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place, modeste sans doute, mais singulièrement honorable, à côté des grands noms qui venaient d^illustrer sa famille dans la science, la littérature et la politique. Les méditations et les travaux de j^ine Decker ne furent pas limités à la composition des trois ouvrages qui viennent d'être mentionnés ; on a retrouvé après sa mort un certain nombre de manuscrits dont la Bibliothèque universelle a publié quelques fragments curieux sous les titres suivants : Essai sur ce qui plaît, Souvenir d'un voyage en Suisse, Essai sur l'élude de la botanique. La vieillesse arriva sans atteindre en aucune manière Tintelligence de M""* Necker ; mais sa vie avait été semée de bien des chagrins et les personnes qui Tout connue dans ses derniers jours se rappellent une figure sereine sans doute, mais voilée d'une profonde mélancolie. Elle mourut en 1841 à Mornex, village situé au pied du Salève et où elle s'était rendue pour respirer un air plus doux. Un de ses fils, M. Louis-Albert Necker, homme d'esprit et de savoir, s'est fait connaître dans la science, par un grand nombre de savants mémoires et dans le monde littéraire, par la publication d'un intéressant voyage en Ecosse et aux îles Hébrides. A. Naville.
NECTAIRE, patriarche de Gonstantinople, successeur de Grégoire de Nazianze (381) et prédécesseur de Jean Ghrysostome, né à Tarse, mort en 397. Il fut nommé par la volonté expresse de l'empereur Théodose et avant même d'avoir quitté la robe du néophyte. On a de liii une Homélie sur saint Théodore martyr, où Nectaire parle de Taumène et du jeûne. L'original grec de cette Homélie se trouve en manuscrit dans plusieurs bibliothèques ; la traduction latine en fut imprimée à Paris en 1554, in-8°, avec six homélies de saint Jean Ghrysostome. — Voyez Sozomène, Hist. ecclès., VII, 8; VIII, 23 ; Contogonis, Pa^ro/optc, Athènes, 1851, II, 704.
NECTAIRE, patriarche de Jérusalem, né à Gandie vers 1602, mort à Jérusalem en 1676. Dès sa jeunesse, il entra au couvent du mont Sinaï ; il fut nommé, en 1661, patriarche de Jérusalem pour remplacer Paisius qui venait de mourir. Pour libérer son Eglise, grevée de dettes, il parcourut successivement la Moldavie, la Hongrie et les principales villes d'Orient, recueillant des aumônes dont le produit lui permit de restaurer l'église de la Résurrection. En 1672, il abdiqua et se retira dans un couvent. On a de lui : Confutatio imperii papse in Ecclesiam, publiée en grec (Jassy, 1682, in-8'*), et traduite en latin (Londres, 1702, in-8'') : De ariibus quitus missionarit latini, prxcique in terra sancla degendes, ad subvertendam Grxcorum fidem uiuntur, et de quant plarimis Ecclesix Romanx e^oribus tt corruptelis, libri très ex autographo grxco latineredditi, Londini, 1729. Dans un couvent de Gonstantinople se trouvent en manuscrit trois discours de Nectarius contre Latius. — Voyez Dimitracopoulos, La Grèce orthodoxe, Leipz., 1872 (en grec). *
NEFF (Félix), né à Genève le 8 octobre 1798, mort dans cette même ville le 12 avril 1829, montra dès son enfance une intelligence précoce et un grand respect pour la vérité. Elevé par sa mère dans un village loin de la ville, il reçut du pasteur de la paroisse quelques
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leçons de latin, et étudia seul la botanique, l'histoire et la géographie. Après avoir passé quelque temps comme apprenti chez un jardinier-fleuriste, il entra à l'âge de dix-sept ans dans la garnison de Genève et parvint bientôt au grade de sergent d'artillerie. Les exercices de cette arme ne contribuèrent pas moins que les travaux de la campagne à endurcir son corps à la peine, et à le préparer pour de plus utiles et plus glorieuses fatigues. Saisi par le réveil religieux qui commençait à se manifester, il s'unit, quoiqu'il n'ait jamais professé les idées séparatistes, à l'Eglise naissante du Bourg- de-Four, et comme chez lui l'action suivait de près la pensée, il