‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 119 sur 157 · NICÉE · texte numérisé non relu

NICÉE

Nicomédie et d'autres, les désordres qui en résultaient dans r£glise et dans la vie, eut l'idée de réunir une assemblée dont la rompétence el Tautorité dépasseraient tout ce que l'on avait vu jusqu'alors et pourrait, espérait-il, imposer silence aux opinions en présence. Après avoir vainement cherché à apaiser la querelle par d'autres moyens, Constantin se décida, nous rapporte Eusèbe (Vila Const,^ 111, 6) à inviter par lettres les évoques de toute la chrétienté (et non pas seulement de l'Empire romain (Eusèbe, 1. c, 111, 7 ; Gélase Cyzic, Cornmentarias Actorum Conc. A7c., 1. l,ch. i) à se réunir à Nicée le plus tôt possible. A en croire le sixième concile œcuménique de Constantinople (680), l'évêque Sylvestre de Home aurait également adressé la même convocation aux évoques ; mais ce témoignage est au moins douteux et le passage de Rufm (Hisi. eccL, 1, i) invoqué à l'appui de cette opinion par Hefcle [Conciliengesch.y 2' édit., 1, p. 290) et par d'autres auteurs catholiques, n'a pas la portée qu'ils lui attribuent.— Un grand nombre d'évôquee répondirent à cette convocation. Les diverses listes que nous en donnent des documents postérieurs manquent d'une sufOsante authenticité. Des auteurs arabes, tant coptes que melchites, parlent de deux mille évOques ; Athanase parle plusieurs fois d'environ trois cents évoques et une fois (Epist, ad Afros,, ch. n) de trois cent dix-huit, chiffre qu'ont adopté après lui la plupart des écrivains ecclésiastiques grecs et latins. Eusèbe cependant ne parle que de deux cent cinquante membres du concile. La grande majorité de ces évoques étaient grecs; les catalogues ne parlent que de six ou sept évoques occidentaux, dont les plus notables étaient Hosius de Cordoue et Cécilien de Carthage. Outre les évoques, il y avait à Nicée un grand nombre de prêtres et de diacres, secrétaires et conseillers de leurs évoques; parmi eux, il faut relever le jeune diacre Athanase d'Alexandrie, qui avait accompagné son patriarche Alexandre et qui joua dans les débats de l'assemblée un rôle très considérable. — Quant à la date du concile, il est certain qu'il fut tenu dans l'année 32o ap. J.-C. sous le consulat d'Anicius Paulus et d'Anicius Julianus. Mais les documents ne sont pas d'accord sur la portion de l'année où se tinrent ces réunions et sur la durée de l'assemblée. On peut admettre cependant que les Pères furent réunis environ deux mois, entre les mois de mai et de septembre. Le temps du concile se divise en deux parties distinctes, la première en quelque sorte préparatoire, avant l'arrivée de Constantin; la seconde, dans laquelle seule le concib paraît avoir pris des décisions, après que l'empereur fut venu prendre séance au milieu des Pères, — Le plus important des objets sur lesquels portèrent les délibérations du concile, était la controverse arienne. Les évêques étaient sur ce point partagés en trois partis bien distincts. Les deux partis extrêmes étaient les moins nombreux. L'un, dont l'opinion devait finir par triompher, voulait adopter une définition excluant absolument l'arianisme ; il reconnaissait pour chefs le patriarche Alexandre d'Alexandrie, avec son diacre Athanase et l'évêque Marcel d'Ancyre. L'autre, partisan déclaré d'Arius, était conduit par les

