‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 112 sur 157 · livre VIII, 70) et l'empereur Néron avait remarqué son talent. Nommé · texte numérisé non relu

livre VIII, 70) et l'empereur Néron avait remarqué son talent. Nommé

consul une première foison 71 avec Vespasien, il le fut une deuxième

fois avecDomitien en 90. Mais ce dernier, jaloux de lui, voulut le

faire mourir. Nerva déjoua ses projets et ce fut Domitien qui

fut assassiné. 11 est assez dificile de dire le rôle que joua Nerva

dans la chute de Domitien; il fut sans doute important puisque

après la mort du tyran les conjurés le proclamèrent empereur (96).

Son règne fut un des meilleurs de l'histoire. Modéré et tolérant, il

réagit immédiatement contre le mal fait par son prédécesseur. Plein

d'humanité et de douceur, il se montra ami du progrès et rendit au

sénat son autorité souveraine. Son règne passa pour une sage

alliance de Tautorité suprême et de la liberté des citoyens (Tacite,

Vie d'Agricola, III). Un des premiers soins de Nerva fut défaire cesser

la persécution contre les chrétiens. Tous les accusés furent renvoyés

absous ; les exilés furent rappelés (Eusèbe, II, E., III, 20, 10 ; Pline

le Jeune, Lettres, I, 5, 16 ; IV, 9, 2; XI, 14). Il n'y eut plus ni procès

d'impiété, ni poursuites contre ceux qui pratiquaient les coutumes

juives (Dion Cassius, 68, 1). L'Eglise chrétienne de Rome jouit

d'une paix qu'elle n'avait peut-être pas encore connue aussi profonde

depuis sa fondation (Lactance, De morte persecut., 5). M. Renan place

sous le règne de Nerva la composition de l'Apocalypse juive, connue

sous le nom de IV* livre d'Esdras (voy. l'article Apocalypses juives, et

E. Renan, les Evangiles, 344 ss.). Nerva, trop faible pour gouverner

seul, adopta un de ses meilleurs généraux, Trajan, qui lui succéda ;

584 iNERVA — NKSTORlANISMt:

il mourut trois ans après Tavoir adopte (98). 11 n'avait régne que seizfi mois.

NESTOR, moine du onzième siècle, le plus ancien chroniqueur de la Russie, né à Kiew en 1056, mort probablement dans la môme ville vers 1116. Il embrassa l'état monastique à Tâgc de dix-sept ans, en 1073, dans le Petcherskii monastyr (monastère des Cavernes). Sa vii* ne fut que celle d'un moine, tout occupé des aflatres de son couvent et qu'un heureux goût pour les recherches historiques porta à recueillir de toutes parts, pour la première fois, les éléments des annales politiques et religieuses de sa nation. Les moines révérèrent $a mémoire comme celle d'un saint. Il a écrit deux ouvrages, le Paiericon et la Chronique, Le Patéricon est un recueil d'hagiographes consacrés aux principaux personnages de son couvent. Il est imprimé à Kiew,* en 1661, en types slavoniques ou russes (Herbinius, De cryptis kioviensibus). Le Patéricon ne nous est pas parvenu en entier; nous n'avons que des extraits faits par l'évêque Vladimir Siméon, au treizième siècle. La Chronique (récits des ans passés par le moine du cloître théodorien des Cavernes) resta longtemps ignorée, r.o n'est qu'en 1668 qu'un prince Radzivvil enrichit d'un manuscrit de cette chronique la bibliothèque de Kœnigsberg. Le texte slavon neful publié qu'en 1767 par T Académie de Saint-Pétersbourg, mais, dès 173:2, une traduction allemande avait paru (Saint-Pétersb., in-4* ; d'autre'^ traductions allemandes, Leipz., !77i, in-4°, et Gœtlingue, 1801 5 vol. in-8°). Une seconde édition du texte original a été faite par la Société d'histoire de Moscou (Moscou, 182i, in-i*'). La chronique de Nestor reste le premier manuscrit historique des Russes. — Voyez Rogodine, Recherches hist. sur Nestor, Moscou, 1839; L. Boi<sard, VEgiLie de Russie, Paris, 1867, 2 vol. in-V.

NESTORIANISME, hérésie relative à la personne de Jésus-Christ. - Nestorius, né à Germanicia en Syrie, entra au couvent de saint Euprèpe près d'Antioche, puis devint presbytre dans celte ville. 11 s'y distingua si bien par son éloquence, que Théodose II fit choix de lui en 428, à la mort du patriarche Sisinnius, pour occuper le siège de Constantinople. Les conciles de Nicée et de Constantinople avaienl fixé l'enseignement de l'Eglise sur la Trinité et décidé du sort de l'arianisme en proclamant l'homoousie des personnes divines ; ils n'avaient pas abordé le problème du rapport dans lequel le Verbe était entré avec la nature humaine dans la personne historique de Jésus-Christ. On s'était contenté à Constantinople de condamner Tapollinarisme (v. cet art.) afin de sauver Tintégrité de la nature humaine de Christ, gravement compromise par une doctrine d'après laquelle le Verbe aurait revêtu, lors de l'incarnation, un corps doué d'une « àme irraisonnable » (+ux^ oIXoyoç) et eût joué luimême le rôle d' « àme raisonnable » (^^u^f, Xoytx^h voûç) dans la personne du Seigneur. Ce point acquis, le problème christologique so trouvait placé sur son véritable terrain: comment deux natures, complètes toutes deux, s étaient-elles unies pour constituer une seule personne? — Deux courants d'opinion régnaient sur ce point au cora-

NESÏOHIANISME 585

mencemenl du cinquième siècle. Fidèle aux traditions dogmatiques d'Athanaseet poursuivant un intérêt avant tout spéculatif et religieux, recelé d'Alexandrie enseignait une pénétration si intime des deux natures Tune par Tautre, que, les « propriétés particulières » ou les « idiomes » (M^kvza, t^tcofAoera) de la nature divine s'étant « communiquées» (dvTtfAeOiaraoOai) réellement à la nature humaine au moment de Tincamation, il était légitime d'adorer la nature humaine du Seigneur comme contenant toute la plénitude de la divinité, de parler d'une naissance et d'une crucifixion de Dieu (6ebc l^ew^Or), ciraOev, iatoLu^^r^ et de voir en Marie la « mère de Dieu » (0EOTO)co;).Ëlleappelait en conséquence l'union de deux natures une « union physique » (âWai; çuatxti, xaxà çudiv), c'est-à-dire portant sur la substance même de ces natures et abolissant toute différence entre elles; et si elle ne se servait pas du terme de « mélangé » (ouYxpaaiç, mixtura)y employé alors par certains docteurs pour designer cette union, elle n'en reconnaissait pas moins qu'il n'y avait eu en Christ qu' « une seule nature », celle de « l'homme-Dieu » ({&{« cpuortç OEavOpcoicoç). L'école d'Antioche, par contre, représentée principalement par Diodore de Tarse et Théodore de Mopsueste, et poursuivant un intérêt surtout dialectique et moral, ne parlait que d'une « union relative » (fvbi(n; <T/etix^) des deux natures, c'est-à-dire d'une « relation » (<r/éaiç) de plus en plus intime dans laquelle ces natures seraient entrées l'une avec l'autre depuis l'incarnation du Verbe jusqu'à la résurrection du Seigneur, l'existence de l'homme Jésus devant être considérée d'après Luc 111, 52 comme un progrès continuel dans le bien, comme une lutte incessante contre le péché, lutte qui s'est toujours terminée, grâce à l'influence prépondérante du Verbe en lui, par la défaite du principe mauvais. Cette pénétration progressive de la nature humaine par la nature divine s'achève dans la personne du Seigneur glorifié. Jusque là les deux natures, bien que liées l'une à l'autre d'une « liaison » (9uvà«pEia) indissoluble, doivent être soigneusement distinguées, sans qu'il puisse cependant résulter de cette distinction des natures une division de la personne du Christ en deux personnes distinctes. Rejetant la doctrine alexandrine de la «communication des idiomes», cette école repoussait comme blasphématoire les expressions de 4« mère de Dieu, crucifixion de Dieu, » etc. qui s'y fondaient, et ne reconnaissait à la nature humaine de Christ des droits à l'adoration, que parce qu'elle avait servi de demeure et de « vêtement » au Verbe. C'est à cette dernière école qu'appartenait le nouveau patriarche de Constantinople. — Arrivé dans la capitale, Nestorius crut devoir marcher sur les traces de ses prédécesseurs en persécutant divers hérétiques condamnés par les précédents conciles. Ce déploiement de zèle en faveur de la cause orthodoxe ne suffit cependant pas pourlui concilier tous les esprits. S'il jouissait de lafaveurdel'empercur Théodose et de l'impératrice Eudoxie, par contre, la sœur de l'empereur, Pulchérie, était mal disposée à son égard et continuait à intriguer en faveur de Proclus, son ancien compétiteur au siège de Constantinople. Le peuple et les moines, fortement attachés à la

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dogmatique alexandrine et au culte de la « mère de Dreu, » ne cachaient pas leur défiance à l'endroit de Tancien presbytre d*Antioche. C'est par une controverse sur cette expression de « mère de Dieu )> (ôfiOToxoç) que s'ouvrit la longue querelle christologique qui devait durer jusqu'à la fin du septième siècle. Le presfoytre Anastase, ((ue Nestorius avait amené de Syrie, ayant un jour prêché contre l'emploi de ce terme, le patriarche approuva publiquement sa conduite; peu de temps après, à l'issue d'un véhément discours de Proclus, dirigé contre les adversaires de l'expression incriminée, il entra lui-^même en lice, et, dans une éloquente improvisation, interrompue à plusieurs reprises par les protestations des auditeurs, il exposa tout ce qu'il y avait d'irrationnel à son point de vue dans l'usage de ce terme, qu'il proposa de remplacer par celui de « mère de Christ ))(Xpt<rroTdxoç). La même année, un synode, réuni par Neslorius k Constantinople, condamna la manière de voir de Proclus et de ses partisans (429). A cette nouvelle, le patriarche d'Alexandrie, Cyrille, descendit à son tour dans l'arène : il censura? énergiquemenl les opinions de Nestorius dans la lettre pastorale qu'il publia lors de* fêtes de Pâques (429), ainsi que dans Tinstruction écrite qu'il adressa immédiatement après aux- moines égyptiens.' Puis il se mit en relation avec les ennemis que son adversaire comptait dans la capitale, et avant tout il chercha à gagner l'appui de Tévêque de Rome, Céleslin, en lui faisant parvenir, par le diacre Posidonius, une lettre rédigée dans les termes les plus humbles et dans laquelle il soumettait à son appréciation le différend théologique qui venait d'éclater. Il y accusait Nestorius de ne voir en Christ qu'un simple homme. Céleslin fit condamner, par un synode réuni à Rome, la doctrine de Nestorius, et porta lui-même cette décision à la connaissance du patriarche de Constantinople, en l'invitant à se rétracter dans un bref délai, s'il voulait rester en communion avec l'Eglise de Rome. Enhardi par cette attitude de Célestin, Cyrille réunit à son tour à Alexandrie un synode, qui condamna l'enseignement de Nestorius. Celui-ci répondit aux douze formules d'anathème rédigées par Cyrille, par douze formules contraires, dans lesquelles l'anathème était lancé contre la christologie alexandrine. Les deux patriarches se reprochaient réciproquement les conséquences extrêmes de leurs doctrines, telles qu'aucun d'eux ne les avait en réalité formulées : Cyrille accusait Nestorius d'admettre en Christ deux personnes (èi xtç hà toô i«;

