‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 126 sur 157 · NIMES — NINIVE · texte numérisé non relu

NIMES — NINIVE

ou qui auront une notice dans ce recueil ; Samuel Vincent, Ferdinand Fontanès et Gustave de Glausonne. Par ses savantes publications et Fautorité de son caractère, le premier a fait entrer peu à peu l'Eglise dans la voie d'un libéralisme ferme et sage, et les deux autres, ses disciples et ses amis, ont marché sur ses traces. Nous (!royons que l'avenir, un avenir de foi et de progrès, appartient à cette tradition, car il s'y trouve ces deux choses qui doivent ôlre indissolublement unies : l'Evangile et la liberté. Charles Darwer. NINIAN. Malgré les recherches les plus minutieuses des historiens, il est difficile de concilier entre elles les affirmations des chroniques anciennes. L'existence historique de Ninias ou Ninian est incontestable; la légende fait de lui un Breton converti, venu à Rome entre 370 et 394, sacré évèque par le pape Siricius et apôtre des Pietés du Sud avant Colomba. 11 aurait construit en l'honneur de saint Marlin de Tours, qui venait de mourir, une église en pierre, construction inusitée dans le pays, dans le lieu qui aurait pris de là son titre de : Ad candulam casam, Whit-liern, sur les frontières de l'Ecosse et de l'Angleterre. PaschaseRadbert parle de lui dans son traité du corps et du sang du Christ, et Alcuin fait son éloge aux moines de son monastère. La chronique exalte sa sainteté et ses miracles. Son siège épiscopal fut plus tard transporté à Glascow par Kenligern. Nous devons chercher son champ de travail dans celle zone indécise desBorders, entre le Forth et les Grampiai^s. sur ce terrain ensanglanté pendant des siècles par les incursions de pillage. S'il est vrai que les Pietés ne furent convertis que plus tard, ce fait n'ex- (;lut pas le contact des montagnards avec des chrétiens bretons ou irlandais faits prisonniers par eux et emmenés dans leurs montaj;nes. — Sources: AcLaSS., Sept., V, 318: Bède, Hist. ei:clès.,Uhi\ Usser, Ànliq, lirlt, Eccles,^ 3il ; Guii. Malmesbury, De Gestix ForU.

NINIVE, le nom de l'ancienne capitale de l'empire assyrien, est employé dans deux sens: l'un, le plus étroit, s'applique à la ville S3ule, telle qu'elle est renfermée dans l'enceinte encore exist.inte ; l'autre est l'usage dans le sens plus large, comprenant toute l'étendue du terrain, borné au nord pnr une ligne passant par Khorsabad, et dans les autres directions par les cours du Tigre, du Bumadus et du Zab inférieur. — Nous nous occuperons d'abord de la Ninive proprement dite, la ville de Ninus, comme la nomment les Grecs. Elle était située à 3649' de latitude boréale, et à 40'>50' longitude est de Paris. Les Assyriens la nommaient Ninaa ou Ninvd (la demeure); et ils l'exprimaient par un idéogramme contenant l'élément nuji a poisson». Les Grecs individualisaient son nom dans ceux dés héros Ninus et de son fils dégénéré et efi'éminé, Ninyas. D'après la Bible, qui contient la donnée la plus ancienne sur son origine, elle était construite par Assur, fils de Sem, le représentant également individualisé de l'Assyrie, personnage qui, durant l'existence totale de l'Assyrie comme empire, était le patron divin de la contrée qui portait son nom et le protecteur né des monarques qui illustraient les armes et le nom

de leur pays. Assur,Ie représentant de la race sémitique des Assyriens, était sorti du pays de Sennaar, du pays nommé Nimrod, également individualisé par le grand et célèbre chasseur devant TEternel dont parle la Genèse. C'est à tort que, malgré la tradition qui, sous ce rapport, a raison au point de vue grammatical et historique, on a voulu rattacher la fondation de Ninive à ce Nimrod, llls de Gus (Gen. X, 8 ss.). — « Et Cus engendra Nimrod qui commença à devenir puissant sur la terre. Et il fut un puissant chasseur devant TEternel: pour cela il est dit : Gomme Nimrod, puissant chasseur devant l'Eternel. Et le commencement de sa domination fut Babel, Erech, Accad et Chalanné, dans le pays de Sennaar. Et de ce pays sortit Assur, et il bàlit Ninive et les rues de la ville, et Galach. Et Resen qui est entre Ninive et Galach ; c'est la grande ville.»— La construction hébraïque est absolument opposée à la traduction qui rapporterait la sortie de la Ghaldée à Nimrod qui, lui-même, est représentant du pays méridional du bassin du Tigre et de TEuphrate. Le prophète Michée (Y, 6) emploie ce nom comme appellation géographique en Topposant à l'Assyrie : « Et ils dévasteront le pays Assur avec le glaive et le pays Nimrod avec leurs armes blanches. »> G'est donc Assur, le fils de Sem pour la Bible, pt le dieu national pour les Assyriens, qui est réputé fondateur de Ninive et des cités environnantes, Galach et Resen qui, pour l'auteur de la table généalogique, est « ia grande ville. » Nous reviendrons à Resen dont l'importance paraît s'être évanouie de très bonne heure, qui se retrouve dans les textes cunéiformes sous la forme de Res-Ànu. Galach, au contraire, fut encore, pendant les dernières périodes du royaume assyrien, la rivale de Ninive, et c'est à cette localité que nous devons presque exclusivement le peu que nous savons de Tépoque du grand empire assyrien. — Ninus, premier roi d'Assyrie, et son fils Ninyas, qui, par les auteurs grecs inspirés par Ctésias et ses sources aryennes, étaient descendants de Bélus ; ils avaient fondé Ninus, car ils donuaient ce même nom à la Bible. Les livres sacrés ne citent pas souvent le nom qui nous occupe : l'écrit homilétique du propreté Jonah s'y rattache indirectement ; plus circonstanciés, plus historiquement importants sont les chapitres que la poésie élevée de Nahum lance contre elle, et, pour la dernière fois, quelques années seulement avant l'époque où la grandeur de Ninive va disparaître avec son nom même, Sophonii^s'écrie (II, 13) : « Et il étendra sa main vers le Nord et détruira Assur, et il changera Ninive en contrée dévastée dans le désert... G'est la ville joyeuse, se reposant dans sa sécurité, disant à elle-même : Moi, et moi seule encore ! Oh! elle est devenue dépeuplée, un refuge à la bête fauve, et tout passant sifflera et battra des mains. » — Nous ne reviendrons pas sur l'histoire de Ninive, qui se confond et s'identifie dans celle de TAs* syrie proprement dite. Gomme nous l'avons indiqué, sa fondation première n'est pas relatée dans les textes cunéiformes dont nous disposons. Elle ne parait pas encore dans la légende d'istubar, qui n'est, nous croyons en avoir la certitude maintenant, que la personnification de Sem lui-même, et nous pensons que ce héros célèbre par les

