‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 106 sur 157 · NEAU · texte numérisé non relu

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pour les mener au ministre de la paroisse quand ils seront en état d'estre battisés. Il me dit qu'il ne sauroit me dire quels mystères font le plus d'impression sur eux ; il s'en est souvent informé à euxmêmes, mais ils ne font pas des objections. Ils paraissent touchés quand on leur parle de l'éternité et de l'infinité de Dieu. Ils ne témoignent aucun doute sur la personne de Jésus-Christ. L'article de la polygamie leur fait peine. Cependant, un nègre ayant demandé s'il estoit deffendu par notre loy d'avoir plus d'une femme, il promit de se contenter d'une. Si l'avarice des maîtres n'y étoit un obstacle, on feroit pourtant quelque chose de bon de ces gens-là. Les ministres de la campagne catéchisent les blancs et les noirs, tant estrangers qu'Indiens, et s'y appliquent avec succès, ce qui aura d'heureuses suites ci-après. A l'égard de la langue, on a plutost fait de les instruire dans celle qu'ils apprennent chez leurs maîtres, qui est Tangloise ou la françoise ou l'hollandoise. Chaque province a sa langue; les Indiens de la nouvelle York et ceux de devers.Boston ne s'entendent absolument point. Il n'y a de livres indiens que dans la langue qu'on parle à Boston, au moins des langues de ces quartiers-là; et ces livres sont la Bible, les pratiques de piété et quelques catéchismes. J'avois demandé de l'écriture en langue indienne et un alphabet pour la prononciation, mais M. Neau n'a pu me rien dire sur cela, et il m'assure que je ne trouverai point de livres imprimés ni écrits à la main qu'en la langue des Indiens de Boston. Pour ce qui concerne les Indiens naturels du pays, ils sont en petit nombre, il semble que la Providence veuille en éteindre la race, et ils se plaignent que Dieu les arrache pour planter les chrétiens en leur place. Ce sont des gens très fainéans, qui n'ont aucun souci ni d'eux ni de leurs enfans, et qui ne cherchent de la nourriture que quand la faim les presse. Ils vont nuds, à la réserve de quelque peau debestes dont ils se couvrent; ils vivent de coquillage et de chasse. Ils n'ont point de maison et demeurent dans les bois. Leurs corps sont des squelettes pour la plupart; ils n'ont que la figure d'hommes, leurs actions sont toutes animales. J'avois demandé à l'occasion de la question entre M. Bayle et ses adversaires, touchant l'argument pris du consentement des peuples, si les Indiens sauvages croyent une divinité. Il me dit qu'ils en ont quelque notion très obscurément; mais qu'ils ne se fixent pas pour luy rendre un culte. Les arts et les sciences leur sont absolument inconnus. M. Neau fait sur tout cela des réflexions fort pieuses, par rapport à l'état où le genre humain est tombé par le péché d'Adam. Enfin il me dit qu'une des choses qui retarde considérablement les progrès de l'Evangile, c'est les difi*érens partis qu'il y a entre les chrétiens. Ils sont partagés en trois : savoir les- Anglois, les calvinistes et les luthériens, chaque Eglise a sa discipline à part et cela fait une espèce de schisme très fâcheux. Voilà, en abbrégé,ce que M. Neau m'écrit de ce pays-là. J'ay cru que ce petit détail ne vous déplairoit pas » (Bibl. pub. de Genève, lettres aulogr. de J.-F. Osterwald; la lettre est datée de Neuchâtel, 15 janvier 1707). L'œuvre, malgré ses difficultés, prospéra ; le dévouement du pieux évangéliste

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surmonta tous les obstacles : en 1708, après quatre ans de travaux, il avait plus de deux cents nègres catéchumènes, dont beaucoup avaient reçu le baptême et participaient à la communion. Mais tout à coup, en 1712, Fécole fut fermée et le zélé catéchiste courut même risque de la vie. Le peuple de New- York crut que les esclaves avaient comploté le massacre de leurs maîtres, et Ton accusa ElieNeau de les avoir indirectement disposés à ce soulèvement en leur donnant quelque instruction. Il fut démontré cependant, au cours du procès, qu'un seul de ses élèves, et encore un élève non baptisé, se trouvait au nombre des afQliés du complot. Dix-neuf esclaves furent exécutés. Les premiers moments de terreur et de passion passés, la population blanche rendit justice à Thumble et excellent évangéliste, grâce surtout à un témoignage signé et publié par le gouverneur de la province et plusieurs personnages de marque: « M. Neau, disait ce document officiel, s'était conduit en toutes choses comme un bon chrétien et un loyal sujet; dans son poste de catéchiste, il avait, au grand avancement de la religion en général, et au profit particulier des Indiens libres, des esclaves nègres et des autres païens, accompli son service trois fois par semaine avec un zèle et une application infatigables ; et nul n'avait à un plus haut degré mérité le témoignage, la faveur et la protection de la société. » Neau mourut en 1722, entouré du respect, de la vénération de tous. On croit que ses enfants, deux fils et deux filles, moururent jeunes. — Voy. laFr. prot., t. VIII, 12; BulL XXIII, 528-544; XXIV, 273-278; de Félice, ffist. des prot. deFr., Paris, 1850, p. 427 ; Hist. des souffrances du sieur Elle Neau sur les galères et dans .les cachots de Marseille, Roiievddim, 1701, petit in-8'' de 287 p., à la Bibl. du prot. fr. à Paris ; ce livre a été publié par le pasteur J. Morin. On y trouve, en appendice, des Cantiques sacrez , composez dans les cachots (('par Elie Neau, confesseur de Jésus-Christ sur les galères, » quinze pièces, dont la septième intitulée : Des souffrances du cachot, a été reproduite dans le Bulletin, XXIII, 542. Ch. Dardier.