XpiffTOÎî SiflupeT Tiç uTTOffrao-gi; [utk t^v Svcdotv... eÏ tiç irpoocoTTOcç Suctv n^wv u7CQ(rrao8at tiç t£ £v toîç eùayYeXtxoîç xoii a3ïoaTo).ixoiç ffuYYpaj*f*«ffi SwwejU'- (pcovdtç.... à. e.), et Nestorius accusait Cyrille d'enseigner une transformation du Verbe divin en chair (i9cmn K^éum m cfirnem versUm esst^ Ces exagérations rendaient une réconciliîition impossible. La querelle .dogmatique, confinée d'abord dans l'Eglise de Constantinople, s'était étendue sur tout l'Orient et commençait à gagner l'Occident ; la division venait encore une fois d'éclater dans l'Eglise. Dans ces circonstances, le seul moyen de rétablir la paix religieuse parut être àThéodose II la convocation d'un nouveau concile œcuménique. — OweWi'

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était la doctrine de Ncstorius? Rejetant Tidée d'un « mélange » ou d'une a union physique » des deux natures, et par conséquent celle d'une « communication des idiomes », comme contraire à la séparation qui existe entre l'humain et le divin et comme constituant un « homme-Dieu » qui n'est d'une manière véritable ni Dieu ni homme, le patriarche de Gonstantinople s'en tenait à l'idée d'une « union relative, » d'une « liaison intime » (axpa <ruvaf€ia) des deux natures, comme permettant seule à chacune d'elles de subsister dans son intégrité après son union avec l'autre. Au lieu d'une « déification » (àiîoôéwffiç), de la nature humaine, qui lui paraissait être la conséquence dernière de la christologie alexandrine, il admettait une simple « réception » de la divinité par la nature humaine (àvôpoiiro; Oeoooxoç) : de là le nom d'Emmanuel, ou de Dieu habitant notre nature terrestre, donné au Sauveur. Ce n'est pas Dieu le Verbe, disait-il, que le Saint-Esprit a créé, que Marie a engendré et que Pilate a fait mourir, mais le « temple, » le « vêtement » du Verbe, un homme, organe de ladivinité.En conséquence, il convient, selon lui, de distinguer en Christ deux natures et deux substances, mais non deux personnes : l'unité de son être a résidé non dans sa nature qui était double, mais dans sa « puissance » (Suvaaiç) qui était simple, c'est-àdire dans le principe de son activité personnelle. D'un autre côté cependant, si Christ nous a été «, consubstantiel » sous le rapport de rhumanité, il a fort différé de nous sous ce môme rapport, par suite de l'union de sa nature humaine avec la divinité. Lors môme, en ^effet, que sa nature humaine n'a participé ni à la substance ni aux attributs de la nature du Verbe, elle n'en doit pas moins être honorée à l'égal de celle-ci (laoTifxia), « le vêtement devant ôlre adoré à cause de la dignité de celui qu'il recouvre. » Sans doute, « je distingue les natures ; mais je les unis dans une même vénération : comment établir différents degrés de dignité et d'honneur chez celui qui est indivisible ? » Paul a bien donné le nom de Dieu au Christ, descendant des Israélites selon la chair (Rom. IX, 5), « Dieu ne pouvant être séparé de celui (l'homme Jésus) que les yeux des hommes ont contemplé. » Comprise dans ce sens, l'expression de « mère do Dieu (ÔEOToxoç) ne présente elle-même plus rien de choquant, « pourvu que par elle on n'élève pas Marie au rang d'une déesse ; » son emploi cependant doit être évité autant que possible, à cause des abus auxquels il peut donner lieu de la part des apollinaristes et des ariens (Arius aussi niait Texistence d'une âme humaine en Christ, pour pouvoir appliquer au Verbe la paT'ole de Jésus : Mon Père est plus grand que moi). Comprise au contraire dans le sens qu'y rattache la théologie alexandrine, cette expression est blasphématoire, « Dieu ne pouvant avoir de mère, puisque la créature ne peut engendrer le Créateur. > Ce sont les païens qui donnent des mères à leurs divinités; d'après Paul, au contraire, la nature divine de Christ est sans père, sans mère, sans généalogie (Hébr. VII, 3) : Marie n'a donc pas engendré Dieu. L'on voit par ce qui précède, que rien n'eût empêché Nestorius de signer le compromis d'Ephèse de l'an 433, ainsi que les

.NKSTOKIANISME

..' i^hjlcédoiiie. C'csl donc en réalité la doclrini' ' .11' qui triompha dans l'Eglise, après que son pin- - .^uiiil eùl succombé aux rancunes de ses adver- .'»!.' Il convoqua en y.il le troisième concile œcume- ^i. La circulaire rpi'il adressa h. cet effet aux évêques. . <i.iii> les termes les plus bienveillants pour Ncstorius : . "iiiicl <le celui-ci, Candidianiis, fut choisi par l'empereur . j-ic-^eutcr dans cette assemblée; enrin. des gardes du corps .(icicur accompagnèrent le patriarche de Conslantinople à .1 l'A rtUu parut de son cùté, suivi d'une nombreuse escorte de , .l^ ft de moines. La grande majorité des évèqucs présents, no- ..v'Lil ceux d'Asie Mineure et de Palestine, àleur t£te Juvénalde ..^,iluai cl Memnon d'Ephèse, étaient du parti de Cyrille ; les évi^- ^ ,N ^\ liens, partisans de Nestorius, ainsi que les légats de l'évèque lliiaio u'avaient pas encore eu le tempsde venir. Après seize jour- .; .illeittv.uu momentoù les évoques syriens annonçaient comme pm- . ;t,iiiie leur arrivée à Ephèse, le patriarche d'Alexandrie se décida à , imir le concile le 22 juin 131. malgré les protestations de Sesl.jiiLi> ot du commissaire impérial. Vainement Cyrille fit inîilerà iroi- 1 ijii isos son adversaire à se présenter devant cette assemblée ; fiesii iiu-i refusa de paraître, et fut en conséquence destitué et excumiiiEiJiic. S'en tenant à la formule générale du symbole de Nicée sur « liieu qui s'estincarné, qui a souffert » pour nous, le concile se tonloiila, au point de vue dogmatique, de reconnaître comme ortliodiixos les formules d'anathème de Cyrille et la lettre de Célestin i Nustorius. Ainsi fut adopté et sanctionné par l'assemblée d'Ephèse le jugement exagéré porté par Cyrille sur la doctrine de NestoriiK. 1/accusation d'avoir divisé la personne du Christ en deux personii-'s diHtinctes (ityoprosopisme) continua à peser jusque dans les temp» lUiidernes sur la mémoire du patriarche de Constantinople. Peu du jours après arrivèrent les évoques syriens. Irrités de la conduite de Cyrille, ils se constituèrent h leur tour en concile, au nombre de quarante- trois, sous la présidence de Jean d'Anliocbe, puis déposèrent el excommunièrent Memnon et Cyrille. Une troisième phase de la lutte fut marquée par l'arrivée des légats romains. S'érigeant, avn l'autorisation de Cypille, en arbitres du débat, ils se prononcèren! contre Nestorius et firent excommunier Jean d'Antioche. Ces nouvelles provoquèrent de grands troubles à Constantinople. Soutenup.ii les intrigues de Pulchérie, lesmoinc> fanatisèrent le peuple; dil'NiiJus tumultueuses parcoururent les rues en proférant do* impréi.'Njus contre Nestorius, Le premier mouvement de l'empereur, '|N un! il eut connaissance des événements d'Ephèse, avait été d'aniiiili'iles sentences d'excommunication prononcées par le concile iri:iire les chefs des deux partis. I^ps menées des adversaires de Ner-

' is eurent pour effet d'amener l'empereur à changer d'attitude à

I v^.iré de son ancien prclégé. U consentit à déposer le patriarche de I t'lJ^tantinople, et pour sauver du moins les dehors de l'impartialité, il 11. posa également Cyrille el Menmun, déi^ision à laquelle il ne fui

NKSTORIANISME 589

jamaib donné suite. L'empereur, en effet, cherchait dans Tintérôt do la paix publique un moyen de concilier les deux partis opposés. Les évoques syriens lui avaint envoyé d'Ëphèse une confession de foi portant que le nom de «mère de Dieu » pouvait être donné à Marie à cause de r (( union sans mélange » dans laquelle les deux natures étaient entrées en Christ (xaTi Tau-c^^v tt,; iaxjf/yzo'j Ivwtcwç ewotav ôjitoXoYOUfXEv r^jv

àviav î:«pO£vov ôeoToxov). Telle était bien Topinion professée sur ce point par Nestorius. En 133, Cyrille et Memnon, qui n'avaient jamais enseigné d'une manière explicite un « mélange » des deux natures, consentirent à signer cette formule, manifestement dirigée par les évoques syriens contre l'idée d'une « union physique » et d'une « communion des idiomes. » Jean d'Antioche de son côté approuva la condamnation de Nestorius, sacrifiant la personne de son ami avec aussi peu de scrupule que le patriarche d'Alexandrie en avait mis à adopter la formule dogmatique de ses adversaires. Quant à Nestorius, il fut réintégré sur sa demande dans son ancien couvent d'Euprèpe ; mais la haine de ses adversaires ne tarda pas à le chasser de cette paisible retraite. En 433, il fut exilé par l'empereur dans une oasis du désert égyptien. Là, il mena une existence misérable, en proie aux vexations continuelles du préfet d'Egypte, qui prenait plaisir à le faire transporter par ses soldats d'un endroit à un autre, buns lui laisser de repos. On racorjte que dans Tune de ses pérégrinations, il tomba entre les mains d'une bande de brigands, qui, saisis de respect à sa vue, se retirèrent sans lui faire de mal. C'est dans cette contrée qu'il mourut vers l'an iiO. — Le compromis de Tan 433 ne rétablit pas la paix religieuse. L'Eglise de Syrie reprocha à Jean d'Antioche son infidélité à l'égard de Nestorius ; celle d'Egypte accusa Cyrille d'avoir trahi la cause de la vérité pour satisfaire ses rancunes personnelles. Jean n'hésita pas à recourir à la violence pour amener les évoques de sa province à adhérer à l'acte d'union qu'il avait signé, et pour les décider à condamner « les doctrines perverses et impies » de Nestorius. Ceux qui refusèrent furent destitués sur sa demande et remplacés par des personnages plus dociles. Un certain nombre d' évoques se soumirent, entre autres Théodoret de Cyr, qui avait réfuté les formules d'anathëme de Cyrille et avait été l'un des plus fermes appuis de Nestorius dans sa lutte contre le patriarche d'Alexandrie; mais -des provinces entières refusèrent l'obéissance. Cyrille de son cûté, voulant justifier de son orthodoxie, s'entendit avec le nouveau patriarche de Constantinople, Proclus, pour obtenir de l'empereur des mesures de rigueur contre les écrite et les partisans de Nestorius ; et afin d'atteindre la doctrine adverse dans son principal foyer, il décida l'évêque Rabulas d'Edesse, qui partageait sa manière de voir, à disperser l'école que le presbytre Ibas dirigeait dans cette ville, quoique ce dernier fût un ami de Théodoret et eût signé comme lui le compromis de l'an 433. La condamnation qui frappait les écrits de Nestorius fut étendue à cette occasion à ceux de Diodore de Tarse et de Théodore de Mopsueste. Ces agissements provoquèrent d'énergiques protestations de la part de Tépiscopat syrien, et en