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deux évèqucs de cour Eusèbe de Nicomédie et Théognis de Nicée. Enfin un parti beaucoup plus nombreux que les deux'aulres cherchait, sous la direction d'Eusèbe de Gésarée, une conciliation entre deux termes dont Tirréconciliable opposition lui échappait. Les discussions paraissent avoir été longues et passionnées. Mais" les données que nous fournissent divers passages d*Athanase ne permettent pas de les reconstruire dans leur ensemble, et ce qu'en rapportent des auteurs postérieurs n'est pas toujours dénature à inspirer confiance àThistorien. Ce qui est certain, c'est que le terme « d'homoousios » qui paraissait d'abord dangereux à la plupart, gagna du terrain dès qu'il fut évident que l'empereur, sous Tinfluence d'Hosius de Cordoue et de quelques autres évoques, lui était décidément favorable. La prétention des ariens d'écarter toute- définition dont les termes ne seraient pas strictement bibliques fut vaincue de bonne heure, et le débat porta surtout sur un projet de symbole dû à Eusèbe de Césarée qui cherchait à éviter les termes absolus et h laisser le champ aussi largement ouvert que possible aux opinions divergentes. Ce projet de symbole se trouve dans la lettre d'Eusèbe à son Eglise citée par Athanase {De decr, Syn, Nie., appendice), et avec quelques variantes insignifiantes dans Théodoret, 1, 42. Le symbole d'Eusèbe finit par ^trè rejeté et le concile adopta la formule connue sous le nom de symbole de Nicée, et qu'il ne faut pas confondre avec celle qui porte le même nom dans le langage ecclésiastique courant et qui a été arrêtée parle second concile œcuménique de Constantinople en 381, Ce symbole consacrait la victoire complète deshomoousiens; son rédacteur ne nous est pas connu ; la tradition en a successivement attribué l'honneur à Hosius de Cordoue (Athan., HisL Arian,ad momchos, ch. XLii), à Athanase (Hilaire de Poitiers, frag. Il, eh. xxxni), au diacre Hermogène de Césarée en Cappadoce, etc. 11 est probable que plusieurs docteurs ont contribué à fixer cette formule. Le texte du symbole se trouve, avec plusieurs variantes sans importance, dans un Hissez grand nombre . d'anciens auteurs ecclésiastiques (Athan., i>« decrelis St/nodi Nie, appendice; le même, ^p. adJovianumimperdt.y ch. m ; Théodoret, Hist. eccL, I, 12 ; Socrate, Hist. eccL, I, 8; Gélose. l. c, II, 35, etc.).Les membres du concile durent ensuite signer cette formule. Presque tous le firent sans objection. Les deux évêques égyptiens, Théonas de Marmarica et Secundus de Ptolémaïs persistèrent seuls dans leur refus. Le concile les frappa d'anathème, ainsi qu'Arius et ses ouvrages, et l'empereur les condamna à l'exil. Le même sort atteignit trois évêques qui avaient cherché par un subterfuge à ménager leur position sans mentir à leur conscience, Eusèbe de Nicomédie, Théognis de Nicée et Maris de Chalcédoine. — La controverse arienne était sans doute la cause principale de la convocation du concile. Mais on crut devoir mettre à profit cette réunion de tant d'évèques considérés pour trancher un certain nombre d'autres questions importantes. L'époque de la célébration de la Pâques était presque depuis les temps apostoliques l'objet d'ardentes discussions au sein de l'Eglise chrétienne. L'Asie Mineure d'un côté, Rome de

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Tautre suivaient des pratiques divergentes et avaient été plus d*unc fois sur le point de rompre pour ce motif le lien ecclésiastique qui les unissait. Le concile de Nicée s'efforça de rétablir sur ce point important Tunité de pratique, et il parait y avoir en grande partie réussi^ en ce sens qu'après lui on ne trouve plus de coutumes divergentes que chez les hérétiques. Le texte môme de sa décision n'existe plus, et c'est à tort que le cardinal Pitra a cru le retrouver dans la collection de canons du patriarche Jean de Gonstantinople (cf. Spicilégium Solesmense, p. 540 ss.). Mais les témoignages sur le fond même de la décision du concile sont unanimes à reconnaître que la pratique romaine obtint l'approbation des Pères et que l'Ëglise d'Alexandrie, €omme établie dans le pays où les études astronomiques étaient surtout cultivées, fut chargée de calculer chaque année l'époque de Pâques et d'en donner avis aux autres Eglises de la chrétienté. — Le concile s'occupa également d'apaiser un schisme qui désolait depuis quelques années l'Eglise d'Egypte. L'évoque Mélétius de Lycopolis avait entrepris, depuis vingt ans environ, de se faire une position indépendante du siège patriarcal d'Alexandrie. Un assez grand nombre d'évôques l'avaient suivi et ainsi l'Eglise d'Egypte était partagée en deux partis, sans qu'aucun dissentiment dogmatique fût à la base de ce schisme. Le concile entreprit de mettre fin à ces déplorables dissensions et recourut pdur cela aux moyens les plus conciliants. Il offrit une amnistie générale à tous les évèques mélétiens et leur garantit en cas de vacance la succession des évèques catholiques de leur résidence. La plupart des évèques mélétiens se soumirent à «es conditions. Mélétius seul, avec quelques-uns de ses adhérents, refusa tout accommodement et se joignit aux ariens, qu il avait combattus jusqu'alors. — Enfin le concile prit sur un certain nombre de points importants des décisions sous forme de canons. Le nombre de ces canons qui nous ont été conservés est de vingt ; cependant un .assez grand nombre d'auteurs veulent que ce ne soit là qu'une partie de l'œuvre du concile dans cet ordre de travaux (voir la discussion de ces opinions dans Uefeic, l.c, p. 356 ss.).Ges vingt canons nousont été conservés dans un assez grand nombre de recensions grecques et de traductions latines,non sans variantes, dont quelques-unes ne manquent pas d'importance. La description et la discussion de toutes les formes sous lesquelles ces canons nous sont parvenus se trouvent d'une manière très complète dans F. Maassen, Gesch, der Quellen und der Literatur des canon. Rechts, etc., 1, p. 8-50. Plusieurs ée ces canons ont une réelle importance pour le développement 4e la constitution et de la discipline de l'Eglise. Nous ne relèverons que le sixième canon qui, pour la première fois, accorde une reconnaissance ofOlcielle de leurs droits aux trois patriarches alors reconnus dans l'Eglise chrétienne, ceux de Rome, d'Antioche et <l'Alexandrie. — Outre le symbole et les vingt canons, on reconnaît encore généralement comme œuvre authentique du concile de Nicée l'écrit connu sous le nom de Synodale decreluvi (Théodoret, Hist. eccl.^ 1. s. ch. vni). C'est une courte lettre adressée par le concile aux

