‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 111 sur 157 · NÉRAC · texte numérisé non relu

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par les menaces de la cour de Paris, il congédia de Bèze, qui le « pressait d'exécuter Tordonnance de Fontainebleau » (de Thou). Quant aux babitants, ils se rallièrent en très grande majorité aux idées nouvelles et reçurent fort irrévérencieusemnnt le cardinal d'Armagnac, porteur d'une bulle d'excommunication contre Boënormand, la Gaucherie et leurs adhérents. « On ne tint compte de lui ni des bénédictions qu'il donna à l'entrée de la ville, tout le monde s'en mettant à rire » (Bèze). Les cordeliers eux-mêmes se retirèrent ou durent s'enfuir, et « Jeanne d'Albret, s' acheminant en cour, donna leur couvent, qui était lors tout vide, pour y loger les ministres et y faire un collège » (de Thou). Il résulte même d'une lettre de Monluc (d'Agen, 26 avril 1562) que pendant toute une année, après le départ de Théodore de Bèze, la messe ne fut plus célébrée à Nérac. La ville entière avait donc à cette époque embrassé la Réforme. — Nérac pendant les guerres de religion. L'édit de janvier, qui ordonnait de rendre les églises indûment détenues et de faire les assemblées hors des murailles, ne pouvait qu'exciter le mécontentement dans une ville comme Nérac, entièrement peuplée de protestants. Si le Nord l'accepta avec joie, la Guienne l'accueillit par une prise d'armes que justiûait l'attitude hostile des catholiques de la province. Un massacre des protestants de Gahors, suivi de représaillçs terribles à Fumel, amena en Guienne Monluc avec le titre de lieutenant-général en l'absence du roi de Navarre. Il procéda immédiatement à des exécutions sommaires. Grâce à sa forte garnison, Nérac échappa aux fureurs du « bducher royaliste » qui voulut la reprendre le 27 juin (1562) et « fut vaillamment repoussé avec perte de ses gens. » La place arma des corps de partisans qui faillirent enlever le lieutenantgénéral au Saint-Puy, et surent échapper à toutes ses poursuites, « veu les intelligences qu'ils avoient secrQttes en toutes les villes. » Us donnèrent même l'assaut à quelques gros bourgs des environs, et c'est l'assaut de Francescas que lesCammentaires qualifient de « chétif commencement de notre guerre de la Guienne, dans laquelle les huguenots nous prirent au dépourvu. » L'audace de la garnison n'eut pas toujours le même succès. A peu de distance de la ville, au pied des coteaux du Galaup, entre Gastelviel-la-Gatherie (Lagatère) et Yiane, les protestants subirent une défaite mémorable, sur laquelle, malgré les bornes étroites de cet article, nous devons insister. Son importance n'échappa point aux contemporains : de Bèze (IX), de Thou (XXXIII), en font la description minutieuse, et Monluc y consacre plusieurs pages de son Y*" livre. Les conséquences de cet échec ne furent pas médiocres, puisque la cour de Navarre s'enfuit surle-champ en Béarn, et que l'Albret tomba au pouvoir des catholiques. Détail qui n'a pas été relevé à notre connaissance par les historiens modernes de la Réformation, ce combat fut le « premier en rase campagne » qui inaugura la série des guerres religieuses. Les auteurs cités plus haut tombent d'accord que cette rencontre eut lieu le 2 juillet 1552, c'est-à-dire moins d'un mois après l'entrevue de Toury, quand les armées royales et huguenotes n'en étaient

