NIHILISTES — NIL LE SAGE
du gouvernement, Fesprit qui anime la société. Société, religion, loi, famille, rien n*existe pour eux; ils nient l'existence réelle des sentiments et des attributs humains; parole, conscience, etc. Il n'y a rien après la mort. La conscience est qne affaire d'éducation ; il n'y a pas une distinction entre le bien et le mal. Ce n'est pas l'existence des choses qu'on se mit à nier, ce fut la raison d'être des institutions bumaines. Leur programme est de démolir tout ce qui existe. Ils ne songent pas à créer une nouvelle société, ils veulent détruire l'ancienne. Le bras des assassins et des incendiaires n'est pas dirigé par un sentiment de baine ou de vengeance. Ils savent très bien qu'un empereurtué sera remplacé par un autre. Les nihilistes donnent pour raison à leurs attentats la nécessité d'extirper chez les hommes le respect routinier des choses établies. Plus les attentats contre le tzar et les fontionnaires se multiplieront, mieux on comprendra l'absurdité de la vénération qu'on leur avait vouée depuis des siècles. « Le nihilisme est devenu une branche du socialisme, greffée àur une sorte de philosophisme extatique allemand qui a trouvé un excellent terrain dans l'imagination des Russes. Les nihilistes sont des « socialistes hallucinés. » — Vovez D. K. Schédo-Ferroti, Le nihilisme en /îuwiV, Bruxelles, 1807. ï. Moshakis.
NIKON, patriarche de Russie, né à Valemanof en l(>0o, mort à Jaroslaf en 1681. D'abord prôtre à Moscou, il embrassa ensuite l'état monastique, devint prieur d'un couvent près de la mer Blanche, attira l'attention du czar Alexis dans un voyage qu'il fit à iMoscou et fut nommé par ce prince archimandrite d'un couvent près de cette ville, métropolitain de Novgorod, et enfin patriarche de l'Eglise russe (1653). Au moment où il venait d'être élevé à cette dignité, Nikon perdit la faveur du czar en voulant rendre à l'Eglise sa pureté et son indépendance et, en entrant à ce sujet en lutte avec le souverain, Alexis irrité convoqua un concile qui déposa le patriarche (1667). Après avoir, pendant treize ans, erré de monastère en monastère, Nikon fut rappelé d'exil par l'empereur Théodore; mais il mourut en allant reprendre possession de son siège patriarcal. Ses principaux ouvrages sont une C/ironi^ac, qui s'étend jusqu'en 1630 (1767-1792, H vol. in-8'';; Table d'éludés dogmatiques, Moscou, 1656, in-4o; Le Paradis in/e/^ec^uc/, contenant la description des monastères du Mont- Athos il de Valdaï, Valdaï, in-i°. — Voyez Âpollos, Vie du patriarche yikon, Moscou, 1839. I. Moshakis.
NIL, fleuve d'Egypte. Voyez Egypte,
NIL LE SAGE (Saint), moine grec et écrivain ascétique, né à Ancyre, dans le quatrième siècle, mort vers 450. Il fut le disciple de saint €hrysostome. Après avoir été préfet de Constantinople, il abandonna le monde et les honneurs, et se retira, avec son fils Théodule, dans les âpres solitudes du Sinaï. On a de lui dix-sept Opuscules ascétiques et des Lettres, Ses œuvres complètes ont été publiées sous le titre de NUI abbatis opéra (Paris, 1860, in-8*), par l'abbé Migne. Photius et 3îicéphore Calliste louent la noblesse de son style et la pureté de sa morale. L'Eglise l'honore le 12 novembre.
040 NIL LE JEL'NE — NLMES
NIL LE JEUNE (Saint), d'origine grecque et né dans les Calabres, à Kossana, en 910, n'embrassa la carrière ecclésiastique et la vie monastique qu'après avoir vécu dans le monde et dans le vice jusqu'à Tàge de trente ans. 11 ne s'était abandonné au dérèglement qu'après la mort de sa femme. Après avoir visité plusieurs couvents et s'y être distingué par ses macérations et toutes les vertus monacales, il obtint de pouvoir vivre dans l'isolement, au sein d'une forêt, près du couvent de Saint-Philarète. Plusieurs adeptes l'y suivirent bientôt et Nil se rendit célèbre dans tout le Napolitain par ses prédications et ses miracles. On sait très peu do chose de lui en dehors de tout ce que la légende et les panégyriques lui attribuent. Lorsqu'en 098 Othon 111 chassa du trône pontifical l'antipape Philagatus, évêque de Plaisance, créé pape par le consul €rescence, Nil se rendit auprès de Tempereur pour lui enjoindre de respecter dans ses vengeances le caractère ecclésiastique de Philagatus. Othon 111 le lui promit avec une fjule d'autres promesses, ce qui n'empêcha pas que l'antipape ne fût mutilé et massacré. Inquiété par les invasions des Sarrasins en Sicile et dans la Campanie, Nil s'était retiré dans les environs de Gaëte à Serperi, puis dans les environs de Home môme, à ïusculum. Trouvant cetie dernière localité trop fréquentée, il se déroba aux yeux des curieux, vers la fin de sa vie, dans les montagnes, y commença l'érection du couvent de Sainte-Agathe et y mourut en 1005, proclamé saint par toute l'Italie monacale. Ses rehques, transportées à Grotta-Ferrata, y firent, dit-on, plusieurs prodiges. La fêle de saint Nil est célébrée le 26 du mois de septembre. Dans ses couvents, l'office divin était célébré en langue grecque, d'après la règle de saint Basile. — Voyez Baronius, X ; Martene et Durand, Velerum Script, H monum, Hist.,, amplissima coUectio, Paris, 1733; Vie de saint NU par le P. S. Bariolomeo^ troisième abbé de Grotta-Ferrata y ibid.; A. Butler, Yilt dei Padri, dei i/ar/iW..., Venise, 1825.
NIMBE, nimbus^ bandeau d'or dont les femmes ceignaient anciennement leur front, et que l'on désignait aussi par les mots de viua ou de fascia. En terme de religion, le nimbe est un cercle lumineux qui rayonne autour de la tête de Jésus-Christ, de la Vierge et des saints : c'est un signe de sainteté et du culte que l'Eglise catholique rend aux serviteurs de Dieu. Quelquefois le cercle est remplacé par un triangle ; il y a môme des nimbes de forme carrée. •
NIHES {Neniamiui), évôché sulTragant de Narbpnne, actuellement d'Avignon. Une tradition met à la tête de la liste de ses évoques Taveugle-né de l'Evangile, Gélidonius, que l'on montre dans la barque sans voiles de Lazare, de Marthe et des Baintes-Maries. Sans remonter aussi haut, on savait par les Dialogues de Sulpice Sévère, qu'un concile avait été célébré à Nîmes, que saint Martin avait refusé d'y siéger, mais qu'un ange lui en avait révélé le jour même les décrets. En 1839, M. Knust découvrit des Actes de ce concile, publiés dès 1743 mais oubliés, dans un manuscrit du sixième siècle {BulL Soc. Hist, Fr.y 1838; Hefele, Conciliengesch., II, 2« éd., 1875; Lévêque,Le Cane, de .V., N., 1870); sa date paraît être 394, son objet fut la disci-
pline, il s'intéressa à raffranchissement des esclaves et combattit le priscillianismc ;ia lettre synodale de ce concile national est adressée aux évi>ques « de la Gaule et des Sept Provinces ; » parmi les 21 évoques qui ont signé au protocole, on trouve Félix, le même évoque de Nîmes sans doute qui, au témoignage de la Vie de saint Amat, évoque d'Avignon, mourut tué par les Vandales. Nîmes compte au nombre de ses plus illustres enfants, Tami de Jean Cassien, saint (Castor, évoque d'Apt (7 vers 422), auquel est dédiée la cathédrale, et son frère saint Léonce, évoque de Fréjus, sur les conseils duquel saint Honorât fonda le couvent de Lérins, saint Gilles (Egidius), ce solitaire grec qui fonda au î^eptième siècle, sur les bords du Rhône, la célèbre abbaye de son nom, et avant tout saint Baudile {Baudilivs). lirégoire de Tours nous dit les miracles qui se faisaient, aux portes de la ville, sur le tombeau de ce saint; vers 723, les moines de Tabbaye de Saint-Baudile, fuyant Tinvasion des Sarrasins, se retirent à Saissi-les-Bois, au diocèse d'Auxerre ; ce ne fut qu'en 878 que Ton retrouva les reliques du célèbre martyr (voyez AA. SS,, 20 mai et Ménard). Plusieurs fois tombé et relevé, Saint-Baudile de Nîmes fut rattaché à la Chaise-Dieu en 1084 et à la congrégation de Saint-Maur parFléchier; la nouvelle église fut élevée de 1867 à 1877. Ailleurs, près de la célèbre fontaine de Nîmes, on voj^àit Tabbaye de bénédictines de la Font-de-Nîmes, élevée sous llugues-Gapet par Frotaire P^ Un autre article parlera des destinées duprotestantismeà Nîmes; nous mentionnerons seulement, parmi les évoques, Michel Briçonnet (l5J5-io60), Esprit Fléchier (1692-1710), sous lequel le diocèse d'Aiais est détaché de celui de Nîmes, et en dernier lieu Mgr. Plantier ; 1855-1873) qui en 1871 consacra le diocèse au Sacré-Cœur. Le diocèse fut supprimé de 1801 à 1821. — Voyez GaWa ChrUtiana, VI; Léon Ménard, Jlist. civile, ccclés, et liitér. de iV., Paris, 1730-1758, 7 vol. in-4% republiée en abrégé et continuée par P.-L.Baragnon,4 voL in-8°, N., 1831-1840, et réimprimée à Nîmes de 1873 à 1873, 7 vol. in-8^ A. Germain, Hist. de Cégl. de N,, Paris et N., 2 vol. (1838-1842); les nombreuses monographies de Tabbé GoifFon sur les paroisses de Nîmes ; les évêques de N, au dix-huitième siècle, par le môme (1873, in-12); le Cartulaire du chapitre de la cathédrale de N,, publié par (iermer-Durand (1874) ; la DescripUon de la cathédrale de N., par Flé- <!hier, publiée en 1874 par A. de Lamothe; Saint-Baudile et son cuUfy par l'abbé Azaïs,N., 1873, in-18. S. Berger.