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Eglises d'Egypte pour leur communiquer ses décisions sur Ihérésie crArius, le schisme de Mélélius et la controverse pascale. — Le concile de Nicée s'occupa encore d'autres matières. Socrate {Hist, tccl., I,H),Sozomène (^î5/.,I,23),Gélase de Cyzique(l.c., 11,32) nous apprennent que plusieurs Pères avaient projeté de faire décréter comme loi obligatoire dans toute l'Eglise le célibat des prêtres, que vingt ans auparavant le concile d'Elvira avait établi pour l'Eglise d'Espagne et qui était déjà profondément entré dans les usages. L'assemblée se montrait disposée à répondre à ce désir; mais elle en fut empêchée rpar l'opposition décidée d'un vénérable confesseur égyptien, le vieil évoque Paphnutius. Gomme le concile ne prit aucun décret sur cette matière, il en résulta qu'aucune trace n'en subsiste dans ses actes.— Possédons-nous donc toute l'œuvre du concile de Nicée? 11 est impossible de donner à cette question une réponse tout à fait catégorique. Depuis longtemps, beaucoup de savants ont soutenu l'opinion qu'il ne nous reste qu'une partie des décisions du grand concile. Cependant les témoins les plus autorisés de l'antiquité ne paraissent pas avoir connu d'autres décisions de Nicée, que celles dont nous avons parlé. Ce qui est certain, c'est que les documents que divers auteurs ont voulu attribuer au concile n'ont aucun caractère d'authenticité. C'est le cas des quatre-vingt quatre canons arabes publiés en 4655 par le savant maronite Abraham Echellensis. Il en est de même des cinquante-neuf constitutions que le même auteur attribue à notre concile. Le contenu des uns et des autres empêche absolument d'adopter cette manière de voir. Nous avons déjà dit un mot du prétendu canon pascal publié par le cardinal Pitra et dont Hilgenfeld {Der Paschasireit d. ait, Kirche, p. 367 ss.) a démontré l'inauthenticité. Dc*s fragments coptes assez considérables découverts par Zoéga et publiés par lui dans son CatalogtMS codic.coptic. manuscr.mus. Borgiani ont été attribués au concile de Nicée. M . Eug. Révillout, exploitant la même voie, a publié d'autres fragments coptes de Turin, qu'il croit pouvoir faire remontera la même source. Mais ces documents portent en eux-mêmes la preuve d'une origine très postérieure. — Les principales sources de l'histoire du concile de Nicée sont Athanase, De decrelis synodi Nicxnx; Epistola ad Afros; IlistortaÀriû' norum ad Monachos ; Apologia contra Arianos ^ eic; plus deux écrits attribués à tort à ce Père, VEpistola ad Marcum et le DisputatU» in Nicrvnoconcilio curn Ario; Eusèbe, Vita Constantini ^l\l; Socrate, Hisi ecclés.j 1 ; Sozomène, HisL ecdés,, 1 ; Théodoret, HisLeccles., I ; Rufin. Hist. ecdés,; Philostorgius , Fragm.; Maruthas,^«(. iyn. A'ïc. dontilne reste que quelques fragments d'une authenticité douteuse, publiés par Assemani, Bibl, Orient.,! ; Gélasede Cyzique. Commeniarii^s Aciorum ConciliiNicxni; l'ouvrage copte anonymeet probablement d'une époque assez postérieure ; Libei* synodicus de concUio Nicxno^ publié par Zoéga ; le fragment t^ icpax^svra Iv Nixocta, publié par Gombefis dam son Noburn Actuarium ,* le Logos attribué à un certain presbytrc Grégoire de Gésarée, etc. — Les Actes de Nicée sont imprimés dans toutes les grandes collections des conciles, notamment Mami, Il