666 NINÏVE

textes assyriens dans cette forme si étrangement inconnue, mais identique àTEvéchous ou Evexius deBérose, s'appelait «5emM, il représente alors une'personnalité bien plus intéressante pour sûr que Ton ne le supposaitjd'abord. Mais le nom de Ninive paraît déjà dans les anciens textes d'origine sumérienne, et probablement contemporains à J'étiblissement des Sémites dans labasseChaldée.Vers le commenceraenl du second millénium avant notre ère, son nom commence à poindre, précisément avec le Ninus des Grecs. A cette époque, des roitelets assyriens dominaient sous la suzeraineté de Tempire de Chaldée. Les rois de Chaldée étaient en même temps les souverains de Ninive: ces derniers portaient la qualification de palesi d'Assur, et les titres « roi des quatre régions » et « roi des Sumers et des Accads, » primaient encore celui de « roi d'Assyrie, » qui ne nous apparaît pas avant le quatorzième siècle. C'est à cette époque que Ninive devint la capitale, de TAsie, ce qu'elle resta jusqu'à la première prise de Ninive par Arbacès le Mède et Belesis le Babylonien (788 av. J.-C.).A cette époque, l'ancien palais fut détruit; nous n'aurions aucune notion des prédécesseurs de Sennachérib qui en releva les ruines, si ces rois plus anciens n'avaient pas construit des palais à Kala-Cherghât, à Nimroud (Calach) et à Khorsabad : pourtant de nombreux passages des textes de Sardanapale III (Asar-nasir-habal) et de ses successeurs prouvent *que leur résidence de prédilection était à Ninive. Ils partaient souvent de leur palais de Ninive pour leurs victorieuses expéditions, et maintes fois les rois tributaires ou vaincus leur envoyaient leurs présents jusque dans cette capitale. Les débris que le sol de Niiiive récèle des documents de ces monarques, sont presque nuls. L'abaissement momentané de la puissance assyrienne (de 788-745) qui donna la suprématie passagère aux Chaldéens, surtout à Belesis et à Phul, fit oublier Ninive. Teglathphalasar IV (745- 726), résidait à Calach, ainsi que Salmanassar, l'ennemi de Samarie (726-721); Sargon (721-704) s'y établit d'abord, puis il y construisit Dur-Sarkin (Khorsabad). Ce ne fut que Sennachérib qui rebâtit le palais de Ninive (vers 700), et à partir de cette époque jusqu'à la destruction définitive de la capitale (606), celle-ci resta la résidence préférée des derniers rois assyriens. Bientôt après sa destruction complète, Ninive fut abandonnée, ses traces disparurent (i^j^avidôii, dit d'elle^Strabon). Comme pour donner raison aux prophètes, Hérodote (1, 177) ne parle d'elle que comme détruite ^àvadratou Yevojjivifj;), et en parlant du Tigre, que c'est sur ce fleuve que Ninus était jadis habitée. Pourtant elle vivait chez les Grecs du sixième siècle, comme la représentante de l'idée de la plus grande ville du monde. Ainsi nous la trouvons citée dans les fragments de Phocylide. Mais bientôt ce souvenir s'efface : Xénophon, à la tête des Dix-Mille, passa parles rumes de Ninive, ou certainement à une distance de quelques kilomètres, et mentionne seulement les noms mystérieux de Larissa et de Mespila, sans daigner prononcer le nom de Ninus, La bataille de Gaugamèles se livra presque sur le territoire de Ninive, et les historiens appellent ce grand fait d'armes la bataille d'Arbèles ; aucun

des historiens d'Alexandre n'en cite le nom, sauf Arrien, et encore seulement dans les Indica, Ce n*est que depuis les guerres des empereurs romains que le nom de Ninive reparut. Tacite (Ann. XII, 13) le mentionne à l'occasion de la guerre du prétendant parthe Meherdate ; des monnaies de Trajan nous la montrent comme colonie romaine, ce qu'elle avait été depuis Tibère, d'où le nom Claudia Ninus, Plus tard, Ammien Marceilin en parle, et depuis ce temps les Syriens, les Arabes et les Juifs ont pris soin que ne s'effaçât pas ce nom antique, auquel les découvertesdes Botta et des Layard ont attaché une illustration qui en fait le Pompéi du dix-neuvième siècle. Nous aborderons maintenant la description géographique de Ninive proprement dite.

I. Ville de Ninive. La ville de Ninive s'étendait probablement sur lesdeuxrivesdu Tigre, dont l'une, celle de droite ou mésopotamienne, est aujourd'hui occupée en majeure partie par la grande ville de Mossoul et ses environs. Ninive s'étendait de ce c6té jusqu'à la montagne qui, en Mésopotamie, court parallèlement au mur occidental de la cité royale, à trois ou quatre kilomètres du fleuve et sur une longueur de 5 kilomètres environ. Sur cette rive la ville de Ninive englobait la ville actuelle de Mossoul et ses alentours, à partir de la hauteur de Chérif-Khan jusqu'à Qadr-el-Abd. Sur la rive assyrienne (rive gauche), en dehors de la « cité royale, » dont l'enceinte existe encore aujourd'hui, la ville a dû comprendre quelques ruines au nord du fleuve Khausser, les collines d'Abbasiyeh, Tell-Yara, Arbakiyeh, Tel-Simbel, laissant de côté Karatépeh, Bà Spitah et Karakouch: vers le midi Ninive comprenait les ruines actuelles de Yaremdjeh, Djedideh,Lak-Koi, Lak-Tépeh, Djalov-Khan, Ali-Rech et Djengiyeh. — En dehors de cette région urbaine tombant en dehors de Bellawat, dernièrement illustrée par les fouilles de M. Hormuzd-Rassam. de Karatapeh, Ba- Spitah, Karakouch; les ruines de l'ancienne ville de Tarbasi, aujourd'hui nommée Chérif-Khan, ainsi qu'à Khorsabad au nord, Tell-Fadhliyeh ; Tchintchi , Hussein - Perrachi , Derawisch , Khatouniyeh, Ba-Djerbouâh, Siyah-Tepèh, Tell-Billah, Karreh-Tesieh, Bir-Telleh, Karamcès, Kouberli, Tell-Ayoub et Selamiyeh, dont l'enceinte encore conservée nous révèle la place de l'antique Resen. — Ninive ne paraît pas, contrairement au récit de Diodore, avoir eu de circumvallations pareilles à celles de Babylone, mais elle se composait de plusieurs centres d'habitations séparés d'entre eux par d'immenses plaines cultivées. Le prophète Jonas (111, 3), dit que Ninive était une grande ville, et qu'il fallait trois jours pour la traverser. Elle contenait (s. fig.) « plus de douze myriades de personnes ne sachant pas distinguer leur main droite de leur gauche : » en admettant un enfant en bas-âge sur sept adultes, nous obtiendrions le chiffre de 840,000 âmes qui auraient peuplé Ninive au temps de sa grandeur. Ce nombre d'êtres humains devaieat être parsemés autour de l'Acropole, la Ville royale, ou Ninive dans le sens le plus étroit du mot. — La Ville royale est entourée par une enceinte de près d'un myriamètre de pourtour, for-