390 NESTORIANISME

premier lieu de la part de Théodoret et de Jean d'Antioche lui-même. Aussi le presbytre Ibas fut-il choisi à la mort de Rabulas pour lui succéder à Edesse (436). Cette réaction contre Tinfluence combinée des patriarches de Gonstantinople et d'Alexandrie amena TEglise de Syrie à se constituer de plus en plus en parti ecclésiastique indépendant. Ibas traduisit les écrits de Théodore de Mopsueste en syrien et reconstitua Técole d'Edesse. Déjà le nestorianisme avait passé en Perse par suite des violences de Rabulas. Chassé par ce dernier, un maître de Técole d'Edesse, nommé Thomas Barsumas, s'était en effet rendu dans ce pays en 43o, et était devenu évèqoe de Nisibis ; là, il s'était occupé activement de répandre le nestorianisme dans sa nouvelle patrie. Cette propagande fut singulièrement favorisée plus tard par Fimportante lettre qulbas écrivit à Tévéque persan Maris de Hardaschir sur les événements dont TEglise de Syrie venait d'ôtre le théâtre, et surtout par la politique des rois de Perse, qui voyaient avec plaisir leurs sujets chrétiens séparés au point deviie ecclésiastique de ceux de l'empire romain. Aussi, quand l'école d'Ëdesse fut fermée une seconde et dernière fois par l'empereur Zenon en 489, le nestorianisme, expulsé déûnitivement du territoire de l'empire, trouva-t-il en Perse un asile tout préparé à le recevoir : maîtres et élèves se rendirent à Nisibis et y fondèrent une nouvelle école, qui resta florissante jusque vers le milieu du moyen âge. En 498, le patriarche nestorien de Séleucie, Babacus, réunit dans cette ville un synode qui constitua l'Eglise persane en une Eglise indépendante de celle de l'empire grec. Les membres de cette Eglise, qui s'appelaient eux-mêmes « chrétiens assyriens » ou « chaldééns » et et qui reçurent de leurs adversaires le surnom de « nestoriens, » ' persévérèrent dans les traditions dogmatiques de l'Eglise de Syrie ; ils continuèrent à rejeter l'autorité du concile d'Bphèse et à refusera Marie le nom de « mère de Dieu » ; le culte des images et les doctrines du purgatoire et de la transsubstantiation ne trouvèrent point accès chez eux. Leur patriarche, appelé catholiq^xe (par corruption jacelic/i), résida depuis 496 à Séleucie, et depuis 762 à Bagdad; an seizième siècle, il se fixa à Mossoul. De nos jours, il demeure dans une vallée presque inaccessible, située sur les confins de la Turquie et de la Perse. Au quatorzième siècle, les nestoriens eurj^nt à subir de cruelles persécutions de la part des Mongols. Les débris de cette antique Eglise qui avaient échappé au fer de Tamerlan, se reconstituèrent sous la domination turque, et se sont perpétués jusqn*à no< jours dans les vallées de l'Arménie et du Kurdistan. Ajoutons que des missionnaires nestoriens ont visité de bonne heure l'Arabie, la Tartarie, la Chine et l'Inde, et que les « chrétiens de saint Thomas, »> secte nestorienne d'environ 70,000 âmes qui habite la côte de Malabar, sont encore aujourd'hui les témoins vivants de leur activité dans ce dernier pays. — Quelques fragments de sermons etlesdouze formules d'anathème contre Nestorius ont été conservés dans «ne traduction latine par Marins Mercator (0pp. edd. Baluzius, Par. 1^- 84, II; Gallandii BibL veû, PP,, VIII, 613 ss.) ; d'autres fragments

NESÏORIAMSME — NEUGHAÏEL 501

«conservés dans le texte original, figurent dans les actes du concile <l'Ephèse (Mansi, lY, 1197 ss.). Les sources de l'histoire du nestoriaiiisme se trouvent réunies chez Mansi, IV, 567 ss.,V, VU, IX. Consulter encore Libératus (archidiacre à Carthage vers 553), Breviarium causœ Nestorianorum et Eutychianorum (Gallandii,^i6^ vet. PP,, XII, iâl ss.); Leontius Byzantinus, De sectis liber, in X actUmes distributus (actio V-X) et Contra Euiychianos et Nestorianos (Gallandius, o. c. XII, 621 ss., 658 ss.), et les histoires ecclésiastiques de Socrate (VIF, 29 ss.) etd'Evagrius (I, 7 ss) ; puis : Walch, Gesck, der Keizereien, V, 289 ss.: Neander, Kirchengesch.^ IV, 856 ss; Baur, Lehre v. d. DreieinigkeiLxi, Menschwerdung GotteSy \, 69S ss, et II; Dorner, Entwickelungsgesch. der Lehre V. d. Persan Cliristi, II, 24 ss; Hefele, Concilieiigêsch., Il, iâ6ssetni; Gengler, Uber die Verdammurig de Nestorius, Tiibinger QuartaUchrift 1835, II; Amédée Thierry, Nestorius et Eutychès, Paris, 1878 ; enfin Assemani, De Syris Nestorianis, dans la BibL orientalis du même auteur, Rome 1719-28, t. III, p. II; Ebedjesu (métropolitain nestorien deNisibis au commencement du quatorzième siècle), Liber Margaritœ de veritate fidei (Ang. Maji, Script, vet. iwv. coït., X, 2, p. 317 ss.); Smith and Dwight, Researches in Ajmenia, Boston, 1833; Justin Perkins, A résidence of eight years in Persia, Andover, 1843 ; Percy Badger , The Nestorians and theirRituals, Lond., V,1852 ; Newcomb, A Cyclopedia of Missions, New-York, 1856. A. Jundt.

MEUGHATEL (Histoire religieuse). Resserré dans d'étroites limites, le canton de NeuchAtel, qui n'a pas plus de 10 lieues de longueur sur 4 ou 5 de largeur, occupe dans Thistoire, spécialement dans Thistoire de TEglise, une place plus grande que T exiguïté de son territoire ne semblerait devoir le faire supposer. Il le doit peut-être à sa position géographique : placé entre les pays de langue allemande et ceux de langue française, il a servi souvent d'intermédiaire entre eux, et il a pu en quelque manière recueillir les fruits de la culture germanique et de la culture romane. Il le doit plus encore, sans doute, à sa situation politique. Formant dès le xi' siècle un état indépendant, traitant d égal à égal avec les -puissances qui Tentouraient, vivant de sa vie propre, il a été, malgré sa petitesse, un foyer de vie intellectuelle et religieuse, et il a wx se produire dans son sein, sous une forme réduite, mais toujours originale, les mouvements qui ont agité les plus grands Etats. Nous ne savons si le caractère de ses habitants a contribué pour une part au fait que nous signalons. Quoi qu'il en soit, il ne sera peut-être pas sans intérêt de rappeler ici le portrait que traçait d'eux, il y a un peu plus d'un quart de siècle, un de leurs historiens : « Les Neuchâtelois, écrit M. F. de Ghambricr, ont tous respiré l'air pur et vif du Jura et leur esprit est ouvert à Tintelligence de toutes choses. Faciles à persuader par la raison revêtue dc^formcs bienveillantes, ils ne supportent pas la moindre injustice. Ils s'irritent d'une simple parole décelant le mépris. Quoiqu'ils sachent discerner et goûter ce qui est bon dans les choses nouvelles, ils tiennent fortement à leurs coutuQfnes et à leurs traditions anciennes. Pénétrés de l'idée et d u sentiment du droit. . . ils se sont montrés capables de tout

:>îii NEUCHATEL

faire et de tout souffrir pour le maintien de leur vieille nationalité. » Les premiers temps de Thistoire religieuse du canton de Neuchâtel sont enveloppés d'une obscurité qu'aucun document ne permet de dissiper. Peu peuplé, ne comptant que quelques chétives bourgades et quelques châteaux forts à une époque où d'autres contrées de THelvétie voyaient s'élever des cités florissantes et populeuses, il ne paraît pas avoir attiré de bonne heure les regards des missionnaires chrétiens. Une tradition incertaine veut que vers 700, 3Hce ou Brissonius, un disciple de Himerius, qui doit avoir porté le christianisme dans le vallon de la Saluze (Val de Saint-Imier), ait prêché TEvangile dans le Val-de-Ruz, et fondé le village de Dorabresson {Domu^ Brissonii?). Il est beaucoup plus probable que le pays de Neuchâtel fut évangelisé par les soins des évêques d'Avenches, la capitale de l'Helvétie romaine, où existait dès leiv» siècle un siège épiscopaUqui fut. après la destruction de cette ville, transporté à Lausanne. Du moins Neuchâtel avec le pays environnant faisait-il partie dès Torigine du diocèse de Lausanne. Mais jusqu'à la fin du x* siècle les documents font absolument défaut. Dès cette époque s'élèvent, sur plusieurs points du pays, des églises et des monastères de la fondation desquels on peut marquer avec certitude la date. C'est, en 998, le prieuré de Bevaix, à 2 lieues à l'ouest de Neuchâtel, sur les bords du lac. alors appelé lac d'Yverdun; en 1092, celui de Corcelles, non loin du premier, sur la route de Neuchâtel au Val-de-Travers ; en 1107, celui du Vaux Travers (Val-de-Travers); en 1H3, l'abbaye de Fontaine-André, établie à Test de Neuchâtel^ sur un promontoire qui domine les lacs de Neuchâtel et de Bienne. En 1147, le conate Ulrich 11 et son épouse Berthe jettent, sur le rocher autour duquel s'élève aujourd'hui la ville de Neuchâtel et qui jusqu'alors n'avait porté qu'un château fort entouré d'un petit nombre d'habitations (Novum castrum ad lacum eburoneiisem), les fondements d'une église dédiée à Notre-Dame. Jusqu'à ce moment il n'avait existé dans ce qui forme aujourd'hui l'enceinte de la ville que deux chapelles, Tune située sur la hauteur au nord et dédiée à Saint- Jean, l'autre élevée sur un rocher qui domine le lac du côté de l'est et consacrée à Saint- Nicolas, patron des bateliers. L'église nouvelle devint bientôt le lieu de culte le plus important du pays. On y comptait à la fin du xV siècle 19 autels et 29 chapelles. Les descendants des fondateurs attachèrent à l'église de Notre-Dame un collège de chanoines composé d'un prévôt et de 11 chanoines. Ceux-ci, qui furent richement dotés, occupèrent bientôt une position considérable, non seulement dans l'Eglise mais dans les corps de l'Etat. Dès ce moment, des églises ou des chapelles s'élèvent dans presque tous les villages du pays. La plus importante et en même temps l'une des plus récentes de.ces fondations religieuses, fut l'église collégiale de. Saint-Pierre, à Valangin, élevée en 1505 par Claude d'Arberg, comte de Valangin et son épouse Guillemette de Vergy. Le chapitre était composé d'un prévôt et de (i chanoines avec 2 chapelains, mais il fut sécularisé dès l'an 1536. — Il n'est guère possible de tracer un tableau de ce qu'était la \ie