NMES (Eglise réformée de). L'histoire de cette Eglise, qui a été longtemps le boulevard et qui est encore le cœur du protestantisme français, peut se diviser en trois grandes périodes, séparées les unes des autres par Tédit de Nantes et la révocation de cet édit.
i»REMiÈuE PÉRIODE. Origine, combats et triomphe (1332-1508). — On peut faire remonter la première éclosion de la Réforme à Nimes, aux prédications d'un moine augustin pendant le carême de 1332. Celuici prêcha TEvangile, grande nouveauté pour l'époque, et il fut soupçonné de luthéranisme. Arrêté et mis en prison, le samedi saint :\0 mars, par ordre du parlement de Toulouse, il reçoit, dès le lende
main, du conseil de ville, comme témoignage de reconnaissance et de sympathie, trente livres en sus de ses gages, « le beau père pouvant avoir afaire d'argent pour soy aider et secourir en ses nécessités» (Arch. com., série L L. 5, f. 244). Ce fut un premier appel à la réflexion, à rétude. Il y en eut bientôt d'autres, et plus saisissants, du haut des bûchers. Deux évangéliques furent brûlés vifs à la lin d'octobre 1537 ; plusieurs autres furent jetés dans les fers et s'attendaient d'un moment à l'autre à subir le môme sort (Herminjard, Corr, des Réf.^ IV, 316). Quelques années plus tard, le 13 avril 1543, deux nouveaux témoins périrent dans les flammes : Antoine Armandes et Antoine Sabatier, l'un à Toulouse, l'autre à Beaucaire. D'autres motifs encore contribuèrent au détachement du vieux culte, en particulier l'esprit de science et de libre recherche dont le collège ès-arts, dès sa fondation, devint le foyer. Les premiers recteurs, Imbert Pacolet (juillet 1534), Gaspard Cavart (octobre 1537), Claude Baduel (juillet 4540), inclinaient vers les idées nouvelles. Une Eglise était déjà constituée au mois de juillet 1547 : ses membres écrivaient, le 14 de ce mois, ex nemausensi ecclesia, à Calvin et à Yiret, pour les remercier des lettres d'exhortation que ces réformateurs leur avaient envoyées {Calv. op,^ Brunsw., XII, 549). D'après un journal anonyme contemporain cité par Ménard {Ilist. de la ville de Nimes, IV, Preuves, 1), la petite Eglise se réunissait, en mars 1551, « en un lieu qui est au derrière de la Tourmagne, pour ouïr quelques prescheurs qui disoienl venir de Genève. » Ces assemblées auxquelles assistaient « beaucoup de gens de toutes sortes de conditions, furent interrompues par la poursuite de l'official et quelques chanoines de l'esglise, qui en firent informer d'autorité du seneschal. Le Parlement décréta contre plusieurs qui furent condamnés par défaut et effigies. » Cette même année 1551, un ancien prôtre converti, Maurice Sécenat, fut réellement exécuté, sur la place de la Salamandre ; et le 8 octobre 1554, ce fut le tour de Pierre de laVau, cordonnier de son état, qui s'était mis à prêcher l'Evangile, monté sur un banc de la place de la Couronne. Un incident a marqué son supplice. Le prieur des Dominicains, Dominique Deiron, chargé d'exhorter le martyr dans ses derniers moments, fut tellement frappé de sa foi, qu'il l'embrassa spontanément. Cet exemple de sincérité entraîna deux de ses amis, Pierre d'Airebaudouze et Jean Trigalet, licencié es lois, qui se réfugièrent comme lui à Genève. Le dernier, après sa consécration, s'était mis en route pour évangéliser le Piémont, accompagné de deux autres ministres français et de deux amis genevois, lorsqu'ils furent pris, le 11 juin 1555, au col de Tamié, dans le Faucigny, et condamnés au feu. Tous ces supplices dont un fanatisme aveugle étalait le hideux spectacle sur tous les points du royaume n'empêchèrent pas les progrès de l'Evangile dans les cœurs. Le premier synode national (Paris, mai 1559) donna une forte impulsion dans ce sens. Genève s'employa à cette périlleuse mission avec un généreux dévouement. Elle envoya à Nimes le ministre Guillaume Mauget (septembre 1559), et bientôt après, Pierre de la Source (et non de la Serre : Ménard, dont on cite
toujours le texte, a pourtant relevé cette erreur à la dernière page de son tome IV). Les assemblées se tinrent d'abord en secret et de nuit. Mais dès le mois de mars 1560, le nombre des adhérents fut si considérable qu'on les fit de jour; et le lundi de Pâques, 15 avril, la sainte cène fut célébrée avec une solennité exceptionnelle et un concours extraordinaire d'étrangers. La conjuration d'Amboise Tenait d'échouer misérablement, mais elle avait fait trembler les Guises, et les vainqueurs effrayés ne voyaient partout que rébellion. Les consuls reçurent ordre, au mois de mai 4560, « de neloyer la ville de pertubateurs et séditieux», et surtout «d'aprehender aulcung des prédicans, si tous non»(Arch. com., LL. 9). Mais comment étouffer un mouvement qui gagnait peu à peu la ville tout entière et auquel s'assbciaient les populations d'alentour jusqu'aux Gévennes? A peine l'amnistie était-elle proclamée après la mort de François II (3 décembre 1560), que les assemblées devinrent plus nombreuses que jamais. Mauget organisa le consistoire. La première séance eut lieu le 23 mars 1561. Les règlements disciplinaires furent calqués sur ceux qui avaient été établis à Genève par Calvin. Pasteurs, anciens et diacres devaient avoir l'œil sur les fidèles jusque dans l'intimité du foyer domestique, et faire rapport chaque semaine sur tous les scandales, petits ou grands, et d'où qu'ils vinssent. Le consistoire était renouvelé intégralement chaque année; mais, dans les cas graves^ l'ancien était convoqué avec le nouveau. Les nominations se faisaient par le consistoire sortant. Les élus étaient pris dans toutes les classes : on regardait avant tout h la piété. Une autre institution ne tarda pas à être fondée, qui durant plus d'un siècle jeta un grand lustre sur FEglise et la cité. Le 16 avril 1561, il fut «dressé une proposition (école) en théologie pour l'exercice de ceulx qui prétendent au ministère, à laquelle le ministre présidera» (Reg. cons., I, f. 4). Le consistoire eut bientôt à résoudre une grave question pratique, au sujet de la prise de possession des églises catholiques et de ce zèle iconoclaste qui amenait de regrettables désordres. Il s'inspira de l'esprit de prudence et de sagesse de Calvin à cet égard. Le 9 août 1561, il décide, en réponse à une lettre écrite de Montpellier à Mauget «pour prendre temple et faire aliance », qu'on «ne prendra temples sans avoir response de la cour, et que à ces fins y sera escrit. Et quant à Taliance leur sera promis de bouche de se secourir les ungz les autres de la fureur du peuple quand viendra sans magistrat» (Reg., cons., I, 27). Remarquons cette réserve,qui d'ailleurs exprimait parfaitement l'opinion des Eglises réformées. On veut bien se soumettre à la loi, tant que «l'honneur de Dieu» reste intact; mais quand le peuple fanatisé attaque illégalement,sans que « le magistrat» intervienne, la résistance est légitime. Le consistoire donna une preuve nouvelle de sa bonne volonté à cet égard, lors de la publication de l'édit de Saint-Germain en Laye, édit de juillet (1561). Il défend (33 août) de «prendre les armes et les temples». Mais le troupeau n* était pas toujours aussi sage. Ainsi, le lundi 29 septembre 1561, «quelques gentilshommes et menu peuple» s'emparent de l'église
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Jes cordeliers ou obsorvantins. Le consistoire censure ceux qui ont fait le coup « de leur autorité privée»; toutefois il garde l'cdiOce, i« veu qu*il a esté prins sans émotion et la nécessité qu'on en a.« Il «•ut soin seulement de faire « inventorier les reliques et meubles dudit couvent» par le sénéchal {tbid., I, 35-6). Le temple fut accoraniodé de manière à ce qu'on pût y «prescher et ouyr la paroUe de Dieu.» Viret, qui était arrivé de Genève le lundi G octobre 1561, y ])rècha le surlendemain avec un succès extraordinaire. L'agitation qui t'tait dans les esprits se montra dans la rue. Le dimanche, 7 décembre 1501, quelques exaltés se portent au couvent des augustins: les autels sont démolis, les «idoles» abattues. Quelques autres églises lurent aussi dévastées. Le vénérable corp« fait des remontrances, mais il garde les édifices {iOid., f. 50;. Il insiste môme auprès des mai;istrats pour que l'évèquc t< ne provoque point le peuple par la grande sonnerie de ses cloches et la multitude de ses messes, et qu'il s'en astienne.» Les deux partis étaient aussi intolérants Tun que l'autre. La cathédrale fut prise et saccagée le 21 décembre 1561. Virely jH'ôcha le 2i; et le dimanche 4 janvier 1562, il y eut deux services de communion, h chacun desquels sept ou huit mille personnes s'approchèrent de la sainte table. A la tète du cortège marchaient les membres du consistoire, les magistrats et les consuls revêtus de leurs robes rouges et de leurs chaperons. L'édit de janvier (1562) fit rendre tous ces temples usurpés, et le ccmsistoire obéit « promptement et allègrement» {ibil,^ f. 68). En vertu de cet édit, le culte ne put être célébré que hors des murs. Dans l'assemblée de Pâques, 2\) mars, aux fossés des Carmes, un double parhélie provoqua qiffelque émotion. Les nouvelles, d'ailleurs, étaient alarmantes. Le massacre tic Vassy avait eu lieu le 1" mars: le roi de Navarre avait fait défection; et le triumvirat Guise-Montmorency-Saint-André menaçait -les hérétiques» d'extermination. Le consistoire n'hésite point. Avisé, pîir une lettre de Bèze datée de Paris, que le prince de Condé lève une armée, il vote d'enthousiasme l'imposition de cinq mille livres tournois pour lui venir en aide. Ce fut la première guerre de religion : elle se décliaîna dans le midi avec son cortège habituel de violences, de surprises et de massacres. Le 8 juin 1562, le Conseil de ville est informé que « les habitants d'Avignon et autres villes de Provence (catholiques), accompagnés de grand nombre de bandolliers et volleurs, usent envers leurs plus proches voisins mesmc d'Orange, jusque à avoir passé au fil de î'épée hommes, femmes et petits enfans, lie ravissemens et inhumanités exécrables. » Décision est prise que i veu lafoiblesse des murailles de la ville contre le canon qu'ils portent, on doibt faire rempart de chair et aller au devant d'eux pour la «léfense du pays » (Arch., com., reg. IX). Le 27 août, près de Sainl- ( iilles, grande victoire des religionnaires sur les l'rovençaux auxquels un prit vingt-deux enseignes ou drapeaux et deux canons, mais victoire ternie par le massacre des prêtres et des enfants de chceur dont les corps furent jetés dans un puits près de l'église. L'issue fatale de la bataille de Dreux (lî) décembre): Condé blessé au visage et