668 NÏNIVE

manl un trapèze irrégulier, dont le côté occidental était baigné par le Tigre, duquel le lit actuel coule un peu à Touest : ce côté courait presque droit de N. 35» 0. vers S. 35® E. sur une étendue de plus de 3 kilomètres. A un kilomètre du coin septentrional se trouve le grand tumulus de Koyoundjik (petit agneau) qui s'y adossait, et à 1,400 m. de là se trouve Tautre grand amas de ruines, nommé Nebbi Younès (prophète Jonas), à cause d'un meschhed ou petite chapelle qui est consacrée à ce prophète. Au nord, l'angle de l'enceinte est presque droil; un rempart, long de 1,550 m., court de N. 55* E. vers S. 55"0., pour rencontrer le côté oriental également en angle presque droit. De ce côté, l'enceinte court pendant 800 m. parallèlement au mur de l'ouest, ensuite elle fait une courbe altérant légèrement la ligne droite pendant 3 kilomètres vers S. S. S. E. Ce changement rétrécit considérablement le côté méridional de la circumvallation, qui ne mesure plus que 650 m. dans une direction de N. 84° 0. vers S. 84° E., c'estrà-dire presque d'est à ouest. La superficie renfermée dans cette enceinte est de 7 kilomètres carrés. Cette enceinte a été fouillée par Layard, qui, dans la partie nord, non loin du coin nord-ouest, a mis à nu une porte avec des chambres. L'entrée, large de 14 m., était probablement voûtée en haut; elle se rétrécit, à 3 m. de profondeur, à 4 m. 5, et l'on entre dans un couloir de 6 m. 6 de longueur sur 3 m. de largeur. Le couloir est bordé de figures et de taureaux ailés. De là on entre dans une chambre de 23 m. de longueur et 7 m. de profondeur, et dans un autre couloir de 5 m. 5 pour conduire dans une seconde chambre pareille à la première. Une sortie des mêmes dimensions que l'entrée termine cette construction faite dans le mur qui, à cet endroit, mesure 32 m. ou 60 coudées assyriennes. M. Layard estime à 100 pieds la hauteur originaire de ce mur construit par Sennachérib, ainsi que le prouvent des briques portant le nom de ce monarque ; au surplus, bien loin de là, sur le côté sud, une plaque en pierre atteste que Sennachérib a bâti ce mur de Ninive « haut comme la crête des montagnes. » Autour de cette enceinte se trouve un fossé bien reconnaissable aujourd'hui. Derrière le mue oriental, on voit un autre rempart, à une distance de 500 m., pendant trois kilomètres; entre ces deux circumvallations, il s'en trouve une troisième en forme d'arc et que touche en tangente le mur extérieur. Ce rempart entoura probablement tous les palais, les angles nord et sud touchent encore le Tigre qui a changé de lit, anciennement ce fleuve baigna le mur occidental. La superficie comprise dans l'enceinte est coupée en deux par le fleuve du Khausaer qui vient de Khorsabad et atteint le î>ud du tumulus de Koyoundjik après avoir interrompu le côlc oriental.

IL Groupe des palais de Nixive. Les ruines du palais sont appelées aujourd'hui Koyoundjik^ d'un petit village de ce nom qui est bâti à l'extrême nord sur le sommet du tumulus. Celui-ci a 1,500 m. de circonférence à sa base : la plus grande dimension de N. N. E. ver» S. S. 0. est près de 800 m.; sa largeur de 400 m. Les 16 hectares que mesure la surface de la colline sont en partie cultivés aujourd'hui.

Au centre nord de cette colline se trouve le 'palais de Sennachérib avec plusieurs centaines de pièces fouillées par Layard, Loftus, Ras^ sam, et plus tard par Smith : à Textrême nord s'élève le palais d'Assarbanhabal (668-625) que Loftus et M. Rassam ont en partie déblayé. LepalaisdeSennachériboccupaitrextrémité sud deKoyoundjik. Le fleuve en a détruit la partie occidentale. L'entrée principale paraît avoir été du côté du nord-est; car les angles étaient orientés vers les points cardinaux. Nous n'entrons pas dans le détail des salles nonibreuses que renfermait cette merveille de Fart asiatique. Les mars étaient très épais, faits de pisé et ornés de plaques de marbres sculptées et enrichies d'inscriptions. Dans l'une d'elles l'auteur de ces lignes put encore voir, en 1852, les plaques qui représentent Sennachérib sur son trône et recevant les suppliants de la ville judaïque de Lakis. Ce môme corps de bâtiment contenait l'emplacement où furent découvertes les archives de Ninive. Les blocs de marbre venaient des montagnes voisines, surtout de Balad^ le Beled des Arabes, qui est cité à ce sujet dans les textes de Sennachérib. Ce palais que Sargon commença peut-être, fut continué par Assarhaddon, fils de Sennachérib. Le petit-fils de ce dernier bâtit le palais du Nord, le palais d'Assurbanhabal (Sardanapale V). Ce palais, découvert par Loftus et M. Rassan, contient les sculptures les plus riches en détails que nous connaissions. Cette époque de la sculpture assyrienne révèle des côtés nouveaux, tels que les scènes privéees de la cour et de la ville, des chasses et généralement des pièces exécutées sur un modèle moins grand que les sculptures plus antiques. Les bas-reliefs historiques Sont surtout illustrés et expliqués par des légendes et ont par cela donné la clef à bien des énigmes épigrapbiques. Les chambres sont très nombreuses, et dernièrement Smith y a également fait quelques fouilles. <— 1. Groupe du midi. A plusieurs kilomètres deKoyoundjik s'élève la colline deNebbi-Ysunes^ très difficile à fouiller à cause de la chapelle bâtie en honneur du. prophète Jonas. Le palais, dont ce tumulus représente les restes, était moins étendu, mais tout aussibrillantque l'ensemble deKoyoundjik. Le tumulus, qui n'a que 300 mètres de longueur sur 150 de largeur, est rempli d'habitations et de tombeaux musulmans ; la légende qui lui donne le nom de Tell-el'taubelij « tumulus du repentir », place ici le théâtre des prédications .de Jonas. Sennachérib avait commencé un palais sur l'emplacement d'une construction de Bennirar (847-818), et une plaque de marbre, aujourd'hui à Constantinople, atteste les desseins de l'adversaire d'Ëzéchias. Assarhaddon agrandit le palais de son père. Malheureusement les traditions qui se rattachent spécialement à ce tumulus sacré aux musulmans en rendent l'exploration presque impossible. Il n'y a que ces deux groupes de bâtiments qui se trouvent compris dans l'enceinte de Ninive. Le reste de la plaine était occupé par des rues, des marchés, des habitations isolées, dont les textes juridiques nous ont transmis le souvenir. Dans l'un de ces documents on cite les marchés de Ninive {Sitqaq), près desquels une maison mentionnée dans le contrat est située.