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p. 4,062 ss.; Hardouin I, p. 3i6 ss. •— Le concile de Nicée a été l'objet d'un grand nombre de travaux importants. Nous citerons seulement : L. Maimbourg, Histoire de l'Arianisme^ 4^ éd., 1682; J.-A. Stark, Versuck einer Gesch. d. Arianism,, 1783; L. Lange, Der Arianism, etc. dans la Revue de tlUologie historique delilgen, IV, 2 et Y,! ; J.-A. Mœhler, Athanasius, etc., 1827, 4ai4; K.-W.-ïh. Hesler, Atfianasius, etc., dans la Revue de théologie historique, 1816, III; H. Voigt, Die Lehre des Athanasius, etc.. 1861 ; F.-Ch. Baur, Die christL Lehre von der Dreieinigkeit, 1814 ; J.-A. Borner, Die Lehre von derPer^ son Chriiti, 2* éd., 1845 ss. ; C.-J. von Hefele, ConcUiengesch., 2* éd., I, p. 282-443 ; le même jCeber die Nicsm Akten, dans la Tiib.Quartalschr. • 1851, p. 41 ss. ; Boveridge, Synodicon, etc., II, 1732 ; Annotât, in cm. conc. Nie; Tillemont, Mémoires^ etc., Noies sur le concile de Nicée, 1732; Reicher, Hist. conc. général, I; Ittig, HistoHa conc. Nie, 1712; Fuchs, Bibl. der Kirchenversammt., 1, 1780 ; Van Ëspen, Comment, in can. et decr., etc., 1755 ; Ëug. Révillout, Le concile de Nicée diaprés les textes coptes, etc., 1873; Le concile de Nicée et le concile d'Alexandrie, 1874; Ed. Vaucher, De decreiis synodi Nicxnœ, 1878. E. Vaucher.

NIGÉPHORE, patriarche de Constantinople, historien grec, né à Gonstantinople en 750, mort en 828. D'abord secrétaire de l'empereur Constantin, fils d'Irène, il se retira ensuite dans un monastère, devint patriarche en 806 et fut déposé, puis banni par l'empereur Léon l'Arménien, contre lequel il avait pris la défense du culte des images. 11 alla terminer ses jours dans un couvent dé la Propontide. Parmi ses ouvrages, qui le placent au rang des meilleurs écrivains de son temps<nous citerons il^fircman'ttm historicum, précieux abrégé qui va de 602 à 770; édité pour la première fois par le père Pétau, avec une traduction latine (1616, in-8°), il a été traduit en français par Monterôle (1618, in-8*'), et publié dans la Byzantine (1668) ; 2» Chronologia compendiaria seu tripartita, bonne chronologie qui va jusqu'à la mort de l'auteur, publiée à la suite de celle de Syncelle (Paris, 1652) et dans divers recueils, traduite en latin par Anastase le Bibliothécaire, dès 872 ; 3** Discours de réfutation contre Mammona, publiés dans la plupart des bibliothèques des Pères; 4" Con/*e5«ion de foi au pape Léon 111, publiée avec les Actes du synode d'Ephèse (1591, in-fol.), traduite en latin dans les Annales de Baronius ; 5** Canoncs breviculi XVII dans le Jus orientale de Bonflnius (1583, in-S"); Q^'Canones XXXVII, dans les MonumeiUa ecclesix grœcœ de Colelier {\oy. Fabricius, Bibl. gr., VU, 462, 603, 612).

NICâTAS, apôtre des Daccs, prélat grec, né à Romatiane, eh Mysie. vers 340, mort après 411. Devenu évêque, il assista, en 301, au concile de Gapoue qui admonesta Bonose, évêque de Naisse. 11 peut justement être appelé l'apôtre des Daces, car il ne se borna pas à gouverner son troupeau immédiat, il fit de nombreuse? missions au delà du Danube, et réussit à y répandre l'Evangile. Gennadius dit que Nicélas composa divers ouvrages très remarquables, entre autres un traité en six livres fait pour l'instruction de ceux qui se préparaient au bap* lôme, etun autre pour^ une vierge tombée dans le péché, pour lui

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prescrire ce qu'elle avail à faire dans sa pénitence. L'Eglise grecque honore saint Nicctas le 13 septembre (voy. Orient Christ., Il, 306: Bailiel, Vies des SatnU).

