NAZARETH — NEANDER
sousGodefroi de Bouillon, elle devint le siège du métropolitain de Palœstina secunda. C'est alors seulement qu'on rechercha les lieux qui se rattachaient à l'histoire du Christ. On montre à l'intérieur du couvent des Latins situé à l'extrémité sud-est de la ville, une grotte transformée en crypte, où la Vierge doit avoir reçu la visite de l'ange qui lui annonçait la naissance d'un fils. C'est là que, d'après la légende, se trouvait la maison de Marie (la casa satua qu'un miracle transporta, dit la tradition, le iO mai 4291, d'abord à Tersuto, en Dalmatie, et plus tard à Loretto). Les franciscains montrent dans leur couvent, situé non loin, une chapelle où Joseph doit avoir eu son atelier de charpentier. Au sud de ce couvent se trouve « la fontaine de Marie, » la seule source du voisinage, et qui alimente de ses eaux fraîches tous les environs. Le Nazareth d'aujourd'hui compte près de six mille habitants, dont les deux tiers sont chrétiens. Grâce à l'influence civilisatrice d'une communauté chrétienne, elle présente un aspect riant et prospère, malgré les persécutions des autorités turques. E. Scherdlin.
NâZIRÉAT (nàzîr, nezîr élôhim; eù5aj«vo<). On désignait chez les Hébreux par le nom de nàzîr celui qui, consacré personnellement à Jéhovah, s'abstenait volontairement de vin et de toute boisson enivrante, et laissait croître ses cheveux. Ordinairement le temps du naziréat était fixé par celui-là même qui s'y soumettait; on se faisait nazîr dans des circonstances pénibles de la vie, au moment d'entreprendre de grands voyages ou encore pour obtenir de Dieu des enfants. Plus tard, et quand Tinstitution se développa, les parents consacraient les enfants à Dieu, dès avant leur naissance (Samson, Samuel, Jean-Baptiste) et pour leur vie entière. Cependant la Loi ne connaît qu'un naziréat temporaire, à l'expiration duquel le nazir se présentait devant le sanctuaire, apportant ses sacrifices d'expiation et d'actions deigrâces, et était relevé de son vœu après que le prêtre lui eut coupé les cheveux. Si, pendant le temps de son abstinence, le nazir devenait impur par suite du contact avec un cadavre, il devait d'abord se purifier et recommencer ensuite le temps du naziréat. Dans la suite cette institution prit une plus grande extension, parce qu'on regardait cette abstinence volontaire comme méritoire au point de vue religieux. Les exégètes ne sont d'accord ni sur l'origine ni sur la signification précise de cette pratique ; il n'est toutefois pas impossible que les Israélites l'aient empruntée à l'Egypte. Il est puéril de vouloir voir dans le naziréat les origines de la vie monacale ; il n'y a entre les deux institutions qu'une analogie purement extérieure. On sait tout aussi peu si le vœu dont il est question dans l'histoire de saint Paul (Actes XVllI, i8), fut un véritable naziréat; une telle hypothèse ne serait toutefois pas en contradiction avec ses opinions dogmatiques (voy. Vilmar, Die symbolische Bedeulung des Nazirxeryelab'les d^LTis les Siudien u. Kritilifin, 1864).
NEANDER (Joachim), célèbre poète réformé du dix-septième siècle." Né à Brome en 1650 d'une famille de pasteurs, il étudia la théologie au gymnase académique de sa ville natale et subit l'influence du
' prédicateur labadîste Untereyk. En 1667, il accompagna plusieurs jeunes gens de famille à Tuniversité de Heidelbei^ où il continua loimèmeses chères études. AFrancfort, où il séjourna pendant quelque temps, Neander se rattacha à Spener et aux cercles piétistes. Nommé recteur de l'école latine de Dùsseldorf, il s'acquitta de ses fonctions avec un grand zèle et un succès marqué, ne cessant d'ailleurs de travailler au réveil des âmes par des prédications et un concours actif prêté aux réunions privées d'édification. Destitué par le presbytère à cause de ses tendances séparatistes, Neander employa ses loisirs à composer plusieurs de ses plus beaux cantiques, qui portent le cachet d'une âme souffrante, cherchant dans la solitude et dans la communion avec Dieu le reconfort que lui refusent les hommes. En 1677, ayant reconnu les erreurs du labadisme et les dangers de Tesprit sectaire, Neander put remonter en chaire et fut appelé, en (679, en qualité de troisième pasteur de l'église de Saint-Martin à Brème. Il mourut déjà l'année suivante à peine âgé de trente ans. — Neander a, le premier, introduit le cantique dans les Eglises réformées d'Allemagne, opiniâtrement attachées au chant exclusif des psaumes. Son recueil, qui contenait cinquante-sept cantiques, parut en 1679 sous le titre compliqué de A et Q. Joachim Neandri Giaub-u,Liebesûbung,aufgemunlert durch einfàiiige BundesUeder u. Dankpsalmerij neu geselzei nach bekannt u. unbekannten Snngweisen. gegrûndet auf den xwisehen Gott u. demSûnder im BLui Jesu befesiiglen Friedensschluss^ zu lesm u. zu singen auf Reiserif zu Haus, oder ChrislenergOizungeu im Chrûnen durch ein geheiligtes Herzens-Alleluja. Les éditions postérieures ajoutent dix-sept cantiques aux cinquante-sept de la première; maii>à peine sept d'entre eux portent le cachet de l'authenticité. Us jouirent d'une grande popularité dans les cercles piétistes du Bas-Rhin, grâce surtout â l'influence de Tersteegen qui en publia une nouvelle édition augmentée de nombreux cantiques d'autres autem^s. Ce ue fut toutefois qu'en 1698 qu'un certain nombre de cantiques de Neander furent admis dans un recueil ecclésiastique, celui de Darmstadt.Une noble simplicité, beaucoup de naturel dans le sentiment et dans l'expression, une langue harmonieuse et souple, le souffle bienfaisant d'une piété chaude et vivante : tels senties mérites qui assurent aux productions poétiques de Neander un rang distingué dans Thymnologie allemande. Plusieurs des meilleures mélodies de ces cantiques ont été également composées par notre auteur. — Voyez Gœbel, Gesch. des clir. L^.bens in der rheinisch-wesLphxlischen Kirche, II, 322 ss.: Kohlmann, J» Neander, sein Herkommen u, sein Geburtsjahr, dans la Reform. Kirchenzeitung^ 1836, p. 178 ss. ; Reitz, Historié der Wiedergeiforenen, IV, 42 ss.; Koch, Gesch. des Kirclienlieds, I, 382; II, 476: et surtout la belle monographie de Iken, J. NAinder, sein Leben u. seine L/c Ver, Brome, 1880.
