‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 129 sur 157 · NOÉ — NOËL · texte numérisé non relu

NOÉ — NOËL

aux prosélytes et qui jouèrent un rôle si important dans le concile de Jérusalem dont parlent les Actes (XV). E. Scherdlux.

NOÉ (Marc-Antoine), évoque de Lescar.né en 1754 au château delà Grémenaudière, près de La Rochelle, mort à Troyes en 1802. Grand vicaire de Rouen, il fut élu député à rassemblée du clergé en 1762, et, Tannée suivante, nommé par le roi évêque de Lescar ; il était à ce titre président des états du Béarn. Pendant qu'il gouvernait ce diocèse, en 1765, il fut un des quatre évêques quirefusèrent de reconnaître la bulle Unigtniius. Son siège ayant été supprimé pendant la Révolution, Noé alla d'abord en Espagne, puis en Angleterre. Revenu en France, il fut nommé en 1802 évoque de Troyes. -^ Noé aimait les lettres et les avait cultivées avec fruit. On a de lui des Discours et des Mandements qui se distinguent parla pureté du style et Télévation de la pensée. Ses Œuvres ont été recueillies et publiées à Londres, en 1801, in-12; il en a été donné une édition nouvelle et plus complète à Paris, 1818, in-8% par leR. P. Auguis. On pourra consulter la Notice historique^ insérée en tète de cette édition, ainsi qu V Eloge de M, Noé par Luce de Lancival, Paris, 1803.

NOËL (natalis dies^ natalliia) fête de la naissance de Jésus-Christ, célébrée le 25 décembre, la première du cycle des fêtes chrétiennes. — Il était naturel que le souvenir de la naissance du fondateur de TEglisè chrétienne devînt l'objet d'une fête, et prit place dans la série des solennités destinées à retracer annuellement aux fidèles les principaux événements de la vie de Jésus-Christ. L'usage de célébrer cette fête ne s'établit pourtant qu'assez tard dans l'Eglise, et ce n'est que vers la fin du quatrième siècle qu'on fut d'accord sur la date du 25 décembre et sur la véritable signification de la fête. En tout cas, l'hypothèse qui en fait remonter l'origine aux temps apostoliques est • complètement dénuée de fondement. En Orient, lafôte delà naissance de Jésus-Christ fut d'abord célébrée le 6 janvier, sous le nom d'^piphanie : c'était le terme consacré pour- désigner une apparition divine. Les évangiles ne donnant aucun renseignement sur l'époque précise de la naissance de Jésus, on était arrivé à cette date par des procédés exégétiques très familiers h celte époque. On partait de l'idée que, Tancienne alliance n'étant que l'ombre dont la nouvelle est la réalité, il devait y avoir entre elles un parallélisme complet. Or, Jésus est le second Adam : donc les principales dates de la vie d'Adam doivent nous fournir celles de la vie du Christ. Adam est né le sixième jour de la première semaine de l'existence du monde. La Genèse ne dit rien de la date de sa mort ; mais d'anciens exégètes croyaient pouvoir conchire de Gen. II, 17, qu'il était mort également le sixième jour de la semaine, le môme jour où il mangea du fruit défendu. Le parallélisme est en partie confirmé parles évangiles .'Jésus mourut en effet le sixième jour de la semaine ; donc il dut naître aussi le sixième jour. Et comme Adam était né le sixième jour de la première année du monde, on arriva naturellement à fixer le sixième jour de Tannée comme étant l'anniversaire de la naissance du Christ. Cette explication n'était pourtant pas généralement acceptée; dans