SICÈTB (de Trêves). Le clergé du sixième siècle et des siècles qui ont suivi l'invasion des barbares n'ofiïe que trop d'exemples de \» corruption et de la rudesse de mœurs de l'époque ; c'est à peine si l'on peut signaler quelques évfiques pieux, instruits et Bdèles, étrangers à la chasse, à la guerre, à la dissolution germanique. Nicèteeîl de ce nombre et a mérité les justes éloges de Grégoire de Tours, son biographe et son digne émule dans l'épiscopat. Né à Limoges, au sein d'une famille riche et influente du pays, alliée à Sidoinp Apollinaire, il devint évêque de Trêves en 527 et exerça l'épiscopat pendant trente-neuf ans, jusqu'à sa mort survenue le 5 décembre 366. Trêves, un moment capitale de l'Empire, après avoir joué un rôle politique considérable, se trouvait admirablement placée comme poste avancé du christianisme aux frontières du monde barbare. Les fables absurdes, dont la légende a surchargé les premières années de l'église de Trêves, ne s'appliquent pas à Nicète, personnage historique pa^fail^ ment connu. Il a pris part aux délibérations des nombreux conciles tenus avec le consentement des Mérovingiens, en particulier à ceuî de Clcrmont (335), de Tours (340), d'Orléans (3i!l). de Paris (553). Il entretint une correspondance active avec l'empereur Justinien, qu'il exhorta à déraciner l'hérésie; avec la flile de Olotaire 1*% Cblodefinde, femme d'AIboin, roi des Lombards, pour la prier de convertir son époux à la foi catholique. Sévère envers lui-même, Inflexible dansiez questions de morale et de discipline, s'il se réjouit de la conversion de Clovis, il censure sans réserve les crimes de Ghildebert et de Clotaire 1". Constructeur d'églises, il voit ses talents de poète- loués par Venantius Fortunatus. et si, ses traités Oc Vigiliis strvomm Dsi: !k Psalmodix Bono (dans d'Achery, SpiciUgium, I, 224) n'ont que pen de valeur, plus d'un écrivain lui a attribué la composition du fameux Te Beum. ~ Sources: fiallandi, Bibl. P. P., XII; Gallia, XIII; Gr^ire deTniirs, Db vilis Patrum , \T .

HICODËHG, Nix*fiji(ioî, pharisien et membre du sanhédrin de Jérusalem qui vint demander, de nuit, un entrelien avec Jésus (Jean 111). parla en sa faveur devant le sanhédrin (Jean Vil, 30), et se joignit à Joseph d'Arimalhée pour ensevelir honorablement le corps du crucifié (Jean XIX, 3Î1). La tradition ajoute qu'après s'être déclaré pablicpiement pour la doctrine de Jésus et après avoir été baptisé par Pierre et Jean, il fut destitué de ses fonctions et cfaassé de Jérusalem. Son cousin Gamaliel l'aurait recneilli dans une maison de campagne et .■nt.iiué de soins jusqu'à sa mort. Des commentateurs modernes l'iilenliitent avec Nicodéme, Mis de Gorion, plus connu sous le nom de Bonai, qui appartenait à une famille riche et pieuse qui éprouva des revers de fortune (Otho. Lexic. rabb.. p. 1.t9 ss.). Il existe aussi un évangil'iapocrj'phedc Nicodème (Fabricius, Cod. apocr., I,2i3ss-; Thilo, Cod. apoer., I, WT ss., et l'article Apocryplies). Le caractère de Nicodtme, noble mais timide, désireux de donner gloire à Dieu mais

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sans trop se comïu'umettre vis-à-vis des hommes, a été idéalisé par Niemeyer {Charakter.^ 1, 143 ss.). Hase et les auteurs des Vies de Jésus qui Tont suivi ont été moins indulgents.