NEANDER (Jean-Auguste-Guillaume), célèbre historien de TEglisc, était d'origine juive. Il naquit à Gœttingue le 17 janvier 1789. Son père Emmanuel Mendel était négociant; il parait avoir fait de mauvaises affaires et laissa à sa mort sa famille dans une situation pré-
'Caire, voisine de la misère. Sa mère Esther, parenle du philosophe Hendelssohn, était une femme pieuse et une mère aimante. Elle transporta ses pénates à Hambourg dont le jeune David (c'était son prénoni judaïque) fréquenta le gymnase depuis 1803. Son zèle et ses aptitudes attirèrent sur lui l'attention du recteur Jean Gurlitt, qui le prit en vive affection et ne cessa de l'entourer des marques de la plus délicate bienveillance jusqu'à sa mort. C'est grâce à lui que le jeune homme reçut à diverses reprises des bourses qui lui permirent de compléter ses études en droit. Neander sentait un vif attrait pour les anciens classiques, en particulier pour Platon. 11 retrouvait dans ses écrits cet amour du bien suprême, cette aspiration vers l'idéal encore voilé de la sainteté qu'il ressentait en lui-môme. L'Evangile, auquel il avait été conduit par la lecture des Discours de Schleiermacher, exerça sur lui la même attraction mystérieuse, et son âme droite se livra, avec une avide curiosité, à l'étude des livres sacrés. Il y puisa la certitude qu'en Jésus, ce iMessie rejeté par son peuple, étaient les sources de la vie éternelle. — C'est avec une conviction profonde qu'en 1806, à l'âge de dix-sept ans, il reçut le baptême ; il prit le nom de Neander, en souvernir de cette naissance nouvelle que symbolisait l'eau sainte. Il adopta les prénoms de ses deux condisciples bienaimés qui l'assistèrent dans cet acte solennel, le littérateur Varnhagen von Ense et le philologue Neumann , ainsi que celui de son protecteur, le recteur Gurlitt. Parmi ses relations de cette époque nous trouvons aussi le négociant Sieveking et le poète Chamisso. Les lettres échangées avec ce dernier, ainsi que la profession de foi adressée au pasteur Bossau, nous permettent de lire au fond de l'âme du jeune néophyte. Nous y découvrons un sentiment religieux à la fois candide et ardent et qui, pour s'exprimer, choisit une forme théosophique et romantique. Le dogme chrétien est pour lui un symbole qu'il idéalise à la manière du temps. — Ce fut son oncle Stieglitz, conseiller médical à Hanovre, qui décida Neander à quitter le droit pour la théologie. Il se rendit à cet eiTet à Halle. Plein d'un enthousiasme tout juvénile pour la science, entouré d'amis qui lui portaient une tendresse mêlée de respect, il poursuivit ses études avec une ardeur extraordinaire. 11 découvrit tout aussitôt le champ spécialqui devait lui tomber en partage et le cultiva avec amour: nous voulons parler de l'histoire de l'Eglise. Deux hommes ont, à cette époque, exercé sur Neander une grande influence : c'est d'abord Schleiermacher, alors professeur à Halle, qui, malgré la différence des âges, le traita en ami plutôt qu'en élève. Grâce à lui il s'occupa de l'analyse psychologique du sentiment religieux, qu'il étudia son origine, ses développements, les phases diverses qu'il traverse, les formes multiples qu'il revêt; c'est Schleiermacher encore qui lui fît comprendre l'importance de la communauté chrétienne, sa nature pirticulière, son rôle dans l'histoire; c'est à lui enfin que Neander est redevable de la méthode organique qu'il a su appliquer avec tant de bonheur à l'exposition de l'histoire de l'Eglise. Mais Schleiermacher n'était pas lui-même historien;
Neander trouva le complément des directions dont il avait besoin auprès de G. J. Planck, ce maître dans la tractation pragmatique de rhistoire. Les événements de 4806 avaient forcé à contre-cœur Neander d'échanger le séjour de Halle contre celui de Gœttingue. 11 trouva réunies en Planck une grande partie des qualités qui distinguent rhistorien : l'érudition, Timpartialité, la bienveillance, le sentiment élevé de sa mission et de Tinfluence que peut exercer sur le présent rétudede This toi re, cette mog/^/ra viue, comme l'appelait le vénérable professeur de Gœttingue. Il encouragea vivement Neander dans ses premiers essais et Tengaga à débuter par des monographies dont il lui dépeignait avec éloquence l'intérêt et le fruit. — Un voyage fait en 4807 à Hambourg, par Hanovre, eut pour Neander une importance particulière. 11 trouva chez son oncle Stieglitz le professeur Frick, qui le rendit attentif aux imperfections du système de Schleiermacher et lui conseilla d'étudier le christianisme à ses sources mêmes. De retour à Hambourg, Neander se prépara, par des leçons et des sermons, à entrer dans la vie pratique. Les écrits de Glaudius, et surtout les relations personnelles qu'il eut avec le Messager de Wandsbeck^ ne restèrent pas non plus sans /influence sur lui. 11 prêcha son premier sermon à Wandsbeck sur 1 Jean I, 4 ss. Dans une nouvelle profession de foi qu'il remit à cette occasion à ses amis, Neander fdil preuve de convictions chrétiennes beaucoup plus positives; il y déclare en même temps que l'histoire de l'Eglise était décidément sa vocation. Notre auteur trouva de nouveaux et précieux encouragements chez le savant