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une partie de TEglise, on attachait plus d'importance au commencement du ministère de Jésus qu*à sa naissance. Clément d'Alexandrie blâme ceux qui s'occupaient à rechercher exactement le jour et Tannée de la naissance du Christ {Slrom.yl, 349, 406). Origène voit dans l'Epiphanie, non la fête de la naissance de Jésus, mais celle de son baptôme. IljustiBait sa manière devoir en rapprochant le passage Ezéchiel, 1, 1 : « le cinquième jour du quatrième mois, les cieux s'ouvrirent, » de Matlh. III, 16. La véritable Epiphanie avait eu lieu lorsque les cieux s'étaient ouverts, et que l'Esprit de Dieu était descendu sur Jésus, révélant ainsi sa grandeur à Jean-Baptiste. C'était aussi VsLYisde iévàûiQ {Commenl, in Ezech.,\), D'autres, comme Epiphan<^ (Expos, fil, y c. 22 ; Hxres,, Ll, c. 29), persistaient à penser que la fêle du 6 janvier était bien la fête de la naissance de Jésus-Christ. On ne parvint pas à s'entendre sur cette question, et pendant un certain temps la fête de l'Epiphanie fut célébrée avec ce double caractère, les uns y voyant l'anniversaire de la naissance de Jésus-ChrisU d'autres le souvenir de son baptême. — Cette dernière idée ne tarda pasà l'emporter, et la date du 25 décembre fut généralement adoptée pour la fête de la naissance de Jésus. Cette date avait prévalu en Occident ; on n*attribuait peut-être d'abord pas grande importance à cette fête, car Augustin ne la range pas parmi les grandes fêles chrétiennes {Epist., 118), tout en constatant que sa célébration était d'un usage général {Serrno^ 380). Cette date vient d'une prophétie d'Haggée (II, 10 ss.) qui eut lieu le vingt-quatrième jour du neuvième mois : «dès ce jour je vous bénirai, » dit le prophète. C'est donc la date de la délivrance d'Israël. Une fête juive s'y rattachait déjà : lorsqu'après la défaite des Syriens, les Macchabées purifièrent et consacrèrent de nouveau le temple souillé et profané, ils choisirent pour cette cérémonie le soir du vingt-quatrième jour du neuvième mois et une fête annuelle fut instituée en souvenir de cette consécration (1 Macchab. IV, 27-61 ; 2 Macchab. X, 1 9; Josèphe, Antiq., XH, 10; mais la vraie délivrance d'IsraGl ne fut pas faite par les Macchabées elle ne fut accompli^ que par la venue de Jésus-Christ : la naissance de Jésus devait donc avoir eu lieu le vingt-quatrièmejour du neuvième mois, qui selon l'usage juif, s'étendaitjusqu'aulcndemain 25. L'année juive commençant au mois de nisan qui correspondait à avril, le vingt-quatrième jour du neuvième mois était donc le 25 décembre. Cette date se substitua dans l'Eglise d'Orient à celle du 6 janvier dès le règne de Théodose le Grand, et en peu de temps fut généralement adoptée. Chrysostome dit, dans un disfours tenu le 25 décembre 3^ (Op. y t. II. p. 384), que celte fête se célèbre dès longtemps de la Thrace jusqu'en Espagne, et qu'elle a été introduite depuis dix ans à Ântioche et en Syrie. A la fin du quatrième siècle on est à peu près d'accord dans toute l'Eglise pour fêter l'anniversaire de la naissance de Jésus le 25 décembre, et celui de son baptême le 6 janvier (Chrysostome, HomiL, 24. 33; Cassian., Collât., X, 2; Constil. apostoL, V, 13; .VIII, 3). Il est assez probable que le désir de combattre les idées et les usages des gnostiques et des manichéens, qui niaient ou metlaieni