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prisonnier, Goligny en fuite, ne découragea point les vaillants Nimois. Aussi, la paix malheureuse qui fut signée à Aniboise le 4î) mars lo6.*{, et qui ne permettait que le culte privé, fit-elle bien des mécontents: on se prépara à la résistance. Plusieurs chapelles et maisons claustrales furent démolies, et les démolitions vendues publiquement au plus offrant ou employées à construire des bastions. Il fallut pourtant se soumettre. Les églises furent restituées. Mais Charles 1\ accorda aux réformés (13 mars 1563), un vaste emplacement à la Calade, près de la Maison Carrée, pour y bâtir un temple, qui fut appelé Grand temple ; la dédicace s'en fit le 27 janvier 1566. Dans les premiers jours de la seconde guerre civile, un fait déplorable sr passa h Ninies, qui est connu sous le nom de Michtiade^ parce qu'il s'accomplit le lendemain de la foire de Saint-Michel, 30 septembre (1567). La ville était pleine de gens armés et une bande de misérables massacra quatre-vingts prêtres ou religieux catholiquoîj dont les corps furent jetés dans le puits de l'évôché. Ce fut pourtant un protestant qui sauva la vie à l'évoque (Ménard, V, 20). Le consistoire, dès qu'il connut ces horreurs, s'assembla en toute hâte le lendemain matin, l'^'' octobre; mais le mal était fait, et il ne put en empêcher que le retour. Les quatre pasteurs (Mauget, Pineton deChanibrun, d'Airebaudouze et Campagnan) n'en furent pas moins traités comme coupables, par arrêts du parlement de Toulouse du 18 mar> et 25 avril 1568. Il y eut une centaine de condamnations à mort ou à des peines infamantes ; mais la plupart des condamnés échappèrent au supplice par la fuite. Un nouvel édit de pacification (23 mars 1568) ne fit que suspendre les hostilités. Quand le parti des Guises i*r crut assez fort, l'éditde septembre (1508) parut, qui défendait l'exercice du culte réformé et chassait les ministres hors du royaume. Ce fut le signal de la troisième guerre civile. Deux faits saillants de cette guerre : le feu mis par les catholiques au temple à peine achevé dt* la Calade, dans la nuit du 5 au 6 septembre 1561) ; et la prise de Nimes par les religionnaires, dans la nuit du 14 au 15 novembre de la môme année. Un nouvel édit (août 1570) fit tomber les armes des mains. Les réformés profitèrent de ce temps de paix pour tenir dans la métropole languedocienne, sous la présidence de Bèze, le huitième synode nalional (6-15 mai 1572). Trois mois après, la Saint-Barthélemy, qui creusa un abîme de sang entre les deux partis. Le courrier royal, qui portait l'ordre du massacre, passa à Nimes le vendredi soir, 29 août. Dès le lendemain, un conseil extraordinaire est convoqué, et tous « promettent et jurent qu'ils se prennent en protection et saulvegarde sans distinction de religion » (Arch. com.,reg. XI). Les protestants toutefois n'étaient qu'à demi rassurés. L'arméeroyalecampait dans le voisinage, et ils pouvaient craindre, comme ils le dirent, «qu'on ne les massacrât comme les autres.» Ils songèrent à s'expatrier à Genève ou en Flandre au nombre de vingt mille, et envoyèrent un des leurs avec une lettre confidentielle des consuls et des ministres nimois, pour consulter sur ce point Théodore de Bèze. Celui-ci communiqua la lettre au conseil de Genève, lequel demanda avisa Berne.
Et les deux républiques n'osèrent « donner aucune response, sinon en général qu'ils se tinssent sur leurs gardes, soubs Tobeyssance du roi suivant son edict nouveau»; elles auraient craint, enfavorisant cette émigration, de mécontenter le puissant et peu scrupuleux monarque voisin (H. Fazy, La Saint-Barthélémy et Genève, 1879, p. 23-28). Livrée à elle-même, la ville de Nimes regarde à Dieu et ne prend conseil que de son désespoir. Trahie par son roi qui s'était transformé en lâche assassin, elle s'organise en république. Elle dresse dans ce but, entrente-cinq articles, des règlements en forme de lois qui dénotent une singulière fierté d'indépendance et aussi une piété profonde : les jeûnes, les prières et la sainte cène y sont recommandés du même ton que les exercices militaires et la vigilance en face des ennemis (jFr. pro/., X, 104-9). A cette fédération protestante se rallient, à l'assemblée d' Anduze, toutes les Eglises réformées du Languedoc (7 février 1573). La cité offre l'aspect d'un camp retranché, mais comme plus tard pour les camisards, c'était le camp de l'Eternel. Le consistoire veillait avec un soin jaloux à ce qu'il n'y eût ni jurements ni immoralité, ni violences. Après la mort de Charles K (30 mai 1574), un nouveau parti se forma, le parti des politiques ou i( malcontents », qui fit cause commune avec les réformés. Le maréchal de Damville, plus par dépit ou ambition que par conscience, se déclara de ce parti. Il fut nommé gouverneur du Languedoc, et assista à une grande assemblée politique qui se tint à Nimes, où fut adopté (10 avril 1575) un règlement de cent-quatre-vingt-quatre articles, qui resta en vigueur jusqu'à la tenue de l'assemblée de la Rochelle de 1588. C'était l'organisation d'un Etat dans l'Etat; mais n'était-ce pas une nécessité? Nous n'avons pas ici à dire comment le roi de Navarre, reconnu « protecteur des Eglises réformées et catholiques associées » vint à bout des ligueurs; comment aussi il justifia les méfiances que le parti austère des ministres n'avait cessé de nourrir contre son ambition et sa légèreté. Après son abjuration (25 juillet 1593), il ne se pressa point de donner satisfaction à ses anciens coreligionnaires. Il fallut les remontrances de plusieurs assemblées pour lui arracher l'édit de Nantes (13 avril 1598). Pour ménager l'espace qui nous est octroyé dans ce recueil, nous préférons relever quelques particularités de la vie intérieure de l'Eglise de Nimes. La discipline était rigoureusement appliquée et sans privilège pour personne : tous les fronts devaient s'incliner sous la môme loi draconienne. Une a damoiselle de Ners » fut censurée et dut demander pardon à Dieu, à genoux, en plein consistoire, pour être allée « voir l'idole », c'està-dire pour avoir mis les pieds dans une église catholique (21 décembre 1583). Quelques-uns refusent d'abord de se soumettre à cette humiliante formalité ; mais on les menace de publier leurs noms en chaire comme « rebelles », et ils finissent par céder. Les dames des plus grandes familles sont forcées d'abaisser leurs cheveux aussi bas que l'exige le consistoire, et d'aller en « habitz décens et honnestes» (1582-3). La réforme, à cet égard, fut assez difficile. On menaça d'exclure des sacrements celles qui ne s'amenderaient pas sur ce point.
Et comme quelques-unes piarvenaient, en trompant la bonne foi des anciens, à se procurer des méreaux (jetons d*étain) qui permettaient de communier, la décision suivante fut prise :« Touchant les verdégalins que les damoyselles portent au grand scandalle de Tesglise nonobstant les advertissements qui leur est faict tant en chère que privé, a esté conclud que s'il y en a aulcune quy soit si hardye de les porter en faisant la cène, que on la doit faire passer sans la luy donner» (3'i août 1589). On eut plus vite raison de certaines indécences, imitées de la cour des Talois. que nous ne pouvons pas môme indiquer à. mots couverts. La discipline faisait aussi très souvent œuvre excellente de réconciliation en arrêtant des querelles qui auraient dégénéré en procès, en violences, en inimitiés féroces. Le vénérable corps était alors une haute magistrature de famille ou un tribunal d'honneur dont on pouvait sans humiliation accepter la décision souveraine. Que de duels ont été ainsi évités ! Que de cœurs aigris rapprochés ! Que de torts réparés I Nous sommes forcés de supprimer les détails, mais ils abondent. L'assistance aux indigents, même quelquefois aux frères du dehors, se faisait avec une extrême sollicitude. Les procès de doctrine sont assez nombreux dans cette période. Signalons-en trois qui agitèrent quelque temps l'Eglise. D'abord le procès des frères Brochard, deux écoliers étrangers que le pasteur Jean de Serres dénonça {4 mars 1 587) comme ayant des opinions anabaptistes « erreurs horribles, » et qui durent quitter la ville malgré l'appui que leur prêta le président de Glausonne. Vint ensuite l'afTaire d'un ministre Jean Corneille, ancien catholique qui avait conservé quelque chose de sa première doctrine concernant la vierge Marie (8 et 27 octobre 4592). 11 est excommunié (26 mai 1596) et les fidèles sont exhortés « de ne rhanter ne fréquenter de peurd'estre séduictz par ses erreurs» (t. VII, t. 81-2). La troisième affaire fut plus grave : ce fut Guillaume de Reboul, de famille protestante et noble de Nimes, qui la suscita. Le 20 juin 1596, une conférence solennelle a lieu entre lui, assisté de deux .ou trois de ses amis, et les trois pasteurs de Nimes (Ghambrun, Moynier et Falguerolles), en présence de diacres et d'anciens et de plusieurs « habitans de la religion. » Reboul propose certains doutes sur le schisme « qu'il soutient n'estre excusable nonobstant les erreurs qui peuvent estre en l'esglise romaine. » La discussion orale ayant tourné à sa confusion, il se flatta d'être plus heureux la plume à la main. Il publia Le Salmonée du sieur Reboul conire les vaines terreurs de Veœcommunication des ministres de Nimes (Lyon, 1596, in-12, de 80 p.). Ce titre bizarre de Salmonée, personnage auquel la mythologie donnait Eole pour père, est pris du nom même du pasteur qui l'avait le mieux réfuté, Jean de Falguerolles (ou Falgeroles) ; on y trouve, en effet, en anagramme : Fils enragé d*JEole. Ge pamphlet, réédité Tannée suivante, fut suivi de plusieurs autres qui eurent de nombreuses éditions. Les jésuites trouvaient leur compte dans cepersifflage général assaisonné de calomnies et égayé de drôleries rabelaisiennes. Falguerolles, en réponse aux attaques de l'apostat, composa deux livres, qui sont malheureusement perdus (1596, t. VII, 128). Il
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mourut jeune encore, dans le mois de janvier 1600, quatorze ans après son père Claude. Son collègue de Chambrun le sui\it de près dans la tombe (octobre 1601) après trente-neuf ans d'un ministère béni.
