‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 105 sur 157 · NEAU · texte numérisé non relu

NEAU

4]élivrance sonna enfin pour lui, le 3 juillet 1698. Il dut cette faveur au roi d'Angleterre, Guillaume III, qui avait fait demander son élar-. gissement et celui de quelques autres par son ambassadeur extraor- <iinaire, mylord Portland. Il se rendit à Genève, où il fut accueilli ^< avec des tendresses incroyables. » Et après avoir repris quelques forces dans cette ville hospitalière, il alla en Hollande, où il s'empressa de solliciter auprès de Guillaume lui-même la délivrance des frères qu'il avait laissés dans les fers. Il passa de là en Angleterre ; et après quelques mois de séjour, il s'embarqua pour New-York, où il «ut la joie de retrouver sa femme et ses enfants. Il s'engagea de nouveau dans les transactions commerciales et compta parmi les négo- •ciants « les plus considérables » de la cité. Il trouva cependant des loisirs pour entreprendre une œuvre bien modeste, mais bien méritoire et très fatigante, l'évangélisation des Indiens et des nègres. Les premiers venaient de temps à autre à New-York dans des vues de •commerce^ et notre évangéliste ressentit à leur égard quelque chose <[e la généreuse commisération qui avait inspiré Eliot, le grand <i apôtre des Indiens. » Quant aux esclaves nègres, dont le nombre «'élevait, à New-York, à plus de quinze cents, il les visita dans leurs •quartiers, le soir, après les corvées du jour. Il se montra « merveilleusement industrieux dans l'accomplissement de sa tâche », dit un rapport contemporain. Plus tard, il obtint la permission de réunir les nègres dans une grande chambre, à l'étage supérieur de sa propre maison. La société anglaise pour la propagation de l'Evangile s'empressa de lui donner un brevet officiel de catéchiste (4 août 4704). Nous avons eu la bonne fortune de trouver dans la correspondance inédite que J.-F. Ostervald, de Neuchâtel, soutint pendant quarante années avec J.-A. Turrettin, de Genève, un extrait assez étendu d'une lettre qu'Elie Neau écrivait au futur traducteur de la Bible sur l'œuvre qu'il poursuivait au delà de TAtlantique. On lira ces détails avec intérêt. « Voicy, dit Ostervald, des nouvelles d'un pays plus * éloigné ; c'est de la nouvelle York, d'un nommé M. Neau, confesseur, qui a beaucoup souffert à Marseille, homme d'une éminente piété et <]ue la Société a établi pour catéchiser les Indiens et les nègres... Je Tavois prié de m'instruire de diverses particularités de ces pays-là ; de me dire quel étoit le naturel de ces gens, si la religion chrétienne y faisait des progrès, quels dogmes les frappoient ou les rebuttoient, s'il y avoit de plusieurs sortes de livres indiens et en plus d'un langage, et quelques autres questions. Voicy le précis de sa lettre qui est très ample. Il instruit principalement les esclaves noirs nés dans l'Afrique ou dans l'Asie, et qu'on a amenés en Amérique pour y servir <lans les colonies, eux et leurs enfans à perpétuité. Ces gens sont si charnels et si grossiers que les choses les plus aisées leur sont incompréhensibles. Ils ont un naturel stupide ; mais ce qui est cause en partie de cela, c'est que leurs maîtres, craignant que le batesme ne leurconfère la liberté temporelle, les retiennent dans l'ignorance et n'ont aucun empressement pour les faire instruire. M. Neau en a pourtant une douzaine qui apprennent assez bien; il les instruit

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