‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 2)Chapitre 83 sur 226 · AMAURY · texte numérisé non relu

AMAURY

du monde en tant qu'il est Tintelligence qui conçoit et réalise les types étemels des choses. Toutes les créatures sont émanées de Dieu et doivent renti-er dans Tunité divine. L'àme remonte en Dieu par la contemplation et Tamour ; « elle peixl alors son propre être et reçoit Têtre de Dieu : désormais elle n'est plus une créature ; elle ne voit plus, n'aime plus Dieu; elle est Dieu même, Tobjet de toute contemplation et de tout amour. » La thèse incriminée présente cette même idée sous la forme biblique de Tunion de l'Ame avec Christ, empruntée à 1 Cor. XII, 27, et exprimée sous une forme paradoxale. — La doctrine d'Amaury s*était répandue dans le peuple. De ces principes métaphysiques les amalriciens déduisirent bientôt, pour les appliquer dans la vie pratique, des conséquences morales qui étaient restées bien loin de l'esprit idéaliste d'Amaury : « L'homme en qui habite le Saint-Esprit ne pèche plus ; il peut impunément commettre tous les péchés, car c'est l'Esprit même de Dieu qui agit par lui. » Pour justifier cette doctrine, ils la présentèrent comme une nouvelle et dernière révélation de Dieu aux hommes, en adoptant les idées apocalyptiques de Joachim de Flore : « Le Père s'est manifesté dans l'Ancien Testament sous la forme des lois mosaïques; le Fils s'est manifesté dans le Nouveau Testament sous la forme des sacrements ; le Saint-Esprit se manifestera à son tour et abohra les rites évangéliques comme Jésus a aboli les lois de Moïse. » Aussi les sectaires, s'attiibuant la mission de préparer l'avènement du règne du Christ, commencé déjà dans leur secte, condamnèrent l'usage des sacrements et la participation aux cérémonies du culte. Selon eux, la résurrection des morts devait inaugurer l'ère nouvelle, et ils entendaient par ce mot la diffusion du Saint-Esprit dans les cœurs des fidèles, assurant qu'eux-mêmes étaient ressuscites. Ils annonçaient que de grandes calamités précéderaient cette résurrection : (t Dieu visitera les peuples, les princes et surtout les prélats par toutes sortes de fléaux. Le pape est l'Antéchrist, Rome la Babylone d'impureté. Finalement tous les royaumes de la terre seront soumis au roi de France, « chef visible de cette théocratie de l'Esprit. En 1209 la secte avait envahi les diocèses de Paris, de Langres, de Troyes et de Sens. Elle était composée de clercs et de laïques et paraît avoir possédé une certaine organisation intérieure : il est du moins fait mention de réunions religieuses dans lesquelles la description de ravissements célestes était accueillie avec faveur, et de l'institution de sept prophètes, organes spéciaux du Saint-Esprit. La propagande trop zélée de l'un de ces prophètes révéla Texistence de la secte à l'archevêque de Paris. Le synode de Paris de l'an 1209 condamna dix des hérétiques, dont neuf clercs, à la peine du bûcher. L'un d'eux, avant de mourir, affirma « que nul incendie, nul supplice ne pouvait l'affecter, parce qu'il était Dieu, en tant qu'il possédait Texistence. » Le même synode flétrit la mémoire d'Amaury, et ordonna que son corps fût exirait du cimetière où il reposait, et enseveli dans upe terre non consacrée. — Voyez : Engelhardt, Amalrich v, Bena, dans ses Kirchengesch. Abhandlungen, Erl., 1832, p. 251; Hahn, Amalrich v. Benay dans les Tkeoi, Stud. w. Krit.y iM6, I, p. 184; Krœnlein, Amalrich v. Bena m. David v. Dînant^

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