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encore qu'à s'observer dans l'Orléanais, et trois mois avant la bataille (le Ver-en-Périgord (0 octobre}, qui empêcha Duras d'amener à Condé la noblesse du Midi. 11 n'y avait eu jusque-là que escarmou- <hes, sièges, massacres dans les rues. Les protestants de Nérac qui, sous le commandement deDonazau, gouverneur de la ville, tentèrent ce jour-là d'arrêter Monluc dans sa marche sur Bordeaux, étaient, y compris un renfort survenu au dernier moment, au nombre de sept cents, chiffre assez considérable pour l'époque, si l'on remarque qu'à la bataille décisive de Saint-Denis, le parti ne mit en ligne que 5,000 combattants. L'affaire fut si chaude que plus de quatre cents religionnaires, au dire de Monluc, restèrent sur le terrain, et l'on sait qu'à la bataille de Jarnac les protestants ne perdirent pas plus de monde. — A la suite de cette rencontre, le renégat Bozon s'établit sans coup férir à Nérac, et y restaura la messe. Bien que Gasteljaloux eût été désigné dans la sénéchaussée d'Albret pour l'exercice de la religion, le culte n'en fut pas moins célébré à Nérac sous la direction des pasteurs Baptiste et de Saint-Hilaire. La tranquillité régna dans toute la pro\ince pendant la seconde guerre : « Une poule tenait les champs. » Au début de la troisième guerre, Jeanne d'Albret dut s'enfuir en toute hâte de la ville pour se réfugier à Fja Rochelle avec Sun fils Henri, « passant la Garonne à trois doigts du nez du sieur Monluc qui la poursuivait » (Olhagaray). Quelques jours après, un édit de Charles IX confisqua ses domaines, et le mobilier du château faillit être vendu (Monluc, lettre du 31 octobre 1568). Heureusement que Montgommery, victorieux en Béarn, parut à temps pour assurer la prépondérance du parti. — A la première nouvelle de la Saint- Barthélémy, Nérac qui, comme toutes les villes de l'Albret, avait '. privilège de l'exemption des gens de guerre, » ferma ses -portes et échappa aux égorgeurs. Henri de Navarre, évadé du Louvre, se réfugia au château, où il avait séjourné pour la première fois avec (iharles IX, au retour des conférences de Bayonne. C'est là qu'il re#;ut, s'il faut en croire Sully, les députés des états de Blois, qui lui proposaient de prendre rang aux états, et d'abjurer définitivement. Il refusa tout en se déclarant disposé à faire des concessions aux catholiques. Huit ans après, même réponse aux envoyés d'Henri III. Hermet le père, l'un des pasteurs de l'Eiglise, le soutint cette fois-là dans sa résistance, et risposta à Roquelaure qui lui demandait si un psautier à la huguenote pouvait entrer en concurrence avec une couronne : .' Rien n'empêche le roi de Navarre de mettre les psaumes dans sa poche et la couronne de France sur sa tète.» — Du mois d'octobre 1578 ;\ la fin de février 1579, eurent lieu entre Catherine de Médicis et Henri de Navarre les célèbres conférences de Nérac, « pour faciliter l'exécution de l'édit dernier de pacification et éclaircir et résoudre les difficultez qui sont intervenues et qui pourroient encores retarder le bien et effets d'iceluy édit •> (voir pour le texte complet Haag, France prot., I, p. 159.) La reine-mère accordait quatorze places de sûreté « baillées en garde au dit sieur roi de Navarre, » et trente-six mille livres tournois aux réformés. Dans sa résidence

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de Nérac, le roi courut plusieurs graves dangers : d'après d'Âubigné, il faillit èlre assassiné dans le jardin du château par un capitaine espagnol, nommé Loro, qui lui promettait de livrer Fontarabie. Une autre fois, le maréchal de Biron» un peu plus tard le maréchal de Matignon l'assiégèrent tout à coup avec des forcer supérieures ; il n'eut raison de cette dernière surprise que par um* vigoureuse sortie à la suite de laquelle il écrivit à la comtesse de Grammont:« C'est la plus furieuse escarmouche que j*aie jamais Mie r (lettre du 1"' mars 1588). Quelques jours après il quittait Nérac pour n'y plus revenir. Depuis son départ, et sous le régime de ledit de Nantes, nous ne trouvons aucun fait d'armes aux alentours de Nérac jusqu'au 3 juin 1621 , où les protestants, à l'instigation du dnc de Rohan, s'emparèrent du château et chassèrent tous les catholiques. A cette nouvelle, Mayenne arrive avec quatre mille hommes el des canons ; obligé de quitter momentanément le siège pour combattre une diversion de Laforce, il reparaît le 2 juillet, ouvre h tranchée, fait la brèche et obtient le 7 la capitulation. Cependant le< conditions ne semblent pas indiquer une ville prise d assaut : « Le> armes et poudres appartenant aux habitants leur demeureront et il leur sera loisible de réparer leurs murailles » (art. 7). Le conseil du roi n'en décida pas moins la démolition des remparts, et, en dépit des supplications du Conseil de la ville « pour une cité le séjour agréable d'Uenri le Grand et qu'il reconnaît sa maison » (délibér. du 10 déc. 1621), la destruction des fortifications fut consommée à la fin de 1622. Les troupes royales assiégèrent, il est vrai, le château sous la Fronde, mais dès le commencement du dix-huitième siècle, la ville ne joue plus aucun rôle politique dans l'histoire. — Lacouf à Navarre à Nèrcc, Illustrée par trois reines, labour de Navarre à Néra<\ « le Paris du Midi » (Sully), changea plusieurs fois d'aspect. -Ui^^ raire sous Marguerite de Valois, puritaine sous Jeanne d'Albert, elle devint galante avec Marguerite, femme d'Henri IV. Les novateur^ religieux accueillis par Marguerite de Valois lui inspirèrent le Miroir de l'âme pécheresse , une de ses premières compositions (PariN 1533). Leur indépendance et leur vaste savoir plaisaient surtout à la reine qui ne se lassait pas de leur conversation. A côté des plu> illustres, d'autres hommes, jeunes encore, célèbres dans leur temp^ moins connus aujourd'hui, entouraient la princesse : Jean Lecomtc, le futur professeur d'hébreu de Lausanne, Pierre Toussaint, bientôt l'auxiliaire de Farel, et qu'Erasme appelle « un jeune homme de grande espérance, » Victor Brodeau, son secrétaire, auteur de> Louanges de Jésus-Christ, en vers de dix syllabes (Lyon 1540^- ^c furent pourtant les littérateurs et les poètes qui dominèrent à ^ cour : Marot, qui s'essayait dans les poésies légères, et ne songeait pas encore à traduire les psaumes, Bonaventure Desperriers, " 1^ talent le plus original de son époque, » furent successivement ses valets de chambre. Le goût littéraire rapprochait les rangs à cette cour où les plaisirs de l'esprit étaient les plus douces récréations. ïhi y avait retenu quelque chose de la manière des troubadours ; on y