llï. Environs de NixiVe. Dans la plaine deNinive se trouvaient un grand nombre de villes, don l les inscriptions parlent, sans que nousen puissions toujours signaler la position. Nous avons déjà parlé de Bellawàt, nouvellement connu par les ruines explorées par M. Horraiizd Rassam, et qui renferment les magnifiques portes de bronze, rappelant dans leurs reliefs les hauts faits du roi Salmanassar (905-861). Ce même roi avait aussi construit la ville il Wanw, «ville du démiurge» aujourd*hui Karamlès, tumulus fouillé par Layard. Sargon s'y établit avant de fonder Khorsabad. La ville devint assez florissante au moyen âge , les Arabes rappellent « Kar-Melîs », les Syriens « Kar-Melich ». Les briques que Ton y a trouvées mentionnent des temples dont les fouilles pourraient devenir intéressantes. Au nord de Ninive se trouve Shérif'Kfianj Tancienne Tarbisi, avec un temple de Nergal auquel se rattachait un'palais d'Assurbanhabal. Nous devons encore mentionner Tenceinte de Salamieh, déserte à l'intérieur, et qui représente le site de l'antique ville de Resen, Res-Ànu ou Dunnu. Ce Resen pourrait s'être conservé dans le Larissa {Al-Ris-Ann) de Xénophon. Nous pouvons rattacher à ce chapitre deux villes qui passent comme les voisines et rivales de Ninive, Korsabad et Nimroud ou, pour parler le langage antique, Dur-Sarkin et Calach. Ces cités sont tellement reliées à tout ce qui regarde Ninive même, que Botta, le découvreur de ces antiquités, a pu intituler le livre qui ne traite que de Khorsabad exclusivement : Monuments de Ninive, — Un article sur la capitale des Assyriens serait fort incomplet, si on ne mentionnait pas ces cités contemporaines, ayant partagé la gloire et les désastres de la célèbre métropole. 1*» DurSarkin (Korsabad), situé 36*30' lat. bor., à 41* long. E. de Paris, est une création de Sargon (721-704). Il s'y installa après avoir quitté Calach, afin de fonder un palais et une ville pour remplacer Ninive, alors en partie détruite. Les ruines de ce « Castel- Sargon » (bâti en 710) ont illustré le nom et les faits de Sargon, connus seulement par ses propres inscriptions. Ce roi résolut, comme il le dit, sur les injonctions des dieux, de fonder une ville appelée de son nom. Une enceinte entourait la cité, ornée d*un des plus beaux et des plus vastes palais du monde assyrien. Ces demeures ont été fouillées par Botta qui, par ce fait, découvrit l'archéologie assyrienne, et dont l'œuvre fut continuée et achevée par VictorPlace. Le palais fut construit sur le côté nord-ouest de la circumvallation : il couvrit 10 grandes arures , ou 8,880 toises carrées, ou 319,680 coudées carrées, équivalant à 961 ares. Il formait un octogone rectangulaire, dont la partie septentrionale était destinée aux séances royales, aux appartements d'apparat. D'immenses salles ornées de bas-reliefs, portent des frises de textes, comparable à un immense volume déroulé, dans lequel Sargon nous rend compte des hauts faits de sa vie guerrière. Derrière ses vingt salles et cours, se développait la partie la plus grande de ce palais, coptenant le harem, les appartements privés du roi et les liabitations de ses serviteurs. Plus de deux cents chambres ont été déblayées par les deux explorateurs français, qui en ont retiré une masse énorme de sculptures, de

colosses en pierre et d'antiquités de toute sorte. Au cœur du palais se trouvait une caisse en pierre, renfermant les documents de la fondation écrits sur des tablettes d'or, d'argent, de bronze, d'étain, de marbre et d'albâtre. Nous renvoyons, pour les détails sculpturaux et archéologiques en général, aux travaux spéciaux des deux explorateurs. — Mais une des merveilles fut le mur d'enceinte, orné de huit portes monumentales, voûtées, les seules qui soient parvenues jusqu'à nous. Les côtés étant orientés vers les demi-points, les . angles regardaient les points cardinaux; huit portes s'ouvraient vers la plaine, et chacune d'elles était consacrée à une divinité. Du même côté que le château qui faisait saillie, se trouvait une pyramide destinée probablement à l'observation des astres. — Ce qui distingue cette enceinte, c'est que nous trouvons ici le premier exemple d'emploi de nombres cabbalistiques. La circumvallation avait 3 1/3 ners (ou milles), 1 stade, 1 1/2 toise et 2 empans ou demi-coudées, c'est-à-dire, 24,740 demi-coudées, qui selon l'usage superstitieux, étaient inégalement reparties sur les côtés opposés d'un oblongue rectangle; le côté petit, où était le château, mesurait 6,000, l'autre 6.370 empans. Sargon nous dit que c'était « le nombre de son nom, Sar Kin.n Or, Sar s'écrit par 20,et Kin signifiait 40 : Ce «nombre du nom » rendait celui des lustres de vingt grandes périodes (3,265 ans ou 653 lustres) et de quarante périodes sothiaques, 1,460 ans ou 292 lustres. En effet, ce nombre 24,740 est la somme de ces produits (20X653)4-(40X292) = 13,060-i-ll,680. Cette particularité frappante nous a paru assez importante, pour l'histoire des superstitions, pour que nous la signalions à nos lecteurs. — 11 est probable que Dur-Sarkin est identique au Mespila de Xénophon ; le chef des Dix- Mille raconte que ce fut une ville jadis habitée par les Mèdes et entourée d'un mur très élevé et très fort. La ville, assiégée par les Perses, ne fut prise, selon l'historien grec, que par la foudre de Jupiter. Seulement, l'étendue du mur est mal transmise : 6 parasanges (36 kilomètres !) dit l'élève de Socrate, ce qui est presque la longueur de l'enceinte fortifiée de Paris. — 2. A une distance de 46 kilomètres de Ninivo, de 54 kilomètres de Dur-Sarkin se trouvait la ville antique de Calach, aujourd'hui Nimroud; elle était située non loin de l'embouchure du Zab se jetant dans le Tigre. Ce groupe de ruines est de tous le plus important au point de vue de l'archéologie et de l'histoire ; nous ne saurions presque rien de Thistoire antique de l'Assyrie si nous n'avions pas les ruines de Calach, explorées surtout par Layard et Loftus. A nul autre endroit, les ruines présentent une telle diversité d'origine et d'époque; la superficie de 300 hectares, la moitié de celle de la ville royale de Ninive, a sur celle-ci le grand avantage d'être en majeure partie couverte de tumulus recelant d'anciens palais. Les murs sont rectangulaires et orientés vers les points cardinaux; celui du nord qui va de l'ouest à l'est, mesure 2 kilomètres. Au S. S. E. il se voit une seconde enceinte, celle des grands palais royaux. Quelques savants présument que Calach représente fa ville de Larissa,