NICOLAl (Chrétien-Frédéric) [1733-4811], fut l'un des principaux promoteurs ^es idées nouvelles au dix-huitième siècle. Né à Berlin dans une honorable famille de libraires, il fut élevé dans la maison des orphelins de Halle. Un formalisme exagéré, une moralité assez développée, «lais une instruction presque nulle : voilà ce qu'il y trouva, et ces impressions n'étaient point faites pour le rattacher à la tendance religieuse que cet établissement représentait. Il fit ensuite un apprentissage très dur chez un libraire de Prancfort-sur-l'Oder. Pour rattraper le temps perdu, il étudiait la nuit dans une chambre froide; il apprit ainsi l'anglais et le grec. Chaque jour, il lisait une portion du Nouveau Testament dans le texte original, mais sans eu ressentir le moindre effet. « La religion, dit-il, est restée sans influence sur ma vie. » De retour dans la maison paternelle (1752), il se lia avec Lessing et Mondelssohn et ne tarda pas à se vouer tout entier à l'activité littéraire. H avait cédé la librairie à son frère, mais se vit obligé de la reprendre après sa mort. — Les principaux efforts de Nicolaï et de ses amis se concentrèrent sur une Revue qui, sous des noms divers (Bibliothèque des beHe$-4ettres, Lettres sur la littérature. Bibliothèque allemande universelle) devint Torgane officiel du parti des lumières et le resta pendant quarante ans. La Bibliothèque universelle publia, de 1763 à 171fâ, 106 volumes. A cette époque, reculant devant la censure, Nicolaï la céda à un libraire de Hambourg; mais il la reprit en 18(X> et la porta, dans l'espace de cinq ans, jusqu'à 256 volumes. 11 faisait paraître jusqu'à 18 volumes par an. Le nombre des collaborateurs qui avait été de 70 au début, monta jusqu'à 133. En 1805, Nicolaï se vit obligé de céder son entreprise par suite de la perte d'un œil. Elle ne tarda pas à tomber. La Bibliothèque universelle n'était pas seulement une heureuse spéculation de librairie, en tant qu'elle répondait à un besoin vivement senti du temps, c'était aussi une tribune ouverte à tous ceux qui voulaient élever leur voix contre les erreurs, les superstitions, les préjugés dupasse. Les articles, ceux de Nicolaï surtout, étaient écrits sur un ton mordant, plein de morgue et de suffisance. Tout était jugé au point de vue d'un rationalisme froid et borné. Une raillerie sèche accueillait les ouvrages qui dénotaient une imagination tant soit peu ardente ou un sentiment tant soit peo profond. C'étaient du reste des jugements sommaires et superficiels sur les branches les plus diverses de la littérature. Tous ceux qui dépassaient la portée et l'horizon du raisonnement vulgaire, des mystiques tels que Lavater, des poètes tels que Novalis et Gœthe, des philosophes tels que Fichte, étaient impitoyablement condamnés et déclarés suspects de folie, d*hypocrisie et de jésuitisme devant ce nouveau tribunal de l'inquisition. Nicolaï avait imaginé trois rubriques dans lesquelles il rangeait invariablement tout ce que son vulgaire bon sens ne comprenait pas : les têtes carrées orthodoxes, les brouillons esthétiques et les cerveaux fêlés philosophiques. On l'a dit

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fort justement : la tolérance, quand elle n'est pas le fruit d'une conviction vraiment religieuse, devient la pire des intolérances, idès que Tamour-propre ou la vanité blessée s'en mêle. — Nicolaï ne se borna pas à diriger la Bibliothèque universelle; il composa plusieurs ouvrages qui eurent un certain retentissement. Nous citerons d'abord son roman : Vie et opiniom du magisier SebcUdus Nothanker (1773, 3 vol.), tiré à douze mille exemplaires et traduit en français, en anglais, en hollandais et en danois. Destine à ridiculiser le pastoral orthodoxe et piétiste, ce roman trace l'idéal d'un prédicateur à la fois sentimental et rationaliste, qui excelle à se servir des textes bibliques, « comme d'un moyen peu dangereux pour inculquer des vérités utiles. » Le bonheur terrestre est le but auquel tend cette morale nouvelle, et la prudence, la vertu suprême. Sebaldus Nothanker prescrit d'excellentes règles d'hygiène. Il prêche aux paysans de se lever matin, de bien soigner leur bétail, et de bien cultiver leurs champs afin de devenir riches. Le second volume contient une série de sermons empruntés à divers prédicateurs de la nouvelle école, sur la santé, sur l'art de prolonger sa vie, contre les procès, contre la superstition, etc. Le Voyage à travers C Allemagne et la Suïwe(1781-t796. 12 vol.) renferme une vive critique des universités, des professeurs et des pasteurs, et affecte souvent «les allures de satires personnelles assez inconvenantes. On y retrouve au§si l'idée tixe de l'auteur d'une puissante ligue jésuitique dont les membres sont répandus partout et qu'il faut combattre à outrance. Les Joies du Jeune Werther (1773) sont dirigées contre Gœthe et V Histoire d'un gros Homme (1794) contre Kant. — Si l'on peut reprocher à Nicolaï son amour-propre, sa vanité aveugle, le ton acerbe et provoquant de ses jugements, la prolixité de son style, on doit relever pourtant la droiture, la franchise et la fermeté de son caractère, son inaltérable amour de la vérité, quelque borné qu'ait été son horizon, son sens pratique, ses connaissances étendues et exactes, son activité infatigable. En thèse générale, la postérité s'est montrée trop sévère pour lui. Fichte surtout a été impitoyable à son égard. « Son protestantisme, dit-il, a été la protestation contre toute vérité qui voulait rester vérité, contre toute religion qui prétend terminer les discussions en faisant appel à la foi... Sa liberté de penser n'était que la liberté, c'est-à-dire, la délivrance de toute pensée, la licence de la pensée vide, sans contenu et sans but.» Gœthe ne l'a pas plus ménagé dans ses Xenien. Mais peut-être Kant a-t-il su frapper le plus juste, quand il a dit que Nicolaï ne savait pas présenter la vérité d'une manière neuve, ni reconnaître le nouveau comme vrai. — Voyez son autobiographie : Ueber meine gelehrU BUdung ; Gœcking, iV. Leben u. Nachlass^ Berl., 1820; et l'article de Tholuck, dans la Real-Encykl. de Herzog. F. Licutexberger.

