‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 9 sur 157 · MAURICE — MAURY · texte numérisé non relu

MAURICE — MAURY

devait beaucoup à Gharles-Quint ; mais jamais les scrupules ne pouvaient Tarrêter, et les sentiments de loyauté ou d'attachement personnel durent toujours céder devant son ambition. L'ingratitude lui coûta donc peu; il trouva même un malin plaisir à jouer au plus fin avec le plus fin des politiques et à abattre le tout-puissant triomphateur. Il y réussit si bien qu'il faillit surprendre Charles-Quint'à Inspruck, et le vieil empereur, impotent et malade, dut s'enfuir pendant la nuit, et entra ensuite en négociations avec Maurice. Le 2 août 1522, on convint à Passau d'une trêve de durée illimitée; les conditions en étaient la libération des princes prisonniers, le rétablissement du landgrave de Hesse dans ses Etals et la liberté religieuse complète accordée aux protestants. La paix définitive ne fut conclue cependant que le 21 septembre 1555, à Augsbourg. Maurice était déjà mort depuis deux ans (11 juillet 1553) de la mort des héros. Gomme il ne laissait qu'une fille, son frère Auguste fut son successeur. — Voyez Arnoldi, VUa Maurilii; Gamérarii, Oration. funebr. in Maurilium eicct. Saxon.; Sleidani, De siatu religionis et reipublicœ Carolo V Cxsare Commentarii^ 1555; Ranke, Deutsche Geschichle im Zeitalter d. Re formation; von Langenn, Lebensbeschreibung des Kurfûrsten Moritz von Sachsen, Leipz., 1842.

MAURILLE (Saint). Voyez Rouen.

MAURT (Jean-Siffrein), cardinal, littérateur et homme politique célèbre. Né en 1746 à Valréas dans le Gomtat Venaissin, il descendait d'une famille huguenote qui avait quitté le Dauphiné lors de la révocation de l'édit de Nantes. Son père était un pauvre cordonnier. Dès le collège, le jeune Maury se distingua par un grand amour du travail et des dispositions brillantes. Au séminaire d'Avignon, où sa famille l'avait placé, il montra peu de goût pour la vie ecclésiastique à laquelle répugnaient d'ailleurs son tempérament ardent et sa nature sensuelle. A vingt ans nous le trouvons à Paris où il donnait des répétitions et corrigeait des épreuves. Il s'exerçait en même temps à des travaux littéraires fort appréciés des gens de goût. Tels son Oraison funèbre du Dauphin et son Panégyrique du roi Stanislas (1766). En 1771 son Eloge de Fénclon reçut un accessit au concours de l'Académie. Le Panégyrique de saint Louis, prononcé l'année suivante devant le roi, eut un succès extraordinaire : on battit des mains en pleine chapelle. Maury flattait l'esprit de son temps en présentant le christianisme comme une philosophie sublime, et la religion comme l'art de consoler les grandes douleurs de la vie. Gitons encore le Panégyrique de saint Augustin, prononcé en 1775 devant l'assemblée du clergé de France. La môme année parut son Essai sur l'éloquence de la chaire, remanié et refondu en 1810, qui est son meilleur ouvrage. Il n'y faut point chercher un plan systématique ni des développements profonds, bien liés, mais une suite de réflexions pleines de justesse et de goût, d'utiles conseils sur l'art d'écrire et de composer, des anecdotes racontées avec esprit et heureusement amenées, des jugements sains sur nos grands orateurs, parmi lesquels il assigne le premier rang à Bossuet, sans préjudice d'une admiration sincère pour Bour-

Page 1