dont Xénophon (-4 noé,,. III, 4, 7) mentionne le site et les ruines et dont il attribue la construction aux Mèdes. — Nous laisserons au lecteur de consulter pour les détails, les plans du livre de Layard. Sar une plate-forme étendue sur 20 hectares se dressent dans leur ordre : Au coin N. E. une pyramide carrée; à côté de celle-ci, les temples: dans Tun se trouve, le fameux « monolithe » de Sardanapale III (930-905), couvert d'un texte remplit deux feuilles d'impression in-8" (voir Exp. en Mes. vol., I, p. 311 ss.). Au N. 0. se trouvait le gnind palais, construit par Salmanassar I, et agrandi par Sardanapale III ; c'est de là que proviennent la plupart des bas-reliefs de Calach qu'on voit dans les musées d'Europe. A cinquante mètres de la porte sud de ce monument se trouvait à l'ouest de la plate-forme, une tour où Ton a trouvé des textes écrits par Bcnnirar IV, époux de Sammuramat qu'on a identifiée, à tort, à la Sémiramis d'Hérodote. Au S. E. se dressait un autre palais, le second en grandeur mais probablement le plus moderne, bâti par Assarhaddon (680-668) fils de Sennachérib. Il avait été édifié avec les débris d'un palais de Teglathphalasar dont on avait détruit les monuments à dessein ; des plaques de marbre dont l'une donne la contraction des lignes écrftes sur l'autre, se trouvent appliquées dans deux salles très distantes l'une de l'autre : ces textes étaient destinés à être effacés, et probablement la destruction des palais a empoché raccomplissement de ces desseins. — Un petit édifice au sud-est a fourni d'importantes trouvailles ; une statue de Nebo, érigée par Bennirar, une grande stèle avec un texte de Samas-Ben (861-847) fils de Salmanassar III, contemporain d'Achab et de Jehu (905-860) et des briques du dernier roi dont on ait des documents, Assur-edil-ili (à partir de 625), fils d'Assurbanhabal. Entre les édifices du S. E. et du S. 0. se trouve une rampe qui conduit au palais du Centre, commencé par Salmanassar III et achevé par Teglathphalasar. C'est là qu'entre autres objets, fut découvert le fameux Obélisque de Nimroud, en basalte noir, dont on peut voir un moulage au Louvre, et qui raconte sommairement les exploits de Salmanassar pendant les 31 premières années de son règne. — Autour de ces palais, il y avait des jardins et des champs cultivés, ainsi que des habitations particulières. — Le mur d'enceinte était garni de tours, dont des traces s'aperçoivent encore dans les élévations de terrains, et dont Lagard a compté, sur le côté nord seulement, cinquante-huit; à l'est il y en a presque autant. Le mur lui-même ne s'élève pas très haut, à cause de l'élévation de la plate-forme elle-même. Voilà la ville de Calach, comme Ninive et Ilesen, fondation essentiellement sémitique. — En dehors de ces trois cités, mentionnées par la Genèse, il y a les alentours de la ville, {rthoboth (r), qu'on a jusqu'ici mal interprétés par les rues de la ville. Cette expression biblique, dont nous proposons ici la vraie explication, indique l'ensemble des localités suburbaines situées dans ce vaste terrain, contenu entre le Tigre, le Zab inférieur, le Bumodus (ou Khdsir), et fermé en haut par la montagne du- Djebel Maqloub, le mont Nicatorion (NtxaT<Spiov opoc) où se livra la bataille de Gauga-

NIXIVE — NITZSCH 673

mêles. On peut évaluer retendue de cette plaine à 3,000 kilomètres carrés, ou 6 fois plus grand que le département de la Seine. L'histoire de Ninive se confondant avec celle de Tilwî/We.est contenue dans cet article qui renferme aussi les renseignements nécessaires au sujet de l'art assyrien . J. Oppert.

NISIBE, Nasibina, en assyrien, ville épiscopale de Mésopotamie sous ' la métropole d'Amide, au diocèse d'Antioche. Les Grecs l'appelaient d'abord Antiochia IHygdonia. D'après Jérôme, Eusèbe de Césarée, Ephrem d'Edesse, suivis par la plupart des commentateurs modernes depuis Michaëlis (^Sp/n/., I, 226), cette ville est la môme qu'Achad (Accad; 'ApxiS), dont il est question Gen. X, 10. Jovien ayant rendu Nisibe aux Perses, ce siège passa de la juridiction du patriarche d'Ântioche à celle du càtholicos de Chaldée. La doctrine de Nestorius s'y répandit, et on établit à Nisibe une école nestorienne dont Barsumas fut le premier maître. Nisibe a eu quarante-un évoques. D'après une lettre publiée par Assemani (Bibi, orient., II, 403 ss.; III, li2),on est porté à croire qu'un concile a été tenu à Nisibe en 643. De Commanville (/'• Table alphabet.^ 172) dit que Nisibir n'est plus qa*un gros village dans le vilayet de Diarbékir, où se trouve une communauté d'arméniens et de nestoriens, qui y ont chacun un évoque de leur communion (cf. Lequien, Oriens christ, ^ II, 99o, 1196, 1589).

NITZSCH (Charles-Emmanuel) est né le 21 septembre 1787 à Borna près de Leipzig. Son père, l'un des théologiens les plus instruits et les plus indépendants de son temp^, fut appelé en qualité de professeur et de surintendant général à Wittemberg, C'est là que Nitzsçh, le troisième de dix enfants, reçut sa première instruction. Dès l'enfance il fut destiné au pastorat et élevé à la maison paternelle par de jeunes théologiens qu'y attirait son père. Quelle pure et noble vie de famille que celle où s'épanouissait ce jeune adolescent, soumis et respectueux, dont le père pouvait dire que jamais il ne lui avait causé que de la joie! De seize à dix-huit ans, il séjourna au célèbre gymnase de Schulpforta, attiré surtout par la poésie, l'histoire et la philosophie de l'antiquité. Un sérieux enseignement philologique le familiarisa avec les langues anciennes ; mais il regretta de n'avoir pas été mieux dirigé pour s'exprimer facilement dans sa langue maternelle. Sa grande supériorité morale fut remarquée par ses condisciples qui l'entouraient d'une .affection pleine de déférence. Ses professeurs en théologie furent Schrœck et Tzschirner pour l'histoire et Heubner pour le dogme. Pendant ses études universitaires, la philosophie, cette reine de l'époque", faillit le détourner de la théologie. Son vrai maître fut son père, esprit clair et sobre, partisan convaincu de Kant et de Lessing, qui avait retenu une idée toute formelle de la révélation, .mais pour lequel en réalité le christianisme était identique avec la moralité. Nitzsch partagea d'abord cette manière de voir, qui était peu en harmonie avec sa nature mystique et spéculative ; il ne tarda pas d'ailleurs à subir l'influence de Schleiermacher et du romantisme. Ses premières dissertations De evangeiiorum apocryphorum m

674 NITZSCH

explicandis canonicis usu et abusu ; De testamentis duodecim patriarcharum libriveteris Testamenti pseudepigrapho, sont étrangères à la dogmatique et dénotent un esprit porté aux recherches scientifiques sur des sujets très spéciaux. — Nitzsch débuta en 1810 dans la carrière académique en qualité de privatdoceni ; il remplissait en même temps les fonctions de vicaire de son père. 11* acquit un riche trésor d'expériences dans la cure d'âmes pendant les difficiles années de 1842 el de 1813. On doit une mention particulière aux sermons qn*il prêcha pendant le siège de Wittemberg, et qui étaient beaucoup pins simples et plus pratiquesqueceuxqu'ilprononçadanslasuite.Les professeurs de l'université, ainsi qu'une grande partie de la bourgeoisie, avaient quitté la ville dès avant l'investissement. Heubner et Nilzscfa étaient restés seuls pour édifier et consoler la population exposée aux horreurs du siège et du bombardement.Ils sauvèrent Tégli^e dont la toiture commençait déjà à brûler. Il n'y avait de sécurité que dans les caves. Nitzsch continuait cependant ses visites aux malades et aux prisonniers au péril de ses jours. Par le traité de Vienne, "Wittemberg passa à la Prusse. Nitzsch fut nommé professeur au sémîr naire pastoral, qui remplaça en 1817 l'ancienne université, et fit des cours sur l'histoire de la vie ecclésiastique ; il interprétait en même temps des discours de Démosthène et de Ghrysostôme, et dirigeait des exercices homilétiques. Il continua à dîner à la table de son père jusqu'à trente ans, c'est-à*dire jusqu'à l'époque de son mariage avec M"" Schmieder, la fille du directeur du séminaire. A Yancasiondujubilé de la Réformation, l'université de Beilin lui délivra le diplôme de docteur pour une dissertation latine sur le dogme du Saint-Esprit. Tout en cherchant à expliquer d'une manière spéculative la doctrine ecclésiastique de la Trinité, Nitzch fait remarquer que l'essence du christianisme ne doit pas être cherchée dans le dof?me, mais dans la personne du Sauveur et dans sa parfaite sainteté qtii nous garantit sa nature à la fois divine et humaine. Mais les efforts qu'exigeaient les doubles fonctions de pasteur et de professeur dépassaient ses forces physiques ; il dut demander son déplacement et accepta la place de surintendant ecclésiastique à Kemberg {f 819- 1822), qu'il échangea, quelques années après, contre celle de professeur à l'université de Bonn. — Le séjour de Nitzsch à Bonn, de 1822 à 1847, marque l'apogée de son activité, dans le plein épanouissement de toutes ses forces et de tous ses dons. Il fut, durant cette époque, le chef spirituel de l'Eglise évangéliquo des pays rhénans, et trouva une impulsion féconde dans le contraste que présentait le majestueux développement de l'Eglise catholique des provinces dn Rhin, puissante et riche, avec celui, plus modeste, de communautés protestantes, peu nombreuses mais vivantes et dotées d^tine organisation synodale intéressante. Nitzsch se sentait en harmonie profonde et en communion intime d'idées avec ses collègues de l'université, parmi lesquels se trouvaient Niebuhr, Amdt, Brandis, Bethmann-HoUweg , Lucke^ Sack et Bleek; quatre-vingts à cent étudiants se groupaient autour- de sa chaire, et dans leur nom-