Seconde période. — Epreuves, écrasement. De lapromulqaiion de l'èd'a de Nantes à sa révocation (1598-1685). Aux premiers jours de cette période, la guerre de plume et de parole succéda à la guerre d*épéc. Le père Cotton entra bruyamment en scène, provoquant tous les pasteurs de Nimes. Le consistoire lui opposa successivement : Jérémie Ferrier, le futur apostat, alors ministre à Alais, en novembre 1599, Jean Moynier. en mars 1600, et Daniel Chamier, de Slontélimart, du 27 septembre au 3 octobre iOOO. Le jésuite fut battu; et ces controverses, qui passionnaient la cité, ouvrirent les yeux de nombreux catholiques, docteurs-médecins, avocats, négociants, hommes de lettres qui s'empressèrent de « renoncer à toute papaulté et idolâtrie. » KEglise prospérait, lorsque la mort tragique d'Henri IV (14 mai 1610) vint jeter la stupeur dans r?lme des réformés. Malgré la solennelle déclaration du nouveau roi que rien ne serait changea leur égard, ils se crurent perdus, et ils eurent le tort de suivre le premier personnage venu qui, en se prononçant en leur faveur, semblait devoir empocher leur ruine. Ils s'associèrent en 1615, à la révolte du prince de Condé, qui devait les trahir dès que son ambition personnelle serait satisfaite. « L'union dos églises » fut solennellement jurée dans l'assemblée générale qui se tint à Grenoble dès le 27 juillet de cette année et qui fut transférée à Nimes le 10 novembre suivant. Le synode de Lunel (mai 1616) décide qu'on suspendra publiquement de la cène ceux qui « se bandent directement contre celle union, et particulièrement tous ceulx qui ont charge et commandement ez places de sûreté. » Comme on prévoit de l'hésitation de la part de ces derniers, on s'arme de l'autorité d'une grîinde assemblée provinciale qui se tient, en effet, à Montpellier, le dimanche 28 août 1616, et qui sanctionne la décision de LuneL Quand le consistoire de Nimes voulut faire signer cette « union» aux magistrats, il rencontra chez quelques-uns une résistance invincible, surtout quand ces derniers eurent appris que le prince de Condé avait été arrêté par ordre du roi le matin du \" septembre 16l6(Arch. comm., DD. Reg.IV). Le conflit éclata à la fôte de NoCl. Le pasteur de Chambrun fils refusa la cène aux « dezerteurs de l'union » au moment où ils se présentaient devant la sainte table, et ils durent quitter le temple, non sans avoir jeté au ministre des paroles d'imprécation ou de mépris. La victoire, cependant, ne resta pas jusqu'au bout à la discipline calviniste. Sous la menace 4e transfert hors de Nimes de la cour du présidial, un colloque se tint, le 5 janvier 1617, où il fut décidé que la communion serait donnée aux magistrats le dimanche 8 janvier, par le^ mains du pasteur Olivier qui, pendant ces regrettables débats, avait été absent de la ville. Instruits par l'expérience, les réformés nimoî> ne bougent pas quand ils reçoivent, le 5 mars 1619, une lettre du roi qui leur apprend la fuite de la reine-mère du château de Blois. Mais leur patience estàbout quand ils voient en 1620, l'incorporation du
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Béarn à la France par les armes : ce coup frappé contre Tun des foyers de la Réforme française dévoilait le plan de la cour et menaçait tout le parti. L'Assemblée politique de la Rochelle organisa la résistance. Pour triompher, deux conditions étaient nécessaires: que tous les réformés se levassent comme un seul homme pourla défense de leurs temples et de leurs foyers, et quMls fussent conduits par un capitaine vaillant, habile, dévoué à la cause, imposant à tous l'estime et la confiance. Cette seconde condition seule fut remplie. Henri do llohan mit tout son génie et tout son cœur au service de ses frères ; mais il n'eut avec lui que trois provinces, le Poitou, la Guyenne et le I^mguedoc. La ville de Nimes ne faillit pas à son devoir. Dès le mois de janvier 1624, elle fait acheter sept cents mousquets, cent quintaux de plomb et trente quintaux de mèches, et pense à établir dans ses murs une fonderie de canons. Le consistoire s'employa au bien général de deux manières: en réclamant l'expulsion des jésuites et des catholiques qui intriguaient (!'»• septembre 1621, 23 février 1622); et en travaillant à mettre un terme aux dissensions intestines, parfois sanglantes, qui s'étaient élevées entre les citoyens. Le sieur de Brisson, gouverneur de la cité depuis le 19 juin 1621, tranchail du despote en s'appuyant sur la masse populaire dont il flattait les instincts excessifs, et il paralysa quelque temps l'action des consuls et des bourgeois. Le consistoirese joignit à ces derniers pour demander sa révocation (25 novembre 1621). Une fois cette satisfaction obtenue (21 mai 1622), il demanda qu'on oubliât « entièrement tout le passé pour ne eslre jamais faict aulcune recherche ou aulcuno fasson que ce soit » (27 mai). Il voulait que l'accord fût parfait pour pouvoir résister à l'ennemi commun, qui était le parti de la cour. Aussi lorsque Rohan parla, un jour du mois de juin 1622, d'ouvrir les portes de la ville au roi, et qu'il demanda sur ce point l'avis des pasteurs, ceux-ci. par l'organe de Jean Faucher, déclarèrent que i< ce seroit la ruine de la religion et la perte de leur liberté ». Devant cette opposition imprévue, le duc ne se contint pas :« Haussant le ton de sa voix, il leur dict qu'ils étoient des républicains et leurs peuples des séditieux, et qu'il aymeroit mieux conduire une trouppo de loups qu'une tourbe de ministres » (Anne Hulman, Hisi, secrète des affaires du temps, manusc, Bibl. de Nimes, 1'* narration, p. 8, n*» 13,835). Il fallut pourtant se résigner à faire la paix. Elle fui signée le 19 octobre 1622, au camp de Montpellier. L'édit de Nantes était confirmé. Mais l'influence catholique devint toujours plus prépondérante dans les conseils du roi ; les protestants furent exposés à de nouvelles persécutions, et la reprise des hostilités fut imminente. Elle eut lieu au printemps de 1625. La ville de Nimes toutefois ne se joignit au prince qu'après plusieurs mois d'hésitation, et encore grâce à une petite révolution intérieure qui donna le pouvoir au parti démagogique. Une nouvelle paix fut bientôt conclue cependant, et la publication s'en fit à Nimes le 24 mars 1626. Ce fut plutôt une suspension d'armes, car malgré les promesses royales ce^emier traité fut violé dans plusieurs de ses clauses importantes. La guerre se
ralluma. Après une assemblée des Eglises tenue àUzès le 10 septembre 1627, à laquelle assista Rohan, on reprit avec une ardeur nouvelle le travail des fortifications. Une estampe du temps, que Ménard a reproduite (t. V, p. 583), nous montre combien ces défenses étaient formidables. Mais la prise de la Rochelle et de Privas par a les royaux» fit tomber de nouveau les armes des mains, etunédilde grâce fut donné à Nimes par Louis XIII, en juillet 1629. Cet édit maintenait « ceux qui font profession de la R. P. R. en Texercice libre, tranquille d'icelle et sans aucun trouble. » Cette liberté de conscience et de culte ne fut pourtant que sur le papier. Quand les protestants ne furent plus à craindre, on n'eut plus intérêt à les ménager ; etTœuvre de perfidie, de violence qui doit aboutir à la révocation se poursuit avec une rigueur et une habileté singulières. Comment énumérer ici toutes les doléances dont nos registres sont pleins? Pasteurs interdits sous les plus futiles prétextes; entraves mises à Texercice de leurs charges (30 juin 1632): la possession du petit temple (construit en 1619) contestée (9 février 1633), jusqu'à ce que vienne l'ordre de le démolir (1664); défense aux pasteurs étrangers à l'Eglise de Nimes de prêcher dans la ville, et aux professeurs de donner leurs leçons en public (14 novembre 1638); l'administration de l'hôpital complètement enlevée aux consuls protestants (27 août 1636), et un nouvel hôpital (bâti en 1654) confisqué en 1667 au profit des catholiques; obligation imposée « d'oster le chapeau à l'hostie » (28 novembre 1640); un enfant de treize ans, nommé Goutelle, enlevé à ses tuteurs par l'évoque Victor d'Ouvrier et le père Bath (4 septembre 1650); obligation de chômer les jours de fêtes catholiques (15 janvier 1653); défense de faire les enterrements de jour (21 décembre 1662) et d'admettre plus de trente assistants dans le cortège, y compris les parents (4 juin 1663); l'école de théologie supprimée en avril 1664, après cent trois ans de succès; la chambre mi-partie de Castres incorporée au parlement de Toulouse (juillet 1679); les protestants exclus du consulat (12 décembre 1678); défense de tenir des synodes sans la permission du roi (10 octobre 1679); défense aux catholiques sous les peines les plus sévères de passer au protestantisme (juin 1680), avec menace d'interdiction pour les pasteurs qui les auraient reçus et de démolition des temples où l'adjuration aurait été faite ; ordre à tout protestant d'embrasser la religion catholique, sous peine de bannissement et de confiscation des biens (juillet 1680), permission accordée aux enfants, dès l'âge de sept ans, d'embrasser le catholicisme (17 juin 1681), etc., etc. C'est un arsenal complet d'instruments d'oppression et de mort qui allaient tuer pour un temps le protestantisme dans le royaume. Et pourtant, à cette époque néfaste, rien de plus correct que la conduite des protestants. Ils résistaient obstinément à toutes les tentations qui leur étaient offertes. Lors de la révolte de Gaston, duc d'Orléans, le consistoire refusa de prêter l'oreille aux émissaires du prince. Quand il apprend que l'évêque de Nimes s'est prononcé pour le frère du roi, il souligne sa répulsion h entrer dans cette « débauche en laquelle on