religieuse à cette époque ; les indications que fournissent les annales du temps se bornent en général à la mention de quelques noms et de quelques dates. De temps en temps de grandes solennités, auxquelles présidait le collège des chanoines, attiraient à Neuchàtel les habitants du pays et des pays voisins. On a gardé en particulier le souvenir d'un spectacle religieux institué en 1490 par le chapitre. Il lit représenter deux mystères^ celui de la Passion de Notre-Seigneur, et celui de la Résurrection. Prôtrcs et laïques y prirent part, la fôte dura trois jours entiers, et Taffluence fut telle que. les magistrats firent mettre des gardes aux portes de la ville. La chronique des chanoines a conservé les paroles d'un autre drame, celui deTAdoration des mages, quise jouait d'ordinaire, paraît-il, le Jour de l'Epiphanie ou des rois.On sait que l'inquisition chercha à s'établir dans le pays, mais ne réussit pas à y prendre pied. En revanche pendant des siècles, les tribunaux jugèrent de prétendus procès de sorcellerie et condamnèrent au feu des malheureuses accusées de s'être livrées à Satan. — Deux hommes méritent une mention particulière dans l'histoire religieuse du pays de Neuchàtel à l'époque qui nous occupe. L'un vivait dans les premières années du treizième siècle. Il s'appelait Guillaume. C'était, selon la tradition, urt Anglais qui, après avoir étudié la théologie à Paris, était devenu précepteur des fils d'un comte de Neuchàtel, et s'était établi dans cette ville où il mourut en odeur de sainteté. Sa vie a servi de thème à de nombreuses légendes dans lesquelles il est devenu difficile de démêler l'histoire de la fiction. Quoi qu'il eu soit, il est certain qu'il vécut à Neuchàtel, honoré de la confiance' du souverain et entouré de la vénération du peuple, qu'il y occupa un rang distingué parmi les chanoines et qu'il y mourut vers 1231 ou 1233. Sa piété, qui paraît avoir été réelle, avait fait sur l'esprit de ses contemi)orains une impression si profonde que, bien peu après sa mort, il fut canonisé : on lui éleva une chapelle, à côté de la collégiale, comme au patron de la vîHe, et bientôt le bruit se répandit que des miracles se faisaient sur son tombeau. — Le second de ces hommes vivait à l'époque de la Iléformation et il en fut l'adversaire décidé, mais un adversaire loyal et généreux, un chrétien et un noble cœur. C'est Etienne Besancenet, curé du Locle. Distingué par son savoir et par son zèle, il avait fait, en 1519, le voyage de Palestine, et avait été créé à cette occasion chevalier du Saint-Sépulcre. Après avoir suivi avec tristesse les progrès parfois bruyants et tumultueux de la foi nouvelle dans les églises du comté et lui avoir disputé le terrain avec une persévérante énergie, mais toujours avec dignité, il la vit enfin s'établir dans sa paroisse et dut s'avouer vaincu. Sans colère, mais non sans douleur, il dit une dernière fois la messe, un dimanche del'an 1536, dans son église du Locle, et s'eafutàMorteau, en France, où peu d'années après il mourut. — L'ordre de choses dont Etienne Besancenet était un des plus nobles représentants était destiné à disparaître. Sept ans déjà avant le jour où il disait adieu à son ancienne paroisse, avait commencé le mou- IX 38

vement qui devait jeter les esprits dans des voies nouvelles et transformer l'église neuchàteloise. C'était en 1529, l'année oii le canton de Neuchàtel, tenu pendant dix-sept ans en séquestre par les Suisses, avait été rendu par eux à Jeanne de Hochberg, épouse de Louis d'Orléans, duc de Longueville, Théritière des comtes de NeiichUtel. Au moment où la dame de Longueville prenait, par ses délégués, possession de l'héritage de ses aïeux et y installait comme gouverneur le seigneur de Prangins, Georges de Rive, un homme sans apparence, mais dont la bouillante ardeur et la parole enflammée avaient fait connaître déjà au loin le nom, arrivait dans le pays. Cet homme était Guillaume Farel. Résidant à cette époque à Moral, où il avait apporté l'Evangile et dont il était le pasteur, il avait appris qu'il existait dans le pays de Neuchàtel de secrets amis de la Réforme. C'en était assez pour qu'il y vînt aussitôt. Les circonstances, d'ailleurs, étaient singulièrement favorables. Les vaines cérémonies d'un culte sans esprit et sans vérité ne suffisaient plus aux âmes pieuses: les démêlés, parfois scandaleux, des moines de Fontaine-André et des chanoines de Neuchàtel qui s'accusaient réciproquement de toute espèce de turpitudes, avaient révolté les cœurs honnêtes. Berne, toute dévouée à la Réforme, exerçait alors une influence considérable dans le pays : les bourgeois de Neuchàtel et la comtesse ellemôme avaient un traité de combourgeoisie avec cette puissante cité; un noble bernois, Jacques de Watteville, l'un des partisans les pUb décidés des idées nouvelles, était devenu seigneur de Colombier, dans le voisinage de Neuchàtel et siégeait dans les Etats du comté: un autre, Nicolas Manuel, était bailli de Cerlier, à la frontière neucbàteloise.Wittembach, l'ami et le maîtredeZwingle, prêchait àBienne.Un bon nombre de gens de guerre qui avaient fait avec l'armée bernoise la campagne de 1529 contre le duc de Savoie avaient rapporté de^ sympathies pour la Réforme. Farel comprit que l'heure était venue. Avec son impétuosité habituelle, il traverse le lac, débarque àSerrières village situé à une demi lieue à l'ouest de Neuchàtel, dont il sait que le curé, Emer Beynon, est secrètement dévoué à l'Evangile, et là. devant l'église, debout sur une pierre, il prêche à une foule nombreuse accourue de la ville et des villages d'alentour. De Serricres, un l'emmène à Neuchàtel, où il continue ses prédications dans les rues dans les maisons et sur la place du marché. C'était au mois de décembre de l'an 4521). — Rappelé à Morat d'où il avait dû se rendre, à la demande de Berne, dans le Val de Moutiers et dans l'évêché de Bàle, Farel revint à Neuchàtel au mois de juin de l'année suivante (1530). Les avis y étaient partagés et la fermentation était grande. D'une part le gouverneur et le clergé, de l'autre les magistrats delà ville et les bourgeois. On ne savait encore qui l'emporterait. Les évangéliques, impatients, demandaient une votation populaire. Berne, qui craignait qu'elle ne tournât pas à leur profit, conseillait d'attendre et de se borner à réclamer pour le moment le libre exercice des deux cultes. Farel prôchait à la chapelle de l'hôpital. Le>

magistrats de Berne avaient fait entendre qu'un temple plus vaste et plus convenable devrait être mis à la disposition du réformateur. Celui-ci, qui, sans doute, ne l'ignorait pas, demanda un jour dans une de ses prédications (c'était le 23 octobre) pourquoi l'Evangile ne serait pas annoncé dans la grande église. Là-dessus Tauditoire se lève, une foule tumultueuse l'entraîne à la collégiale, s'y précipite avec lui, le fait monter dans la chaire, et, à la suite d'un des plus éloquents discours qu'il ail prononcés, s'écrie tout d'une voix : «Nous voulons suivre la religion évangélique, nous voulons, nous et nos enfants, vivre et mourir en elle!» Puis on se jette sur les images, sur les autels, sur les tableaux, on met tout en pièces. La scène fut violente et plus d'un excès regrettable signala cette journée. Toutefois le peuple, quoiqu'il eût été sourd aux remontrances du gouverneur, n'entendait point se soulever contre l'autorité légitime, mais seulement maintenir les droits de la conscience. Ils protestaient vouloir, écrivait le gouverneur à la comtesse, «faire service jusqu'à la mort» à leur souveraine, en toute chose où il lui plairait les commander sauf et réservé la foi évangélique dans laquelle ils veulent vivre et mourir. «Pour le fait de Dieu, concernant leurs âmes, le gouverneur, disaient-ils, n'avait rien à leur commander ni à leur faire empêchement » (lettre de Georges de Rive à la comtesse de Neuchàtel du 20 novembre 1530; Herminjard, Correspondance des réformateurs, II, p. 292 ss.). Il s'en faut bien, au reste, que la population de la ville fiit unanime. «La plupart de cette ville, hommes, femmes, écrivait encore Georges de Rive, tiennent fermement à l'ancienne foi et n'ont jamais voulu consentir aux outrages qui ont été faits. Les autres sont jeunes gens de guerre, forts de leur personne, ayant le feu à la tète, remplis de la nouvelle doctrine, ayant part et faveur des seigneurs de Berne » {ibid., p. 295). 7- Le gouverneur se faisait sans doute quelque illusion quand il appréciait ainsi la force respective des partis. Quoi qu'il en soit, il est certain que la Réforme rencontrait une vive et puissante opposition, et peu s'en fallut que le sang ne coulât. Des deux rôtés on en appela à Berne à qui on avait déjà maintes fois rec!ouru. Trois députés bernois arrivèrent le 4 novembre 1530. Les amis de la Réforme demandaient à grands cris que la question fût soumise au vote populaire. Le gouverneur s'y opposait, mais les magistrats bernois exigèrent qu'on leur fit droit. «Tournez-vous de qu*îl côté vous voudrez, lui disaient-ils, si passerez-vous par là, car nos seigneurs supérieurs jamais ne les veulent abandonner. » Le même jour donc, le peuple fut convoqué, on lit le plus, comme on disait, c'est-à-dire on alla aux voix, et il se trouva une majorité de 18 suffrages en faveur de la Réforme. La cause était gagnée. MM. de Berne entendaient que la messe ne fût plus dite à Neuchâtel et que la foi évangélique y fût seule prêchéc. dépendant le gouvci-neur se réserva qu'on continuerait à célébrer l'office selon le rite catholique dans sa chapelle au château. Ainsi fut fait, puis G. de Rive lui-môme