fit entendre dès ce moment dans la caserne,;dans l'hôpital et dans les prisons, la prédication de la croix. En 1819, il renonça à l'état militaire, à la grande satisfaction de ses chefs, que mécontentait son zèle religieux, pour se Touer entièrement à l'évangélisation. Neff commença par son propre pays. Il parcourut les villages des environs de Genève, visita les cantons de Vaud, de Neuchâtel et de Berne, puis se rendit à Grenoble (1821) et à Mens où son ministère plein de largeur et de feu fut vivement apprécié. Quoiqu'il n'eût pas fait d'études théologiques (« il n'avait étudié, disait il lui-même, que dans trois livres: la Bible, son cœur et la nature, » mais il les connaissait bien tous les trois), le consistoire de Mens nomma Neff (1" juin 1822), pasteur-catéchiste, et Tannée suivante il reçut la consécration au ministère dans l'Eglise dePouitry, en Angleterre. Les réponses qu'il fit aux questions qu'on lui posa à cette occasion dénotent une grande fermeté de foi et une résolution bien arrêtée de se consacrer tout entier au service de Dieu. — Après avoir passé quelque temps encore à Mens, où il se vit gêné dans son activité par les tracasseries de l'autorité, Neff accepta l'appel qui lui était adressé d'aller desservir les Eglises du Quéras et de Freissinière (Hautes-Alpes). Souvent déjà ses pensées s'étaient dirigées vers ces sauvages contrées où six siècles auparavant les disciples de Valdo avaient cherché un refuge contre les persécutions de l'Eglise romaine, sans que les glaciers et les précipices fussent parvenus à les mettre à l'abri de sa rage. Massacrés sans miséricorde, ils n'avaient pu se maintenir que dans la seule vallée de Freissinière où ils avaient fondé le petit village de Dormilloule au pied des glaciers. L'œuvre d'un évangéliste dans les Hautes-Alpes ressemblait beaucoup alors à celle d'un missionnaire chez les sauvages. Dans la vallée de Freissinière tout était à créer: instruction, bâtisse, agriculture, quand Neff y arriva. Beaucoup de maisons n'avaient point de cheminées et presque pas de fenêtres. Toute la famille, pendant les sept mois d'hiver, croupissait dans le fumier d'une étable, qu'on ne nettoyait qu'une fois par an. La nourriture y était aussi grossière que le logement. Les femmes y étaient traitées avec dureté comme chez les peuples barbares. La piété des ancêtres avait disparu ; le jeu, la danse, l'ivrognerie, les rixes sanglantes avaient remplacé le chant des cantiques et l'austérité des martyrs.. Neff ne. se laissa arrêter ni par la rudesse des habitants du Quéras et de Freissinière, ni par l'étendue de sa nouvelle paroisse qui comptait douze annexes, à plusieurs
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desquelles on ne pouvait arriver que par des chemins de chèvre, ni par la rigueur du climat ; les obstacles qu'il entrevoyait excitèrent au contraire son zèle et, en octobre 1823, il alla se camper dans ces montagnes, décidé à n'avoir aucune demeure fixe afin de ne négliger aucun de ses paroissiens. Pendant près de quatre années Neff se montra pour ce pauvre peuple un nouvel Oberlin. Pasteur, maître d'école Jngénieur, agriculteur, il s'occupa du soin des âmes et des corps, appela des instituteurs, construisit des écoles, fit creuser des canaux, assainit les demeures de ces pauvres paroissiens, leur enseigna à cultiver la pomme de terre, forma lui-même des maîtres, mais surtout réveilla si puissamment ces populations endormies par sa parole pleine de foi qu'à partir de 1824 une œuvre admirable de conversion se produisit dans ces sauvages vallées autrefois témoins des souffrances de tant de glorieux martyrs. Partout on paraissait éprouver Thorreur da péché, la nécessité de la repentance et le besoin de la grâce de Jésus- Christ. Frappé de ce réveil subit, Neff lui-môme avait peine à se reconnaître. « Les rochers, les glaciers môme, tout me semblait animé, écrivait-il, et m'offrait un'aspect riant. Ce pays sauvage me devint agréable