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contait des nouvelles à la façon de Boccace. C'est de ces entreliens que sortit VHeptamêron, — Jeanne d'Albret, dépassant la tradition maternelle, se montra véritablement une femme de l'Ancien Testament et donna à la ville comme à la cour un cachet d'austérité. Les psaumes de Marot se chantaient dans les rues, les livres de controverse se vendaient en abondance, et les prédications des ministres étaient sui\ies par tous les seigneurs. Jeanne ne dédaignait pas non plus les œuvres de Tesprit : elle donna à Dubarlas qui habitait le château d'Hodosse, près de Nérac, le sujet du poème de Judith, premier essai en notre langue d'une épopée sacrée. — Après le mariage du Béarnais avec la fille de Catherine de Médicis, la piété naguère en honneur à la cour, fut mise à l'écart. « De cette diversité de religion, dit Marguerite dans ses mémoires, il ne s'en oyait pas parler, » Les saillies du terroir, les modes du Louvre, une élégance raffinée faisaient à cette époque, de la Florence gauloise, comme on Fa appelée, le plus agréable séjour. Malgré les censures des pasteurs, la galanterie commençait aussi à y régner, et ne fit qu'y qu'augmenter quand la reine-mère, à l'occasion des conférences de 1578-1579, passa plusieurs mois au château, « dérouillant les esprits et rouillant les armes » (d'Aubigné). Ses dames d'honneur s'attachèrent à séduire les amis du jeune roi ; intrigues, trahisons, duels se succédaient sans interruption. « Du haut des tours des murailles et des poteaux, » les dames suivaient des regards les combattants, qu'elles accueillaient au bal du soir avec plus ou moins de faveur selon le courage qu'ils avaient déployé. Entre deux fêtes, Henri de Navarre va s'emparer de Fleurance pour se venger de la surprise de la Réolç. Catherine se contente de dire : « 11 a fait chou pour chou, mais le mien est mieux pommé. » Dubartas compose à propos de toutes ces réjouissances, un poème en gascon, en français et en latin. — Mais, dès 1588, la cour de Navarre quitte définitivement Nérac, et après le siège de 1621, la ville retombe dans son obscurité. A peine si quelques hôtes illustres, Louis XIFI, Louis XIV, la traversent en se rendant l'un à Montauban, l'autre à Saint-Jean-de-Luz. Le duc de Bouillon qui qui avait reçu Albret en échange de la principauté de Sedan, n'y séjourna jamais. Les Mazellières, gouverneurs du château, préfèrent leur demeure d'Espiens. La chambre des comptes ctîiblie depuis li8i fut réunie en 1624 à celle de Pau, et la chambre de l'édit de •Guienne, qui tint sa première séance dans la grande salle du château, le 29 mars 1609, fut supprimée en 1679. Quant à l'église, rattachée au colloque de Condomois, province deBasse-Guienne, elle ne paraît pas, jusqu'à la révocation de l'édit de Nantes, s'être ressentie de la déchéance politique de la ville. Elle fut desservie par des pasteurs fidèles dont quelques-uns ont été des hommes distingués : Les deux • Mermet, le premier déjà cité, « homme zélé à la manutention de la religion et bien disant » (l'Etoile), le second, auteur de trois recueils de sermons écrits en style rapide et correct, et député de la Basse- Guienne au synode de Tonneins d'Aubus, qui composa un livre sur VEbionisme des moines (i vol. in-12) savant ouvrage de circons-