NITZSCH 673

bre beaucoup de jeunes gens du Holstein et de la Suisse. Nitzsch possédait le don d'exciter au plus haut degré Tattention de ses audi* leurs par son débit grave, sobre et correct ; il les faisait assister en quelque sorte à la genèse de sa pensée si riche et si profonde, pour laquelle il cherchait, non sans peine et sans luttes, une expression originale. On ne savait ce que Ton devait admirer le plus chez lui, son immense savoir ou sa pensée pénétrante, sa connaissance parfaite de L'antiquité classique et de TËcriture sainte, de la philosphie et de rhistoire de l'Eglise, ou la vie spirituelle iirtense et spontanée, grâce à laquelle il savait grouper et disposer d'une manière organique les matériaux de ses cours. Il professait sur les sujets les plus variés : le livre de la Sapience, la théologie biblique, Tintroduction au Nouveau Testament, l'encyclopédie, le droit ecclésiastique, l'histoire des missions, etc. Parmi les travaux littéraires de cette période, nous citerons un Mémoire swr i'Agende prussienne (1825), une IdUre à Delbrûch (1827), sur l'autorité des saintes Ecritures, deux recueils de sermons, une série d'articles dans les Theologische Stiurdi$n u. Kritiken^ dont il fut l'un des fondateurs, et où parut aussi sa Réfutation de la Symbolique de Mœhler (1835). — Mais Touvrage le plus important de Nitzsch, celui dans lequel ses vues trouvèrent leur expression fidèle mais laconique, c'est soii Système de la doctrine chrétienne (1829). U est nécessaire de nous y arrêter quelque peu. Malgré un puissant attrait vers la spéculation religieuse, Nitzsch ne ressentit que de Téloignement pour cette théologie, issue de l'école hégélienne, qui ne regardait la foi religieuse que comme la forme imparfaite et transitoire du savoir spéculatif. Il se rattache intimement h Schleiermachcr qui le désignait lui-même comme l'homme dont il aimait le mieux à être loué et le moins à être blâmé. Son point de départ est la déclaration d'indépendance de la religion, qui a son siège dans le sentiment, vis-à-vis do la pensée philosophique. 11 montre que le sentiment religieux s'objective nécessairement et devient, d'un côté, idée religieuse, et, de l'autre, loi morale; qu'il est par conséquent l'unité primitive et créatrice de la raison et de la conscience, le centre et le foyer de toute notre vie spirituelle. Le sentiment religieux renferme une idée, une coilnaissance immédiate qui est sa norme. Cette idée, dans le langage du christianisme qui a donné au sentiment religieux sa forme la plus' accomplie, est la Parole de Dieu historiquement révélée et assimilée par la foi. C'est cette idée de la Parole de Dieu qui marque le point où Nitzsch a développé la théorie du sentiment religieux de Schleiormacher et s'en est écarté. Il distingue la Parole de Dieu de l'Ëcriture sainte; elle est composée de ceux des éléments de l'Ecriture qui peuvent être assimilés par le sentiment religieux et qui concourent à réveiller, à puriûer et à développer la vie intérieure. De cette manière, sans exclure la critique sacrée (dont les droits sont assurés par la distinction entre l'Écriture et la Parole de Dieu), la dogmatique de Nitzsch procède d'une manière beaucoup plus directe de l'Ecriture que celle de Schleiormacher. La Parole de Dieu, qui se manifeste à la

076 NITZSCH

fois comme une et comme diverse dans l'organisme vivant de rEcriture sainte, indique elle-même les diverses parties dont se compose le système chrétien; eRe pousse à la spéculation et la féconde, elledevient ainsi la base de la science religieuse chrétienne. Cette science a dans TËcriture sainte la source permanente de son rajeunissement, sans être obligée de toujours revenir à la lettre même de FEcriture. Elle a de plus son histoire dans le développement du dogme chrétien qui, malgré toutes les erreurs et toutes les déviations qu'il présente, révèle pourtant la loi intérieure du progrès dans la vérité, qui en est Tàme, et conduit la science à toujours mieux sonder les profondeurs de l'Ecriture. Ce qui distingue encore le système de Nitzsch, c'est la manière intime dont il unit et combine l'élément religieux et Télément moral. Il ne veut admettre dans la doctrine chrétienne que ce qui exerce une influence sur la vie morale, ce qui est en rapport direct avec les forces salutaires {dus Heilskrà/lige) dans lesquelles il fait consister l'essence du christianisme. La division elle-même de l'ouvrage indique nettement cette préoccupation éthique. La première partie traite du bien, c'est-à-dire de Dieu et de la créature; la deuxième traite du mal, c'est-à-dire du péché et de la mort; la troisième partie enfin traite du salut, c'est-à-dire de son incar* nation dans la personne du Sauveur, de son assimilation par la foi, de la communauté et de l'accomplissement final du salut. L'ouvrage de Nitzsch a encouru un double reproche. Dès son apparition l'auteur fut accusé d'avoir trahi la cause de la science, en désespérant de construire un système chrétien sans avoir égard aux besoins pratiques de l'homme, et sans y faire toujours appel comme à une sorte d'argumentuni ad hominem. Mais c'est là précisément la tâche de la théologie moderne d'abandonner de plus en plus la spéculation à la philosophie et de s'en tenir aux faits d'expérience religieuse, en se rappelant que le christianisme est moins un dogme qu'une vie. Ce que l'on peut blâmer dans la construction systématique de Nitzsch, c'est d'avoir disjoint, sous prétexte de les fusionner, les éléments de la science dogmatique et ceux de la science morale, et d'avoir cru nécessaire de faire voir les conséquences pratiques qui découlent de chaque proposition dogmatique, alors que c'est de l'ensemble même de la doctrine, plutôt que de ses parties isolées que doit découler la morale chrétienne. Unies intimement par leurs principes, les deux sciences exigent néanmoins une tractation séparée. Le second reproche est plus grave. Il conrerne le choix même des matériaux que Nitzsch a fait entrer dans son système. Dans beaucoup d'entre eux le caractère religieux et le point de rattache à la morale semblent faire absolument défaut; ailleurs ils ne sont pas assez mis en lumière. Dans le désir de conserver autant que possible les anciennes formules ou les anciennes idées dogmatiques, notre auteur a dû avoir recours à un procédé d'interprétation et de spiritualisation que ces formules ne comportent pas. Nitzsch a voulu rajeunirla doctrine de l'Eglise par une mise en œuvre plus conséquente des idées bibliques et la rendre acceptable en môme temps à la pensée mo-

