‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 107 sur 157 · NECKER · texte numérisé non relu

NECKER

de Louis XVI tout à la veille de la Révolution. Ces spirituels badinages ne suffisant point pour remplir son inaction , Thomme d'Etal en disponibilité fit appel pour une diversion plus haute à ses facultés méditatives et composa son ouvrage sur Ylmportance des opinim religieuses (1788), dans le but de démontrer les avantages publics de ia religion et de combattre les théories pernicieuses de Tincrédulité. Sans idées religieuses, ainsi pourrions-nous résumer sa thèse, point de morale efficace, point de bonheur pour les individus, point de sécurité et de bon gouvernement pour les sociétés. L'auteur, en sa double qualité de genevois et de protestant, s'empressait d'ajouter qu'il ne s'agissait nullement de faire un choix entre les divers interprètes de la doctrine chrétienne et ne se permettait vis-à-vis du culte catholique aucune allusion irrespectueuse ou agressive. L'un des passages les plus remarqués fut celui où il établit une comparaison entre l'inégalité moderne et l'esclavage antique et énumère les motifs de réconciliation entre le pauvre et le riche, le prolétaire et le propriétaire, ceux qui vivent de leur salaire de chaque jour et les dispensateursdes subsistances.Ailleurs,pendantsa disgrâce etsonexilsousM.de Galonné, après avoir longuement décrit ses mécomptes personnels, il en concluait à la nécessité «d'idées immuables, de celles qui conviennent également auxmoments de triomphe et aux jours de défaite, aux temps de la fortune et à ceux de l'adversité.» Plus loin enfin il définissait l'idée chrétienne «la plus heureuse des persuasions et la plus sublime des pensées. » Le livre sur V Importance des Opinions reUgieusu est un des plus estimables témoins de la réaction qui s'opéra sous le règne de Louis XVI contre les excès de V Encyclopédie, et peut être rapproché à cet égard des Etudes sur la Nature de Bernardin de Saint- Pierre qui l'emportent de beaucoup pour le mysticisme poétique et la fraîcheur des descriptions. Le succès qu'il obtint lors de son apparition nous est garanti soit par la vivacité des attaques qu'il suscita soit par l'éclat des hommages qui lui furent rendus. Rivarol riposta par deux Lettres très vives, très hardies ou il s'arma de la méthode de Pascal pour acculer son adversaire au dilemme tout ou rien et aboutir à des conclusions franchement matérialistes. D'autre part Buffon, malade de sa dernière maladie, se fit lire V IntrodfÂCiion et deux jours avant sa mort dicta à son fils une lettre adressée à M"' Necker dans laquelle il remercie magnifiquement Tauteur et affirme une dernière fois sa croyance en l'Etre suprême et en l'immortalité. Le livre suvï Importance des Opinions Religieuses se distingue par son onction, sa sincérité parfaite, son accent profond et persuasif qui supplée aux incertitudes de la métaphysique par une touchante morale ; il esttoat semé d'arguments nouveaux, d'aperçus ingénieux, de vues élevées ; mais à côté de pages éloquentes nous nous sentons à chaque instant froissés par l'emphase trop soutenue de l'exposition, l'ampleur diffuse du style, les allures trop constantes d'un sermonnaîre. Ce besoin du prêche que Necker tenait de son éducation calviniste se retrouve dans un autre ouvrage également consacré à la défense des vérités refigieuses, son Cours de Morale (1800) divisé en discours qu'un pasteur

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