NËBO. — 1"^ Nom d'une montagne dans le pays de Moab, en face de Jéricho, faisant partie de la chaîne des monts Abarim (Deut. XXXII, 49) et dont la cime s'appelait le Pisga (Deut. XXXIV, 1). Le Deutéronome y place la mort de Moïse. — 2"* Nom d'une ville de la tribu de Ruben, située dans le voisinage du mont Nébo (Nombr. XXXIl, 3, 38), appartenant également aux Moabites (Es. XV, 2; Jér. XLVIII, 1, 22). — S"" Ville de la tribu de Juda, située à huit milles d'Hébron, vers le midi, et dont Ëusèbe et Jérôme ont vu des ruines. Elle est désignée par les mots: une autre Nébo (Ësdras II, 29; X, 43; Néh. VII, 33). — 4*» Nom d'une idole chaldéenne (Es. XVI, 1), sous laquelle il faut voir la planète Mercure qui, d'après les théories astronomiques de l'Orient, consigne, en qualité de scribe du ciel, les événements de la terre, et qui, selon toute vraisemblance, était adorée dans la ville et sur la montagne de Nébo, auxquelles il donna son nom (Winer, Bibl. Realwôrterbuch, II, 168).

NÉCESSITÉ. Voyez Déterminisme.

NÉCHAO, Ne ko; Ne^ac;^, Nexc&ç, roi d'Egypte, qui, en Tan 609 avant

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Jésus-Christ, battit à Mégiddo le roi Josias qui voulait lui barrer le chemin de l'Euphrate (2 RoisX.VII,!, 29 ss.; 2 Ghron. XXXV, 20 ss.), et, bientôt après, institua son fils Jojakin, comme son vassal tributaire (2 Rois XXUI, 34 ss.; 2 Chron. XXXVI, 3 ss.). Mais Nabucbodonosor le battit en 606 à Carchemich, et l'obligea de se renfermer dans les limites de TEgypte (2 Rois XXIV, 7; Josèphe, Àntiq., 10, 6, I). D'après Hérodote (2,158), Néchao était fils et successeur de Psammétique, souverain entreprenant qui, pour établir une communication entre la Méditerranée et la mer Rouge, fit creuser un canal joignant le Nil à cette dernière. On lui attribue aussi un voyage de circumnavigation autDurde T Afrique, opéré à ses frais par les Phéniciens (4,ii). La durée du règne de Néchao est incertaine, les données d'Hérodote (16 ans) ne concordant ni avec celles de Manéthon (6 ans), ni avec la «^ chronologie générale des rois d^Egypte.

KECKAM (Alexandre). Voyez Tarticle Alexandre Neckam, Yerrata du tome l" etTarticle, paru récemment, de M. Hauréau sur le traité De motu cordis de cet auteur, dans les àlénwires de l'Académie des iiiscriptioyhs, t. XVIll.