ù rarrière-plan Tincarnation, ne fut pas sans influence sur la rapidité avec laquelle Taccord se fit pour la célébration de la fête de Noël le 23 décembre. On a voulu voir dans la fôte de Noël soit la fôte juive de la purification du temple qui se célébrait à la môme époque, soit une fête païenne indiquée dans un calendrier romain du quatrième siècle, au huitième jour avant les kàlendes de janvier, par ces mots : Nalalis Invicli, et qu'on considérait comme une fôte du soleil (E. F. Wernsdorf, De origniibus soleninium nalalis ChrisU ex festivilaie Natalislnvicli, 1757). La première hypothèse a eu peu de partisans* et nous avons vu comment les deux fôles se sont célébrées à la même date, parce qu'elles se rattachaient toutes les deux à la même prophétie d'Haggée. La seconde est également peu probable: il a'existait pas de fôte du soleil à cette époque ni en Orient, ni en Occident. 11 est vrai que la date du 25 décembre est à peu près celle du solstice d'hiver, et que plusieurs Pères de l'Eglise ont mis à profit cette coïncidence, et représenté allégoriquement le Christ comme le âoleil de justice qui éclaire l'humanité (Grég. de Nysse, t. III, p. 340; Augustin, Sermo 190 ; Léon le Grand, Serm., 25, etc ); maisles Pères ont toujours protesté contre cette identification des deux fêtes ; Léon le Grand y voit un artifice de Satan {Serm,, 21,26) ; Augustin proteste contre les assertions des manichéens qui reprochaient aux chrétiens de fêler en même temps que les païens les kalendes et les solstices {Comra Faustum, XX, 3). Plusieurs conciles postérieurs défendent aux chrétiens de prendre part aux fêtes païenne^ qui avaient lieu en Blême temps que la lôtc de Noiil. En tous cas, l'Eglise a toujours eu le souci de distinguer &es fêtes des fêtes païennes qui se célébraient aux mômes époques. — La fôte de NoGl a été dès les premiers temps magnifiquement fôlée en Orient et en Occident. Elle commençait la veille au soir et était célébrée toute la nuit par le chant des psaumes. Cette coutume persista môme lorsque les vigiles des autres fêtes eurent disparu. Le nom allemand de WeihnaclUen en tire son origine. On ne pratiquait aucun jeûne et aucune abstinence. Les prêtres portaient leurs vêtements sacerdotaux les plus magnifiques, les cierges brûlaient toute la nuit, les Eglises étaient ornées de tapis. Dans l'Eglise catholique la fôte est célébrée par trois messes, Tune au milieu de la nuit (messe de minuit) la seconde au point du jour, et la troisième aux heures ordinaires. A Rome le pape officie en personne. — De bonne heure on a représenté dans les Eglises les principaux événements de la nuit de Noôl : on mettait un enfant dans une crèche, entouré des animaux que la tradition place dans l'étable où naquit Jésus. Au moyen âge on préparait une étable dans les Eglises ; en Orient une grotte. De jeunes garçons jouaient le rôle des anges, les bergers chantaient ; l'enfant était bercé au bruit des cantiques. Chaque maison avait sa crèche, avec le bœuf et l'àne traditionnels, autour de laquelle on chantait. — D'autres coutumes semblent être un souvenir à demi-effacé de l'ancien culte du feu, celle, par exemple de la bûche de Noël qu'on brûlait dans chaque famille, surtout dans l'est et le midi de la France ; dans le Midi oa

686 NOËL — NOËSSELT

Tarrose d'huile et de vin pour en rendre la flamme plus brillante. Mais cette coutume disparaît peu à peu pour être remplacée, dans les pays protestants, par l'arbre de Noël. Très répandu en Allemagne, cet usage a passé de là aux autres pays protestants ; mais il n*est pas, comme on Ta cru, exclusivement protestant, tandis que celui ie la crèche serait plus particulièrement catholique. Il en est déjà question dans des légendes allemandes du moyen âge, longtemps avant la Réformation. Sur l'origine et la signification de l'arbre de Noèl, on ne peut guère former que des conjectures. D'après P. Gassel, c'est un symbole de l'arbre du paradis, portant cette fois la lumière, et dont les pommes ne sont plus des fruits de mort, comme au temps de nos premiers parents (P. Cassel, Weihnacliten^ (/rsprûnge, Branche, und Aberglauben). En tout cas c'est un symbole de lumière, de vie et de joie, qui peut très bien exprimer les sentiments provoqués dan* les cœurs chrétiens par le souvenir de la naissance de Jésus. L'usage de préparer pour la fête de Noël des gâteaux et d'autres friandises, et celui de faire ce jour-là des cadeaux sont très anciens dans l'Eglise, et se rattachent également au caractère joyeux de cette fête. — A la fête de Nofil se sont rattachées celle du martyre d'Etienne (â6 décembre) celle de l'évangéliste saint Jean (27 décembre . et celle des Saints-Innocents, victimes du massacre d'Hérode, et considérés comme les premiers martyrs chrétiens (28 décembre). Ainsi se forma une sorte de cycle se terminant à la fête de TEpiphanie, et dont tous les jours étaient considérés anciennement comme des jours de fête. — Voy. outre les traités d'archéologie chrétienne, A. Bynœi, De nataîi Jés.-Chr. Hbri duo, 4691; T. Ittig, De ritu festumnaiiviiatis Christi die 25 déc. celebràiidi, ejusque aniiqui' tate; S. J. Baumgarten, De solemnium Christo nato sacrorum oriçinibus, 1739 ; E. F. Wernsdorf, De originibus solemnium natalis Christi ex festivitate natalis Invictl, 1787 ; J, G. Hasse, De rituum cîrca nal, Chv, primd origine ex Grxcorum et Roman, salurnalibus, 1800 ; F. Gêdike, Ueber den Ursprung der Weiimachts-Geschenke, Berlin, Monalssch^r., 1784, janv. p. 73 ss.; F. Schlciermacher, Weihnachls-Feicr, IBOé; P» Cassel^ Weihnachten, Ursprunge, Branche und Aberglauben^ Berlin.

EUG. PiCAKD.