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taace, dû à l'établissement des capucins dans la ville, et préseatéau troisième synode de Charenton pour être examiné (Ay mon). Il fut lui-môme député au vingt-sixième synode; de Masparant, qui se dévoua en 1G07 pour aller prêcher à Bordeaux pendant une épidémie; de Lanusse(1621); de la Mine, AaronTinel (1637), JérémieVig\ier, député au synode de Loudun. Le synode de Saint-Mai xent chargea le consistoire de Nérac d'exhorter « les sieurs Président et Conseillers de la Chambre mi-partie de prendre garde à ce qu'il ne s'y passât rien contre les édits » (Aymon). Mais, sur les observations du commissaire royal, cet article fut rayé au synode suivant. L'instruction des enfants n'y fut pas négligée. Nous avons vu que Jeanne d'Albret, dès 15G1, donna ordre d'y fonder un collège ; en 1397 il était florissant, et les actes du synode de Gap constatent qu*il est assez prospère pour qu'onlui annexe le collègede Bergerac assez mal pourvu d'argent et d'élèves. Dirigée par d'Aubus fils, en 1617, et par Franen 1648, l'institution fut fermée cette même année en vertu d'un arrêt du parlement de Bordeaux. — La prépondérance des réformés pendant la première moitié du dix-septième siècle était telle que TË^toile a pu dire avec quelque exagération sans doute qu'en 1609onne comptait plus dans la ville que trois catholiques. De son côté, Ëlie Benoît nous rapporte un fait significatir (Hist, de Véd. de NaïUti, W partie, livre XI). « Le roi avait érigé dès 1629 un présidial à Nérac, ville du pays d'Albret, où les réformés étaient les plus forts... Mais, il ne se trouva, ni dans la ville ni dans la province, des catholiques capables de ces ofQces. Enfin, le projet s'exécuta cette année en faisant venir d'ailleurs des gens capables, et laissant entrer quelques réformés dans les charges que les autres ne purent remplir. ^ Deux ans avant la révocation de l'édit de Nantes, le temple fut démoli, « sur la disposition d'une gueuse qu'on avait subornée en lui donnant dix écus » (Elie Benoit). En 16i2, un arrêt du Conseil du roi obligea les « nouveaux convertis » à livrer entre les mains d'un conamissaire royal, toutes les pièces concernant leur église. C'est probablement à cet arrêt qu'il faut attribuer la dispersion ou la perte des registres du consistoire. Nérac eut ses martyrs : Pierre Mesplel, condamné aux galères pour avoir voulu s'enfuir ; Bridiers de Viliemor, escuyer ; Pierre Guizard, où Grizot, vieillard de soixante-dix ans, condamné au feu pour avoir rejeté l'hostie qu'on lui présentait; la sentence fut exécutée à Nérac même. — Les renseignements deviennent très rares dans la période du Désert. L'Agenais fut visité par les émissaires d'Antoine Court, Corteiz, Jean de Loire, et les protestants se retrouvèrent en 1768 assez nombreux pour bâtir à Espurgatori un temple, d'ailleurs bientôt démoli par ordre du parlement de Bordeaux. En 1765, l'Eglise, mécontente de quelques délibérations des synodes du Désert, se sépara des autres congrégations, et choisit pour pasteur Dubois, que les ministres de l'Agenais se refusèrent à reconnaître ; de là des luttes affligeantes jusqu'en 179i, époque où Dubois, devenu homme politique et renonçant au ministère, fut remplacé par (Juatrail. La loi de germinal rétablit le culte de

