le portefeuille des finances, avait été lors de l'érection de l'université de Berlin Tun des plus dévoués collaborateurs de G. de Humboldt ; le 18 octobre 1818 il inaugura, pour les pronnces nouvellement réunies à la Prusse, l'université de Bonn. En fidèle disciple de Hegel, il donna dans les programmes académiques la place d'honneur à l'enseignement de la philosophie, appela son maître à l'université de Berlin et l'investit d'une véritable juridiction sur tout le mouvement intellectuel. Dans le domaine théologique et ecclésiastique, Altenstein s'inspira surtout des vues de Schleiermacher. Parmi les professeurs éminents nommés sous son ministère , il convient de citer : Tholuck à Halle, Liicke et Bleek à Bonn. Gesenius et Wegscheider furent maintenus dans leurs charges malgré les dénonciations de la Gazette évangélique (1830); l'université de Berlin fut illustrée par l'enseignement de Schleiermacher, de Neander, de Marheinecke. Altenstein présida, sans être libre de les diriger complètement selon ses vues, aux grands événements qui dans la première moitié du dix-neuvième siècb s'aocompUrent au sein de l'Eglise protestante de Prusse : l'Union (1817), l'Agende (1822), les divere essais de constitution. Il s'efforça en toulo circonstance de faire prévaloir les vues progressives de Schleiermacher, mais ne put triompher des préventions de Frédéric-Guillaume III et du mauvais vouloir du parti féodal. Il aurait désiré entre autres pour TEglisp protestante une réelle autonomie, l'introduction dans son intégrité du régime synodal. L'Agende lui répugnait à cause du maintien de formules surannées et de la part excessive faite à l'élément liturgique. Dans les controverses qui suivirent et qui amenèrent le schisme des vieux-luthériens, Altenstein, malgi'é la divergence des vues dogmatiques, plaida la
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cause de la liberté de conscience et aurait voulu qu*on procédât contre les communautés dissidentes avec moins de rigueur. Ses relations avec TEglise romaine font moins d'hoçneur à sa perspicacité : il subit toujours davantage Tinlluence d'un de ses conseillers, Tultramontain Schmedding, et se laissa entraîner par un amour excessif de la paix à des concessions regrettables. Il réussit, il est vrai, après le congrès de Vienne à empêcher la signature d'un concordat entre la Prusse et le saint-siége; la bulle De sainte ammarum (16 juillet 1821) n'en reconnut pas moins à ce dernier des privilèges excessifs pour la direction des séminaires et la nomination des évêques. Le conflit, dit des mariages mixtes^ occupa Altenstein dès son entrée au ministère; il se flatta par ses négociations avec l'archevêque de Cologne, Spiegel, et le pacte du 5 mai 1830, de lui avoir donné une solution définitive, mais les événements ne tardèrent pas à lui montrer la vanité de ses espérances. Une faute plus grave encore fut commise par la nomination au siège vacant de Cologne du baron de Droste-Vischering (29 mai 1836); le nouvel élu engagea avec le cabinet de Berlin une guerre violente qui ne fut officiellement terminée que par son arrestation (20 novembre 1837). Les professeurs hermésiens de Bonn, après avoir été soutenus par le gouvernement prussien, furent abandonnés par lui à la vengeance de la curie romaine (1837). Altenstein mourut le 14 mai 1840. Tous les contemporains s'accordent à reconnaître la hauteur de ses vues, l'étendue de ses connaissances, son absolu dévouement à la chose publique, la sûreté et l'agrément de son commerce. E. Strœhlin.
ALTHAMER(André) [1498-1 564], plus connu sous le nom de Brentius du lieu de sa naissance dans la Souabe, savant philologue et théologien, embrassa les principes de la Réforme et fut appelé en 1528 par le margrave George de Brandebourg, dont il devint le conseiller favori, k diriger les Eglises protestantes du pays d'AnsbaCh et de Silésie. Il s'appHqua principalement à Texégèse grammaticale de la Bible et à la catéchétique. Nous citerons, parmi ses ouvrages, ^onDiallageySiveconciliatio locorum Scrtpturœ, qui prima facie tiiter se pugnare videntur, ^uvernb., 1528, sa Sylva biblicorum nominum, 1530, dictionnaire des noms propres qui se trouvent dans la Bible; ses Annotationes in S , Jacobi E pistolam et son catéchisme, intitulé : Das ist UnteiTicht zum christL Glauben, une man die Jugend lehren u. ziehen soli^ in Fragweis m. Antwort gestellt. Item, etliche gemeine Collecten od. Gebete fur gemeines Anliegen der Christenheit. » Niir. 1528.