et pieux libraire Frédéric Perthes. Au milieu de l'affaissement politique et moral dont souffrait alors TÂUemagne, Perthes avait conçu l'idée la plus élevée de la mission que pouvait remplir la librairie. Il se faisait un devoir de favoriser par tous les moyens la publication d'ouvrages qui étaient de nature à relever le courage et à réveiller la foi chez ses contemporains. U s'intéressait naturellement avec prédilection aux ouvrages religieux et surtout aux biographies des héros de l'histoire : il devint l'ami et l'éditeur de toutes les œuvres de Neander. — Celui-ci fut nommé professeur d'histoire ecclésiastique à Heidelberg en 4844 et une année après à Berlin. Il y retrouva Schleiermacher avec lequel il eut les rapports les plus agréables; son ami Liicke le rapprocha de De Wette pour lequel, ainsi que pour son collègue Marheineke, il s'était d'abord senti peu d'attrait. L'université de Berlin traversait alors une époque de crise. La guerre de l'indépendance de 4843 et 44 dépeuplait les salles de cours, et Tauditoire de Neander, qui plus tard comptait plusieurs centaintîs d'étudiants, était réduit à cinq ou six. Neander, qui avait lui-même songé un instant à se joindre à ceux qui allaient délivrer la patrie allemande du joug napoléonien, se vit forcé, par sa constitution maladive et des considérations de famille, à renoncer à ce projet. — Sa première inonographie parut en I8ii sur L'empereur Julten et sov siècle. Elle nous présente un tableau animé des luttes entre le christianisme et le paganisme à cette époque de transition Neander connaît à fond [l'art de retracer, en un cadre déier-
miné et dans certaines grandes individualités, les tendances historiques qui se rencontrent, se croisent et se combattent dans une môme époque. Il avait fait choix, pour son premier travail, le seul qu'il n'ait jamais voulu laisser réimprimer, d'une individualité qui lui répugnait absolument, afin d'avoir d'autant plus de mérite à être impartial. Aussi peut-on dire de cette monographie, faite d'ailleurs d'après une étude très consciencieuse des sources, qu'elle n'est ni un panégyrique ni une exécution de Julien, mais une œuvre d'histoire véritablement objective. — Après Julien ce fut le tour de Saint Bernard (1813). Neander se voua avec un intérêt tout particulier à l'étude de ce personnage qui lui était profondément sympathique, essayant à la fois de concentrer dans cette figure grandiose tous les traits qui composent la physionomie du moyen âge, et de trouver le principe et le ressort intime qui expliquent l'activité si étendue de ce « moine idéal, » comme l'appelait Luther. Neander esquisse d'une manière vivante la lutte entre le sacerdoce et la monarchie qui s'agitait alors au premier plan du siècle, en môme temps qu'il caractérise de main de maître les débats philosophiques entre saint Bernard et Abélard, et qu'il montre l'aurore d'une ère nouvelle amenée par la réorganisation des ordres monastiques. C'est dans cette monographie surtout, la plus achevée peut-être parmi les œuvres historiques de notre auteur, que Neander révèle le rare talent qu'il possède de combiner l'élément individuel et l'élément universel, c'est-à-dire d'incarner dans une individualité puissante tout l'esprit d'une époque. — Déjà comme étudiant, l'attention de Neander s'était portée sur le gnosticisme, cette apparition si curieuse et si importante du second siècle, ce premier essai de théologie spéculative qui poussa le dogme chrétien dans des voies nouvelles. Neander voyait s'agiter dans les luttes que les systèmes gnostiques firent naître au sein de l'Eglise deux problèmes dont la solution le préoccupait vivement : d'une part l'influence de la spéculation païenne et des idées juives sur la formation du dogme chrétien, et de l'autre l'examen des rapports entre la foi et la conscience, entre la xicmç et la yvoiatç qui se trouve à la base des systèmes gnostiques. Notre auteur avait publié déjà précédemment une dissertation latine sur Clément d'Alexandrie, ce sympathique prédécesseur d'Origène, vers lequel Neander s'était senti porté par une sorte de parenté d'esprit. Il traita à fond le problème tout entier dans un savant ouvrage, Le déveioppemem (jènétique des principaux sTjstèmes gnostiques (1818) qui a eu un légitime retentissement dans l'histoire de la théologie. Parmi tous ceux qui ont abordé ce sujet difficile, Neander occupe une des premières places par son talent de grouper ces systèmes si compliqués et parfois si ressemblants, d'élucider leur pensée fondamentale souvent confuse et se dérobant sous le voile complaisant de l'allégorie, d'en expliquer la genèse, de la décomposer dans ses éléments constitutifs et de la ramener à des idées connues soit du judaïsme soit du paganisme. Peut-être notre auteur est-il trop porté à en montrer l'origine dans la philosophie