NlïZSGH 677

derne par des explications plus ou moins ingénieuses. Mais la plupart de ses théories sur Tinspiration, sur la prophétie, sur le miracle, sur la personne de Jésus-Christ manquent de clarté et de netteté. L'esprit conservateur auquel il a obéi, les subtilités et les obscurités involontaires ou volontaires dans lesquelles sa pensée s'embarrasse, enlèvent de la .valeur à son ouvrage. — Nitzsch continua, pendant son séjour à Bonn, à unir l'activité ecclésiastique au professorat. Animé d'un profond amour pour l'Eglise et de l'humble désir de la servir, il considérait la théologie pratique comme le couronnement des études universitaires. Il dirigea avec une rare intelligence le séminaire homilétique , et prêchait régulièrement dans l'église de l'université, habile à découvrir les filons d'or que renferme l'Ecriture et à parler de l'abondance d'un cœur convaincu* Sa prédication, sans l'ombre d'ornements oratoires, respirait une sorte de calme contemplatif; mais en chaire aussi il ne réussissait pas à donner une expression simple et transparente à sa riche et profonde pensée. Comme membre du consistoire rhénan et comme vice-président du synode, il exerça une action heureuse et toujours respectée sur la vie ecclésiastique de la province, et ne resta étranger à aXicune des questions qui divisaient alors les esprits. Nitzsch fut l'âme du synode général qui se réunit à Berlin en 1846, à une époque où la tendance qu'il représentait semblait devoir triompher dans l'Eglise protestante d'Allemagne, et où le gouvernement prussien paraissait disposé à lui accorder les institutions libérales qu'elle réclamait depuis si longtemps, et dont les provinces rhénanes seules possédaient les principaux éléments. Dans la question capitale qui fut débattue à ce synode, Nitzsch s'éleva contre l'autorité dogmatique et légale des confessions de foi du seizième siècle et môme du symbole apostolique. Le formulaire de consécration qu'il avait rédigé et dont il proposa l'adoption à l'assemblée n'énumérait qu'une série de vérités et de faits bibliques fondamentaux. La plupart des dogmes controversés étaient passés sous silence, et ceux qui étaient visés l'étaient avec les paroles mômes de l'Ecriture. L'attitude que Nitzsch observa dans cette circonstance futvrvement blâmée par le parti orthodoxe. —Après avoir refusé dix appels successifs, Nitzsch se rendit, en 1847, à celui qui lui vint de Berlin oùil devait succéder à Marheineke.cc 11 lui en coûtait, dit son biographe, de se séparer de sa belle et tranquille maison avec son jardin et la vue sur le fleuve et le Siebengebirg, du noble cercle d'amis qui l'entouraient et de cette Eglise rhénane à laquelle il était uni par des liens si intimes, de toute cette vie de Bonn si riche en joies et en épreuves. » Des temps de luttes ardentes l'attendaient dans la froide et sablonneuse capitale des bords delà Sprée. La révolution d'abord, la réaction ensuite, avec son fanatisme pharisa'fque qui n'était contenu que par des considérations de prudence mondaine, trouvèrent un adversaire plutôt qu'un allié dans Nitzsch. On doit regretter que son opposition n'ait pas été plus ferme et plus décidée, et qu'à la fin de sa vie surtout il se soit laissé arracher des concessions fâcheuses. Successivement membre du consistoire, du conseil

«78 NITZSGH

ecclésiastique supérieur et depuis 1855 prélat de Berlin, tour à tour suspecté et incriminé par les orthodoxes et par les libéraux, il lui fut difficile de maintenir sa pleine indépendance. Et pourtant les hommes de tous les partis ne pouvaient s'empôcher de le respecter profondément. Dans les conseils, dans les conférences, dans les grandes assemblées ecclésiastiqucs/où les hommes les plus considérés des tendances les plus diverses écoutaient avec vénération sa parole, il apparaissait toujours avec ce prestige et cet ascendant tout particulier qu*exerce une individualité revêtue d'une grande autorité morale. En politique, il appartenait au parti conservateur libéral, qui cherchait à donner à TEtrat une base morale. Il fut l'un des fondateurs de la Revue allemande de la science et de la vie chrétiennes (1850), chargée de défendre l'union des Eglises luthériennes et réforméeSjCt de réfuter, par des articles apologétiques sérieux, les attaques dirigées contre le christianisme. — Lorsqu'on 1852, an plus fort de la ré«ution, l'Union courut les plus grands dangers, et qu'un ordre du cabinet royal intima aux membres du conseil ecclésiastique supérieur Tordre de désigner laquelle des deux Eglises ils entendaient» représenter au sein du conseil, seul, Nitzsch déclara que, quanta lui, il continuerait à y représenter l'Eglise unie. Dans son ouvrage sur ï Union evangélique (lHp3). il chercha à prouver que sorî histoire était contemporaine de celle de l'Eglise protestante elle-même ; il réfuta ceux qui, méconnaissant les droits actuels de l'Eglise, élevée au-dessus des divergences créées par les luttes dogmatiques du seizième siècle, ne voyaient dans l'Union que le caprice d'un souverain ou l'abandon de la foi des pères. L'idée que défendait Nitzsch était celle d'une union doctrinale, positive sur tous les articles des confessions de foi qui n'étaient pas en désaccord avec la BiMe. Il rentra une seconde fois dans la lice par une vigoureuse réplique à l'adresse de Kahnis (1854), qui l'avait accusé de catholicisme, parce qu'il ne distinguait pas assez entre la justification et la sanctification. Nitzsch traita maintes fois des sujets apologétiques, soit dans les revues, soit dans les conférences (voy. le volume intitulé Disseriaiions choisies, Berlin, 1863, 2 vol.). Nous nous bornerons à rappeler celles sur Mélanchthon, sur Gellert, sur Larvater^ sur les Frères moraves, sur la religion et l'histoire, sur le christianisme et les peuples non civilisés, ainsi que ses Cours sur la doctrine chrciienne professés devant des étudiants de toutes les facultés (185i)). Mais l'ouvrage capital de ses dernières années fut son Système de la théoloQie pratique (1847-1867, 3 vol.), dans lequel il s'éleva un monument durable témoignant à la fois de sa rare vigueur scientifique et de sa grande virtuosité pastorale. Fruit de longues années de travail et d'expériences chrétiennes, ce livre, admirablement ordonné, présente de vrais trésors de sagesse pratique. L'idéal chrétien et l'idéal humain se pénètrent réciproquement, si bien qu'il apparaît avec une entière évidence qu'ils ont été faits l'un pour l'autre, et que le christianisme n'atteint pleinement son but que s'il réussit à remplir de son esprit l'humanité entière dans tous ses rapports et toutes ses relations, de môme que