et cher du moment qu'il fut habité par des frères. » — Le courageux évangéliste ne devait cependant pas y jouir longtemps du fruit de son travail. Dans Tété de 1826, il éprouva un grand affaiblissement d'estomac, causé probablement par l'usage d'aliments grossiers; une foulure au genou vint encore compliquer sa situation et en 182711 dut rentrer à Genève où il arriva très souffrant. Au commencement d'avril 1829, il ne Fut plus permis de douter de sa fin prochaine. Neff consacra ses loisirs forcés à écrire plusieurs méditations religieuses Sur le IV'' chap, de répitre de S. Jacques, Genève, 1828, et sur I Cor. Vif, 29-31, Gen., 1828 ; des Lettres d'un prédicateur malade à tous ses frères et sœurs en Christ des Eglises qu'il a desservies, elc, Gen., 1829; quelques traités : la Peine bergère des Alpes et L'école du dimanche au village (Soc. des tr. relig. de Paris, n" 83 et 84); puis il s'éteignit plein de confianôe à Tâge de trente et un ans. « Celui qui a fait pousser trois brins d'herbe là où il n'en venait auparavant que deux, a dit Swift, a bien mérité de sa patrie ; » à plus forte raison peut-on le dire de Félix Neff, pour la France et pour l'Eglise. — Sources: A. Bost, Leltrps de Félix Neff, 2 \oL in-8% Genève, 1842; Vie de Félix Neff, Toulouse, 1860; Le Semeur, 1831, etc., etc. L. Ruffet.
NÉHÉMIE, Néhémyah, Neeuiaç. Nous complétons par quelques indications relatives à ce personnage, ce qui a été dit dans l'article Esdras, sur le rôle réuni des deux réformateurs judéens. Néhéraie, fils de Hakalia, était un personnage important à la cour de Perse, où il remplissait les fonctions d'échanson. Ayant eu connaissance du triste sort de ses compatriotes retournés à Jérusalem, il met à leur service son influence et son activité ; il obtient à cet effet du roi de Perse à la fois un congé et le titre de gouverneur avec mission d'assurer la défense de Jérusalem* contre les voisins malintentionnés en reconstruisant ses murailles (445 av. J.-C). Néhémie a-t-ilbien exercé pendant douze ans (V, 14) ses fonctions de gouverneur de Jérusalem
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avant de retourner auprès du roi ? On a contesté Texactitude de «cette mention (cf. XIII, 6). De nouveau il lui faut quitter la cour royale pour corriger les abus qui s'étaient produits pendant son absence. Le reste de sa destinée n*ést pas connue de nous. Néhémie partage avec Esdras Thonneur de la reconstitution de la nationalité juive ; il est malheureusement impossible, dans Tétat de nos sources, -^e se rendre parfaitement compte de son rôle et de la nature de ses pouvoirs. Néhémie ne nous est connu que par le livre qui porte son nom (voy. Paralipomènes).
NÉMÉSIUS, philosophe chrétien, auteur d'un écrit TLtfX fiauùç àvOpcoTcou. D'après le titre, il aurait été évêque d'Emèse ou d'Emise, en Phénicie. Nous ne savons d'ailleurs rien de lui, et il n'est pas facile -de déterminer l'époque dans laquelle il a vécu. C'est à tort que Tillemont et d'autres l'ont identifié avec le préfet cappadocien Némèse, auquel Grégoire de Naziance a adressé plusieurs lettres et une poésie, 4et qu'il loue à cause de sa droiture et de sa sagesse. Le nom d'ailleurs ^tait très fréquent. On place communément la rédaction de cet écrit vers le milieu du cinquième siècle. On prit de bonne heure Thabitude •de le joindre aux œuvres de Grégoire de Nysse, ce qu'explique une <!ertaine correspondance de vues entre ces deux penseurs. En philosophie, Némésius est éclectique; il emprunte aux anciennes doctrines l'idée de la préexistence de l'âme et de la métempsycose ; mais dans un grand nombre de points, notamment en ce qui con- -cernela relation de l'esprit et du corps ainsi que celle de la liberté humaine et de la Providence, l'auteur fait des emprunts aux doctrines chrétiennes. L'ouvrage de Némésius a été inséré en grec et en latin dans la Biblioth, des Pères, de Lyon, VII, 559 ss., et traduit dans la plupart des langues de l'Europe.