veut précipiter la ville »(25 juillet 1632), et il s'arrange pour que « la faction soit chassée » (Reg. cons., XIV, f* 20). Au moment où les ennemis font une manifestation près de la ville, il s'empresse d'aviser , le marquis de la Force (18 août 1632), et il écrit à Louis XIII pour l'assurer de sa respectueuse soumission. Le 28 décembre 1639, il exhorte « les habitants de toute condition à faire le service du roy». Six ans plus tard, à l'occasion des troubles de Montpellier, il reproduit les mômes assurances de fidélité (5 juillet 1645). £t en môme temps il redouble pour son compte de sévérité dogmatique et disciplinaire. A la suite du synode de Montpellier du 29 avril 1654, il défend aux pasteurs de porter en chaire des sujets controversés et de publier des livres sur les questions qui divisent les protestants (Reg.cons.,Xyi, f" 38 ss.). Il perd l'un de ses plus illustres pasteurs, Jean Claude, parce qu'il maintient que vouloh* rapprocher les deux religions, ce serait unir les ténètres avec la* lumière et Christ avec Bélial » (arrôt du conseil d'Ëtat du 6 août 1661). II fait comparaître successivement devant lui durant deux mois (14 mai-16 juillet 1663) (c tous les divers ordres, états et conditions» pour les exhorter à la repentance, afin de détourner o les verges de Dieu. » Un véritable réveil religieux se produit à cette occasion, et il était bien nécessaire, car cette année 1663 fut signalée par la condamnation au feu du Tombeau de la messe de David de Rodon, professeur de philosophie, et d'un Discours sur le chant des Psaumes par le pasteur Jean Bruguier. Malgré son affaiblissement, ses épreuves, l'apostasie de quelques-uns de ses ministres (Jérémie Ferrier, Jean Cottelier, Joseph Arbussy, Etienne Dumont), l'Eglise se montrait redoutable. Ses persécuteurs voulurent en finir avec elle d'un seul coup et une fois pour toutes; ils imaginèrent, au commencement de 1683, « une seconde Saint-Barthélémy dans toute l'étendue du royaume. » Le père Lachaise avait déjà obtenu l'assentiment de Louis XIV ; les lettres aux intendants des» provinces étaient prêtes, elles allaient être expédiées, lorsque le grand dauphin les déchira, épargnant cette nouvelle horreur à la France. Les pasteurs de Paris, avertis de ce qui s'était tramé dans l'ombre, firent connaître le fait aux principaux collègues et gentilshommes des provinces. Ceux-ci trouvèrent àpropos de s'assembler à Toulouse, chez unNimois, ClaudeBrousson, avocat au parlement. Dans cette réunion secrète (mai 1683), il fut décidé que le môme jour, à la môme heure, le 16 juillet, dans tout le royaume, les prolestants célébreraient publiquement leur culte au désert, sur les ruines des temples démolis, et imposeraient ainsi le respect par leur nombre et leur résolution. Malheureusement l'assemblée convenue ne se tint qu'en deux endroits, Saint-Hippolyte et Dieulefit; et la cour, un instant effrayée et prête à toutes les concessions « rappela ses esprits et résolut d'envoyer des troupes pour faire cesser cette entreprise » (Bibl. publ. de Genève, L. A. C, t. \III, p. 517-8). Le consistoire de Nimes, malgré une certaine pression exercée sur lui par une partie de l'Eglise (1" septembre 1683), refusa de s'associer au mouvement. A l'exception des pasteurs Charles Icard et Jacques Peyrol et du diacre Fonfroide, il se laissa aller à la
peur et enraya tout. Il repoussa la demande qui lui était faite, le mardi 14 septembre, au nom de vingt-cinq Eglises, par les pasteur> Ghambon, d'Aimargues, et Escoffier, de Saint-Gilles, de tenir un colloque dans la ville, le lundi 20 du môme mois (Reg. cons., Xl\» . r* 282-4). Les délégués des vingt-cinq Eglises se réunirent toutefois en secret à Nimes, dans la nuit du 2 au 3 octobre. Enflammés par le péril de la situation, ils avaient formé le projet de s'emparer de la ville à force ouverte avec l'aide des Cévenols qui se tenaient prôls à marcher au premier signal. Ils furent vendus par quelques faux frère>, mais ils purent échapper aux soldats qui les cherchaient. Brousson. après avoir erré à Taventure pendant deux jours et trois nuits, se glissa dans un égout et se réfugia en Suisse. 11 ne devait subir le martyre que quinze ans plus tard, après avoir accompli de grande^ choses pour le relèvement des Eglises sous la croix. Le pasteur Peyrol fut sauvé par le chanoine Rozel, qui le coucha quinze jour> dans sa maison et le fit sortir de la ville travesti en lavandière. Lu persécution redoubla. Les dragons poursuivirent avec un surcroil de raffinement le cours de leurs rançonnemenls, de leurs violences : les officiers eux-mêmes leur donnaient l'exemple. Le consistoire envoya en députation à Montpellier le pasteur Cheiron et le sieur de Saint-Cosme pour conjurer le gouverneur d'apporter quelque adoucissement à ces exactions. Que se passa-t-il entre ces députés et le duc de Noailles? Dans quels termes firent-ils entendre à celui-ci qu'ils étaient disposés, eux et la majorité de la compagnie, à trahir leur cause? Nous pouvons le deviner par la « lettre sauvegarde »> que le noble duc leur accorda (22 novembre 1683) : ils étaient « exempté> du lotgement et de contribution en considération de leur fidellité au Hoy» {ibid., XIX, f» 303). Abrégeons ce douloureux récit. Lafos^e dans laquelle les Egliscfs réformées de France allaient ôtre quelque temps ensevelies était creusée : il ne s'agissait plus que de sceller la pierre sépulcrale. Le 10 janvier 1685, signification fut faite auconsi>toire de justifier « par actes et forme probans que l'exercice de la religion avoit été publiquement fait dans la ville en l'année 1377. •• C était le glas funèbre qui sonnait, car le fait de la possession elles registres officiels de la compagnie u'élaient pas pour la cour detitres <t probans». Sur la demande de l'assemblée générale du clergé, un arrêt du conseil du 30 juillet 1685 « interdit pour toujours l'exercice de la H. P. R. dans la ville de Nimes » et le temple devait être démoli jusqu'aux fondements dans l'espace de deux mois. Le 22 septembre le marquis de Montanègre, lieutenant du roi, arriva à Nimeà la tète de deux compagnies de dragons pour faire exécuter cet arrêt. 11 permit seulement aux protestants de s'assembler une dernière fois dans le temple. Cheiron occupa la chaire. Il prit à témoin> ces murs qui allaient tomber sous le marteau des démolisseurs, de la sincérité des serments que l'Eglise faisait d'être fidèle jusqu'à la mort « pour obtenir la couronne des martyrs glorifiés dans le ciel. " A quelques jours de là, il abjurait entre les mains de Tévêque Séguier, et le roi, par lettre de cachet du29 octobre 1680, le nommait premier
consul. 11 mourut daps la première année de son consulat, frappé d'une attaque d'apoplexie, il avait eu le temps de signer une liste de protestants fugitifs de son ancienne Eglise, qu'il dénonçait ainsi à l'implacable rigueur dos lois. Son collègue Pierre Paulhan abjura à sou tour et reçut en échange une place de conseiller au présidial de Nimes. Il vécut jusqu'en i 609 et publia im Discovrs sur L'ancienne discipline, où il eut le triste courage de bénir Dieu de ce qu'il n'y avait << plus qu'un môme roi, une môme loi, une mômè foi. » Lcs« conversions » et les « communions » se nmltiplièront à l'envi. Le roi, dit Saint-Simon, « les montrait aux courtisans avec épanouissement; il nageait dans ces milliers de sacrilèges, comme étant l'effet de sa piété et de son autorité. » 11 se laissa persuader qu'il n'y avait plus de protestants dans son royaume, et il révoqua l'édit de Nantes (IH octobre 1685).
TiioisiKMK l'KHioiiE. lUdùvcment par niéro'isme des confesseurs, la liberté cioilô et /joliiitjuc de 1789 et le rétabUssement des cultes de 1802 ^de 1085 à nos jours).— Nous entrons dans la période la plus sombre, mais aussi la plus héroïque de nos annales protestantes. Les bour- «içeois et le peuple ne se courbèrent pas si vite ni si bas que les nobles sous le bon plaisir du monarque. De nouvelles rigueurs furent nécessaires. « Les plus considérables de Nimes ont fait leul* abjuration le lendemain dé mon arrivée ici, écrit le duc de Noailles à Louvois. Il y a eu ensuite du refroidissement, mais les choses ont été remises en hou train par quelques logements que j'ai fait faire chez les plus opiniâtres. Le nombre des religionnaires dans cette province est de deux cent quarante mille. Je crois qu'à la fin du mois tout sera cxpé-* die. » L'obligation de signer une déclaration de fidélité à l'Eglise catholique, les supplices de quelques prédicants ou lecteurs (Fulcran Rey^ S juillet 1686; Emmanuel Dalgué et Roques, i6 juin 1687 ; im autre, vers le 15 mars 1689 ; Jea>^-Pierre Brisson et Dombre, le 13 novembre de la môme année) et la construction au nord de la ville, sur un coteau qui la dominait, d'une citadelle qu'on arma de canons (1689), comprimèrent dans les cœurs toute tentative de « révolte. » L'émigration, qui avait déjà commencé avant la révocation, reprit dans de plus vastes proportions. La France s'appauvrit alors de ce qu'elle avait de plus fçrand par la foi, le caractère, la vertu, et de plus prospère par le commerce et l'industrie; et de tout ce qu'elle rejetait de son sein elle enrichit les nations voisines, dont la prospérité et la grandeur datent précisément de cette époque, et qui furent bientôt pour elle de redoutables rivales. Dix-neuf pasteurs ou prédicants furent exécutés de 1690 à 1698; et les cendres du dernier, l'illustre Claude Broussoni 4 novembre) étaient à peine refroidies, que les chefs des camisards, Roland et Cavalier, se levèrent. Aux martyrs patients succédèrent les combats furieux. Les plus sanglants se livrèrent non loin de Nimes; mais dans la ville môme il n'y eut que des exécutions de malheureux qu'on parvenait à saisir et auxquels on réservait les tortures les plus raffinées. Un jour cependant il y eut plus que des supplices isolés, il y eut nn nuassacre général, et dans des circonstances horribles, de quelques