NECKER (Jacques), Tun des hommes d'Etat français les plus célèbres de la fin du dix-huitième siècle, naquit à Genève le 30 septembre 1732. Son père qui était originaire de Custrin dans le Brandebourg et avait été appelé pour professer le droit public dans la cité de Calvin, tout en lui donnant une solide éducation classique, le destina de bonne heure à la banque et l'envoya dans ce but à Paris dans une maison dirigée par un Genevois, M. Vernet^ où le jeune homme étendit ses vues et exerça son coup d'œil. La fortune couronna d'un prompt succès ses efforts. Bientôt associé de la maison dans laquelle il avait fait son apprentissage, enrichi par d'habiles opérations financières, marié jeune encore à M"« Snzelte Gurchod, la vive et spirituelle fille du pasteur de Crassier, l'amie de Gibbon, il ouvrit un salon que ne tardèrent pas à fréquenter les philosophes et les littérateurs les plus en vuerGaliani, Morellet, M<irmontel,M'*«derEspinasse, Horace Walpole. Au sein de cette élite brillante réunie pour fonder et entretenir sa renommée, M. Necker prit d'abord Tattitude d'un froid et dédaigneux observateur, d'un personnage muet; plus tard, lorsqu'il consentit à développer ses vues devant elle, il garda toujours quelque chose de hautain, de réservé, de doctrinaire, se servant de la société sans jamais s'y mêler entièrement. « M. Necker, disait M"" Du Deffand, est un fort honnête homme, il a beaucoup d'esprit, mais il met trop de métaphysique dans tout ce qu'il écrit. Il lui manque une des qualités qui rendent le plus agréable, une certaine facilité qui donne pour ainsi dire de l'esprit avec ceux à qui l'on cause. Il n'aide point à développer ce que l'on pense et l'on est plus bête avec lui qu'on ne l'est tout seul ou avec d'autres. » M. Necker, qui s'était retiré en 1771 de la banque et avait renoncé à son poste de représentant de la république de Genève auprès de la cour de Versailles puur tenter en France la carrière politique, s'efforça de bonne heure d'agir par la voie de la presse sur l'opinion, mais n'écrivit d'abord que

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sur des sujets de sa compétence immédiate : un Mémoire à la Compa* gnie des Indes (1764) où, après avoir exposé un plan ingénieux pour sa réorganisation, il décrit le négociant idéal en faisant son propre portrait; un Bioge de Colbert (1773) abondant en idées neuyes et fortes, couronné par TAcàdémie française, mais qui visait moins aux palmes littéraires qu'au portefeuille des finances ; on ouvrage sur la Législation et le Commercô des grains (1775), où il soumet à une acerbe critique le système de Turgot et des physiocrates. Il ne nous appartient point de parler ici iDQÔme brièvement, ni de son premier ministère de'cinq années (2:2 octobre 1776-15 mai 1781), ni de son désiaté' ressementen matière d'argent, ni de ses judicieuses réformes d^détail, ni de ses luttes infructueuses contre la cour, ni de son zib\e pour la suppression partielle des abus : il a pris soin lui-même d>n retracer les principaux épisodes et de célébrer sa propre apologie dans son Comf)ie Reuda au Roi (janvier 178.1), le premier pas décisif du gouvernement de Louis XVI vers la Révolution. M. Sayous observe avec justesse que si on ne peut contester la loyauté des intentions qui présidèrent à cet acte fameux, on doit en blâmer d'autant plus sévèrement l'inopportunité, puisqu'il aboutit sous toutes les formes à cette conclusion alarmante : Sans un homme providentiel le pays s'aliaisse sous les fautes de son administration et la catastrophe finale ne se fera pas longtemps attendre. Nous nous'bornerons, pour rester dans les limites de ï Encyclopédie^ k l'écrivain religieux et au moraliste. M. Necker qui, après sa sortie du ministère, avait continué de vivre dans le monde au milieu de la faveur et de l'admiration presque universelles, avait cherché à se distraire en réunissant ses. Remarquas éparse5 sur les hçTmnes et leurs caractères m société^ une série de pensées qui n'ont ni )£| grandeur ni la généralité des Maximes de La Rochefoucauld ou de Y^uvenargues, des pensées anecdotes qui sous- entendent un nom propre et s'appliquent à un cas spécial, mais qui ne manquent ni de saveur ni d'originalité. « M. Necker, » dit Sainte-Beuve, qui cependant ne ressentait pas pour lui de bien vives sympathies, « e$t un moraliste très fin, très piquant et trop oublié. » Le fragment sur \e Bonheur des sots (1784) fut fort goûté dans les salons élégants au moment de son apparition. L'auteur y pose en principe que pour être heureux il faut être un sot et compare la sottise au premier vêtement de peau que Dieu fit à Adam et à Eve avant de les chasser du paradis. « Cette robe de peau qui doit couvrir notre nudité, ce sont les erreurs agréables, c'est la douce confiance, c'est l'intrépide opinion de nous-mêmes; dons heureux auxquels notre corruption a donné le nom de soltise et que notre ingratitude cherche à méconnaître. » Et M. Necker poursuit en énumérant tous les. trésors qui y sont soi-disant renfermés avec un persiflage digne de Fontanelle ou de Marivaux. Très intéressant aujourd'hui pour l'histoire est un autre fragment : Si^r les usages de la Société française en 1786, qui rend avec un fini merveilleux, avec la patience que le naturaliste Huber avait appliquée à l'observation des abeilles les diverses nuances de politesse, de cérémonie et d'égards dans le grand monde du règne

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