NEHROD, Nimrod, fils de Cusch, puissant chasseur devant l'Eter- •nel et fondateur du royaume de Babylone, d'après Genèse X. Josèphe {Antig,,\, 4, â) lui attribue même l'érection de la tour de Babel : son nom déjà indique le blasphémateur contre Dieu et le sacrilège (Gen. X, 8; XI, 4), le Titan qui a voulu prendre d'assaut le ciel. D'après l'astrologie persane le groupe planétaire le Géant, c'est-à-dire rOrion des Grecs, n'est autre que le puissant Nemrod, enchaîné au ciel (cf. Es. XIII, 10; Job XXXVIII, 3; Michaelis, Spicilegium, I, 209 ss. ; Gesenius, Comwentar zu Jesaias, 1, 458 ss.).
NENNIUS, abbé du couvent de Bangor, disciple d'Elbodus ou Elvodug, est cité comme l'auteur d'un ouvrage écrit vers l'an 830 et intitulé Historia BrUonum. Mais de trente manuscrits deux seulement contiennent cetteindication, tandis que dix-sept autres Tatlribuent à Gildas; et l'un des meilleurs à un anachorète du nom de Marc. L'ouvrage, qui suit une chronologie vicieuse et contradictoire, cite comme la source où l'auteur anonyme a puisé les Annales Ronianorum, Chroniea S.Pati'um ei scripta Scotorum Anf^elorumquây et traditio velerum, Fins tard, cette histoire, intitulée aussi Euiogium Briiannix, fui interpolée par divers copistes, ce qui en augmente la confusion. Il en existe au Vatican un manuscrit de la main de l'anachorète Marc, qui l'aurait
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copié vers 945 ; co manuscrit ne contient pas la plupart des interpolations qui se Irouvent dans les exemplaires imprimés. La Ilisioria Briionum fut publiée pour la première fois par Gale, dans sa collection des historiens anglais, 1691, in-folio, I. Bertram réimprima le texte de Gale à Copenhague, 1757, in-8^ Le R. P. W. Gunn, recteur d'Irstead, en a donné une nouvelle édition avec une traduction anglaise et un commentaire, Londres, 1819. J. Stevenson en a publié d'après plusieurs manui^crits une'nouvelle édition. La valeur historique de cet ouvrage, qui n'est qu'une compilation d'extraits empruntés à divers auteurs, est peu considérable, pour ne pas dire nulle. — Voyez Wright, Biographia Brilanica literaria, I ; Schœll, Disserl. de Eccles. Britonum Scotorumque Hisiorix fonlibus, p. 29-37.
NÉOPHYTE, VÊo'çuToç, recens plantains^ ou nouvelle plante. On a appelé ainsi les nouveaux baptisés, parce que le baptême est considéré, par rapport à celui qui le reçoit, comme une naissance spirituelle qui le fait chrétien et enfant de Dieu. C'est dans ce sens que le mot est employé par saint Paul (1 Tim. III, 6). L'image de la nouvelle plante à laquelle ressemble le croyant se trouve aussi 1 Cor. 111, T.'On a aussi donné ce nom à ceux qui étaient nouvellement reçus dans l'état ecclésiastique ou dans un ordre religieux. Les néophytes ou nouveaux baptisés portaient des aubes ou vêtements blanjcs pendant huit jours. L'état de néophyte, d'après les canons de TEglise, produit l'irrégularité. Mais, dans là pratique, cette règle ne fut point observée, et nous voyons par l'exemple d'Ambroise de Milan que de simples néophytes pouvaient être élevés â l'épiscopat.
NÉO-PLATONISME, \oyez Alexandrie (Ecole philosophique d').
