NICOLAS V — NICOLAS DE MÉTHONK
constructions : il envoya des savants dans divers pays pour rassembler des manuscrits, paya des copistes qui travaillaient sous sa surveillance, fit traduire les œuvres classiques des Grecs, entre autres Thucydide, Strabon, Appien, des dialogues de Platon, r//t5^oirtf naturelle d'Aristote, des fragments d'Homère. Les plus illustres savants qui ont vécu sous le pontificat de Nicolas, et que ce pape a protégés, sont : Poggio Bracciolini, Laurent Valla, Flavio Biondo et les cardinaux Bessarion, Nicolas Cusanus et Giovanni Turrecremata. Mannetti, qui était versé dans les deux langues classiques et qui savait Thébreu, fut chargé par Nicolas de faire une nouvelle traduction de la Bible sur le texte grec et hébreu. Nicolas mourut le 24 mars 1455. — Voyez Mannetti, VitaNicolai F, apud Muralori, III, 2; Stefano Infessura ; Eug. Muntz, Les arts à la cour des papes pendant le quinzième et le seizième siècle, Paris, 1878, t. pf. G. Léser.
NICOLAS STUDITE (Saint), archimandrite du monastère de Stude, né à Canée en Candie, vers l'an 793, mort en 868, fut élevé à Constantinople, dans le monastère de Stude, gouverné par Théodose S tudi te, (|ui réleva au sacerdoce malgré sa résistance. Nicolas convertit son frère Tite et voulut être le compagnon de captivité et d'exil de Théodose, qui était cruellement persécuté par l'empereur Léon l'Arménien, fauteur de Thérésie des iconoclastes. Rappelés de leur exil à la mort de ce prince, Nicolas et Théodose vécurent ensemble dans la .solitude ; mais les religieux du monastère de Stude ayant perdu leur supérieur, obligèrent Nicolas à se charger de leur conduite. Il se retira de nouveau dans la solitude trois ans après ; mais il eut à souffrir une nouvelle persécution sous l'empereur Michel III, parce qu'il avait refusé de communiquer avec Photius qui avait usurpé le siège de Gonstantinople. Rendu à la liberté par la mort de l'empereur, il reprit le gouvernement de son monastère, à la .sollicitation du pâli iarchc Ignace. L'Eglise grecque célèbre sa fête le 4 avril.
NICOLAS DE MÉTHONE ou Modon, en Messénie. Sous le nom do cet évèque inconnu, nous possédons un certain nombre d'écrits polémiques sur la présence du Christ dans la cène, sur l'usage des pains azymes, sur la procession du Saint-Esprit, contre la primauté du pape, contre le platonisme de Proclus, qui ne sont pas sans valeur. 11 n'a pas été possible jusqu'à ce jour d'arriver à des données certaines sur la personne de l'auteur et sur l'époque à laquelle il a vécu. Les meilleurs critiques se rangent à l'avis de Fabricius et d'UUmann qui le placent au milieu du douzième siècle. Nicolas de Méthone, comme le prouvent les deux derniers écrits qui aient été publiés de lui en grec et en latin, par Vœmcl, Refatatio instit, theol. ProcliPlatonici et Nicolai Methonensis Anecdoti, Francfort, 1825-26, appartenait à récole mystique de Denys l'Aréopagite. On a également publié son Libellus de corpore et sanguine Chrisii^ en grec et en latin, dans 1^ Bibliotheca Patrum de du Duc, 1614 et ailleurs. Les autres écrits sont dispersés à l'état de manuscrits. Fabricius {BibL grxca, éd. Harl., XI, 290) en a donné les titres et la description (cf. Ullmann, Die Dogmatik der griech. Kirche im 12 Jahrh,, dans les Slud. u. An/., 1833).