néo>platonicienne, comme aussi sa division en systèmes gnostiqaes judaïsants et antijudaïsants peut sembler insuffisante. Sans doute encore les recherches récentes ont élargi la sphère dans laquelle se meuvent ces hardies spéculations et Font enrichie d'éléments inconnus à Neander. Mais comme œuvre de pionnier, dans un champ non encore défriché, et comme élude psychologique de la genèse intérieure et de là construction organique des principaux systèmes gnostiques, Touvrage de Neander conserve une valeur durable. — Deux autres monographies importantes suivirent de près Fétude sur le gnosticisme. Nous voulons parler de celles consacrées à Chrysostâme(iS22) et à Tertullien (1825). Dans la première, notre auteur s'applique surtout à mettre en lumière le grand caractère de ce prédica* teur de l'Eglise d'Orient et l'influence qu'il a exercée sur son siècle. Il s'efforce d'expliquer la source de son activité pratique si puissante, et est amené incidemment à toucher à certaines questions d'organisation et de culte agitées de son propre temps. Riche en faits de toute nature, cette étude pèche peut-être par sa trop grande prolixité. Dans l'ouvrage sur Tertullien, Neander cherche à démêler sous le langage réaliste, souvent grossier et confus, et le latin punique de ce père de l'Eglise d'Afrique, la pensée chrétienne dans sa lutte avecle gnosticisme et le paganisme qui, d'une manière très subtile parfois, cherchaient à faire invasion dans l'Eglise chrétienne. Il esquisse à grands traits les premiers linéaments d'une science de la morale chrétienne qu'il trouve disséminés dans les divers ouvrages apologétiques de Tertullien. On doit regretter que la partie biographique de cet ouvrage ait été trop sacrifiée àl'exposition des idées qui, à son tour, manque quelque peu de précision. — Ces deux dernières études, on le voit, ramenaient Neander à l'examen de questions d'un genre plus pratique. Lui-même s'y sentait poussé ; il désirait vivement exercer une influence directe sur les destinées de l'Eglise, propager ses vues, résoudre les questions difficiles qui se posaient. Il n'avait pas précisément pris une part directe à la réorganisation de l'Eglise prussienne, mais il avait en tous points approuvé et appuyé la ligne de conduite suivie par Schleiermacher. Partisan zélé de l'Union, il avait vu avec regret les empiétements du gouvernement dans une question où tout devait être subordonné à l'initiative des paroisses ; il déplorait de voir indéfiniment ajourné le projet de donner aux laïques une participation plus grande aux affaires de l'Eglise. Il n'avait pu voir non plus, sans les plus vives appréhensions, la réaction politique gagner de jour en jour du terrain et, par son alliance imprudente avec l'orthodoxie religieuse, compromettre la dignité de l'Eglise et l'efficacité de son action. Il voyait la liberté de l'enseignement violée à la suite de la destitution de De Wette et, quoique séparé de son collègue par ses opinions dogmatiques, il n'en éleva pas moins hautement la voix en sa faveur. Il se sépara de même avec éclat de la Gazette évangeliquele jour où, dans des articles pleins de violence, elle dénonça à la sévérité du gouvernement deux professeurs de Halle accusés de tendance /nationalistes. Il lui répugnait de mettre la contrainte au service d
NEANDER 55i
christianisme, estimant qu'il saurait bien tout seul faire son chemia dans le monde sans Tappui de la force politique, et sachant que la divine persuasion qui émane de la doctrine évangélique éclate d'autant mieux qu'elle est moins accompagnée de motifs et d'arguments qui lui sont étrangers. Ajoutons que Neander montrait le plus sérieux intérêt pour l'œuvre des missions, et que c'est en grande partie pour le propager parmi ses contemporains qu'il publia ses Mémoires sur Vhiswire du christianisme et de la vie chrétienne (1822, 3 vol.). Ce livre, qui a été traduit en français, contient une riche galerie de portraits et des récits animés d'événements dans lesquels éclatent les effets merveilleux de l'Evangile : c'est une série de témoins qui se lèvent pour attester, par leur vie et par leurs œuvres, la puissance de la foi chrétienne, et qui, par leurs aptitudes et leurs caractères variés, démontrent cet axiome si cher à Neander que l'unité chrétienne non-seulement subsiste dans la diversité, mais que c'est même dans la variété, dans la richesse féconde des formes et des apparitions qu'elle se manifeste et éclate de préférence. — Vers la même époque parurent les premiers volumes de la grande Histoire de V Eglise de Neander qui devait être l'œuvre capitale de sa vie et qui, malheureusement interrompue par sa mort, s'arrête aux temps de la Réformation. Le 1" volume parut en i826, le 5" en 1845, la 2* édition très corrigée en 1842. Un volume supplémentaire fut publié par Schneider en 1852. Une 3" édition complète parut en 1856 en 2 vol. Les matériaux de cet ouvrage avaient été réunis de longue main ; des monographies avaient familiarisé l'auteur avec les parties les plus importantes de son sujet : il ne s'agissait plus que de relier les diverses époques entre elles et de combler quelques lacunes. Neander cependant avait longtemps hésité avant de se mettre à l'œuvre. Sa modestie le faisait douter de ses aptitudes et de ses forces pour la mener à bonne fin. Et pourtant quel autre pouvait raconter l'histoire du royaume de Dieu et de ses progrès dans le monde mieux que lui, qui unissait à un si haut degré les connaissances scientifiques et le sentiment religieux