NEPHTALI, Naphthàli; Ns(pO!xXe\{jL, septième fils de Jacob et de Bala ou de Bilha, servante de Rachel (Gen. XXX, 8; XXXV, 25), et chef d'une tribu d'Israël (Nombr. I, 43: II, 19; VI, 78), qui, lors du dénombrement fait avant l'occupation de Canaan, comptait 45,400 hommes capables de porter les armes (Nombr. XXVI, 50). Le territoire de la tribu de Nephtali s'étendait au nord de la Palestine jusqu'au pied de l'Antiliban, et à l'est jusqu'au Jourdain ; il était limité au sud parles tribus d'Asser et de Zabulon (Jos. XIX, 32). C'était un des districts les plus fertiles de la Palestine (Deut. XXXIII, 23). Les Cananéens qui l'habitaient ne furent soumis que fort tard (Juges I. 30), ce qui n'empêcha pas les Nephtaliens de prendre une part importante aux luttes pour l'indépendance commune (Juges V, 18; VI, 35; VII, 23). Ils eurent beaucoup à souffrir plus tard des incursions des Syriens (1 Rois XV, 20 ; 2 Rois XV, 29 ; 2 Chron. XXI, 4; Es. VIII, 23).
NÉPOMUGËNE. II est démontré aujourd'hui que % légende de saint Jean Népomucène est une fable inventée par le parti catholique allemand pour détrôner le héros favori de la Bohême, Jean Huss, et pour jeter un jour défavorable sur le défenseur secret de ses principes, le triste roi de Bohême Wenceslas. Voici ce que l'histoire nous rapporte sur ce personnage, qui a une existence historique, mais tout autre que celle de la légende. Jean, natif de la petite ville de Pomuk, entra de bonne heure dans les ordres, fut nommé en 1380 curé d'une des
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paroisses de Prague et devint dès Tannée suivante le notaire et le confident de l'archevêque de Prague, Jean de Janstein. Cette faveur, jointe à la fermeté de son caractère, fut la cause de sa ruine. Wenceslas, prince passionné et sans frein, depuis longtemps en lutte avec un clergé dont il voulait amoindrir les privilèges, furieux'de ce que l'archevêque avait fait sans le consulter choix, d'un abbé pour un couvent qu'il se proposait de transformer en évêché et de donner à Tune de ses créatures, fît arrêter Népomucène, qui fut sur son ordre jeté dans la Moldau, après avoir subi les plus cruelles tortures en présence de Wenceslas, qui lui infligea avec la torche qu'il tenait à la main des brûlures mortelles. Ce drame s'accomplit le 20 mars 1393. Yoilà tout ce que nous savons par l'histoire. D'après la légende, ce Népomucène, marqué à sa naissance même par des miracles et des prodiges, se signala dès son entrée dans les ordres par la rigueur de ses austérités et eut l'honneur d'être choisi par la pieuse reine Jeanne pour son confesseur. Le tyran Wenceslas, aussi jaloux que c^uel, après avoir vainement cherché à le séduire par des promesses, eut recours à la violence pour lui arracher le secret de la confession de la reine, et furieux de la résistance intrépide du prêtre, le fît jeter dans la Moldau dans la nuit du 23 avril 1383. Mais la flamme qui avait brillé sur le berceau de l'enfant, reparut sur le corps du martyr et dénonça le crime. Enterré avec pompe dans la cathédrale, puis déposé par ordre du tyran dans un recoin obscur, le corps du saint révéla sa présence à la foule par l'odeur suave qui s'en dégageait, et plus d'un siècle après, quand le clergé ouvrit son cercueil, la langue demeurée seule intacte dans le squelette, redevint rouge et comme vivante, pour attester par un nouveau miracle la sainteté du prêtre de Pomuk. La pieuse Jeanne mourut de douleur le 1" janvier 1386 sans laisser de postérité. Le pape Benoit XIII a canonisé le nouveau saint par une bulle de 1719. Les écrivains catholiques, après avoir inutilement cherché à identifîer le Népomucène de l'histoire et celui de la légende en ne