MAURY
daloue. En 1777, Maury publia des Discours choisis sur divers sujets de religiofi et de littérature, en vue de son élection à l'Académie française dans laquelle il n^entra toutefois qu'en 1785. Nommé à Tabbaye de Frénade et au prieuré de Lions, le célèbre orateur passait sa vie dans les salons de Paris qui se le disputaient, charmant la ville et la cour par ses sermons de TAvent et du Carême, sans trop les scandaliser par ses mœurs peu édifiantes. Sa diction était correcte, sa parole claire et facile, pleine de chaleur et de mouvement. Habile à ménager la dévotion de la cour et les préjugés des libres penseurs, Maury s'en tenaità des lieux-communs philosophiques, affublés d'une terminologie chrétienne. « C'est dommage, dit un jour Louis XVI après l'avoir entendu, s'il nous avait parlé un peu de religion, il nous aurait parlé de tout. » — Initié à la politique, qui était alors la préoccupation générale, par M. de Lamoignon, garde des sceaux, l'abbé Maury fut député en 1789 aux Etats généraux par le clergé de Lions. Il joua un rôle considérable à l'Assemblée constituante où, après quelques hésitations et même quelques tentatives de fuite, il fut l'orateur attitré de la droite. Sop éloquence emphatique, dans le goût de l'époque, sa mémoire prodigieuse, la vivacité toute méridionale de son esprit, son admirable sang-froid, ses heureuses saillies, sa bonne humeur inaltérable et le courage de la patience qu'il déploya en face des insultes et des outrages de la multitude servaient admirablement ses desseins. Maury est toujours sur la brèche et traite avec la même facilité les questions d'administration et de finances, de droit constitutionnel et de politique religieuse. Défenseur des prérogatives du roi, des privilèges de la noblesse et du clergé, des biens de l'Eglise, de la dignité et de l'indépendance de ses ministres, il lutta souvent avec bonheur même contre Mirabeau, avec lequel on a eu d'ailleurs le tort de le mettre en parallèle. L'abbé Maury sortit de France en 1792, après l'emprisonnement de la famille royale, et se vit comblé d'honneurs à l'étranger, à Chambéry, à Bruxelles, à Liège, à Coblence. Il fut reçu par Pie VI à Rome comme un saint et un martyr, nommé successivement archevêque in partîbxis de Nicée, nonce apostolique au couronnement de l'empereur François II à Francfort, évêque de Montefiascone et cardinal (1794). Au moment de l'occupation française de l'Italie, il se retira pour quelque temps à Saint-Pétersbourg, mais revint pour siéger au conclave de Venise (1799) et administrer son diocèse de Montefiascone. C'est de là qu'il écrivit le 22 août 1804, avec l'assentiment, dit-on,' de Pie VII et bien qu'il venait d'être nommé ambassadeur de Louis XVIII auprès du saintsiège, une lettre de soumission, humble et emphatique, à Napoléon. Il retourna à Paris en 1806, entièrement rallié au gouvernement impérial qu'il servit avec une complaisance sans bornes et qui le récompensa en lui décernant Tarchevêché de Paris en 1810, malgré les résistances du chapitre et le refus du pape. Défenseur bruyant des libertés gallicanes, agent de l'empereur dans ses négociations avec le saint-siège, Maury se perdit dans l'opinion, à mesure qu'il s'élevait en autorité et en puissance. Lors du retour des Bourbons, il se vit