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NICOLAS DE LYRE. Voyez Lyre (Nicolas de). NICOLAS DE GITSA (le cardinal). Nicolas Creps ou Ghrypffs, appelé plus tardCusanùsoude Cusadu nom de son village natal Gués (Trêves., naquit en 1401 et mourut àTodi, Ombrie, en 1164. Issu d'une famille obscure et pauvre, son père était batelier sur la Moselle, ses talents, son érudition, sa piété le portèrent avec la protection des papes aux plus hautes charges ecclésias tiques. NicolasGreps avaitd'abord choisi la carrière juridique, mais après son premier procès, qui fut un échec, il l'abandonna pour le sacerdoce et la théologie ; son talent naturel aidant, il y fit des progrès rapides et sérieux. Diacre de Saint-Wendel à Goblentz en 1431 ; nous le voyons déjà occuper une place importante au concile de Bàle, en qualité d'archidiacre de l'église épiscopaie de Liittich (Liège, 1437). C'est alors qu'il présenta son plus célèbre ouvrage intitulé De Concordantia Caiholica, qui tout en exprimant les idées des conciles de Constance et de Bàle, les dépasse cependant an sujet de la liberté de conscience et de culte. C'est également dans la Concordantia^ qu'avant Laurent Yalla il démontre la fausseté delà supposée donation de Constantin et la nullité de celles de Pépin et de Charlemagne après les restitutions faites par Léon VlIàOthonl". Les cinq thèses soutenues par Nicolas dans sa Concordantia sont : io L'indépendance réciproque des deux pouvoirs, l'impérial et le papal ; c'est la thèse du Dante dans son livre De Monarchia ; 2" la spiritualité du sacerdoce chrétien : S» la suprématie des concile sur les papes ; 4° le rétablissement de l'autorité épiscopaie avec tous ses droits ; 5° l'élection des évoques a clero et a populo. Le pape n'est pour lui, au milieu des êvêques que le Primus inter pares , sans l'autorité universelle réclamée par Grégoire VII, par Innocent III et leurs successeurs. Malgré ces assertions courageuses, l'archidiacre de Liège suivit bientôt la politique d'Eugène IV,- sous l'influence de Julien Cesarini (voyez cet article), de Thomas de Sarzana (Nicolas Y en 1447) et du secrétaire du concile jEneas Silvius Piccolomini (Pie 11 en 1458). Les historiens catholiques expliquent cette volte-face par le désir qu'avait Nicolas de Gusa de ne pas troubler l'unité de l'Église au milieu de cette époque de schismes. L'ambition n'y fut-elle pour rien r Les honneurs depuis lors achetèrent-ils le silence de Cusa? Nous n'osons l'affirmer d'une manière absolue. En 1437 Eugène IV envoya Gusanus à Gonstantinople auprès de Jean VI Palcologue pour le décider à se présenter avec son clergé au concile de Ferrare. Paléologue se rendit au concile de Florence en 1439, sur les vives instances de l'ambassadeur papal, avec soixante-dix évoques orientaux mais l'accord entrs les deux Eglises ne fut que momentané. Après la déposition d'Eugène IV et l'élection de Félix V, Nicolas de Cusa en mission auprès des princes allemands les engageait, pour ne pas envenimer la lutte, à demeurer neutres vis-à-vis de ces deux papes. Il était toutefois partisan d'Eugène. En 1448. Nicolas V le nomma cardinal de Saint-Pierre jn Vincoli et évêque de Brixen en 14oO.PieH se l'attacha complètement en lui donnant en 1458 le titre de vicaire du pape. En 1460 il fut emprisonné par l'archiduc Sigismond au
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sujet des biens* ecclésiastiques de son diocèse et à l'instigation de Grégoire Heimburg, chaleureux défenseur de la suprématie des conciles sur le pape ; mais Tarchiduc dut céder devant les menaces du pontife et Cusanus se retira en Italie, en Ombrie, et y mourut quatre ans après. Le cardinal de Cusa fut un homme de paix e( de conciliation ; il désapprouvait les sévérités du concile de Constance et les campagnes papales contre les Hussites, qu'ils essaya de gagner à Tunité de TEglise au moyen de plusieurs lettres et traités : Uux epistolœ ad Bohemos de tASu communiosis ; Duœ epislolœ ad tôtdem revocans eos ad unionem ecclesix ; Epislola ad presbyleros et sacerdoles Bohemiœ ; Epistola ad clerum et literatos Bohemiœ {Opéra omnia, édit. de Paris, 1513). Très libre au sujet de la scolastique traditionnelle, Cusanus s'attache au'pythagorisme, attiré surtout par les assertions de ce système sur les mouvement de la terre et des