passa au bout de quelques années au protestantisme, cl il nefutplu> question de la messe. Toutefois les tentatives de réaction ne manquèrent pas. Au mois de décembre de la même année, les partisans de l'ancienne foi , appartenant surtout à la noblesse et au petit peuple tandis que la classe moyenne, la bourgeoisie, tenait en majorilépour la Réforme, recommencèrent à s'agiter. Ils projetaient d'attaquer les évangéliques dans les églises le jour de Noël, puis de rétablir à main armée les anciennes pratiques. Berne arrêta le complot en envoyant de nouveaux députés, précédés d'une lettre menaçante à ii. de Rive. Au printemps de Tannée suivante, nouvel essai. Le second fils de Jeanne de Hochberg, le marquis de Rothelin, devait venir, au nooi de sa mère, visiter le comté et régler les questions pendantes. On profiterait de l'occasion pour faire une nouvelle votation et relever la messe. Ici encore, ce fut l'intervention bernoise qui mit à néant ces projets. Dès lors les tentatives cessèrent. De Neuchàlel, la Béforme se répandit assez rapidement par les prédications de Farel et de ses amis dans le reste du canton, alors partage en deux comtés, celui de Neuchàtel et celui de Valangin. La lutte fnl vive surtout à Valangin, à Saint-Biaise, à Boudrv. Ce fut encore Berne qui, appelée comme arbitre, apaisa les troubles, assura la libre prédication de TEvangile et fit cesser les résistance*. Dans maint village le curé accepta la Réforme et devint le premier pasteur, ainsi Thomas Petitpierre à Buttes, au Val-de-Travers. Pierre Marmoud à Dombresson, au Val-de-Ruz. Jacques Drozàia Chaux-de-Fonds. Seules, deux localités restèrent attachées à la foi catholique, la petite ville du Landeronetle village voisin de Cressier. Elles avaient un traité de combourgeoisie avec Soleure qui employa toute son influence à empêcher la Réforme d'y pénétrer. Un jour, cependant, fut fixé, par l'ordre des magistrats de Borne, collaleursde la cure du Landerou, pour procéder à une votation populaire : c'était le U mai 1541. L'assemblée se partagea : on était en nombre égalde> deux côtés, quand survint un bourgeois qui n'avait pas encore vole, c'était, dit-on, le berger de la commune qu'on était allé quérir aux

ijorité avait prononré: Lanse séparer, demeureraient catholiques, et ils le sont encore aujourd'hui, derniers survivants d'un autre âge au milieu de contrées entièrement gagnées au protestantisme. — En même temps que Farel évangélisait le pays, un de ses amis, un parent de Calvin, P. Robert Olivétan, travaillait à la traduction de la Bible. On sait que ce fut Neuchàtel qui eut riionneur de donner le jour à la première édition de la Bible française. Elle parut en 1535 chez P. de Wingle, imprimeur. Vne tradition ancienne et constante dans la ville de Neuchàtel veut que la Bible d'Olivétanail été imprimée à Serrières, bien qu'elle soit datée de Neuchàtel. - L'Eglise nouvelle était fondée; les oppositions, d'abord bruyaules ou haineuses, qu'elle avait soulevées, se taisaient l'une après l'autre. Mais il restait une tâche plus difficile à accomplir. Il fallait organistr

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l'Eglise, et tout était à l'aire. Les anciens cadres étaient brisés, il fallait en créer de nouveaux. Les chefs de TËtat et les magistrats des villes étaient parfois hostiles, il fallait compter avec eux. Les hommes manquaient, il fallait en trouver. Et Farel en trouva; mais parmi ceux qui vinrent h son appel, plusieurs, gens à Thumeur vagabonde ou tracassîère, esprits ambitieux ou inquiets, lui causèrent bien des soucis, d'autant que lui-même peut-ôtre était naturellement peu disposé à supporter la contradiction. Lorsque la ville de Neuchâtel eut accepté la Réforme, il y laissa comme pasteur un ancien docteur de Sorbonne, natif de Lyon, converti à la foi réformée, Antoine de Marcourt, qui paraît avoir été Fauteur des placards contre la messe affichés dans Paris l'an !53i. Les démêlés de Farel avec Marcourt, qui était pourtant un homme de paix, d'honneur et de bon savoir au jugement de ses paroissiens de Neuchâtel, et avec plusieurs de ses collègues, notamment Claude d'Aliod, P. Caroli et J. Chaponneau, remplissent la correspondance du réformateur et de ses amis dès cette époque jusqu'après 1540. Farel lui-môme devint pasteur de Neuchâtel en 1538, mais la situation continuait à être tendue. Son collègue Chaponneau et lui étaient fréquemment en désaccord ; la comtesse se plaignait de ses prédications dans lesquelles il ne craignait pas de Tattaquer, et les bourgeois, irrités sans doute de la discipline sévère qu'il voulait leur imposer, finirent par le déposer dans une assemblée populaire tenue le 31 juillet 1541. Les Eglises de Berne, de Zurich, deBâle, de Strasbourg s'émurent et écrivirent aux bourgeois qui ne faisaient point mine de céder. Enfin, le 29 janvier 1542, eut lieu, sous la présidence de délégués de Berne, une nouvelle ' assemblée populaire dans laquelle les partisans de Farel l'emportèrent. Sa position demeura dès ce moment incontestée. Chaponneau mourut en 1515, après s'être réconcilié avec lui et avoir demandé pardon avec une humilité touchante à tous ceux qu'il avait offensés. Il fut remplacé par Christophe Fabri, l'ami et le collaborateur de Farel, qui avait été déjà pendant quelques mois pasteur de Neuchâtel en 1532. Les luttes s'apaisaient, l'Eglise entrait peu à peu dans la voie d'un développement pacifique et régulier. Les questions les plus irritantes étaient résolues et, sans doute aussi, les années avaient adouci la fougue généreuse, mais trop violente parfois, du Réformateur. Au reste, les agitations étaient inséparables d'une situation où tout était à créer. Elles pouvaient d'autant moins être évitées que la Réforme avait eu pour premiers prédicateurs dans le pays de Neuchâtel des étrangers contre lesquels, tout en les accueillant, on ne laissait pas que de nourrir quelques méfiances. — D'ailleurs les questions de personnes n'étaient pas les seules qui eussent remué les esprits. 11 avait fallu assurer à l'Eglise et à ses serviteurs leur subsistance, et ici on était entré en conflit avec l'autorité civile. Lorsque la messe fut abolie , et que chanoines et curés eurent pris la fuite, l'Etat mit la main sur les riches prébendes devenues vacantes. Il eût semblé naturel qu'elles servissent à l'entretien du

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culte nouveau. Mais les chefs de TEtat, demeures catholiques, nv se souciaient point d'entretenir l'hérésie, et trouvaient commode de revendiquer pour le trésor public la succession de Rome. Puisque le peuple veut des ministres, disaient-ils, qu'il les paye. El le peuple ne payait pas, déclarant que les biens de l'Eglise devaient servir à l'entretien de l'Eglise. La discussion dura quelques années. Il fallut, à la fin, que Berne s'en mêlât. Sur ses pressantes représentations, les prébendes des curés, consistant essentiellement en dîmes, en revenus ou en domaines, finirent par ùtre assurées aux pasteurs. Ij'cntretien des presbytères fut définitivement mis à la charge des communes, ou, suivant les cas, de l'Etat, et une organisation régulière remplaça la confusion des premiers temps.— A côté des difficultés de l'ordre matériel, il s'en était élevé (l'aulre> plus sérieuses. Ce n'était pas assez d'avoir fourni à l'Eglise desmoj'ens d'existence, il avait fallu lui donner une administration qui la dirigeât ; il avait fallu établir sa position et ses droits au sein de la nation. Ce fut là, après l'établissement de la Réforme elle-même, la principale tâche de Farel. Celte tâche, il l'accomplit par rinstitutiun de la Classe ou Compagnie des pasteurs, qui fut, dès l'origine et pendant de longues années, chargée exclusivement de radrainistratiou et du gouvernement de l'Eglise neuchâteloise. Dès 1532, les pasteur> de l'Eglise nouvellement fondée commencèrent à se réunir à époques fixes, d'ordinaire le premier jeudi de chaque mois, pour s'entretenir de leur œuvre et se communiquer les renseignements ou les intructions dont ils avaient besoin. Ces assemblées se tenaient alternavement à Neuchàtel, à Morat et à Grandson. Bientôt ces réunion^ libres, sans caractère officiel, se transformèrent en un corps constitué qui prit en mains la direction de toutes les affaires ecclésiastiques. Les assemblées avaient lieu chaque mois à Neuchàtel. Le comté de Valangin avait bien, dans les premiers temps, sa Classe spéciale, mais elle ne tarda pas à être réunie à celle de Neuchàtel. La Classe revendiquait le droit d'examiner les candidats au saint ministère, de lesconsacrer par l'imposition des mains, de nommer et de destituer les pasteurs, de nommer et de destituer les maîtres d'école, con>idérés pendant longtemps comme exerçant des fonctions semi-ecclésiastiques : c'est d'ailleurs la Réforme qui avait créé l'école primaire, destinée avant tout, dans l'origine, à donner aux enfants l'instruction religieuse. — L'institution de la Classe, corps uniquement ecclésiastique, qui siégeait à huis-clos, dont tous les membres devaient prendre l'engagement de garder le secret sur les délibérations auxquelles ils assistaient, faisait de l'Eglise neuchâteloise une Eglise purement cléricale. Ce fut tout à la fois sa force et sa faiblesse. Cettr forte et habile organisation, qui n'a subi aucun changement notable jusqu'en 1848, a donné à l'Eglise de Neuchàtel trois siècles de paix, et lui a imprimé les caractères d'une vie religieuse correcte, tranquille, également étrangère aux grands élans etaux chutes profonde?». Elle a servi à maintenir au sein du corps pastoral les traditions d'iio-