NICOLAITES, nom d'une secte dont l'origine est des plus obscures et dont l'existence même est controversée. Irénée (Advers. hxres,, 1, i7; 3, 2), Clément d'Alexandrie (^^rom., 2, 177; 3, 487), Eusèbe [Hist. eccL, 3, 29), Epiphane (Uaeres., 2o),Théodoret [Hœrel, fabul.,\\\] la rattachent à Nicolas, prosélyte d'Antiochc et l'un des sept diacres

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de la communauté de Jérusalem (Actes VI, 5), et lui appliquent la llétrissure prononcée sur les NtxoXaiTai, Apoc. II, 6. 15. Ses membres auraient professé des erreurs gnostiqucs et auraient vécu dans Timpuretc et dans la débauche (Apoc. II, iij. iMais comme les deux rapporteurs les plus anciens, que les autres ne font que répéter, ne parlent de Nicolas que d'après une légende fort incertaine et ne sont môme pas d'accord entre eux, la plupart des commentateurs modernes mettent en doute l'existence de la secte elle-môme. Ils considèrent le nom de nicolaïtes que Ton trouve dans l'Apocalypse comme symbolique ; xpaiouvre; ttjv otfior/yjv NixoXaïTwv (II, 15) étant synonyme de xfaTouvTs; ty,v Si^o^V BaÀaaf^ (II, lij, NixoXaç (vixSv et Xaoç) ne serait que la traduction de Bileâm, qui signifie perdre ou séduire le peuple. Le voyant de l'Apocalypse aurait comparé les pagano-chréliens qui, en opposition avec la décision apostolique de la conférence de Jérusalem (Actes XV), abusaient de la liberté chrétienne jusqu'à participer aux repas des sacrifices païens et à leurs jouissances voluptueuses, à Balaam, et les aurait appelés balaamites et en greô nicolaïtes (Hering, BiOl. Brem. nova, VI, i ss.; Heumann, Pœcile, II, 391 ss.; Jani, Diss, de Nicolaïiis ex lisdreLicorum catalogo expungendis^ Viteb., 1723; Eichhorn, Co/n/ncn^ in Apoc. y 1,74 ss.; Meyer, Comment, zur Apoc. y 140 ss.). 11 est, du reste, fort admissible que le nom de nicolaïtes ait été de bonne heure employé dans les communautés judéo-chrétiennes de l'Asie Mineure, pour désigner une secte gnostique dont l'existence paraît affirmée avec trop de certitude au commencement du second siècle pour pouvoir être mise en doute. Ses adhérents enseignaient et pratiquaient sans vergogne le principe : Aet ?:apav,^crôoii or, crapxi. — Voyez Waloh, ffislor. der Ketzereien, I, 167 ss.; Giesler, Kircliengesclu, I, 113 ; Kurz, Handb. der allgem, Kirch. gesch,^ I, 196.