ALTING (Henri), théologien réformé, naquit en 1583 à Embden en Frise, où son père était pasteur. Après avoir fait des études à Groningue et à Herborn, il devint le précepteur de Frédéric, prince électoral palatin, qu'il accompagna à l'université de Sedan et plus tard en Angleterre. En 1613 il de\int professeur de théologie à Heidelberg, assista au synode de Dordrecht, dut s'enfuir de Heidelberg lors du siège de la ville par Tilly en 1622, obtint en 1627 une chaire théologique à Groningue, et mourut en cette ville en 1644. Durant une vie agitée, il avait montré, non-seulement un grand savoir, mais la patience et le courage d'un chrétien. 11 avait écrit beaucoup de hvres, mais n'en avait publié qu'un
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seul, en iM8, sur quelques opimons du théosophe allemand Jacques Bcehflfve. Ses autres ouvrages ne parurent qu'âpre sa mort, par les soins de 9on fils Jacques, professeur de théotogie à éroningue, mort en f e9T. Les œuvrtes du père, 3 toI. in-f<>, i669, contiennent sous le titre de L&ci communes une dogmatique, desprobkmatka theologiea^ ei une explication du catéchisme de Heidélberg. En 1701 on publia sa His^mia etclesixrpaloHnWy etettl84J ?Mt Kateeketischem VnterriehtiesPfakgr&fm Friedrich (éd. Lewald, Heidelb.), qui n>st pas le moins intéressant de ses écrits. Ceux de son fils Jacques, qui était savant en hébreu et qui avait étudié les rabbins, remplissent 5 vol. in-f», Amsterdam, 1687. — V. les articles de Bayle dans son dictionnaire.
ALTPE (Saint), compatriote, disciple et ami de saint Augustin^ passionné comme lui pour les plaisirs dfu monde-et particulièrement pour l'es jeux du cirque, mais intègre et loyal, s'attacha à son maître avec une inviolable fidélité, le suivit dans ses pérégrinations, partagea ses doutes et ses erreurs, reçut le baptême en même temps que lui dans Téglise de Milan par les mains d'Ambroise et Taiccompagna, avec Nébride, dans sa retraite à Tagaste. Il fut nommé évêque de cette ville en 394. Le martyrologe romain fait mention de lui au 15 août. — Voy. saint Augustin, Canfess.y VI, 7-10; IX, 6 eij)as3im ; Fpist. 22-25.
AMALAIRE {Amalqrius). Ce qu'on sait de sa vie est incomplet et incertain ; il fut prêtre dans le diocèse de Metz, et mourut vers 837. En 816 il écrivit, sur Tordre de Louis le Débonnaire, un Liber vitx clericorum, composé de passages des Pères sur les devoirs du clergé. Ses ouvrages principaux sont consacrés à la liturgie; il* sont très-utiles pour la connaissance du culte au commencement du neuvième siècle. Pour les composer, Amalaire avait fait des voyages à Tours, au couvent de Corbic et même à Rome ; il avait recueilli des informations et comparé des manuscrits. Ses quatre livres de ecclesiasticisofficiis, dédiés à l'empereur, contiennent une description de tout ce qui se rapportait au culte, desofficesdepuisledimanchedelaSeptuagésimejusqu*à la Pentecôte' des divers grades de la hiérarchie et des vêtements sacerdotaux, de la messe et du chant des heures. L'ouvrage se distingue par le soin avec lequel Amalaire s'eflForce de rechercher les origines des choses liturgiques ; mais son interprétation allégorique lui fit commettre des erreurs, dont quelques-unes furent déjà remarquées par ses cx)ntemporains. Dans le traité de ordine antiphoivarii il blâme, sans raison, la réforme du chant ecclésiastique proposée par Agobard. SesFclogxde officio missx sont une explication mystique de la messe. Le Liber vitx clericorum est imprimé dans les colkictions des conciles de Sirmond, de Labbe, etc.; les Èchgx, dans les Capitularia deBaluze, t. Il, p. 1352 ss.; les deux autres ouvrages liturgiques chez Hittorf, Collalio scriptorum de divinis officiis, Col. 1568, in-f>, et dans la BibL PP. Max., t. XIV. — V. Ilist, litt, de la France^ t. IV, p. 531 ss.