voyant dans la colère de Wenceslas au sujet du choix d'un abbé qu'un prétexte pour assouvir sa rancune contre le prêtre fîdèle à ses serments, ont fini par reconnaître l'existence de deux martyrs du même nom morts à dix ans d'intervalle. Mais cette hypothèse, inadmissible en elle-même, est formellement contredite par les faits. Un historien moderne, Abel,' qui a soumis tous les documents à une critique aussi minutieuse que décisive, a démontré que la légende coïncide avec les désastres de la Bohême au début de la guerre de Trente ans. Voulant détrôner du souvenir populaire le héros national Jean Huss, le clergé vainqueur a inventé un martyr du secret de la confession dont il fait coïncider la mort avec la fête du martyr de Constance. Il a prouvé également que la plupart des statues coiisacrées à Népomucène étaient à l'origine des images de Jean Huss. Le culte de Népomucène n'en a pas moins persisté jusqu'à ce jour ; de nombreux miracles se sont accomplis sur son tombeau. Les paysans l'invoquent en temps de sécheresse et sa mémoire est encore vénérée en Bohême. —Sources : Act, 5a;ic/.,III,
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667; Pelzel, Geschichte Wenzel^, I; Fried, Der h. Joh. iV^p., !86i ; 0. Abel, Die Légende von Joh, v, Nep., Berlin, 1855. A. Palmier.
NÉPOS, évêque égyptien, qui mourut vers le milieu du troisième siècle, distingué par sa science et sa piété. Il avait embrassé le» erreurs du chiliasme et défendait Finterprétation littérale et réaliste de l'Ecriture contre Texégèse allégorique de l'école d'Origène. Népos était l'auteur d'un écrit perdu 'EUfXPç àXX7îYapi(rcGv, que Ton considérait dans son entourage, comme la démonstration irréfutable de la vérité des idées millénaires. Gennadius lui attribue la distinction entre la résurrection des justes et celle des méchants que Népos avait manifestement puisée dans TApocalypse. L' évêque Denis, d'Alexandrie^ se plaint de ae qu'un certain nombre de docteurs, séduits par son exemple, négligent la prédication de la loi et de TEvangile pour s'absorber dans la recherche des mystères cachés. Il organisa même un colloque où, pendant trois jours, il s'appliqua- à réfuter les erreurs contenues dans l'ouvrage de Népos. C'est dans les fragments d'un écrit de Denis intitulé uepl ènarfftkmy^ conservés chez Eusèbe (Hist, eccl.y VII, 24 ss.), que l'on trouve ces notices sur l'évoque Népos et sur le mouvement qiHil a provoqué, en même temps qu'un ju* gement 1res hardi sur l'Apocalypse, la source principale des erreurs millénaires. Denis ne veut pas rejeter l'Apocalypse ; il préfère consentir à ne pas la comprendre ; mais il refuse do l'attribuer à l'apôtre Jean. D'après Fulgence,. les népotiens se seraient maintenus jusqu'au sixième siècle. Népos avait composé également plusieun? Psaumes et Hymnes. — Voyez Eusèbe, loc. cit.; Gennadius, Dedogm, eccles.,^0 ; Tillemont, Mémoires^ IV, 261 ss. ; Walch, Ketzerhisioricy II; Schupart, De chiluismo Nepotis, Giessen, 1724.
NÉPOTIEN (Saint), prêtre et ami de saint Jérôme, né dans la Gaule cisalpine, mort vers l'an 396^ fut élevé par son oncle Héliodore, prêtre de l'église d'Aquilée^ qui l'initia à la science et à la piété. Le crédit dont il jouissait à> la cour de Gratien et de Théodose lui fournit souvent l'occasion de soulager les veuves, les orphelins et les affligés ; mais voulant mener une vie plus parfaite, il se retira auprès de sou oncle, qui était devenu évêque d'Altino, et qui l'ordonna prêtre malgré sa résistance. On a de lui des Lettres adressées à saint Jérôme au sujet de la vie que les clercs et les prêtres doivent mener pour satisfaire à leurs obligations. Népotien mourut jeûne. L'Eglise honore sa mémoire le 11 mai.