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Nérac et en fit le chef-lieu d'un consistoire qui comprenait en 1870 deux paroisses avec quatre annexes et douze cents protestants. — Sources : Th. de Bèze, Hist. eccL^ IX; Monluc, Commentaires^ V, et Lettres, psLssimiElie Benoît, ffist. de VE. de Nantes, V* p., YW, et 2«p.,XI, XIV, XIX, XXIV; De Thou, 5^mI.,XXVI, XXXIII, XXXVI; Duvelu, Hist. des G. C, VI : Sully, Acon, R.;i. I, x, xin, xx ; Aymon, Hist, des iSt/?i. ; UEstoile, Journal; Olhagary, Hist, desC. de Foix ; Henri IV, Corresp, ; Ferez, Chron, ; d*Aubigné, Marguerite de Valois, Mémoires, passîm. — Ouvrages modernes : Haag, Fr^ Prot,; Villeneuve, Notice hist. sur Nérac; Samazeuilh, Hist. de fAgenais, II, II; id., Nérac et Pau ; id., Dict. de Var, de Nérac; id. Monographie de Casteljaloux; et surtout Lagarde, Chronique des Eglises réformées de VAgenais, Toulouse, 1870. G. Boufigeon.

NÉRON (Lucius Domitius Nero Glaudius), le cinquième empereur romain, régna de Tan 807 à Tan 821 de Rome (54 à 68 ap. J.-C.) Il était né à Antium en Tan 37 et était fils de Domitius ^Ënobarbus et d'Agrippine, par conséquent beau-fils de Claude (voy. ce mot). La mort de cet empereur le laissa maître du monde. Néron avait des goûts artistiques ; les premières années de son règne furent paisisibles. Il ne devint un monstre que le jour où il voulut p/'ofiter du pouvoir inouï qu'il possédait pour satisfaire les fantaisies de son imagination de poète et de musicien. C'est sa grande puissance qui le rendît fou et fou furieux ; mais il aimait vraiment les arts et fut avant tout, suivant le mot de M. Renan, « un empereur d'opéra. » Ce fut, quand il prit son rôle d'artiste au sérieux, et que sa passion d'acquéreur de la gloire atteignit san paroxysme, qu'il commença une débauche de crimes qui dura neuf années. La vision des orgies de Sardanapale, dé l'incendie de Troie, des débauches de Babylone hantaient tour à tour son cerveau malade ; et comme il était toutpuissant il se donnait le spectacle de ce qu'il rêvait. M. Renan, dans V Antéchrist, a tracé de Néron et de son règne un tableau grandiose qui est une véritable évocation du passé. Il nous montre comment la soif de jouissances dramatiques fit de la vie de ce monstre innommé une eflroyable tragédie. — Nous n'avons pas à rapporter ici les événements principaux du règne de Néron. Nous ne parlerons que de la persécution contre les chrétiens qui sévit en 64. L'incendie de Rome que ces malheureux furent accusés d'avoir allumé en fut le prétexte. Or c'était l'empereur qui, pour se procurer le spectacle de l'embrasement de Troie, avait fait mettre le feu à la ville. Du reste,rarchitecture de la vieille cité ne répondait pas à son idéal. Il voulait la reconstruire et donner à ses habitants les goûts esthétiques de la Grèce et de l'Orient qui leur manquaient. C'est pour détourner les soupçons qui se portaient sur lui qu'il accusa les chrétiens. L'opinion publique lui donna raison. Les disciples de Jésus-Christ, déjà nombreux dans le quartier des Juifs, étaient universellement détestés (Tacite, Ann,, XV, 44 ; Suétone, Néron, § xvi). Les hommes politiques comprenaient le danger que pouvait courir l'Etat si cette secte naissante venait à grandir. — Cette persécution, qui fut la première, fut