NOÏL (Alexandre). Voyejj Naialis.

NŒSSELT ( Jean- Auguste ) [1734-1807], théologien estimé, professa la philosophie et la théologie à Ilallc, sa ville natale; il devint, en 1779, directeur du séminaire, et^ en 1806, il fut nommé conseiller privé du roi de Prusse. Savant, pieux et modeste, Nœssclta traité avec clarté et précision la morale chrétienne, l'exégèse du Nouveau Testament et la méthodologie théblogîque. Dans son traité sur V Education des futurs théologiens (1783), il recommande la culture des études historiques, comme l'un des meilleurs moyens de se convaincre dé la divinrté du christianisme. Sa Défense de la vérité et de la divinité de la religion chrétienne (1766; 3* éd., 1783) fut publiée par ordre de l'université de Halle pour défendre la vérité du christianisme contre les railleries de Frédéric 11. Cet écrit embrasse l'apologie de la reli-

NŒSSELT — NOMBRES 687

gion naturelle comme celle do la révélation. Il comprend quatre parties : 1° contre les athées ; 2° contre les sceptiques ; 3° contre les naturalistes ; 4** contre les indifférents. Contre les naturalistes, Nœsselt établit que la raison ne saurait parvenir par elle-même à la connaissance de la vraie religion et qu'ainsi une révélation positive, revôtue d'une vertu surnaturelle est très vraisemblable, très possible et très utile. Pour prouver la vérité de la révélation, Nœsselt commence par établir l'authenticité des livres de l'Ancien et du Nouveau Testament; ensuite il passe à la preuve de la divinité de la doctrine de la Bible, appuyée par son excellence, par les miracles, les prophéties, la propagation du christianisme, la fermeté des martyrs et enfin le témoignage du saint Esprit, sans lequel nul homme ne peut arriver à une complète persuasion de la vérité de l'Evangile. Nous citerons encore de Nœsselt : 1® De vera xiate ae doctrina scriptorimi TertulUani, Halle, 1757-1739; 2° Opuscula ad interprelaiionem Sripturœj 1777-1787 ; 3** Instruction pour la connaissance des meilleurs livres écrits sur toutes les branches de la théologie, Leipz., 1779, 1780, 1791 et 1800. — Voyez Niemeyer, iV., sein Lebén, sein Charakter u. seine Yerdiensle, Halle, 1809.

NOET, célèbre antilrinitaîre du troisième siècle, né à Smyrne, selon d'autres à Ephèse, maître de Sabellius. Il enseignait qu'il n'y avait en Dieu qu'une seule personne, le Père ; que le Verbe et le saint Esprit n'étaient que des dénominations extérieures qu'on lui avait données à cause de ses opérations visibles ; que c'est Dieu le Père qui avait souffert sur la croix: ce qui fît donner à ses partisans le nom de patripassiens. La doctrine de No6t se répandit d'Asie Mineure à Rome, où elle trouva beaucoup d'écho. Le presbytre Hippolyte polémisa violemment contre elle. (comra Noeium; Philosophoumena, IX, 10 et p'assim). — Voyez, en outre, Epiphane, H^res,,ol\ Augustin, Uœres., ^l ; Theodoret, Hœret/fabiU., III.

N06ARET (Guillaume de). Voyez Boniface VIÏI.

NOUBEES (Livre des). Voyez Pentateuque.

NOMBRES. Il est certain que les anciens Hébreux avaient une notion précise des nombres; ce qui le prouve, ce sont les mots mispâr, sephor (de saphàr, compter); mi ks a h (de khasas, compter, partager) et les noms de nombre. Le chiffre et les nombres qui présupposent la numération supposent la connaissance du calcul(cf. hissâb,. calculer, hesbôn, le calcul). L'Ancien Testament nous montre ainsi que les opérations d'arithmétique nécessaires dans la vie journalière, civile et religieuse, étaient familières aux Hébreux; l'addition (Nomb. I et XXVI), la multiplication (Lévit: XXV, 8 ; Nomb. UI, 46), la soustraction (Lévit. XXVII, 18), la division (Lévit. XXV, 27. 50) se retrouvent tour à tour dans les mots mèm^s qui les désignent. D'ailleurs les éléments des mathématiques leur étaient indispensables pour la construction des maisons, l'arpentage, l'établissement des poids et mesures, la diyision du temps. Sans doute leurs connais- , sances sont restées loin derrière celles des autres peuples orientaux, comme le prouve surabondamment leur chronologie souvent défec-

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