nécessaire à l'accomplissement de cette tâche. — VHisloire de l'Eglise de Neander, on peut le dire, apparaît toute pénétrée de l'esprit chrétien. A une connaissance approfondie des événements et. des idées, des faits et des dogmes, l'auteur joint un tact tout particulier pour discerner ce qui est essentiellement chrétien et ce qui ne l'est pas. En opposition avec le rationalisme et le supranaturalisme qui n'ont su concevoir le christianisme que comme une doctrine émanée de la raison ou d'une révélation surnaturelle, il le comprend comme une force, non pas jaillissant des profondeurs cachées de la nature humaine, mais issue du ciel en faveur de l'humanité qui ne pouvait pas se la donner elle-même. Cette force supérieure, dans son essence et dans son origine, à tout ce que la nature humaine peut créer par ses propres moyens, lui a communiqué une vie nouvelle et a opéré en elle une transformation radicelle. Mais bien que le christianisme entrât dans l'humanité comme un principe supérieur de transformation, il ne devait pas
se propager seulement par des miracles, mais, au contraire, se soumettre aux conditions et aux lois de développement imposées à toutes les apparitions humaines. Cette marche est possible, parce que la nature humaine a été créée en vue de ce principe supérieur et révèle une réelle affinité avec lui. L*histoire de l'Eglise est l'histoire de la pénétration de la vie humaine par le principe de viedivine qui lui a été communiqué par Dieu en Jésus-Christ, d'après la loi indiquée dans l'admirable parabole du levain qui pénètre peu à peu toute la pâte. Le christianisme, se conformîint à la variété indéfinie de la nature humaine, adopte des formes indéfiniment variées. De même que l'originalité propre à chaque individu, loin d'être détruite, est consacrée et comme spiritualisée par l'Evangile, chaque vie chré tienne reproduit la vie de Jésus-Christ sous une forme particulière. Néander, le premier, a compris qu'en racontant l'histoire de ITIglise. c'était l'histoire de la vie chrétienne qu'il importait surtout de retracer et en quelque sorte de reconstruire. Sans faire les moindres sacrifices à la science, et en remplaçant au contraire les arlificcî' psychologiques, au moyen desquels on avait cru pouvoir expliquer les événements, par une riche étude des sources, il donne à l'élément édifiant une place importante, et le ton de l'apologie involontairement se substitue à celui de la polémique. Nul étalage d'érudition, et cependant l'on sent que tout est puisé aux sources, ce que l'examen des notes confirmerait au besoin. La recherche, le respect afl^ectueux de chaque trait individuel que nous révèle Ihistoire, joints à une grande largeur d'esprit et à une tolérance véritable : voilà ce qui caractérise cette œuvre. On peut même trouver que l'élément individuel est plus accentué que celui de la communauté, comme aussi la description de la vie intérieure l'emporte sur celle de la vie extérieure, et que l'histoire ainsi comprise risque de devenir une galerie de biographies, et mieux encore de portraits intimes. Le style de Neander est ample, onctueux, populaire, parfaitement clair et correct. Signalons encore un dernier trait. L'Eglise dont notre auteur raconte l'origine, les développements successifs et les manifestations variées, n'est pas telle ou telle Eglise particulière, mais l'Eglise universelle, invisible dans son essence, le royaume de Dieu dont les destinées ne sont pas liées à telle ou telle formule ou symbole transitoire, à telle ou telle institution imparfaite. L'agent principal qui détermine ses progrès, c'est le Saint-Esprit, l'Esprit du Christ agissant dans la communauté des croyants qu'il a fondée. Aussi le devoir de conserver intact et de faire valoir pour le salut du monde le dépôt de la tradition révélée, delà Parole de Dieu n'incomberait-il pas à une caste privilégiée, à un corps sacerdotal, à un clergé, mais à tous les membres de l'Eglise, î\ tous les croyants. Neander insiste beaucoup sur la doctrine du sacerdoce universel, et par la manière dont il a conçu les rapports entre l'individu et l'Eglise, il est un de ceux qui ont le plus efficacement préparé le triomphe de la cause de l'individualisme chrétien. — Mais à ce grand ouvrage sur l'histoire de l'Eglise, le péristyle manquait encore. Neander jivait réservé le siècle
apostolique pour le traiter à part. Ce n'est pas que la matière lui fût moins familière : dès son arrivée à Tuniversité de Berlin, il avait professé Texégèse du Nouveau Testament concurremment ou alternativement avec l'histoire de l'Eglise. Mais de tous les sujets du vaste champ de l'histoire, celui-ci lui paraissait le plus difficile, et bien que la critique ne l'eût pas encore labouré en tous sens comme elle l'a fait aujourd'hui, le regard clairvoyant de notre auteur avait prévu que ce serait là le champ de bataille où les diverses tendances théologiques se livreraient leur combat décisif. Uffûtinre de la foudaiion et' de la direction de l" Eglise chrétienne par les apôtres parut en 4832 (2 vol., trad. en français par Fontanès). On a fait à Neander le reproche de n'avoir pas pris vis-à-vis de son sujet une position