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une des plus horribles par Tatrocité des supplices, mais elle ne î>évit qu'à Rome. Les chrétiens du reste de Tempire ne semblent pas avoir été inquiétés. Paul Orose (VII, 7) prétend bien que la persécution fut générale; mais il n'en donne aucune preuve. Les incendiaires devaient d'après la loi être enduits de résine et de poix et allumés comme des flambeaux vivants. Néron y ajouta de les placer dans seî^ jardins publics et de faire de cette effroyable illumination un amusement pour le peuple. M. Renan a fait une merveilleuse description de cette fête du 1*^ août 65. Il nous montre Néron assistant en amateur curieux aux ignobles tortures des femmes ; une émeraude concave dans son œil de myope lui servait de lorgnon. « Il était là, au premier rahg, sur le podiom, mêlé aux vestales et aux magistrats curules, avec sa mauvaise figure, sa vue basse, ses yeux bleus, ses cheveux châtains bouclés en étage, ses lèvres redoutables, son cri méchant et bête à la fois de gros poupart niais, béat, bouffi de vanité, pendant qu'une musique d'airain vibrait dans l'air ondulé par une buée de sang. « — Les noms des chrétiens qui périrent alors ne nous ont pas été conservés. La tradition a toujours rattaché la mort des apôtres Pierre et Paul à cette première persécution. Elle nous enseigne que Pierre fut crucifié la tête tournée en bas et que Paul, en qualité de citoyen romain, fut décapité (voy. les mots Pierre et Paul), Il ne serait pas impossible que Tapôtre Jean fut aussi à Rome en ce moment et qu'il parvint à s'enfuir. Cette hypothèse nous expliquerait l'accent particulièrement personnel et douloureux du livre de l'Apocalypse rédigé peu de temps après. Il semble, en effet, que l'auteur de ce livre a assisté à la persécution et a vu deprb a la Bote ». On sait que M. Ed. Reuss a découvert l'explication du chiffre de la Bête et nous a donné la clef de l'Apocalypse (voy. cel article). C'est César Néron qui est la Bête et l'Antéchrist. Go mot nous révèle l'impression d'horreur que cet homme avait laissé dans VEglise ; quant à Ronie, la ville qu'il habitait, elle est la Babylone impure, enivrée du sang des saints. — Lorsque Néron mourut, à trente et un ans, plus d'un disciple refusa de croire qu'il eût définitivement disparu. Il va revenir, disait-on, à la tête des Parthes, et il persécutera de nouveau l'Eglise {Orac. sybit,, IV, 116); mais Néron était bien mort. Une insurrection avait éclaté dans les Gaules,et le misérable, obligé de s'enfuir, s'était fait tuer par son esclave Epaphrodite (avril* 68). Néron est resté le type du monstre voué à l'exécration des siècles. Il ne faut pas oublier cependant qu'il n'était pas seulement cruel et méchant, mais qu'il était aussi vain et ridicule. Il ne faisait pas le mal pour le mal ; il le faisait pour le plaisir de se procurer des émotions esthétiques. Il a été une perversion littéraire, en même temps qu'une effroyable perversion morale. 11 s'y mêlait aussi beaucoup d'aliénation mentale. Le pouvoir inouï des Césars leur faisait souvent perdre l'esprit. Le fou devenait vite furieux et l'empire du monde était alors livré à un monstre. — Sources : Sixéione y Us douze Césars, Néron; Tacite, Annales, XIV, XV, XVI ; cf. E. Renan, VAntechrist (ch. v, vi, vu, vin, ix, xui). Ed. Stapfbr.

NEHSÈS IV ^ NEHVA 5»3

N£RSÈS IV, surnommé Glaietsi ou Ghnorhati (le gracieu>ij, patriar- -che et poète arménien, né à Hrhomgla, en Cilicie, en 1098, mort dans cette môme ville en 1173. Dès qu'il fut appelé au siège patriarcal, il usa de tout son pouvoir pour concilier les Eglises grecque et arménienne, et il aurait sans doute obtenu cette fusion, si la mort ne r avait frappé. On connaît de lui, entre autres compositions, des CantiqueSy des Hymnes, un Poème sur la tin du monde et une histoire d*Arménie. Les œuvres complètes de cet auteur, que les Arméniens regardent comme leur Homère, ont été traduites et publiées en latin par Gapelleti (Venise, 1833, 2 vol. in-8"). .

NE^SËS dit LAMPBONEISI, prélat arménien, Fun des Pères de TEglise d'Arménie, né à Lampron en 1143, mort en 1198. Il étudia avec une grande ardeur les lettres et les sciences, puis embrassa rétat ecclésiastique, et sa réputation de savoir et de piété acquit un tel éclat qu'il lut appelé à Tarchevêché de Tarse, en Cilicie. C'est lui (|ui fut chargé par Grégoire IV de prononcer le discours d'ouverture du concile tenu dans cette dernière ville, en 1178, pour tenter une dernière- fois la réunion des Eglises grecque et arménienne. On connaît de lui, entre autres écrits : Traité sur i' Eglise et sur l'Eucharistie : Vie de Nersès Glatetsi; ExplicaXion des Psaumes; Commentaire sur les livres saints (voy. Lequien, Oriens Christ,, I, 1343).

IfERVA (Marcus Cocceius), empereur romain, naquit en Tan 32 ap.

J.-G. (785 de Rome). 11 avait été poète dans sa jeunesse (Martial,

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