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centaines de protestants, femmes, enfants, vieillards, réunis en assemblée de prière dans un moulin de TAgau le dimanche des Rameaux, !•' avril 1703 : le nom du bourreau, le maréchal de Montrevel, en est resté flétri. Les camisards tirèrent vengeance de cette ignoble tuerie : ils portèrent la dévastation et la terreur jusqu'aux portes de la cité. On allait entourer les faubourgs de murailles pour se mettre à Tabri de ces audacieuses incursions, la mise aux enchères de la nouvelles enceinte avait eu lieu, le 15 avril 1704 (Arch., com., série KK.» Reg. XXVII), lorsque Cavalier eut une entrevue avec le maréchal de Villars dans le jardin des Récollets, situé entre les portes de la Bouquerie et de la Madeleine. L'ancien garçon boulanger fut ébloui par TolTre d'un brevet de colonel et une pension de douze cents livres. Mais il n'obtint pas la chose essentielle, la liberté de conscience et de culte. En vain quelques-uns de ses lieutenants essayèrent de continuer la lutte : le ressort était brisé, et ils périrent bientôt dans des combats obscurs, sur le bûcher ou sur la roue. Tout semblait fini, quand Dieu suscita un jeune homme du Yivarais, Antoine Court, qui pendant un demi-siècle et au travers de mille périls, s'obstina à ranimer ces ossements desséchés et vit, avant de mourir, le complet relèvement d'une cause qu'on croyait à jamais perdue. Il eut d'abord à lutter contre les « fanatiques » ou << inspirés », pauvres gens sans instruction, mais bien intentionnés à l'origine et pleins d'ardeur, qui prenaient leurs rêveries pour des mouvements du Saint-Esprit, et qui, en l'absence des pasteurs presque tous en exil ou dans les fers, passaient pour des prophètes aux yeux des fidèles affamés de consolation, de culte, d'espérance. Dans cette œuvre de sagesse et de foi le jeune missionnaire eut pour collaborateur Pierre Corteiz (dont le vrai nom était Carrière), qui n'avait pas et n'eut jamais l'instruction première, la hauteur de' vue et l'influence de son ami, mais qui mit à le seconder tout son cœur et une activité infatigable. Celui-ci, pour fermer la bouche à Jean Vesson, l'un des fanatiques les plus entêtés et les plus écoutés surtout dans la Vaunage et à Nimes, alla se faire consacrer à Zurich (août 1718) et consacra bientôt Antoine Court. Ces pasteurs repoussèrent les offres du ministre d'Espagne, le cardinal Albéroni, qui cherchait à soulever les protestants du Midi (1719) ; mais ils furent mal récompensés de leur patriotisme. Une assemblée fut surprise dans la nuit du 14 au 15 janvier 1720, à une demi-lieue de Nimes, dans la Baume des Fades ou des Fèdes (grotte des fées ou plutôt des brebis) : vingt-cinq hommes furent envoyés aux galères ou déportés en Amérique; et des vingt femmes qui furent prises, deux furent condamnées à la tour de Constance et les autres à la déportation. Malgré cette terrible épreuve et pendant que Court poursuivait ses études à Genève, les réunions religieuses se faisaient dans la ville, par groupes de dix à douze personnes ; on y chantait les psaumes à haute voix; on y lisait un sermon que le restaurateur des Eglises venait de leur envoyer (Bibl.publ. de Genève, L. A. C, t. II, p. 267). Il fallait user de prudence, car l'ennemi veillait. Un mot d'une lettre de Corteiz, du
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20 juin 4722, peint la situation précaire de cette Eglise jadis si floris- . santé : « J*ay resté, dit-il, environ quinze jours à Nimes. J*ay administré par trois diverses fois la sainte cène dans des caves obscures et secrettes » (iôW., t. III, p. 93). Court revint de Genève au mois d'août 1722, et son ministère impatiemment attendu fut partout en bénédiction. Il eut encore. à combattre les « folies » des impirés, notamment à*un certain Marion, de Gongenies, disciple de Yesson (lequel avait été pendu à Montpellier le 22 avril 1723). Son triomphe est bientôt complet à cet égard, et il contient dans l'obéissance aux lois les exaltés qui, après la déclaration du 14 mai 1724, voulaient provoquer un soulèvement (iWd., L. D.G., t. II, p. 65, 73). Son activité pastorale redouble. « Nonobstant toutes les menaces de nos ennemis, dit-il, nos assemblées de piété vont leur train ordinaire. » En moins de deux mois, il en avait convoqué plus de vingt. Il prit alors le nom de Gebelin (ou son anagramme Lingebé), qui était celui de sa mère et que son fils devait illustrer. Le jeune apôtre manqua d*6tre victime de son zèle ; il échappa comme par miracle, le 17 janvier 1725, alors qu'il présidait une assemblée religieuse à Alais, dans la maison Jalabert. On fit un grand nombre de prisonniers, mais les seuls condamnés furent quatre anciens du consistoire de Nimes ; Dussein, David Carrière, Gervais et Pouget. Après dix-sept mois de souffrances dans les cachots de la citadelle, ils furent libérés moyennant la somme de 6,570 livres, dont 600 furent collectées à Nimes même. Malgré l'ordonnance du 11 septembre 1726, qui donnait le droit à l'intendant du Languedoc ou à ses délégués d'envoyer « sans autre forme ni figure de procès » les hommes aux galères et les femmes, dans une prison à perpétuité, le zèle ne S3 refroidit pas, surtout chez « le bas peuple. » Les lettres de Court de cette époque sont pleines de détails intéressants que nous ne pouvons malheureusement pas rapporter ici. Notons pourtant les lignes qu'il écrit au sujet d'une assemblée qu'il tint, le 13 janvier 1727, « à un jardin hors de la ville de Nimes ; » il fut surtout frappé de la piété des femmes : <( Elles sont, dit-il, si touchées et si pénétrées de la prédication et leur zèle est si vif, si animé, qu'elles interrompent bien souvent le prédicateur par d'autres cris encore que par ces cris sans voix dont parle un ancien, Grégoire de Nysse, par des larmes et par des soupirs aigus et perçans » {ibid,j L. D. G. , t. III. , p. 179) . Des encouragements de ce gençe étaient nécessaires, car sa fatigue était grande : <( Mon occupation, écrit-il à Pictet fils à Genève (20 juin 1727), est de circuler sans cesse de lieu en lieu et de prêcher souvent, jusqu'à cinq fois dans une semaine, quelquefois de jour, mais le plus souvent la nuit. Marcher, veiller, demeurer debout sur une pierre presque les trois heures entières, prêcher en rase campagne : c'est une partie de nos peines » {ibid., p. 247). De nouveaux malheurs fondirent sur l'Eglise au commencement d'octobre 1727 : dix à douze de ses membres furent pris au retour d^une assemblée, « dans une capite» ; et il est probable que l'une des condamnées fut Marie Robert, de Saint-Césaire-lès-Nimes, qui entra à la tour de Constance le 4 décembre de cette année, par jugement du
marquis de la Fare (ibid,, L. A. C. t. IV, p, 313). L'exécutiou du pasteur Alexandre Roussel (à Montpellier, 30 novembre 1728) ne ralentit parle zèle du dévoué missionnaire. La mise à prix de sa tête fut élevée à dix mille livres. Il recevait de tous côtés le conseil de chercher un refuge au delà de la frontière. C'était à lui surtout que les persécuteurs en voulaient.. Le 24 avril 1729, cent trente soldats, commandés par deux officiers, lirent de sérieuses perquisitions dans une maison de Nimes où l'on supposait qu'il se cachait ; heureusement il n'y était plus {ibid,, L. D. C. t. 111, lettre à Duplan, du 30 avrilt. Le vaillant lutteur se décida cfilin à passer en Suisse, dans la pensée que « rexercicc de son ministère feroit plus de mal à son troupeau un Tcxposant au danger de perdre un pasteur utile, qu'il n'en reoueilleroit d'avantages pour sa sanctification, ej, qu'en se conservaot il se réservait pour de plus grands biens » (t6û/., t. III, p. 313). II arriva à Genève au commencement de septembre 1729 ; sa femme et deux de ses jeunes enfants dont l'un sera Court de Gebelin s'étaient déjà réfugiés « dans l'heureuse cité » (ibid., p. 363). Cette retraite ne fut pas comprise môme par ses amis. Les anciens de Nimes et ses collègues du désert réunis en synode réclamèrent son retour, mais inutilement; et nous ne pouvons nous empocher de lui donner raison : Il a été plus utile aux Eglises de France en restant à Lausanne ; rar il leur a suscité de puissants et généreux protecteurs, et surtout il a fondé un séminaire qui a prospéré jusqu'en 1810 et qui a été longtemps une école de martyrs. Six mois après son arrivée sur les bords du Léman, les fidèles de Nimes subirent une nouvelle épreuve. Une assemblée que le pasteur François Houx tint le 27 mars 1730, au mas des Grottes, à sept ou huit kilomètres de la ville, fut surprise par les soldats ; il y eut dix condamnations : un homme aux galères et neuf femmes à la tour de Constance. On a trouvé, au mois de juillet 1870, au bas d'une meurtrière de cette tour, sous un mètre de balayures et de gravois, quelques fragments de lettres adressées à quel- ([lïes-unes de ces prisonnières par des membres de leur famille, reli- <iues précieuses qui sont un des trésors des archives du consistoire de Nimes ^Ch. Sagnier, La tour de Comiauce el ses prisonnières^ Paris,1880, in-8**). Une collecte générale se fit assez ouvertement dans l'Eglise pour racheter ces malheureuses. Un ami de l^ourt, Gervais, fut conduit pour ce fait au fort de Brcscou (L. A. C, t. V, p. 554). Uncpro- 4'édure en règle s'ensuivit ; mais elle n'aboutit point, parce que les magistrats instructeurs apprirent que le cardinal de Fleury ou son entourage avait trempé dans l'affaire et ùxé le taux de la rançon à 4>,000 livres (ibid.y p. 511). Une autre assemblée tenue à Saint-Césairc, tout près de Nimes, dans l'après-midi du 28 juin 1739, eut le même sort que celle des Crottes. 11 y eut encore des condamnations. L'heure de la tolérance ne devait sonner que plus tard. Nous aurions par (conséquent à rappeler des perquisitions générales et minutieuses faites à chaque instant par les soldats dans toutes les villes et villages du bas Languedoc « en présence du curé, dit une ordonnance du 24 mars 1741, et avec l'assistance des principaux habitants ratho-
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ligues » (L. A. C, t. XIII, p. 287 j ; nous aurions à montrer les pasteurs et leurs familles « errans par les dézerts et par les montagnes exposés à toutes les injures de Tair, n'ayant que la terre pour lit et le ciel pour couverture » [ibid., p. 275); des assemblées surprises et les galères, la tour de Constance et les prisons se remplissant de nouveaux confesseurs; des pasteurs attachés au gibet (Jean-Pierre Dortial, le 31 juillet 1742) ou exécutés en effigie (Goste, en 1752); des centaines de famille s'expatriant à chaque recrudescence de persécution; des enfants arrachés des bras de leurs pères et de leurs mères désolés et dont on peuplait les couvents et les institutions catholiques (en mai 1740, il y eut à Nîmes trente-cinq jeunes filles ainsi enlevées, îbid,^ t. XIII, p. 51); des razzias de livres de piétés bibles, psaumes, sermons, qu'on faisait brûler par la main du bourreau, etc., etc. On se fatigue à répéter ces faits douloureux qui se reproduisirent jusque dans la seconde moitié du dernier siècle, avec une désespérante monotonie. Quant aux détails de la vie intime de TEglise, nous renvoyons surtout aux cent-quatre-vingt-douze lettres de Paul Rabaut, Tami de Court, et son émule par le talent et ie zèle. Ces lettres, dont la preraiera est datée de février 1739, et la dernière du 29 octobre 1755, sont disséminées dans les volumes marqués L. A. G. de ]a Bibl. publ. de Genève : nous savons qu'elles seront prochainement publiées. On y verra sous tous ses aspects cet autre restaurateur des Eglises sous la croix, avec ses. élans de ferveur, de confiance, de joie pastorale, malgré les périls de chaque instant qui menaçaient sa tète, comme aussi avec ses tristesses et ses découragements momentanés à la vue de Findifi'érence, de la tiédeur de son troupeau. On trouvera, d'ailleurs, dans cette Encyclopédie y des indications importantes sur l'histoire de l'Eglise de Nimes dans les notices biographiques d'A. Gourt et de son fils, de Paul Rabaut et de ses fils. Nous devons réserver le peu déplace qui nous reste pour quelques faits moins connus et que d'heureuses trouvailles nous ont permis de voir sous leur vrai jour. Nous voulons parler du schisme Boyer et de la lettre écrite contre les assemblées religieuses par un protestant du pays de Yaud, François-Louis Allamand, et publiée avec les corrections et par les soins du comte de Saint-Florentin, le terrible persécuteur des protestants. Le schisme éclata en 1731 et dura treize ans; il fit peut-être plus de mal que n'avaient jamais fait les édits proscripteurs et les dragons. Les Eglises des Géyennes et dû bas Languedoc se divisèrent en deux camps parfaitement tranchés, et des deux côtés la passion fut extrême. On en vint même jusqu'à se battre devant la table sainte et à verser le sang. Des bandes de jeunes gens s'étaient organisées qui empêchaient, en chantant des psaumes à plein gosier, qu'on entendit les prédicateurs du parti contraire. Gomme l'écrit à un professeur de Genève un ancien officier du nom de La Roquette (5 juin 1739) : u Cette jeunesse accomplira ce que le commandant de cette province a dit, qu'il falait nous donner des armes et ne plus faire de détachement comme à l'ordinaire ; que nous nous détruirions assés nousmêmes. » Jacques Boyer, né à Lausanne en 1700, et élevé à Genève,