indépendante et de n'avoir pas fait la part assez grande à la critique, en n'examinant aucune question à fond, et en montrant une précipitation regrettable dans ses conclusions. Il est vrai qu'il ne procède pas par voie historico-grammaticale. Sans dédaiîçner les lumières que peut jeter sur les questions d'authenticité l'examen philologique des textes, sans méconnaître leur importance, il croit qu'il y a une autre méthode plus simple, plus sûre, plus appropriée en tous cas à ses propres aptitudes, pour comprendre le siècle apostolique : c'est la méthode que nous pourrions appeler psychologique. Partant de ce point de vue que le christianisme est un principe de vie qui s'adapte à toutes les individualités pour les transformer, les régénérer, tout en leur conservant leur physionomie particulière, Neander s'applique à faire une étude approfondie. des divers types de doctrine ou de témoignage clirétien que l'on trouve dans les écrits du Nouveau Testament; il en recherche le caractère, l'origine, les développements successifs dans l'individualité primitive de chaque auteur et dans les modifications que sa conversion à l'Evangile a dû apporter à ses vues. De là les quatre types auxquels Neîinder ramène la doctrine apostolique, celui de Paul, de Jacques, de Pierre et de Jean. On lui a reproché d'avoir négligé ou amoindri les divergences qui existent entre eux et d'avoir émoussé les angles, afin de mieux pouvoir les ramener à l'unité, en montrant comment tous les quatre peuvent être dérivés du môme principe de vie qui les a animés. Si le procédé, dans ses résultats, peut laisser à désirer, ce que nous ne voulons pas contester, il ne peut être incriminé en lui-môme, car la science critique n'aura réellement accompli sa tâche que lorsqu'elle aura ramené à la doctrine de Jésus et expliqué par elle toutes les assertions de ses disciples. Neander a eu ainsi le mérite d'avoir puissamment contribué aux progrès de cette science toute récente que nous appelons la théologie biblique, et qui est destinée à exercer une si heureuse influence sur le développement de la dogmatique. Nous croyons que là est surtout l'importance de son livre, car il nous semble que dans la discussion des faits, des événements, des dates, de la marche chronologique du siècle apostolique, Neander n'a pas apporté cette clarté et cette précision, cette sûreté de coup d'œil et cette fermeté dans l'exposition auxquelles il nous avait habitués.
o54 NEANDEH
Relevons pourtant encore ce fait intéressant que dans la discussioi» relative à Torganisation des Eglises primitives, Neander, avec son. sens historique si juste, proclame hautement que le principe quK régissait la matière était celui de l'autonomie de la communautéchrétienne, et qu*il ne faut point chercher dans le Nouveau Testament la théorie de Tépiscopalisme et encore moins celle de Tuniformité en matière d'organisation ecclésiastique. — Les objections qui se sont élevées sur le proîédé employé par Neander daïis son Hisiobre fia siècle apostolique se sont reproduites, avec plus de force et de fondement, lors de l'apparition de sa Vie de Jésus (1837, trad. en français par M. Goy). Ce qui avait décidé notre auteur à faire cettepublication, c'étaient les débats qu'avait occasionnés la Vie de Jétus de Strauss. Le roi de Prusse voulant défendre l'entrée de ce li?re dans ses Etats avait demandé l'avis de Neander. Celui-ci s'était vivement opposé à une mesure aussi peu libérale et en tout cas aussi peu efficace, disant que le seul moyen de combattre l'influence du livre incriminé, c'était de le réfuter. Il s'était mis lui-même à l'œuvre dans ce but avec une abnégation d'autant plus grande, quïl eu sentait vivement la difficulté, et peut-être aussi. l'insufOsance des résultats auxquels il pouvait arriver. Disons-le tout d'abord pour éviter une méprise. Le ton du livre n'est pas précisément polémique: ce n'est qu'accessoirement, dans ses notes, que l'auteur discute les vues de Strauss. Neander veut essayer une construction de la vie de Jésus, mais sans aborder au préalable l'examen des sources. On sent une certaine hésitation et des tâtonnements fâcheux en face des récits des livres sacrés. On ne sait pas au juste la posflion que l'auteur prend vis-à-vis d'eux. En admet-il l'authenticité absolue ou concède-t-il la possibilité de l'erreur et l'influence de la légende? Evidemment Neander accepte la possibilité du miracle et la présence d'un élément surnaturel dans la vie de Jésus, et cependant il ne peut s'empêcher de marchander, d'essayer des explications, des atténuations, de chercher à ramener les prodiges racontés à des phénomènes naturels. Il veut leur enlever ce qu'ils ont de trop choquant, ce par quoi ils risquent de blesser, si ce n'est la raison du moins le goût des lecteurs modernes. En d'autres termes, il distingue presque toujours entre le miracle en lui-môme et l'impression qu'il a dû produire sur les témoins et sur les narrateurs. Il admet le miracle, mais il en discute le récit, l'impression laissée et montre que parfois les conséquences que les témoins en ont tirées ne sont pas légitimes ou tout au moins ne découlent pas nécessairement du miracle lui-même. De là, dans l'exposition de Neander, un certain vague, un certain arbitraire et, pour tout dire, un certain subjectivisme. Si ce reproche est fondé, on n'en doit pas moins tenir compte à Neander de ses bonnes intentions. Plus il est convaincu qu'avec les éléments que nous possédons il estimpossibled'écrire une vie de Jésus, etquecesujet, quelque important qu'il soit, demeurera toujours enveloppé d'un certain mystère, qui en est pour ainsi dire inséparable, plus aussi notre auteur use dans ses conclusions d'une réserve qui n'était pas