planètes. L'arithmétique et la géométrie lui ser\'ent sans cesse de symboles pour exprimer ses idées philosophiques qui n'ont cependant rien de très original. L'idée qui domine dans ses ouvrages est celle de l'absolu, point de départ et suprême but de l'activité intellectuelle qui précède la foi, la révélation et qui parait même par cette préccdence leur être supérieure. L'absolu, être simple et parfait, concevable à l'esprit quoique incompréhensible, principe, source, producteur et reconducteur à soi-même de toutes les choses se manifeste dans le monde fini par voie alternative d'explication et de contraction. Quoi- . que Cusanus évite l'idéalrsme en affirmant la non identité del'idée et de l'être, il l'effleure cependant en expliquant k création et la conservation du fini par une série de contractions de l'infini. Pour connaître mieux son système voyez dans ses Opéra Omnia : De visione Dei les S- Quomodo videlur in Deo successio sine successioue ; Deus viiielur ab^ulata infinilas ; Quornodo Deus omnia complicat sine alterilate : De docta ignorantia, le chap. De complicatione et gradïbus contraclionis universi : De Deo abscondilo, De Apice theoriœeic. — Sources : Les principales éditions de ses Opéra omnia sont celles de 1476, de Corte Maggiore (Pallavicino) 1502, de Paris 1313, de Bàle 1365; Scharff, Der Cardinal Nicolaus von Cusa, Mayence, 1843; Clemens, Giordano Bruno und NicolausDon Cusa, Bonn, 1847 ; Dux, Der deulsche Cardinal Nic.v. Cusa unddie Kirche seinerZeit, Ratisbonne, 1847 ; Nuova Antologia, mai 1872 ; Zimmermann, Der Card. N, v, Cusa als Vorlfxuer Leibnizens, Vienne, 1852 ; Tiraboschi, Sioria delta letler : italiana, t. VllI, appendice, Modène, 1787 ; Vespasiano (publié par A. Mai), Vitx di uomini illustri, Florence, 1869. Dans la bibliothèque du prince B. Boncompagni, on trouve un ouvrage inédit de Bernardino Baldl, Vita di matemalici, qui renferme un éloge très intéressant de Cusanus. P. Loxg.
NICOLAS DK BALE. Voyez Amis de Dieu.
NICOLAS DE STRASBOUIUt, au commencement'du quatorzième siècle, lecteur dans le couvent des dominicains de cette ville, prédicateur fort estimé de son temps, prêcha à Strasbourg et dans quelques couvents du Brisgau. En 1326, Jean XXII le chargea d'une inspection des couvents de l'ordre dans la province d'Allemagne : il
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dut spécialeinent faire h Cologne une enquête sur les hérésies dont on accusait maître Ëckart. Comme, à ce qu'il paraît, il ne trouva rien à reprocher à ce docteur, on le soupçonna d'être un fauteur des mômes erreurs. Cité, en janvier 1327, devant une commission inquisitoriale, înstkuée par l'archevêque de Cologne, il se présenta, accompagné de douze frères, protesta contre les charges qu'on lui imputait» et en appela au pape. Celui-ci, ayant porté la cause devant son tribunal à Avignon, se prononça contre les adversaires de Nicolas, lequel, bientôt après, assista comme définiteur au chapitre ^néral des dominicains, tenu à Avignon. — On a de lui quelques sermons en langue allemande (chez PfeifTer, Deutsche Mystiktr, 1, 261 ss ) ; ce sont des explications très simples, sans disposition scolastique, mais pratiques et assez originales ; Nicolas répond à des objections que sont censés lui faire ses auditeurs, il a des comparaisons frappantes, il raconte même des fables. 11 n'est pas un mystique spéculatif comme Ëckart, il n'insiste que sur la piété intérieure, sur la paix de l'âme avec Dieu. La bibliothèque de Strasbourg avait possédé un manuscrit d'un ouvrage De advenlu Ckrisii^ que Nicolas avait dédié à Jean XXII ; il était divisé en trois livres ; dans le premier l'auteur essayait de prouver, par le témoignage même des classiques, que Jésus-Christ est le sauveur et le juge; dans le second il réfutait les objections des juifs contre la doctrine que Jésus est le Messie; dans le troisième il rappelait les prophéties de Joachim de Flore, de sainte Hildegarde et d'autres sur la venue de l'Antéchrist et sur le jugement dernier, et montrait, avec beaucoup de sens, qu'on ne peut rien savoir 5ur l'époque de ces événements, la Bible ne contenant à cet égard aucune révélation précise. Il est à regretter quecetouvrage^ dont on ne connaît pas d*autre texte, ait périxlans l'incendie allumé par le bombardement de 1870. Cu. Scumidt.