AMALÉCITES. Tribu de bédouins qui habitait le pays situé entre la mer Morte, l'Egypte et l'Arabie Pétrée (Nomb. XHl, 29; 1 Sam. XXVII, 8; Ëusèbe; Jos., Ant., II, 1, 2 ; III, 2, 1), et sans doute aupararsvant jusque dans la montagne d'Ephragna (Juges V, i4; XII, 15). La
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Bible coanaii deux traditioas différenies à leur sujet : ils sont établis au sud-ouest de la mer Morte au temps d'Abraham (Gen. XIV, 7), et roracle:de Balaam les appelle les « princes des nations ; » au conlraii*e Gen. XXXVI, 12, 16 (cL 1 Cbron. I, 36) Amalek est le petit-fils d'Esaû. Il faut remarquer cependant que sa mère, Timna (rEscarpée), est une- Horite^ et. qu'aine Amalek pourrait peut-être se rattacher par elle aux populations primitives de la Palestine. Amalek se trouve également associé à un autre nom sous lequel on serait tenté de reconnaître les Âdites^ une des tiûbus qui ont joué le plus grand rôle dans Ihistoire des Arabes primiti&. Une des femmes d'Esatl, grand-père d*Amalek^ s appelle Adah (Gen. XXXVI, 12); dans un passage même (v. 16), les Anialécites sont appelés les Bené-Adah. Or, d'après la tractition arabe, Ad, père da&Adites, était fils d' Amalek et petit-fils de Cham. Il est difficile de méconnaître, entre ces deux séries de faits, une certaine parenté. Nous croyons en trouver la confirmation dans la prophétie de Balaam qui concerne Amalek. En effet, le second vers en est obscur à cause du moi Adi dont on ne sait que faire; il devient clair au contraire si on y voit un nom propre et si Ton traduit : Amalek est le prince des na-< tions^ mais sa postérité. M, sera anéantie. — Les Amaléciles étaient les eimemis jui'és d'Israël : « guerre de Jéhovah contre Amalek, de génération en génération, » disait un vieux proverbe. L'Exode raconte que, lors de l'invasion des Hébreux, ils furent battus par Moïse à Raphidiua : cette victoire fut consignée par écrit, et un monument élevé pour en perpétuer le souvenir (Ex- XVllI, 8-16; comp. Deut. XXV, 17-19). Du temps des Juges, on les voit s'allier successivement à tous les ennemis des Hébreux, aux Ammonites (Juges III, 13), aux Madianites et aux Benê-Kedem (Juges VI, 3 ; VII, 12) ; les Israélites trouvèrent des défenseurs dans Gédéon, Saiil et David dont les exploits contre les Amalécites sont restés populaires. Ce n'étaient toutefois, de part et d'autre, que des guerres d'embuscades et de surprises (l Sam. XV, 5; XXVll, 8; XXX, 1-18); mais, dès que le pouvoir fut consolidé entre les mains de David, les Amalécites disparui*enl (2 Sam. VllI, 12). Leui's derniers débris furent anéantis par la tribu de Siméon sous Ezéchias ( 1 Ghron. IV, 43). Cette disparition si prompte tient à deux causes : les Amalécites étaient déjà un peuple vieux lors de l'invasion des Hébreux ; et puis, ils paraissent ne jamais avoii' eu d'organisation sociale ; ce n'étaient que des hordes nomades (gedoud) ; ils arrivaient montés sur des chameaux, avec leurs troupeaux et leurs tentes, et disparaissaient emportant tout sur leur passage. U n'esl question qu'une fois d'une ville d'Amalek (1 Sam. XV, Ti). A diverses reprises, on rencontre de leurs rois portant le nom d'Agag ; on a même pensé que c'était un titre honorifique, pourtant cela est douteux. Les Arabes en parlent comme d'une tribu encore puissante au temps de Nébucadnetzar ; mais ce renseignement, comme toutes leurs légendes sur les patriarches, est fort sujet l caution. — Voyez : d'Herbelot, BibL or, s. v, Ainluk; Aboulféda, Hist, tt/.,p. 178 ss.; Michaelis, Spicil.^ 1, 170. J. van Iperen, Hiat. crit. Edom. et Amelacitarum^ Leovarden, 1768; Noeldeke, Ueber die Amalekiter^ 6(Ett.,.18a4, in-8o. ph. b«robr.