seulement de la sincérité, mais de la prudence. Il ne pense pas pouvoir donner le vrai dans cette matière si ardue, il veut du moins donner le vraisemblable. — La méthode de Neandernous révèle une autre préoccupation encore. Il a compris qu*il était impossible d'aborder le sujet qu'il traite sans avoir, au préalable, une certaine idée de Jésus-Christ ou, en d'autres termes, sans une base dogmati* que. Quiconque, par d'autres arguments et à la suite d'autres expériences, indépendantes des recherches historiques et exégétiques, n'admet pas que Jésus-Christ est le Fils de Dieu risque fort de ne rien comprendre aux Evangiles. Ce n'est pas que par leur moyen aussi, l'impression que produit sur nous la divinité de Jésus-Christ ne ressorte avec évidence* Toutefois, pour écrire la vie de Jésus, il faut que son image se soit fixée et gravée en nous par la puissance du Saint- Esprit. Alors seulement nous comprendrons véritablement les faits isolés^ les détails intimes de cette vie. Cela n'empêche pas Neander de montrer le côté pleinement humain du Christ. Tout au contraire : plus il a mis à couvert et hors de toute contestation sa divinité, plus aussi il croit de son devoir d'insister sur la réalité de son apparition humaine, en opposition avec les tendances gnostiques et docétiques qui l'ont niée. C'est un des grands mérites du livre de Neander d'avoir appliqué à Jésus-Christ les lois ordinaires de la psychologie et d'avoir montré qu'il y a eu développement et progrès dans son intelligence et dans sa sainteté, sans pourtant qu'il ait jamais passé par l'erreur ou par le péché. — L'activité littéraire de Neander, sans complètement s'arrêter, ne produisit guère d' œuvre nouvelle pendant les dix dernières années de sa vie; il continuait à publier les volumes de son histoire ecclésiastique, rééditait d'anciens ouvrages, surtout ses monographies, et rédigeait une série d'écrits de circonstance ou d'articles de revue. Un certain nombre d'entre eux ont été recueillis et publiés par J. L. Jacobi, sous le titre de Dissertations scieniifiques (Berlin, 185 1), et par l'auteur lui-même sous celui de Petits écrits de circonstance (Berl., 1829). Nous rencontrons parmi eux quelques méditations de philosophie religieuse, et surtout deux excellents articles sur Pascal dans lesquels il a mis en lumière le rôle de la conscience chrétienne. Tous les écrits de Neander sont d'ailleurs parsemés de citations de ce penseur pour lequel il éprouvait une sympathie toute particulière. Il avait compris l'importance de sa méthode apologétique et insistait^cvynme lui sur le rôle que la volonté est appelée à jouer dans la formation de nos croyances. Elle précède même en un sens l'intelligence : il n'est donné de comprendre Dieu qu'à ceux qui le cherchent, et l'œuvre du Christ ne s'explique qu'à ceux qui s'y soumettent et l'embrassent avec ardeur. Nous relèverons encore un tableau fort bien fait de l'état de l'Allemagne à la fin de la première moitié de notre siècle, tracé quelques semaines seulement avant la mort de notre auteur. Neander souffrait, pendant ces dernières années, d'un mal d'yeux qui le contrariait dans ses travaux et l'empêchait de s'y livrer avec toute l'ardeur qu'il sentait en lui. Cependant il remplit jusqu'à la fin de sa vie les charges et les devoirs de sa voca-
lion, et s'éteignit paisiblement après une courte maladie, le 11 juillet 1850. Sur son lit de mort il avait encore rédigé un chapitre sur les frères de la \ie commune, destiné à sa grande Histoire ecclésiastique. 11 s'interrompit en disant: « Je me sens fatigué ; je vais aller dormir.» Ce furent ses dernières paroles. — On n'aurait qu'une idée très imparfaite de l'activité de Neander si on ne le considérait que comme écrivain. C'est surtout dans sa chaire de professeur et dans son cabinet, dans lequel il réunissait deux fois par semaine ses élèves, qu'il lui était donné d'exercer une influence féconde. Neander professait régulièrement l'histoire de l'Eglise et l'exégèse du Nouveau Testament, rarement seulement la dogmatique et la morale, Outre quelques commentaires pratiques, on a encore publié d'après ses cahiers de cours les ouvrages suivants : Histoire du dogme chrétien, par Jacobi (Berl., 1857) ; Cathcdicisme et Protestantisme ^pstr Messner(Berl., 1863) : Histoire de la mora/ecAré/j>rîne, par Erdman (Berl., 1864). — L'humilité et la chaleur de la conviction se réunissaient dans le regard pénétrant et dans la parole vibrante du maître. On sentait qu'il y avait là plus que le désir de communiquer des connaissances sèches et périssables, il y avait le vœu de sauver les âmes et de conduire ses auditeurs aux pieds du seul Maître, dans la communion intime duquel il avait puisé les précieuses expériences qu'il se sentait poussé de faire faire aux autres. De là ses protestations incessantes contre ce que l'on pourrait appeler l'intellectualisme en matière religieuse (soit rationaliste, soit orthodoxe), qui n'aspire qu'à mettre la raison en contact avec la vérité naturelle ou révélée et à inculquer de force certaines doctrines, sans mettre au préalable l'àme en mesure de les recevoir par une préparation psychologique sérieuse. Mais Neander haïssait surtout tout ce qui pouvait arrêter le développement de la vie religieuse, le rire moqueur, la critique railleuse et irrévérencieuse, la profanation de ce qui est saint. 