était en garnison à La Salle dans Tété de 1721, lorsqu'il se mit à faire des prières et des exhortations dans les assemblées religieuses. « On y courait en foule, » comme nous rapprend Corteiz (L. A. C, t II p. 541). Racheté du service militaire moyennant deux cents livres, il fut consacré en 1729. Son zèle ne fit jamais défaut. Sa tête fut mise à prix et il fut exécuté en effigie en 1736. Suspendu, pour soupçon d'immoralité, par une assemblée du 4 avril 4731, il fut absous el rétabli le 12 du môme mois par une autre assemblée. A côté de cette cause première et extérieure du schisme, il y en a, croyons-nous, une autre plus profonde, plus persistante, et qui, en tout cas, a indisposé contre lui la plupart de ses collègues : Claris, Corteiz, Bét^ine, Roux, Rabaut, Maroger, Combes, Defferre, Pradel. Ses opinions dogmatiques n'étaient pas correctement orthodoxes; il avait refusé de signer les articles 9, 10 et 11 de la confession de foi; il niait le péché originel et l'imputation du péché d'Adam; il avait en outre, sur la nature de Jésus-Christ, des idées passablement hérétiques. Son hétérodoxie nous a été révélée parles papiers du pasteur et professeur François de Roches, de Genève (1701-1769), déposés récemment aux Archives de la vénérable Compagnie, et qui ont pour épigraphe ces mots grecs : tk tSv tyîç 4>paYx(aç 6xxXr,<TiGv xal tou BotT,pou icpà^jASTi. Nous avons trouvé la confirmation de ses hérésies dans les papiers Court (L. A. C, t. IX, j). 703, 477; n^ 12, p. 473; t. XVII, p. 87-9, 116, 310). Nous ne citerons que ce mot de Pomaret qui, après l'avoir accusé, revint à résipiscence. « Je me condamne et j'implore la clémence des Eglises... Je trouvois qu'il apuyoit quelque fois un peu trop le systheme des sociniens et des pelagiens • {ibid,<t t. XVU, p. 251). Quelle que fut du reste la vraie cause de cette division, il fallait en finir, car elle était une « écharde » douloureuse pour les réformés et un sujet de triomphe pour les catholiques. Nous connaissons la pensée de ces derniers sur ce point par une note qui se trouve aux Archives de l'évôché de Nimes, Reg. 32, et qui parle avec un malicieux plaisir et aussi quelque exagération de « cette pieuse guerre civile.» Mais, parmi les appels à la concorde qui retentissaient de tous côtés, le plus touchant est sans contredit celui qui vint un jour des galères où soufi'raientles « forçats pour la foi. » Leur indicible misère ne les rendait pas insensibles à ces débats intérieurs qui compromettaient si tristement la cause pour laquelle ils portaient la livrée d'infamie (voy. la lettre du confesseur Chapel, datée de Marseille, 19 septembre 1736, L. A. C, t. X, p. 607-8). Le synode national de Lédignan, présidé par Court, accouru tout exprès de Lausanne^ fit cesser le scandale (août 1744). Boyer put desservir le même département qu'il avait en 1731 ; mais pour donner quelque satisfaction à ses adversaires, il fut suspendu pendant quinze jours de toutes les fonctions de son ministère. Après l'incident Boyer, il en survint un autre qui. sans être aussi grave, inquiéta fort cependant les Eglises réformées; ce fut la publication d'une Lettre sur les Assemblées des Religion' naircs en Languedoc^ écrite à un gentilhomme protestant de ceue province (ia-4'' de 40 p.). L'auteur, qui exerça plus tard le minis-
1ère, et qui fut en relation avec le sceptique Gibbon et en correspondance avec Voltaire, était un jeune vaudois, F.-L. Allamand, précepteur dans une grande famille de Paris. Le chargé d'affaires de la république de Genève, Saladin d'Onex, eut connaissance de ces pages, encore manuscrites, et tira de peine son gouvernement en les mettant entre les mains du comte de Saint-Florentin, car la cour de France exigeait que les magistrats de Genève obtinssent de leurs pasteurs un désaveu des assemblées religieuses qui avaient repris en Languedoc sur une grande échelle. La lettre d'Allamand parut suffisante pour éteindre ce beau zèle, et le ministre la corrigea à sa guise et la répandit à foison dans la province. L'écrit fit scandale, non sans motif, car Fauteur essayait de persuader aux protestants du Midi que l'autorisation du culte public était un droit, un devoir de l'Etat, et que leurs assemblées de <( dissidents et de rebelles » n'étaient appuyées ni par les lois ni par l'Evangile. Les arguments étaient spécieux, habilement présentés ; et <( si le papiste, » comme le dit Gibbon dans ses Mémoires (t. I, p. 98), « semblait percer sous le masque du protestant, le philosophe se cachait sous le déguisement du papiste. » De nombreuses réponses ne tardèrent point à paraître : celle de Daniel de Superville, celle d'Armand de la Chapelle, d'autres encore. Mais la plus importante fut celle d'Antoine Court (1745), qui ne laissa debout aucun argument de son adversaire. La lettre d' Allamand eut un épilogue inattendu. Le jeune ambitieux qui avait eu pour collaborateur un ministre d'Etat et qui avait mis la main avec quelque reteatissement dans les affaires protestantes, se figura qu'il pourrait les diriger dans l'intérêt de sa fortune. Sous le nom de Desmarets, il s'aboucha à Paris avec deux fidèles de Nimes, Galafrès et Louis Yincens, qui avaient toute la confiance de leurs coreligionnaires, et il leur insinua qu'il serait bon de créer un petit conseil qui serait comme le corps représentatif des Eglises et qui prendrait en main la. défense de la cause protestante. 11 se flattait de l'espoir d'être un des premiers élus. Le mémoire qu'il rédigea pour faire réussir son projet séduisit Paul Rabaut et bien d'autres : ils croyaient l'auteur un personnage important et bien placé pour être utile. Ils furent détrompés par leurs amis de Genève : ceux-ci leur apprirent que ces ouvertures alléchantes venaient de celui-là même qui avait rédigé la fameuse lettre, et que le professeur LuUin caractérisait ainsi : « Un aventurier qui prête sa plume au ministre dont il sera toujours l'esclave pour obtenir ce qu'il désire. » (L. A. C, t. XVII, p. 263). Les vrais protecteurs des protestants furent, après Dieu, Findomptable fermeté d'un grand nombre d'entre eux, l'héroïsme des pasteurs, et aussi l'esprit nouveau qui souffla sur la France dans la seconde moitié du dix-huitième siècle. Le supplice de Calas à Toulouse (1762) fut comme le dernier efi'ort du fanatisme. Le consistoire reprend ses séances régulières après une interruption de soixantedix-huit ans. Le premier registre de la seconde série commence le 5 août 1763. Les assemblées religieuses se font, de jour, aux portes de là ville, et aucune surprise n'est à redouter : selon une heureuse
expression que nous relevons dans le procès-verbal du 19 janvier 1778, elles jouissent d'une « clandestinité légale. » Un emplacement convenable appelé VEcJio est loué pour six ans (au prix de trente-six livres), dans la séance du 5 février 1769. C'est le site pittoresque popularisé par une gravure célèbre. Paul Rabaut fils, dit Saint-Etienne, y prêcha, le dimanche 15 mai 1785, jour de Pentecôte, devant un prince royal d'Angleterre et sa famille {Bulletin, XI, 403). Les prisonnières de la tour de Constance furent délivrées en 1767 par le prince de Beauvau, gouverneur du Languedoc ; il n'y en avait plus en 1769; et quelques mois après l'avènement de Louis XVI (10 mai 1774), les deux derniers confesseurs, Antoine Riaille et Paul Achard, sortirent des galères, où ils avaient été oubliés. L'ère de la tolérance s'ouvrit alors, en attendant celle de l'affranchissement. Toutefois les édits de proscription n'étaient pas encore abrogés, et quand l'intérêt ou la passion les invoquait, ils étaient en général appliqués. Ce cas se présenta souvent à cette époque au sujet des mariages bénis au désert : la loi ne les reconnaissait point; les époux n'étaient donc pas légitimement mariés et leurs enfants étaient bâtards (déclaration du 12 décembre 1698, conflrmative de Téditde 1697). L'affaire la plus scandaleuse sous ce rapport et qui souleva l'indignation de tous les catholiques honnêtes de Nimes et de la France entière fut celle des époux Roux-Roubel. Après une union heureuse de huit années et cimentée par la naissance de huit enfants, dont quatre vivaient encore, la femme quitte tout à coup le domicile conjugal pour suivre un jeune homme dont elle a fait la connaissance pendant une grave maladie de l'époux. Et pour voiler son crime, sur le conseil de quelques membres du clergé, elle se fait catholique, feint d'avoir des scrupules sur la validité de son mariage, et fait signifier, par huissier, au malheureux Roux, qu'il ait à changer de religion comme elle, s'il veut qu'elle rentre sous son toit. On comprend le refus indigné du mari. Les plaidoieries se poursuivent de tribunal en tribunal pendant deux années (1773-1774). Voltaire, sollicité de s'occuper de l'affaire, répondit par un refus:* Je vois de tous côtés, dit-il, des choses horribles, et il est bien triste de ne pouvoir remédier à aucune » (Lettre inédite^. Roux fut condamné à payer la somme de six cents livres à son indigne femme qui s'était réfugiée dans << la maison des écoles chrétiennes », et ses deux filles furent enfermées dans un couvent. On les fit catholiques et elles le sont restées après leur mariage. Le petit-fils de l'une d'elles, catholique comme sa grand'mère, est un membre distingué de l'Académie française ; et le petit-fils de l'enfant Roux, qui est protestant comme son aïeul, est un peintre plein de talent. L'affranchissement officiel commença en novembre 1787, avec la promulgation de l'édit de tolérance qui accordait l'état civil aux protestants. Les mariages bénis au désert durent être enregistrés de nouveau pour que les époux fussent appelés à jouir du bénéfice de l'édit réparateur. 11 s'en présenta dont l'union avait été bénie plus de quarante ans auparavant. Au présidial de Nimes, dans l'intervalle de neuf mois seulement, du