NICOLE (Pierre) naquit à Chartres le 13 octobre 1625 et mourut à Paris le 16 novembre 1695, âgé de soixante-dix ans. Son père, qui était avocat au parlement, fut son précepteur et lui fit faire ses humanités. Le jeune Nicole profita si bien des leçons qui lui étaient données, qu'à l'âge de quatorze ans il avait étudié les meilleurs auteurs de l'antiquité grecque et latine. Ses premières études terminées, il entra au collège d'Harcourt (1642) pour y faire sa philosophie. Mai^ bientôt il s'adonna entièrement à la théologie, qui lui fut enseigaée par le célèbre docteur Sainte-Beuve ; ce qui ne l'empêcha pas d'apprendre l'hébreu, l'italien et l'espagnol. S'étant rendu à l*orl- Royal de Paris pour entendre les instructions de M. Singlin, il entra en relation avec les personnes attachées à cette maison. 11 avait d'ailleurs deux de ses tantes qui étaient religieuses dans ce célèbre monastère, dont l'une était la mère Marie des Anges Suireau ; circonstance qui devait lui faciliter une entrée auprès de ces « Messieurs. » Bien accueilli par eux, Nicole fut bientôt employé dans les fameuses écoles qu'ils dirigeaient, et en devint l'un des maîtres les plus autorisés. Ayant terminé sa théologie, il prit le grade de bachelier (1649), et il se préparait pour sa licence lorsque l'affaire des cinq
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propositions de Jansénius vint empocher Taccomplisscment de son désir. N'étant plus retenu par le soin de cette affaire, il se rendit à Port-Royal des Champs, vivant el travaillant auprès des illustres solitaires avec lesquels il se lia toujours plus intimement, et dont il iit désormais partie lui-même. Devenu Tami et le collaborateur d'Arnauld, on le voit suivre la destinée de ce dernier, et môle à toutes les agitations de sa vie tourmentée, partageant ses exils, raccompagnant dans ses fuites et le suivant dans ses retraites les plus cachées. En 1676, pressé par ceux qui l'entouraient d'entrer dans les ordres, Nicole sollicita de Tévêque de Chartres l'autorisation dont il avait besoin pour atteindre ce but, et se la vit refuser, à cause de ses relations avec Port-Hoyal ; quelques auteurs affirment que ce fut pour cause d'incapacité ; la partialité fait parfois dire des choses grolesques. Nicole écarté comme incapable ! Plusieurs de ses écrits sur les questions de la grâce et sur les points du jansénisme Tobligèrent à se cacher successivement en province, puis à l'étranger, en Allemagne et en Hollande : il passait de ville en ville et fuyait d'abbaye en abbaye ; mais, il faut bien en convenir, le bon Nicole, doué d'un caractère très timoré, n'était point fait pour les grandes résistances et pour les rudes exils comme Arnauld. Aussi, le voyons-nous laissant ce dernier en Hollande, solliciter de Tarchevôque de Harlay la permission de revenir en France, permission qui lui fut accordée à la condition de se cacher. On comprend le blâme des jansénistes à l'endroit de cette démarche, que Nicole tenta de justifier par des Lellres et môme par une Apologie, mais qui demeure^ malgré cela, comme une preuve de ' sa faiblesse. Nicole n'avait du reste rien d'héroïque dans sa nature, on rapporte qu' « il ne passait pas une rivière dans un bac sans avoir une ceinture de sûreté, pour pouvoir surnager en cas de naufrage, et qu'il n'osait pas sortir quand il faisait du vent, de peur de recevoir des tuiles sur la tète. » Sa nature craintive se retrouve dans le caractère moral de sa vie; au sein de cette phalange d'âmes énergiques de Port-Royal, où les femmes mêmes se présentent sous des traits si fièrement trempés, Nicole, lui, se détache comme une figure toute différente, figure hésitante, indécise et flottante. On sent qu'il n'est plus de la génération du premier Port-Royal, des Saint-Cyran et des Sacy. Sa doctrine et ses moyens tendent vers l'accommodement, les demi-positions, les angles adoucis et les voies faciles. Son portrait, peint par Philippe de Champagne, nous le révèle tout entier ; la silhouette est molle, l'œil étonné mais fin, on y devine le moraliste, la bouche spirituelle exprime la bonté, mais on sent que la force et la virilité y font défaut. — 11 nous reste à parler de Nicole comme écrivain ; nous ne pouvons pas ici donner la liste complète de ses ouvrages, ceux qui voudraient la consulter, la trouveront à la suite de la Vie de Nicole, par l'abbé Goujet, dans le Moréri de 1759, et dans le t. XIV des Essais de morale, en tête du volume. Nous bornant aux écrits principaux, nous indiquerons les suivants : 1" La Logique ou Vart de penser, ouvrage connu sous le nom de Logique de Port- Royal, in-12, 1659; le fond est d'Arnauld, la préface et les discours