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iiorabilité, de sciciire et de foi évangélique qui ont fait du clergé neuchàtelois un des plus justement respectés dans la Suisse protestante. Mais en mùme temps elle a contribué à isoler le clergé au sein de la nation, dont il n'a pas toujours su comprendre les aspirations et les besoins, et qu'il a disciplinée plutôt encore qu'il n*a semé au milieu d'elles les germes féconds d'une vie nouvelle. Elle l'a mis en outre, plus d'une fois, par la force des choses, en conflit avec les autorités de l'Etat dont la puissance de la Classe balançait le pouvoir ou semblait menacer les droits. Elle a ainsi préparé entre le gouvernement et le clergé une sorte d'antagonisme qui, après avoir longtennps existé d'une manière latente, a fini par se manifester au milieu des mouvements d'une époque agitée et a contribué cerLiinement à amener la scission qui s'est produite il y a peu d'années au sein de l'Eglise neucliAteloise. Farel, toutefois, n'entendait pas seulement organiser l'Eglise, en lui donnant, par l'institution de la Classe, un gouvernement fort et respecté. 11 avait voulu, comme Calvin, transformer la vie de la nation et, en mettant fin aux abus et aux désordres qui s'étaient introduits sous le régime catholique, donner au peuple des mœurs qui fussent dignes de la foi protestante. Cette préoccupation morale est un des traits caractéristiques de son œuvre «romme de celle de son illustre ami. On peut discuter les moyens qu'il a employés; on peut se demander si, au lieu d'établir une foule d'ordonnances souvent vexatoires ou futiles, dont on devait demander la sanction au pouvoir séculier, et <le vouloir imposer un nouvel état de choses par la voie de l'autorité, il n'eût pas mieux valu travailler sur les âmes, et laisser à l'esprit nouveau le soin de se créer à lui-même des formes nouvelles. Cette voie était plus longue, mais plus sûre, et les» progrès qu'on «y aurait accomplis auraient été sans doute plus riclies et plus durables. C'était, ù l'époque môme de Farel, la pensée de plusieurs, non pas seulement parmi ceux qu'on a flétris comme des libertins, mais parmi les plus sages et les meilleurs. — Peut-être, il est vrai, le seizième siècle se prêtait-il peu à l'emploi de moyens purement spirituels, et fallaitil alors, pour se faire entendre, parler un autre langage. Quoi qu'il en soit, il faut savoir reconnaître et admirer le courage, la fermeté et la persévérance que le réformateur et ses amis déployèrent dans la poursuite d'une œuvre où ils voyaient un devoir sacré. Il s'agissait d'imposer au peuple une discipline ecclésiastique à laquelle il n'était pas accoutumé et dont beaucoup ne voulaient pas. Farel avait contre lui quelques-uns de ses collègues, comme Marcourt, Caroli et d'autres, le gouverneur, les conseillers de la cité. Rien ne le rebuta. En 1533. la Classe avait fait déjà une première tentative poiu* introduire une discipline, dont l'un des principaux moyens devait être l'excommunication. Cette tentative fut arrêtée par une ordonnance des conseils et de la commune de la ville de Neuchâtel. En 1538, h l'occasion de l'appel qui lui fut adressé pour l'engager à accepter le poste de pasteur à Neuchâtel, Farel avait posé de nouveau la question. Il ne

viendrait, disait-il, que si l'on consentait à rétablissement de la discipline, et en môme temps il demandait à LL. ËE. de Berne de lui prêter leur appui dans ce but. Berne y consentit volontiers. Par son conseil et son influence, on publia des ordonnances disciplinaires et on créa une sorte de tribunal de mœurs, les consistoires seigneuriaux^ chargés de veiller au maintien de ces ordonnances et en particulier de connaître des causes matrimoniales. Ces consistoires, dont le premier fut établi à Neuchâtel, et qui furent introduits ensuite à Valangin, au Val-de-Travers, et peut-être en d'autres lieux, étaient des assemblées mixtes, composées de pasteurs et de magistrats ou d*anciens d'Eglise, présidées toujours par un haut fonctionnaire deTEtat. Leur compétence était assez étendue, et ils avaient le droit d'infliger des amendes, de condamner à la prison, au carcan ou même au bannissement. Il est fort probable que les troubles qui survinrent en 15ii et qui eurent pour conséquence l'éloignement momentané de Farel de Neuchàtel, furent causés par la résistance d'une partie de la population à ces mesures. Mais la victoire remportée en 1342 par les partisans de Farel, fut signalée par la promulgation de nouvelles ordonnances disciplinaires ou « constitutions et ordonnances faites pour l'ordre des cérémojiies évangéliques, annulation et correction des vices, "plus détaillées et plus sévères que les précédentes. Approuvées et signées au nom de la comtesse par le lieutenant du gouverneur, qui réservait cependant pour la « seigneurie » comme on disait, l? « droit de les pouvoir amender, augmenter et amoindrir selon Texigenre », elles furent publiées dans les églises du comté le dimanche 5 février 154:2. Mélange Curieux de lois sompluaires, de règlements de police et de prescriptions ecclésiastiques, elles défendaient à la fois les jeux de cartes et de dés, l'usage d'habits découpés, les attroupements et mutineries contraires à l'ordre public, le blasphème, l'ivrognerie, les mauvais propos tenus contre les prédicants, l'absence du culte public, et elles donnaient des règles pour la célébration de la >ainte cène, du baptême et des mariages. Elles furent publiées de nouveau en 4353, 1564, 4594 et 1630, et furent maintenues, dans leurs dispositions essentielles, aussi longtemps que dura la Classe. Celles de 1564, plus développées que les précédentes, prescrivaient des règles détaillées pour la nomination desanciens d'Eglise, pourlesfonctions des pasteurs auxquels elles enjoignaiententreautres de visiter régulièrement tous leurs paroissiens, pour l'admission des catéchumènes, qui étaient censés instruits par leurs parents, naais ne devaient être reçus à la sainte cène qu'après un examen subi par le pasteur. C'est à cela que se borna pendant longtemps l'instruction religieuse du catéchuménat. Les mêmes ordonnances de 1564 cpnstatent et sanctionnent l'établissement de tribunaux de mœurs de première instance qui furent institués dès 1562 à côté des consistoires seigneuriaux. C'est ce qu'on appela les consistoires monitifs.Oïien établit un dans chaque paroisse. Il se composait du pasteur de la paroisse et d'un certain nombre d'anciens comme assesseurs. Il

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n'avait le droit de prononcer aucune peine de nature civile, tels qu'amende et prison, mais bien de suspendre de la sainte cène ceux qui en étaient jugés indignes. De plus on y faisait comparaître les pécheurs scandaleux pour les censurer, les personnes désunies pour les exhorter à se réconcilier, et celles qui demandaient à être réadmises à la paix de l'Eglise pour faire réparation publique de leurs fautes. Les anciens devaient, en vertu du serment qu'ils prêtaient en entrant en charge, révéler au pasteur et au consistoire les désordres entraînant censure ou châtiment, dont ils avaient connaissance. Cette juridiction ecclésiastique, qui devint le principal instrument de la discipline dans les Eglises du pays de Neuchâtel, s'est maintenue avec les mêmes attributions jusqu'en 1848. Toutefois, jamaisellene fut complètement acceptée par le peuple, qui la subissait et la redoutait, mais en protestant contre elle. De toutes les institutions ecclésiastiques que fit naître la Réforme, celle des consistoires demeura la moins populaire. 11 est douteux qu'elle ait porté les fruits qu'on en attendait, et qu'elle ait contribué réellement à la moralisation du peuple, et il est certain qu'elle avalu à l'Eglise bien des haines. — Nous avons essayé de décrire l'organisation que l'Eglise neuchâteloise reçu tdeFarel et de ses successeurs. 11 nous reste à raconter les destinées de l'Eglise. Mais cette histoire n'offre que de rares incidents qui méritent d'être signalés. La vie ecclésiastique est en quelque sorte concentrée tout entière dans l'activité de la Classe: Or celle-ci se borne à administrer l'Eglise suivant les principes que nous venons d'indiquer, et à surveiller, souvent avec rigueur, l'application des ordonnances. Pendant le cours du seizième siècle, un nombre relativement considérable de pasteurs durent être censurés ou déposés, preuve de la difficulté que l'on avait de se procurer des ministres bien qualifiés, et aussi de la nécessité de modifications sérieuses dans la vie de l'Eglise. Ce fut là l'œuvre de Jean- Frédéric Osterwald. Devenu pasteur de Neuchàlel à une époque agitée par les mouvements politiques qui suivirent la mort du dernier héritier direct de la comtesse deHochberg et qui aboutirent à adjuger la souveraineté à M™* de Nemours, d'abord, puis en 1707 à la maison de Prusse, appelé à succéder h un collègue qui avait été destitué à cause de ses opinions politiques, et dont la déposition avait profondément remué les esprits, il n'en réussit pas moin^ à gagner bientôt la confiance et le respect de tous, soit parmi les ecclésiastiques, soit dans sa paroisse et dans le canton tout entier. Esprit très cultivé et richement doué, cœur profondément pieux, caractère d'une rare noblesse, il exerça dans le canton et au dehors, pendant les années de son long ministère et après sa mort, une influence profonde. Théologien, il lulta avec ses amis J. AIph.Turrelin, de Genève, etWerenfels, de Bàle, contre rintellectualisme de l'orthodoxie régnante, en relevant avec force le caractère essentiellement moral du christianisme ; c'est ce qui fait le mérite de son catéchisme, qui a joui, comme on sait, d'une immense popularité. Travailleur infatigable, il a, tout en vaquant aux fonctions de son ministère et en composant de nom-