19 juillet 1788 au 2 avril 1789, nous avons constaté Fenregistrement de trois mille quatre cent soixante-quinze mariages (Arch. de la mairie). La liberté pleine et entière, Tégalité de tous devant la loi, ne devait pas venir par les descendants de Louis XIV : elle vint par la Révolution de 1789. On sait le rôle considérable et bienfaisant qu'y joua Saint-Etienne, lequel put écrire à son vénéré père, après la séance du 16 mars 1790 : « Le président de l'Assemblée nationale est à vos pieds. » De sombres jours vinrent bientôt ternir Téclat de cette révolution si pure à Torigine. La guillotine en permanence abattit les têtes des meilleurs patriotes. La liberté des cultes fut supprimée. Un représentant du peuple, Jean Borie, envoyé dans le département du Gard, fit fermer les deux temples protestants aussi bien que les églises catholiques (juin 1794), et les deux pasteurs Jean Gachon et Adrien Vincent répondirent à cetteântimation par ces paroles dignes et attristées : a Une obéissance passive à la loi a toujours été dans nos plus rigoureux principes. Quand la loi nous a permis Texercice de notre culte, nous avons profité de la liberté qu'elle nous donnait, pour exhorter les hommes à la vertu, et surtout au patriotisme qui est la première vertu. Aujourd'hui nous voyons que la tranquillité publique demande la suppression de ce même culte. Nous faisons à ce grand objet le sacrifice de notre état : nous rentrerons dans la classe commune des citoyens, et sous ce rapport nous ne cesserons jamais de concourir de tout notre pouvoir à la prospérité de notre patrie. » (Reg. consist.). Cette tempête de sang et de tyrannie ne sévît que trop longtemps sur la France. Mais enfin elle cessa, La loi du 18 germinal an X, qui réorganisa les cultes fut accueillie par tous les protestants avec des applaudissements unanimes. Les pasteurs nimois, en particulier, épuisèrent toutes les formules de l'adulation et de la reconnaissance pour exalter la gloire de « l'invincible héros, )> du « grand restaurateur » Bonaparte. On comprend cet enthousiasme après les saturnales de 1793 et 1794 et les ridicules parades du culte de la déesse Raison. Mais avec un peu de réflexion l'Ëglise réformée eut pu voir que son union avec l'Ëtat lui enlevait une partie de son indépendance pour ce qui tient à la discipline et au dogme : elle cessait ipso /ac/o d'être autonome. L'Etat, c'est-à-dire un catholique, un indifférent ou un athée, ayant droit de sanction par suite de la protection spéciale et du salaire qu'il promettait, avait par cela môme droit d'examen et de contrôle. Et les articles IV, V, VI, XXX, XXXI et XXXII sont à cet égard d'une précision indiscutable. L'autonomie ne pouvait être sauvegardée qu'en refusant le périlleux bienfait de l'union, en se constituant en Eglise libre. Nos vénérés prédécesseurs ne l'ont point fait. On peut regretter ce manque de prévoyance et d'héroïsme de leur part à ce moment unique de l'histoire. Mais si l'on reste dans l'établissement national, la logique veut qu'on accepte les conséquences inévitables de ce changement absolu de situation. Si tous les avaient acceptées, on nous aurait épargné ces luttes douloureuses pour l'apaisement desquelles le bras séculier a dû intervenir et dont nous avons eu jusqu'*\ ces dcrnters jours
le navrant spectacle. Il est certain, d'ailleurs, que le concordat de 1802 a été passé par le premier consul non avec TËglise réformée, mais uniquement avec le chef de TËglise catholique. Pour notre Eglise, là loi de germinal a été une simple loi émanée de TEtat, délibérée par lui seul et par lui octroyée sinon imposée. L'Etat n'a pas eu un instant la pensée qu'il avait à traiter avec nous de puissance à puissance, comme il le faisait avec le souverain pontife de Rome. Nous avons dans nos archives consistoriales la preuve de ce fait encore peu connu, preuve fournie par l'auteur même du concordat, le ministre Portails. A propos d'une question de préséance, celui-ci va jusqu'à dire que « le rétablissement de la religion » est « étranger > aux Eglises protestantes (lettre du 19 juin 1806. La Renaissance^ n* du 18 avril 1879). Ces Eglises purent s'apercevoir de leur assujettissement relatif dans deux circonstances graves qui se présentèrent peu d'années après le concordat ; l'affaire du professeur Gasc, de Montauban, et le projet d'organisation ecclésiastique dont elles eurent à s'occuper. Esaïe Gasc (voy.ce nom), avant qu'il prît possession de sa chaire de théologie, fut dénoncé au ministre comme indigne, à cause du rôle joué par lui lors de la révolution genevoise de juillet 179i. La dénonciation partit de Nimes (février 1810) à l'instigation d'un ancien adversaire politique, Manoel de Végobre. Le ministre ne répondit même pas aux dénonciateurs. Deux ans plus tard, même irritation et môme impuissance des pasteurs nîmois contre leshérésies dogmatiques du professeur montalbanais ; ils veulent qu'il se soumette à l'ancienne confession de foi ou qu'il se démette. Celui-ci, jaloux de son droit, leur répondit, entre autres choses, qu'ils se faisaient complètement illusion sur leur pouvoir; que les temps n'étiiient plus où les académies protestantes « ne devaient leur existence qu'à elles-mêmes ,- nommaient les professeurs, pourvoyaient à leur traitement et avaient le droit de mettre le marché à la main de quiconque ne voulait pas se conformer dans l'enseignement public à leur confession de foi. Aujourd'hui, ajoutaitil, les choses sont sur un pied bien différent : l'Eglise réformée de France est une des parties constituantes de l'Etat, le gouvernement l'a prise non seulement sous sa protection , mais encore sous sa direction. Elle ne tient pas à la vérité sa doctrine de lui; mais surent objet, comme sur plusieurs autres, elle a perdu une bonne partie de l'indépendance dont elle était jadis en possession. » L'argument était sans réplique. Un compromis termina le différend (juillet 1813i; mais si l'Etat avait dû intervenir, il est certain que, contrairement à l'avis de la grande majorité des Eglises, il eût donné raison au professeur incriminé, car le grand-maître de l'Université, de Fontancs, était fort mécontent de l'amertume que montraient contre Gasc quelques-uns de ses adversaires. Dans une autre circonstance les Eglises réformées durent aussi s'apercevoir qu'elles n'étaient pas seules maîtresses de leurs destinées. Il s'agissait d'un projet d'organisation ecclésiastique dont elles s'occupèrent avec entrain dès le mois de novembre 1810, avec l'autorisation et presque sur la demande du
ministre des cultes. Les pasteurs des Eglises importantes, consultés les premiers par Genève qui était alors sous la domination française, formulèrent par la plume du présidentdu consistoire de Nimes (11 janvier 1811) un projet qui se rapprochait beaucoup du système luthérien ou même du système épiscopal: on saitque Paul Rabaut penchait assez de ce côté. Une première commission nommée ad hoc par le consistoire de Genève ne désapprouva point ces idées aristocratiques.Mais la plupart des pasteurs,môrae ceux qui recommandaientlesystème luthérien plus ou moins modiflé, demandèrent subsidiairement le fonctionnement des synodes, soit particuliers, soit généraux, s'il était possible d'obtenir cette faveur de « Sa Majesté » et qu'il fallait en tout cas lui présenter une supplique dans ce sens. Ce vœu spécial fut mis en relief dans le rapport d'une seconde commission qui fut nommée le 21 mars 1811 parle consistoire de Genève et qui, du reste, redoutait le régime synodal non comme « trop démocratique », mais comme pouvant imposer une confession de foi. Et dès lors le ministre battit froid, et il finit par dire que « les choses allaient assez bien pour n'avoir besoin d'aucune innovation » (septembre 1813. Archiv. du consist. de Genève). — Nous voici arfivé au temps actuel, et la brièveté qui nous a été imposée devient ici en outre une convenance. Nous ne pouvons que mentionner la terreur blanche de 1815 : « les vexations, les incendies, les pillages et les assassinats qu'une populace effrénée s^ permit durant plus de quatre mois contre tous les protestants indifféremment sous le prétexte de bonapartisme » (Reg. ctasist.,2 novembre 1815); des femmes et des filles marquées dans leur chair d'une sanglante fleur de lis au moyen de battoirs hérissés de pointes de fer; les temples fermés du 16 juillet au 12 novembre, et le jour de la réouverture du Petit-Temple qui se fît par ordre de S. A. R. le duc d'Angoulôme, le sanctuaire envahi, dévasté par une foule furieuse, et le général Lagarde frappé en pleine poitrine d'un coup de pistolet au moment où il cherchait à rétablir l'ordre; les temples fermés de nouveau jusqu'au jeudi 21 décembre; les offres de secours pécuniaires généreusement faites par la Société protestante de Londres, mais refusées par le consistoire pour qu'il ne fût pas accusé de tendre la main à l'étranger ; un projet d'échange des deux , temples, qui avaient jadis appartenu aux catholiques, contre de nouveaux lieux de culte que l'Etat et la municipalité feraient construire, projet à peu près imposé par le préfet et les autorités de la ville, sous le prétexte que sans cette concession les troubles, c'est-à-dire les assassinats et les pillages, continueraient, projet auquel le consistoire avait dû consentir, mais qui fut heureusement rendu inutile avant qu'on eût mis la main à l'œuvre. Les détails et les preuves do cette triste époque se trouvent un peu partout, mais surtout dans le registre consistorial et dans les Eclaircissements historiques de P.-J. Lauze de Peret (Paris, 1818, 2 vol. in-8''). A force de prudence et de patriotisme l'Eglise se releva peu à peu de ces horribles désastres. Les hommes de piété et de talent ne lui ont pas manqué depuis lors. On nous pardonnera de ne citer ici que trois noms qui ont eu déjà