NICOLAS I" fut l'un des plus grands parmi les papes qui ont établi la souveraineté de l'Eglise sur l'empire grec en décadence et sur l'Empirefranc, barbare et divisé. « Depuis saint Grégoire, dit le chroniqueur Réginon (an 868, Pertz, I), aucun pape de Home ne lui a été comparable. Il a commandé aux rois et aux tyrans et leur a imposé son autorité comme le maître du monde; aux évoques et aux prêtres, aux hommes religieux et craignant Dieu il s'est montré humble, débonnaire, pieux et doux, mais terrible et plein d'austérité pour ceux qui sortaient du droit sentier, en sorte qu'on a cru voir Elle ressuscité à la voix de Dieu ; c'était sa puissance, c'était son esprit. » Nicolas, romain de naissance, succéda en 858 à Benoît III, u plus par reflet de la présence de Louis le Germanique et de ses barons et grâce à sa faveur, que par l'élection du clergé », ainsi s'expriment les Annales bertiniennes. Les mêmes, annales nous disent qu'en 859 il porta un décret sur la prédestination, mais Prudence de Troyes, l'auteur des annales, est seul h avancer ce fait. Nicolas fut le premier à appliquer, avec conséquence et en tout, les principes mêmes qui ont inspiré les fausses décrétales de Pseudo-Isidore. « Les privilèges de Rome, écrit le pape à l'empereur, sont le remède aux maux de

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toute l'Eglise, la défense contre les attaques de la niali.ce, et un boulevard pour les prêtres et pour tous ceux qui sont injustement persécutés {ép. 30, an 863). Il étend le pouvoir de TEglise en Italie en réduisant à Tobéissance, malgré l'empereur, Jean, archevêque de Ravenne, son rival. La première occasion de s'immiscer dans l'Empire franc lui est donnée par l'affaire de l'évèché de Brome, qu'il donne à Anschaire dont il fait son légat. La querelle d'Hincmarelde l'évoque de Soissons, Rothade, l'engagea fortement dans les affaires des Francs ; Rothade avait été déposé nonobstant appel : le pape écrit à Hincmar (863) pour exiger que l'évoque soit immédiatement rétabli en ses honneurs ou soit envoyé à Rome avec ses accusateurs: « Vous vous rapportez, écrit-il aux évoques, à un décret impérial, comme si en cas de collision les lois civiles prévalaient sur celles de l'Eglise... Si vous n'obéissez point vous tomberez dans la fosse... 11 faut que la vérité et la justice l'emportent, et pour moi je défendrai les privilèges de mon siège jusqu'à la mort » {Ep. 32). La force du pape est dans les principes du concile de Sardique sur l'appel. Au synode de Verberie, le clergé se décide à envoyer l'accusé à Rome. et Rothade est solennellement restitué dans ses honneurs à la Nof'I de 864. Le jugement d'un évêque écrit Nicolas à Hincmar,appartienl au pape seul comme negottum majus {causa major). Un synode nati(mal, comme celui où a été condamné Rothade, ne peut môme être tenu qu'avec l'assentiment du pape (ce sont les principes de Pseudo- Isidore). Lors môme que Rothade n'eût pas appelé, son affaire aurait dû être renvoyée à Rome : « Les jugements de toute l'Eglise, jadicn totius eeclesiœ, doivent être soumis à notre siège, il juge de tout, et il juge sans appel. » En môme* temps le pape s'explique en des termes embarrassés au sujet de la nouveauté du droit qu'il proclame: Quelques-uns, écrit-il aux évoques des Gaules, prétendent que ces décrets ne se troYivent pas dans le corpus codicis canonum, mais ils y font appel eux-mômes quand ils leur servent; ces décrets du resle, sont déposés de tout temps dans les archives de l'Eglise romaine. Si une décrétàle n'avait pas d'autorité parce qu'elle ne se trouve pas dans le codex canonum, la Bible n'aurait pas d'autorité. Au reste on trouve au codex canonum un décret de saint Léon qui ordonne que toutes les décrétales du saint-siège doivent être observées ; elles sont donc implicitement contenues dans le Recueil des canons. Nicolas mourut avant que la querelle engagée avec Hincmar fût terminée, mais les principes hostiles aux métropolitains, qui sont ceux de Pseudo-Isidore, étaient reconnus en France, et la force de ces rivaux de la papauté était brisée. Lothaire, autorisé par un synode tenu à Aix en 862, avait congédié sa femme Theutberge pour épouser Waldrade, Nicolas, invoqué comme juge, ordonne un synode àMelz (863), mais s'en réserve la confirmation, et comme le synode se déclare pour Waldrade, le pape, dans un synode tenu au Latran. casse « à perpétuité » le synode de Metz, et le fait égal au synode des brigands, il dépose avec éclat Thietgaud, archevêque de Trêves, primat de Belgique, et Gonthier, archevêque de Cologne, qui (»nl cl^-

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