NITZSGH 679

rhumanité ne réalisera sa destinée que par une assimilation de plus en plus complète de Tesprit chrétien. — A partir de 1863, la santé et surtout la vue de Nitzsch déclinèrent insensiblement. Il fut obligé de cesser ses cours et de déposer ses fonctions Tune après Fautre ; il dut renoncer à faire plusieurs publications qu'il avait projetées. Déjà s'annonçaient des symptômes plus alarmants. Il tomba dans un état voisin de l'enfance ou plutôt dans une sorte de somnolence, mais qui n'enleva rien à sa grandeur morale. Une dernière fois il voulut prendre la plume pour défendre, dans un écrit populaire, l'idée favorite de toute sa vie, l'Union, à l'occasion du cinquantième anniversaire de sa fondation. Il ne put le faire. Il ressentait de même un vif besoin de prêcher, et prononça d'admirables allocutions aux personnes de son entourage intime. Une douce mort vint, le 21 août J868, délivrer son âme fatiguée. «Mes conceptions du monde futur, avait-il écrit peu de jours auparavant, deviennent plus concrètes, à mesure que je vieillis; et j'ai la douce certitude que ma demeure m'est préparée là-haut par les bien -aimés qui m'ont précédé.»— Il est difficile de tracer un portrait fidèle de son individualité. « Dieu m'a donné peu de passions, » dit-il un jour. Mais ce n'était pas seulement son tempérament, c'était aussi la puissante discipline de son esprit qui lui permettait de garder la mesure, même dans les moments les plus agités de sa vie, et d'unir à une fermeté inébranlable une grande douceur. Plus son regard était profond et pénétrant, plus semhle-t-il (chose bien rare) son jugement sur les personnes était bienveillant. Son érudition, sa richesse de pensée, son génie spéculatif excitaient l'admiration ; mais ce qui remplissait ses disciples et ses amis de vénération pour lui, c'était le caractère profondément religieux et moral de son individualité, l'unité sensible de la doctrine et de la vie. S'assimiler les objets les plus disparates et les plus réfractaires à sa pensée, approfondir tous les phénomènes, ranimer la lettre morte, faire revivre et spiritualiser les dogmes vieillis et les traditions éteintes : tel fut le principe de la théologie de Nitzsch. Il joignait une ardeur mystique et un esprit spéculatif profond à une science historique et philologique étendue. Jamais.la délicatesse exquise du sentiment religieux ne s'est unie à un jugement plus solide et plus ferme. La force comme aussi la faiblesse de Nitzsch, c'est, l'association un peu hâtive d'un sentiment religieux vivant avec les formules ecclésiastiques^.la fusion quelque peu forcée de l'idée et de l'histoire. Ce qui manque, c'est le chaînon intermédiaire, le sens critique qui trie et qui purifie. Cette absence de la critique explique le mélange d'idéalisme et d'expressions impropres qui caractérise la théologie de Nitzsch. Il possède le rare talent de spiritualiser le dogme et de faire ainsi illusion à ceux qui l'acceptent. Mais cette illusion se dissipe à la suite d'un examen plus soutenu, d'une réflexion plus mûre; elle n'est môme possible que grâce à l'obscurité involontaire dont s'enveloppe la pensée de Nitzsch. On l'a surnommé l'Heraclite de la théologie moderne. Cette obscurité a sa source dans sa nature intérieure très primitive, très spontanée, très riche qui lutte sans cesse pour chercher une expression originale

680 NIÏZSCH — NOAILLES

à des pensées originales. La raison claire, lumineuse, simple fail défaut à Nitzsch qui, sous le rapport de la forme, est en tous points Fopposé de Voltaire. Il recherche d'une manière presque maladivj; la concision. Lui-môme d'ailleurs semble incapable de soutenir le poids, dirons-nous, ou l'illusion du dogme ainsi idéalisé à force de subtilité et d'obscurité ; il retombe dans une sorte de positivisme et se courbe sous l'objectivité des formules ecclésiastiques. Tout se réduit chez lui à des essais, à des velléités spéculatives. — Voyez : Beyschlag, K, E, Nitzsch, Eine Lichtgestalt der neuern deutsch-evangel. Kircfiengeschichtôy BerL, 1872 ;C. E, Nitzsch u. die evavgel, Kircheder preuss, Rheinprovinz, dans les Protestant, -MonalsbUeiter, 1860, H.8-H; Schwarz, Zur Gesch. der nenest, Thenl. , etc. F. Lichtenbergeb.

NO, dans le texte hébreu dos prophètes (Ez. XXX, 14 ss.; Jér. XLVI, 25 ; Nah. IIL 8), est une des principales villes d'Egypte. Les LXX traduisent par At6<; 7:0X1;. Or, il y avait en Egypte deux villes de ce nom : rùne,danslaHaute-Egypte, qui n'était autre que Thèbes (Strabon, I, 9, 35 ; Pline, 36, 12; 37, 54); l'autre dans la Basse-Egypte dont Slrabon (17,802) dit qu'elle était entourée de lacs. La plupart des com- . mentateurs se prononcent, contre l'opinion soutenue par Kreenen {Nûhumi vatic, philol, et crit, expos., Harderox, 1808) et parGhampollion {U Egypte, II, 131), en faveur de Thèbes. Les canaux qui l'entouraient en faisaient bien cette ville fortifiée au milieu des eaux dont parle Nahum.

NOAILLES (Louis-Antoine de), cardinal et archevêque de Paris, naquit le 27 mai 1651 et mourut à Paris le 4 mai 1729, âgé de 78 ans Elevé dans les principes de la religion, il montra dès ses plus jeunes années une piété tendre et profonde Après avoir fait de bonnes études, il entra dans l'état ecclésiastique, et prit successivement les grades de licencié et de docteur de Sorbonne (1676). Nommé en 1679 àl'évêché de Cahors, il fut appelé, dès l'année suivante, à l'évêché de Chàlons-sur-Marne, et s'appliqua dans ces deux diocèses à faire revivre les vertus chrétiennes au sein de son clergé. En 1695, élevé par Louis XIV à l'archevêché de Paris, il y rencontra des oppositions et eut à y soutenir des luttes pour lesquelles il n^était point fait. Sa timidité, la douceur de son caractère porté naturellement à la bonté et à l'indulgence, le firent souvent hésiter sur la position qu'il devait prendre à l'égard des uns ou des autres, et imprimèrent à sa conduite une indécision qu'on lui a souvent reprochée. Etant évêque de Ghâlons, Noailles avait donné son approbation aux Réflexions morales du père Quesncl; arrivé au siège de Paris, il confia la revision de ce livre à un groupe de docteurs parmi lesquels était Bossuet; ce travail produisit l'édition de 1699. Trois ans auparavant (1696), notre archevêque avait condamné un écrit intitulé : Exposition de la Foi catholique louchant la grâce, cet écrit était de M. de Barcos, l'un des théologiens jansénistes les plus autorisés d'alors. Les jésuites, qui savaient M. de Noailles peu favorable à leur doctrine et à leur société, publièrent alors un Problème ecclésiastique dans lequel ils demandaient « auquel il fallait croire, de M. de Noailles,

Page 1