11 jugeait avec raison que c'étaient là les véritables obstacles à la foi, à cette foi confiante et filiale qu'il avait su si bien réaliser lui-môme. Neander, depuis la mort de sa mère, vivait seul avec sa sœur qui, pendant plus de trente ans, l'entoura de sa vive afTection et de ses soins les plus dévoués ; ils faisaient à eux deux beaucoup de bien et toujours en secret. On peut dire que rarement la science et la foi d'un homme se sont complétées et fondues dans un touchant accord comme chez Neander. Aussi, peutôtre plus encore que Schleiermacher, Neander a-t-il été entouré des témoignages de l'affection et de la vénération d'un grand nombre de disciples. — Son influence a été immense. Dans un siècle de scepticisme et de critiqu(î il a montré que la théologie est véritablement la science des choses divines, et que si elle n'est point cela, elle n'est pas grand'chose. Il a revendiqué hautement pour la piété ses droits en if;jce ou plutôt au sein de la science, et a montré comment on peut allier l'une à l'autre ; mais surtout il a fait voir la puissance du christianisme dans l'histoire et comment, dans les époques les plus différentes, au milieu des circonstances les plus variées et dans les individualités les plus diversement douées, on pouvait retrouver sa
NEANDEK — NEAU 557
marque, Teffigie non méconnaissable de Jésus-Christ. Signaler Tindividualité humaine sous l'empreinte chrétienne et l'empreinte chrétienne sous l'individualité humaine était le don particulier de Neander et la grande joie de son âme. Mais pour cela il fallait ce tact délicat, ces instincts de douceur patiente et de ferme tolérance qui l'animaient et qui l'ont quelquefois fait accuser d'indécision et d'inconséquence. On a voulu, de même, flétrir sa théologie du nom de théologie pectorale (sa devise était : Pecnis esiquod facit theologum), parce qu'il y a fait une large place au sentiment. Que la sagesse du siècle se vante de ce culte abstrait de la logique et de ce mépris obstiné des plus nobles facultés de l'âme ; qu'aux yeux des disciples de Hegel, de ceux de la droite orthodoxe comme de ceux de la gauche radicale, la théologie de Neander ait paru entachée d'impuissance, cela ne nous empêchera pas de la trouver à la fois plus modeste et plus scientifique que la leur, parce que, malgré stfs hésitations et ses inconséquences, elle se rapproche plus de la vérité, c'est-à-dire ;de la vue de Dieu et de la vie en Dieu. — Sources : 0. Krabbe, A, Neander. Fin Beiirag zu dessen Cliarakterisiikj Hamb., 1852; Kling, A, N, Ein Beiirag zu dessen Lebensbilde, dans les. Sludieiiu. Kriiiken^ 1852, H. 2; Hagenbach, Neander's Vei'dieuste um die Kirckengeschichte, dans les Slud, u. KriL^ 1857, H. 1; Ullmann, Zur Charakierislik Neanders, même recueil, 1857, H. 1 ; Baur, Die Epochen der kirchi, OeschichUchrexbung^ Tub., 1852, p. 202 ss.; Uhlhorn, Die œliere Kb chengeschickte in ihren neueren Darstellungen^ dans les Jahrb. f. d. Theol,, II ; 648 ss. ; et son article dans la Real- Encykl. de Herzog ; les articles de J. Monod et d'E. Scherer, dans la Revins de théologie de Strasbourg, I, 190 ss. ; 213 ss.
F. LiCHTENBERGER.
NÉAPOLIS, port de mer sur le golfe du Strymon, faisait primitivement partie de la Thrace. Après la conquête de yespasien,elle passa à la province de Macédoine (Strabon, 7, 330 ; Pline, 4, 18; Ptolémée, 3, 13). L'apôtre Paul y passa en venant de l'île de Samothrace et en se rendant à Philippes, qui n'en était éloignée que de douze milles romains (Actes XVI, 11).
NEAU (Elie), né à Moise, on Saintonge, dans la principauté de Soubise, vers 1660, d'une famille humble et honnête, mort en 1722 à New- York, où il se dévouait depuis longtemps à l'instruction religieuse des Indiens et des nègres, est célèbre pour avoir souffert plus de cinq ans sur le^ galères du roi ou dans les cachots de Marseille et au château d'If. Il sortit de France lors des premiers essais de dragonnades, inaugurées en 1679 par les intendants du Poitou et de l'Aunis, Marillac et Demuin, exerça le métier de marin aux îles d'Amérique, dans les possessions soit hollandaises, soit françaises, et gagna bientôt Boston, où il se fit naturaliser anglais pour avoir le droit de commander un vaisseau dans la marine marchande. Le 8 septembre 1692, alors qu'il était capitaine d'un petit navire de quatre-vingts tonneaux pour le compte d'un marchand de New-York, il fut pris en mer à la hauteur de Bermudes par un corsaire de Saint-