224 AMAN -î AMAURY
AMAN [Haman], premier ministre du roi de Perse Assuérus. Le livre d'Esther (III, 10 ss.) Taccuse d'avoir voulu faire périr tous les Juifs de Tempire persan par haine contre Mardochée ; arrêté dans ce projet par la reine, il serait tombé en disgrâce auprès du roi qui l'aurait fait périr (Esth. VU, 10). — Voyez Esther,
AHAND (Saint), Amandus, un des missionnaires chrétiens du septième siècle, était originaire d'une ancienne famille romaine de TAquitaine. Il entra de bonne heure au service de l'Eglise ; ardent et courageux, il se consacra à la convei-sion des païens. On dit qu'il prêcha l'Evangile aux populations basques des Pyrénées et aux Slaves dés bords du Danube. Son principal champ d'activité fut l'ancien pays des Francs, le long de la Meuse et de l'Escaut. Les Francs, établis dans la Gaule, tout en étant devenus chrétiens, semblaient avoir oublié que beaucoup de leurs contemporains étaient encore païens. A partir de 626 on trouve Amand aux environs de Gand, luttant contre les difficultés que lui opposaient la supei^tition et la haine du peuple ; enfin il convertit un homme riche, Bavon, avec l'aide duquel il put établir deux couvents, Blandùuwn (Blandigny) eïGandavum (plus tard Saint-Bavon). Ces deux maisons et une troisième, Elnon, près de Tournay (plus tard Saint-Amand), devinrent dès lors le centre de sa mission. De 647 à 649 il fut évêque de Maestricht, mais, ne réussissant pas à discipliner ses prêtres grossiers et incultes, il reprit son œuvre parmi les païens de la contrée. Il passa ses dernières années au couvent d'Elnon. La date de sa mort est incertaine ; un de ses anciens biographes la place en 661. La légende lui attribue une foule de miracles.
AMASA ['Amûsâ, 'Aji.£7jat], fils d'Abigaïl, sœur de David, et d'un certain Jithra ou Jether, commanda l'armée envoyée par Absalom contre son père et essuya une défaite complète ; gracié par David, il remplaça Joab à la tête de l'armée et reçut la mort de sa main (2 Sam. XVII, 15 ss., 25 ; XyiII; XIX, 13; XX, 4 ss., 8 ss.).
AMASIAS ['Amaçyàh, 'AjAsajaç, 'AjAaGfaç], roi de Juda, fils et successeur de Joas (838-809 avant J.-C), fit le procès aux meurtriers de son père (2 Rois XIV, 5 ss.), défit les Edomites, qui avaient récemment secoué le joug du royaume de Juda (2 Rois XIV, 7), attaqua le roi Joas d'Israël, éprouva une défaite complète et fut fait prisonnier : Jérusalem fut prise, ses murailles démolies en partie et ses trésors pillés. Amasias, remis en liberté, régna pendant quinze ans après la mort de Joas d'Israël et mourut assassiné (2 Rois XIV, 17).
AHAURY, natif de Bène, près de Chartres, enseigna la philosophie, puis la théologie à l'université de Paris. Sa thèse, que « tout chrétien est tenu de croire qu'il est membre de Christ et qu'il a soufi'erl réellement avec Christ le supplice de la croix, » ayant été censm'ée par l'université et condamnée par le pape en 1204, Amaury la rétracta, mais mourut de chagrin bientôt après, sans laisser d'ouvrages. Son système a été un panthéisme semblable à celui de Scot Erigène, dont Amaury a visiblement subi l'influence. Dieu, selon lui, est l'être infini qui se manifeste à lui-même en revêtant les formes des créatures. Essence absolue de tout ce qui existe, il est encore le principe formel