breux écrits, préside longtemps la Compagnie tics pasleur> et dirigé TEgiise de son pays. Celle-ci lui a dû, outre le catéchisme, une liturgie et une version de la Bible dont on connaît Ténorme diffusion: l'institution d*une instruction spéciale pour les catéchumènes, instruction donnée aux jeunes gens pendant les six semaines qui précèdent la ratification du vœu du baptême. Enfin, il sut même trouver le temps de donner des leçons aux étudiants qui se destinaient à la carriè^'e ecclésiastique et qui, jusqu'alors, avaient été réduits à étudier seuls à Taide des livres qu'ils pouvaient se procurer. Personne depuis Farel n'a laissé dans l'histoire de l'Eglise neuchàleloise une trace aussi profonde. On a formulé bien des critiques à l'endroit de l'œuvre d'Osterwald et de sa théologie. Quelques-unes ne sont peut-être pas sans fondement. Mais il n'en faut pas naoins reconnaître avec gratitude le bien qu'il a fait. Au reste, l'esprit de largeur et de sagesse qui fut le sien, paraît avoir distingué à celle époque le clergé neuchàtelois. Nous n'en voulons d'autre preuve que ce qui se passa à l'égard du consensus helveticus. On sait ce qu'était cette confession de foi, rédigée en 1675 par Heidegger de Zurich pour mettre fin à toutes les discussions de l'époque en imposant aux esprits une série de formules théologiques. La plupart des cantons réformés l'avaient adoptée ; Berne insistait pour que la Classe exigeât de tous ses membres et en particulier des jeunes ministres qu'ils y adhérassent formellement par leur signature. Neuchâtel, seule entre toutes les Eglises de la Suisse, s'y refusa. La Classe donna d" une manière générale son approbation aux doctrines contenues dans le consensus, mais ne voulut point en subir le joug, et dès lors l'Eglise neuchâteloise n'a jamais eu de confession de foi. Peut-être est-ce à cela qu'elle a dû d'échapper pendant des siècles aux luttes et aux déchirements qui ont affligé presque toutes les autresEglises nées de la Réforme. Malheureusement, durant les cent années qui se sont écoulées delà mort d'Osterwald à 1848, elle ne fut pas toujours fidèle à cet esprit de sage tolérance. Nous n'en voulons d'autre preuve que ce qui se passa à l'occasion des discussions soulevées par la question des peines éternelles. Un pasteur distingué, appartenant à l'une des familles les plus respectables du pays (il se nommait Ferdinand- Olivier Petitpierre), qui avait été appelé en 1759 parla Classe à desservir l'importante paroisse, de la Chaux-de-Fonds, avait déclaré ne pouvoir accepter la doctrine ecclésiastique des peines éternelles et prêché le salut final de tous les hommes. Accusé par un collègue, pasteur d'une paroisse voisine, dont le zèle ne sut pas toujours éviter les apparences de la jalousie, Petitpierre fut cité à la barre de la Compagnie des pasteurs, et, le 6 août 1760, malgré les vœux de la plus grande partie des membres de son Eglise, malgré l'opposition du gouvernement, il fut destitué et se vit interdire formellement l'exercice du ministère, « tant en particulier qu'en public. »> Particulièrement instructive pour faire connaître l'état des esprits à celle époque, l'histoire de sa condamnation est assurément une des

pages les plus tristes de Thistoire de TEglise et du clergé de Neuohâtel. Bien peu d'années après, la Classe se trouvait impliquée dans de bruyants démêlés avec un homme plus puissant et plus illustre que Pelitpierre, bien qu'il fût moins digne que lui du respect de ses contemporains. Nous voulons parler de J. J. Rousseau qui s'était retiré, comme on sait, en 176i, dans le village de Môtiers , au Val-de-Travers. Rousseau qui , dans son adolescence , avait embrassé la foi catholique et dont la vie privée ne s'accordait guère avec les prescriptions sévères de la discipline ecclésiastique en usage dans le canton de Neuchàtel, avait demandé et obtenu du consistoire de Môtiers d'être admis à la communion. Pendant le temps où il édifiait l'Eglise par son assiduité au culte et sa participation à la sainte cène, il faisait paraître les Lettres écrites de la Mnitagne^ qui furent aussitôt prohibées comme un livre dangereux et impie. La Classe s'émut ; elle invita le consistoire à l'admonester. Sur son refus d'y paraître, le pasteur, F.-G. de MontmoUin, proposa de l'excommunier; mais la proposition resta en minorité. De Ifi une guerre de plume qui agita le pays tout entier. Rousseau était soutenu par le gouverneur et par plusieurs des premiers magistrats du pays. M. de MontmoUin avait pour lui la majorité de sa paroisse et était appuyé par la Classe. On échangea des brochures piquantes où la gravité des ministres et de leurs amis ne remporta pas toujours la victoire sur l'esprit caustique de Rousseau et de ses partisans. La querelle s'envenimait, quand Rousseau prit le parti de quitter le pays. Ce fut la fin de la discussion. Insignifiant en lui-môme, l'événement avait montre cependant que la Compagnie des pasteurs ne possédait pas dans le pays toute l'influence qu'elle croyait, et que les moyens extérieurs de discipline auxquels elle avait toujours attaché une haute importance, étaient plus propres encore à amener des troubles dans l'Eglise qu'à en assurer la prospérité. C'étaient autant de symptômes qui annonçaient l'approche de temps nouveaux, bien que la transformation qui se préparait fût encore loin de s'accomplir. — Le déisme de la fin du dix-huitième siècle ne laissa pas que d'exercer quelque influence à Neuchàtel. Mais cette influence fut moindre que dans la plupart des autres Eglises. Le clergé y resta généralement étranger. On pouvait donc s'attendre à une réaction religieuse moins forte que dans d'autres contrées, envahies par les doctrines desséchantes d'une plate philosophie. Cependant quand, vers 1820, éclata le mouvement religieux connu sous le nom de Réveil, il fut salué avec joie par bien des esprits. Les formes anciennes de la prédication, solennelles et un peu surannées, le culte parfois bien froid des temples officiels, la doctrine un peu pâle qu'on y enseignait ne suffisaient plus pour répondre aux besoins religieux devenus plus impérieux, et ce qui manquait, le Réveil paraissait l'apporter. Nous n'avons pas à rechercher ici s'il a tenu toutes ses promesses. Il a été souvent exclusif, sans doute, et étroit; il a été accompagné, comme partout, de singularités, môme de quelques extravagances qui excitaient la méfiance des gens de bon sens ou la risée des esprits légers. Cepen-

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dant il n'a point passé sans laisser après lui des fruits excellents: il serait injuste de le méconnaître. Quant à la Classe, fidèle au rôle qu'elle s'était donné de garder scrupuleusement les traditions du passé, elle voyait de mauvais œil cette agitation des esprits. Elle qualifiait de scandale les réunions religieuses tenues dans des maisons particulièreK où chacun se permettait de lire la Bible ; elle censurait ceux de ses membres qui y prenaient part; elle décidait de surseoir à la consécration de candidats qui y avaient assisté ; elle interdisait môme aux pasteurs, qui lui en faisaient la demande, d'entretenir leurs paroissiens de l'œuvre des Missions, qui paraissait suspecte. 11 était évident que les vieux vaisseaux étaient devenus impropres à renfermer l'ej-prit nouveau. Il fallait d'autres formes, d'autres institutions, une organisation nouvelle répondant à une époque nouvelle. Seulement, cette transformation s'opérerait-elle lentement, doucement, par une évolution graduelle, ou aurait-elle lieu d'une manière brusque et subite? Là était la question. Elle fut tranchée dans le sens de la seconde alternative par la révolution politique de 1848, qui sépara Neuchâlel de la maison de Prusse, et en fit une république. Un des premiers actes du gouvernement républicain fut la suppression de la (Hasse comme corps dirigeant de l'Eglise. La loi instituait, pour la remplacer, un synode composé d'un tiers d'ecclésiastiques et de deux tiers de laïques. Le synode était chargé exclusivement du gouvernement de l'Eglise, de la direction de l'école de théologie, f )ndée quelques années auparavant, do la surveillance à exercer sur les pasteurs, tandis que la nomination de ceux-ci était remise aux paroisses. La disparition de la Classe ne souleva que bien peu de protestations au sein de la nation. Le clergé s'en émut davantage. Une partie de ses membres parlaient de donner leur démission pour fonder peut-Otre une Eglise nouvelle. Le pays semblait à la veille d'une scission douloureuse, mais la sagesse des hommes qui se trouvaient alors à la tête du corps des pasteurs, et parmi lesquels il faut placer en première ligne le président de la Compagnie, l'excellent et rogretté doyen J. Dupasquier, réussit à conjurer l'orage et à conserver pourvingt-cinq années encore à l'Eglise neuchâteloise son antique unité. Cette unité, toutefois, dont on s'était peut-ôlre trop enorgueilli, ne devait plus durer longtemps. Peu à peu, soit par le liiit des lutte> politiques, soit pour toute autre raison, les relations entre l'Etat et les corps ecclésiastiques devenaient plus tendues; la question de la séparation de l'Eglise et de l'Etat commençait à être agitée et résolue par plusieurs dans un sens favorable à la séparation ; enfin, le protestantisme libéral, qui jusqu'alors n'avait jamais fait parler de lui dans le canton, s'affirmait, d'une manière plus bruyante qu'heureuse, par quelques conférences très discutées, et fondait dans un certain nombre de villes et de villages de petites communautés qui revendiquaient leurs droits comme faisant partie de l'Eglise. C'est alors que fut proposée et finalement adoptée, après de longues discussions une loi nouvelle qui rendait les paroisses souveraines en leur donnant une liberté complète dans le choix des ecclésiastiques qu'elles appc-

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laieiil à les desservir, qui assurait en même temps aux pasteurs une entière liberté de conscience et qui, tout en conservant au synode sa place, en faisait un corps administratif, n'ayant pas le droit d'imposer son autorité à l'Eglise et aux paroisses en matière de doctrine. La loi rattachait en môme temps la faculté de théologie à l'académie instituée par l'Etat. Cette loi fut le signal de la scission. Le schisme commença au sein du clergé et se produisit ensuite dans la nation entière. Les uns, voyant le salut de l'Eglise dans la constitution presbytérienne-synodale qui avait existé jusqu'alors, et sa destruction dans la liberté absolue que consacrait la loi, se séparèrent de l'Etat et fondèrent une Église indépendante. Les autres, persuadés que la vie de l'Eglise de Jésus-Christ ne dépend pas dune constitution, que la vérité n'a rien à craindre et tout à gagner de la liberté, et qu'il était téméraire, à tout le moins, de rompre brusquement avec une institution qui avait assuré à la nation de nombreux et précieux bienfaits, demeurèrent attachés à l'Eglise nationale. Ces choses se pasîsaient en l'an 1873. Aujourd'hui les deux Eglises existent côte à côte, travaillant, non sans succès, à l'évangélisation du peuple, et apprenant à se supporter et à se respecter en attendant qu'elles apprennent à faire mieux. — Sources : Mulinen, Ihloeiia sacra oder Heihetifolge der kirchlichen 06er7),eic., Berne, 1858-61; J.Boyve, Anna/^s historiques du comté de Neuchdtel et Valangln, Berne et Neuchâtel, 1854-59; Herrainjard, Correspondance des réformateurs, ijenè\'e, etc., 1866-78 ; manuscrit de Choupard (bibliothèque de la ville de Neuchâtel) ; registres de la Compagnie des pasteurs ; cahiers d'Olivier Perrot (extrait des dits); Gelpke, Kirchengeschichie der Schtoeiz, Berne, 1836-61 ; L. VuUiemin, Le chroniqueur, Lausanne, 1836-37 ; F. de Chambrier, Histoire de Neuchdtel et Valangin, Neuchâtel, 1840 ; (S. de Chambrier) Mémoire sur Vèglise collégiale etc. de Neuchâtel en Suisse éams le Schweizer. Geschichtsforscher, VI, p. 163-379; Jeanneret et Bonhôte, Biographie neuchâleloise^ 2* vol., Locle, 1863, etc., etc.

