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Malo, qui, de retour dans cette ville, le lit mettre en prison. On prétendit qu'il était sous le coup d'un édit royal qui interdisait à tout Français de sortir du royaume,bien qu'en réalité il eût quitté la France avant cette déclaration de Louis XIV. On lui offrit de grands avantages s'il voulaitabjurer.il résista à toutes les promesses comme à toutesles menaces. Et sur les ordres de la cour, il fut condamné aux galères à perpétuité par le sénéchal. Le parlement de Rennes rendit un arrêt confirmatif, le 6 mars 1693. La chaîne où il fut attaché, avec plus de deux cents forçats, traversa la France du nord-ouest au sud-est dans toute sa largeur, et arriva à Marseille le 19 mai, jour de la Pentecôte, après trente-sept jours de route, c'est-à-dire d'horribles souffrances, tant les fers étaient lourds et les chemins affreux. Il servit six mois sur la galère la Vieill&'Madamt, puis on le mit sur le Magnanime. L'horreur de sa situation fut aggravée par le fait qu'il était sans nouvelles de son père et de sa mère, restés à Moïse, sans nouvelles non plus de sa femme et de ses enfants, dont il était séparé depuis sa captivité . Mais il fut affermi dans la foi et la résistance par la vue de ses frères qui souffraient là depuis longtemps avec un courage héroïque. Sa patience ne se démentit pas un instant. Il écrivait à son pasteur, Jean Morin, alors réfugié à Berg-op-Zoom, en Hollande: H Je ne veux aucun mal à ceux qui m'ont attaché à la chaîne. Au contraire, en pensant me faire du mal, on m'a fait un grand bien ; car je conçois à présent que la véritable liberté consiste à être affranchi de péché. » 11 devint missionnaire et prédicateur ; et l'aumônier catholique, voyant qu'il fortifiait ses compagnons d'infortune, le traita de «pestiféré », d' « empoisonneur», et protesta qu'il ne dirait plus la messe sur la galère tant que cet obstiné huguenot serait à bord. Elie Neau fut donc transféré, le 5 mai 1694, dans de sombres cachots de la citadelle, privé de soleil, d'air, quelquefois de nourriture. Il y resta vingt-trois mois. Il nous dit lui-même le secret de sa force invincible : « Ma consolation, écrivait-il, le 14 novembre 1695, est que Dieu contemple les combats et les combattants. » En juillet 1698, il fut conduit au château d'If, tour élevée sur un rocher au milieu de la mer, à une demi-lieue de Marseille, où sa captirité fut plus dure encore. Il eut la consolation de se trouver dans cet enfer avec trois autres confesseurs aussi déterminés que lui : Paul Ragals, suisse des Grisons, Antoine Capion, dont la famille était originaire du Vigan, et Jean Mognier, qui avait été compagnon de Claude Brousson dans les Cévennes. Il écrivait, le 7 janvier 1698 : .« Nous louons cl adorons notre Dieu tous quatre de ce qu'après avoir été longtemps solitaires, il nous a fait la grâce de nous mettre ensemble pour chanter d'un môme concert les louanges de sa grandeur, et c'est aussi à quoi nous employons les jours et les nuits. » Et ailleurs : « Si je vous disais qu'au défaut de la lumière du soleil de la nature, le soleil de la grâce fait briller ses divins rayons dans nos cœurs î... Il est vrai qu'il y a souvent de fâcheux moments, et qui sont terribles à la chair; mais Dieu est toujours près de nous pour lui imposer silence, et pour en adoucir l'amertume par son infinie bonté. » L'heure de la