NÉRAC [Nereidum aquœ), bâtie sur l'emplacement dune villa romaine, dont quelques restes ont été retrouvés de nos jours, existait, comme le constatent plusieurs chartes, dans la première moitié du onzième siècle. Capitale du duché d'Albret (voyez ce mot), elle devint en 1484, après le mariage de Jean d'Albret avec Catherine de Foix, l'une des capitales de la Navarre. Pendant la guerre de Cent ans, les Anglais réédifièrent ses murailles et l'occuiRrent jusqu'au moment où les d'Albret, se déclarant pour Charles V, y bâtirent, du quatorzième au quinzième siècle, un vaste château à quatre corps de logis, démoli à la Révolution, sauf la partie septentrionale
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qu'on voit encore entièrement délabrée. — Nérac, évangélisée d'abord, comme tout TÂgenais, par Farei, le régent Sarrazîn et André Mélanchthon, a été appelée quelquefois Tun des berceaux de la Réforme française, bien que TËglise n'y ait été « dressée » qu'en 1558. A la yérité, dès 1526, Marguerite de Valois, que Calvin appelle « l'instrument dont Dieu se servit pour avancer son règne, » offrit aux réformés, sans faire elle-même adhésion aux nouvelles doctrines, un refuge dans i'Albret contre les persécutions. Elle attira auprès d'elle Lefebvre d'Etaples, obligé d'abandonner son modeste emploi de bibliothécaire de la ville de Blois, et lui donna un appartement qu'il occupa jusqu'à sa mort (1531-1537). Nérac possède son tombeau, que Florimond de Rémond put visiter, mais dont tout vestige a maintenant disparu. Calvin quitta sa retraite d'Angoulôme pour visiter le vieillard presque centenaire, qui lui prédit que u ce devoit estre l'aqtheur de la restauration de l'Eglise de France )> (1533). — Cette prédiction est le seul fragment que npus connaissions de ces mémorables entretiens. Nous savons également peu de chose des discussions que Calvin, pendant son séjour de quelques mois, soutint avec Gérard Roussel, ancien trésorier de la cathédrale de Meaux et chapelain de la reine de Navarre. Ils ne purent s'entendre ; Calvin voulait « raser sur terre pour construire un nouvel édifice ; » Roussel, qui, comme Lefebvre, son ami, prêchait timidement la Réforme» voulait « nettoyer et non incendier la maison de Dieu. » Tout nous porte à croire que ce furent les idées moyennes et les moyens des « temporiseurs » qui dominèrent à Nérac dans la première moitié du seizième siècle. >-* Mais en 1555^ le moine David, venu d'Agen à Nérac, commença à attaquer ouvertement les mœurs du clergé, et ses prédications, dans la grande salle du château, obtinrent beaucoup de succès. « Dès lors la Réforme prit telle racine dans cette contrée-là, que jamais depuis elle n'en a pu être arrachée. » David, se laissant bientôt gagner par l'appât d'un gros bénéfice, et cherchant à ramener au giron de l'Eglise ceux dont il avait captivé la confiance, essaya d^éloigner de la Réforme Antoine de Bourbon, roi de Navarre, sur lequel les protestants portaient alors toutes leurs espérances. Les chefs du parti envoyèrent Simon Brossier, l'apôtre du Bourbonnais, qui confondit l'ancien moine dans plusieurs conférences publiques (1558) et le fit chasser de la ville. Cette môme année Boênormand et Vigneaux^ les deux propagateurs de la Réforme en Guienne, « dressèrent » définitivement l'Eglise. Ainsi les dernières tentatives de David aboutirent à montrer aux habitants de Nérac l'impossibilité des compromis et le danger des temporisations. — Bofinormand et Vigneaux reprirent leurs courses missionnaires ; Gille et Jean Graignon, venus de Genève, continuèrent leur œuvre. Un court séjour de Théodore de Bèze (juillet-novembre 1560), dont la tradition locale conserve encore le vivant souvenir, donna à l'Eglise naissante une grande extension. 11 « prêcha dans le temple, ce qui étonna merveilleusement les auditeurs. » Antoine de Bourbon, gagné par son éloquence, promit de se mettre à la tête des réformés ; mais, effrayé