H. Dubois.

NSnCHATEL (Statistique ecclésiastique). Le canton de Neuchâtel, membre de la Confédération suisse depuis 1815, compte 97,284 habitants, savoir 85,265 réformés, 11,345 catholiques et 674 Israélites. Jusqu'en 1874, l'Eglise réformée était presque le seul représentant du protestantisme dans le pays. A peine trouvait-on des représentants de quelques sectes, anabaptistes, darbystes, irvingiens, elc, et une petite Eglise libre séparée dès 1830, et dont le cercle d'action était très restreint. En 1874, à la suite de la promulgation d'une nouvelle loi ecclésiastique, une portion assez considérable de l'Ëglise nationale réformée se sépara et forma qne Eglise indépendante ; mais la grande majorité des fidèles refusa de s'associer à ce mouvement. Depuis lors, nous trouvons dans le canton de Neuchâtel deux Eglises réformées, l'une unie à l'Etat, l'autre séparée de lui. LEglise catholique s'est également divisée depuis quelques années par la création d'une paroisse chrétienne catholique à la Chaux-de-Fonds. — Les principes généraux de l'Etat neuchâtelois, dans ses rapports avec les

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Eglises, sont exposés dans les articles 13 et 14 de la Constitution du 2i novembre 1858. Article 13 : « Chacun professe sa religion avec la môme liberté et obtient pour son culte la môme protection, en se conformant aux prescriptions de la loi chargée d'en régler l'exercice extérieur. Toutefois, Texercice public d'un culte autre que l'un des cultes chrétiens et le culte israélile ne sera permis que dans les limites compatibles avec l'ordre public et les bonnes mœurs. La loi pourra prendre des dispositions spéciales à ce sujet. » Article 14 : <( La loi règle les rapports de l'Etat avec les cultes. Elle ne pourra jamais reconnaître et constituer des corporations ecclésiastiques indépendantes du pouvoir souverain. Tout changement aux bases fondamentales de l'organisation ecclésiastique actuelle sera soumise à la ratification du peuple. » L'Eglise réformée nationale est régie parla loi de 1873. Cette loi a introduit dans l'état de choses précédent deux changements importants, qui ont été le motif ou le prétexte de la séparation de l'Eglise indépendante. 11 n'est attaché aucune autre condition à la jouissance du droit électoral dans l'Eglise qu'à la jouissance du droit électoral politique. Il n'est plus demandé d'autres justifications que celles relatives aux études, pour être admis à remplir les fonctions du saint ministère, a Car, dit la loi, la liberté de conscience de l'ecclésiastique est inviolable ; elle ne peut être restreinte ni par des règlements, ni par des vœux ou engagements, ni par des peines disciplinaires, ni par des formules ou un credo, ni par aucune mesure quelconque. »L'Eglise nationale neuchâteloise confesse

être « Tune des branches de l'Eglise évahgélique réformée ; par ses origines, par son histoire et par ses institutions, elle est unie inlimemement aux autres Eglises évangéliques nationales de la Suisse. »Sa constitution repose sur la paroisse, qui est le premier et le plus important organe de la vie ecclésiastique. L'Assemblée de tous les membres de la paroisse élit le pasteur, les autorités ecclésiastiques locales et les députés au synode. La paroisse est représentée, pour l'administration intérieure, par un collège d'anciens élus pour trois ans. Les attributions de cette autorité sont fort étendues, mais appartiennent toutes à l'ordre administratif seulement. Les paroisses sont au nombre de 39. Au-dessus des paroisses et comme représentation générale de l'Eglise nationale se trouve le synode. Ses membres sont élus pour trois ans, par l'ensemble des protestants de chaque district, dans la proportion de deux laïques et un ecclésiastique par huit mille habitants de population protestante. La juridiction fixée par la loi et les règlements est assez considérable ; mais ses décisions ne sont exécutoires qu'après approbation du conseil d'Etat. Les pasteurs sont élus directement pour six ans par les paroisses et rééligibles; mais le synode nomme les ecclésiastiques auxiliaires, sauf approbation du gouvernement. L'Eglise nationale neuchâteloise estuneEglise d'Etat, mais il ne faut pas entendre ceci dans le sens plein de grandeur de certains organismes du passé ; elle est une Eglise d'Etat dans le mauvais sens du mot. L'Etat la domine parce qu'il la paye, comme l'ont dit criiment les organes du gouvernement neuchâtelois lors de

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la discussion de la loi de 1873. — C'est cette situation que n*ont pas acceptée ceux cpii ont fondé l'Eglise indépendante. Après l'adoption de la loi ecclésiastique de 1873, un grand nombre de chrétiens neuchâtelois résolurent de se séparer de l'Eglise nationale. En novembre 1873, une assemblée qui prit le nom de synode constituant se réunit à Neuchatel, et décida la fondation d'un groupe ecclésiastique qui prit le nom d'Eglise évangélique neuchâteloise indépendante de TEtat. Cette Eglise adopta le lo janvier 187i une Constitution; les paroisses se formt?rent et se développèrent assez rapidement, de telle sorte qu'en 1870, elle comptait 22 paroisses avec 3,195 membres actifs électeurs. La faculté de théologie, fondée en mOme temps que l'Eglise, avait à la môme date trois professeurs ordinaires, quatre ex-* traordinaires et dix étudiants. Le budget annuel, produit entièrement par les cotisations des membres de l'Eglise, atteint près de 120,000 fr. En opposition au caractère multitudiniste de l'Eglise nationale, TEglise indépendante demande une adhésion personnelle pour faire partie de rEglise. « En sont membres ceux qui, ayant été baptisés et admis à la sainte cène ont témoigné le désir d'en faire partie et adhèrent à sa constitution. » Comme dans l'Eglise nationale, la base de toutes les autorités est la paroisse représentée par l'assemblée paroissiale et par le (M)llège d'anciens ou conseil d'Eglise. L'assemblée paroissiale, composée de tous les membres actifs, se réunit au moins une fois par an; elle fait les règlements nécessaires au fonctionnement régulier des organes de la paroisse ; elle nomme les pasteurs, les anciens et les délégués aux synodes, et délibère sur tout ce qui intéresse l'Eglise. Le conseil d'Eglise, composé de pasteurs et d'un nombre variable d'anciens élus pour quatre ans, administre la paroisse conformément aux instructions de l'assemblée paroissiale. L'autorité centrale de l'Eglise réside dans le synode. Cette assemblée, relativement nombreuse, se compose de tous les pasteurs, tant titulaires qu'auxiliaires ou retirés, des professeurs de théologie et de délégués laîqueséluspour quatre ans,par les paroisses,danslaproportionde trois laïques pour un ecclésiastique. Les attributions du synode sont très étendues. Les autorités de l'Eglise indépendante portent, on le voit, le môme nom que celles de l'Eglise ùationale. Mais elles n'en ont pas moins un caractère très différent. Dans l'Eglise nationale, les autorités diverses n'ont toutes qu'un caractère purement administratif. La loi leur interdit toute action religieuse, ou ne leur en laisse tout au plus l'apparence cpie sur quelques points. Les autorités de l'Eglise indépendante au rontraîre, ont chacune dans les limites assignées à leur action, une compétence à la fois religieuse et administrative. — Les autres dénominations protestantes ne sont représentées dans le canton que par un nombre très restreint d'adhérents. — L'Eglise catholique romaine comprend 8 paroisses, desservies par dix prêtres et forme dans le diocèse de Lausanne-Fribourg, le décanat de Neuchatel, dont le doyen réside au Landeron. L'Eglise chrétienne catholique de la Suisse a une paroisse organisée à la Chaux-de-Fonds. — Bibliographie : Annuaire officiel de la République et canton deNeu-

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châtel pour 1880; Gareis et Zorn.Slaat und Kirche tnder Schweiz^U, 1877-78; Fïn^lev, Kir chl, Slatislik âer reform. Schweiz, i^ol; Rapport de la Commission du Grand Conseil sur le projet de loi ecclésiastique, Chaux-de-Fonds, 1873, etc. E. Vaiouer.

NEUFVILLE (René-Claude Frey de), controversiste français, né le o septembre 1092 à Granville, dans le département de la Manche, appartenait à une ancienne famille noble, qui se disait originaire du canton de Bàle, et avait émigré en Bretagne. Sa vie se passa presque tout entière au service de la compagnie de Jésus, dans ladministration de laquelle il rcvôtit des postes importants et où il finit par là'élever au rang de provincial. Lorsque survinrent les difficultés de son ordre avec le parlement, il n'attendit pas la catastrophe déOnilive, mais se relira à Rennes, où il mourut le 3 août 1775. Les quelques ouvrages laissés par le père de Neufville sont tous consacrés à la défense de sa compagnie : Obseroations sur nnstiiul de la xociélé de Jésus, 1761, in-12 ; Lettre d'un ami de la vérité à ceux gui n haïssent pas la lumière, « ou réflexions critiques sur les reproches faits à la société de Jésus relativement à la doctrine, » 1771, in-12. Le père de Nerufville, qui jouissait d'une légitime réputation comme prédicateur, a laissé en outre des volumes de Sermons, Rouen, 1778, in-12.

NEUFVILLE (Charles Frey de), orateur de chaire, frère cadet du précédent, était né le 23 décembre 1693 dans un petit village du diocèse de Goutances. Les jésuites de Rennes, dans le collège desquels il acheva ses études, profitèrent de ses heureuses dispositions pour rincorporer dans leur compagnie (1710) et remployer comme professeur dans leurs classes de belles-lettres et de rhétorique. Ce ne fut que vingt-six ans après sa réception (1736) que le père- de Neufville aborda la chaire sacrée, où il obtint de prime abord les plus brillants succès, et se fit apprécier à la cour. Lors de la dissolution de la compagnie, il dut à Tamitié de la reine Marie Leckzinska de rester sans être inquiété à Saint-Germain en Laye. Il y mourut le 13 juillet 1774. L'éloquence du père de Neufville brilla surtout d'un vif ^ éclat dans Toraison funèbre ; parmi les plus connues nous citerons celles du cardinal Fleury et du maréchal de Bclle-Isle (1762). Le premier provoqua de nombreuses observations par Texcès même des louanges. Nous possédons encore du révérend jésuite huit volumes de sermons, dont plusieurs furent traduits en allemand, en italien, en espagnol. Il avait en outre rassemblé les matériaux de trois volumes d'observations historiques et critiques, mais, par crainte des interprétations malignes, et afin d'éviter tout désagrément à ses éditeurs, il se décida à les jeter au feu cinq jours avant sa mort. Le père Charles Frey de Neufville a été souvent confondu par les biographes soit avec son frère, soit avec un autre de ses homonymes, le père Anne-Joseph de la Neuville.

NEVERS (Nivernum, autrefois Noviodunum) n'était pas un cheilieu de cité lors de rétablissement de la Notice des provinces de la Gaule, et M. Longnon a fort bien établi [Gèogr, de la Gaule du sixième siècle^ 1876) que selon toute apparence cette ville faisait partie de la

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