‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 134 sur 157 · NORMANDIE — NORMANDS · texte numérisé non relu

NORMANDIE — NORMANDS

Coignard (Pier|:e), controversiste ; Clamorgan (Jean de, seigneur de Saane), marin et écrivain ; Gordien (Mathurin), professeur et écrivain; Du Mont (Jean), écrivain; Duquesne (Abraham), marin célèbre; Jouysse (David), médecin écrivain; Larrey (Isaac de), historien; Laudonnière (René de), marin; Lèche vallier (Antoine), professeur; Lefèvre (Tenneguy), professeur et écrivain ; Lemery (Nicolas), chimiste; Lemotleux (Pierre-Antoine), littérateur; Lesueur (Philippe, sieur de Petitville), poète; Levavasseur (Guillaume, sieur des Roques), géographe, ingénieur et écrivain; Monchrestien (Antoine de, sieur de Vatteville), poète, économiste, industriel et guerrier; Misson (Maximilien), écrivain; Montgommery (Gabriel de), guerrier; Moysantdes Brieux. poète et écrivain, fondateur de l'Académie de Gaen; Paulmier (Julien de Grantemesnil), médecin et écrivain ; Porée (Jean- Baptiste), médecin et poète; Porée (Jonas), controversiste; Ribaut (Jean), navigateur; Rocquigny (Adrien de), poète. — Sources principales : Archives de la Seine-Inférieure ; S. Beaujour, Essai sur i^his* toire de V Eglise réformée de Caen , Gaen, 1879, in-S** ; Elie Benoist, Histoire de CEdit de Nantes; Delft, 1695, 5 vol. in-4»; Th. de Bèze, Histoire des Eglises réformées au royaume de France^ 3 vol. ; Bulletin de la Société de Vhistoire du Protestantisme français ; A. Ganel, Essai sur r arrondissement de Pont-Audemer^ Pont-Audemer, 1833-34, 2 vol.in-8*; l'abbé Cochet, Dictionnaire archéologique de la Seine-Inférieure ; Bulletin des travaux de la Commission des antiquités de la Seine-Inférieure; Charpillon etTabbé Garesme, Dictionnaire des communes du département de lEure, 1879, 2 vol. in-8* ; G. et J. Daval, Histoire de la Réformation à Dieppe j 1879, 2 vol. in-8**; Delandine, Histoire des guerres de religion dans la Manche^ 1 vol. in-8° ; Louis Dubois, Histoire de Lisieux^ Lisieux, 1845, 2 vol. in-8* ; Dumont de Bostaquet, Mémoires inédits^ Paris, 1864, in-8*';H. do La Perrière-Percy , Histoire du canton d'Athis, Gaen, 1858, in-8°;le môme, La Normandie à l^ Etranger, in-8^ ; A. Floquet, Histoire du Parlement de Normandie; ^nen, 1840-42, 7 vol. in-8° ; Goube, Histoire de Normandie^ Rouen, 1815, 3 vol. in-8'* ; Fabbé Gaultier, Histoire d*Alencon, Alençon, 1805, in-S"; Ed. Hugues, Histoire delà restauration du Protestantisme en Frana, Paris, 2 vol. in-8* ; Haag, France protestante) L^ngBy Ephémérides normandes, Gaen, 1832, 2 vol. in-8° ; Th. Lebreton, Biographie normande, Rouen, 1857, 3 vol. in-8*; A. Martin, Histoire de Sanvic, Havre, 1878, in-12; Lecanu, Histoire des Evêques de Coutances, Goutances, 1839, in-8*; Th. Muret, Les dragonnades à Rouen ; Ponteaumont (de), Histoire de la ville de Carentan ; Registres des Eglises de Criquetot et Sénilot; Registres de V Eglise ^e Çadot/Zy (Rouen); Toussaint-Duplessis. Histoire de V Eglise cathédrale de Rouen, Rouen, 1686, in-4*; Revue de Rouen et de Normandie (1832-1852) ; Vaugeois, Histoire de la vUU de Laigle, Laigle, 1841 , in-8* ; P. Waddington, Le Protestantisme e» Normandie, Paris, 1862, in-8* ; Gh. Weiss, Histoire des réfugiés protestants de France, Paris, 1852, 2 vol. in-12. Emile Lbsens.

NORMANDS (Les). Le moine de Saint-Gall raconte dans sa chronique que Charlemagne, se trouvant à Narbonne, aperçut des barques ra-

pides qui disparaissaient à Thorizon et ne put retenir ses larmes à la vue de ces audacieux pirates, qui devaient infliger tant de maux à son empire après sa mort. Appelé à raconter les incursions des Normands sur toutes les côtes de TEurope et leur premier contact avec le christianisme, nous laisserons à d^atitres articles le soin de retracer leur origine,leur patrie, les missions dont ils furent Tobjet h plusieurs reprises, les colonies qu*ils fondèrent aux Féroé, au Groenland, en Islande. Nous devons dès Tabord nous demander la cause de ces émigrations partielles, soudaines, inexplicables en apparence, et nous les trouvons dans les luttes intestines de la Scandinavie, qui transfornièrent les vaincus en Outlaws, dans la pauvreté du sol qui amenait de fréquentes famines, dans l'amour des aventures pour elles-mêmes et le charme inexprimable qui s'attache à la vie des écumeurs de mer. Montés sur des barques légères, à la proue ornée de dragons fantastiques, laissant flotter au haut du mât l'étendard surmonté du corbeau magique, dont les ailes déployées sont un signe de victoire et les ailes tombantes un gage certain de défaite, les pirates, peu nombreux, s'élancent sous le commandement de leurs vikings au gré des vents vers des plages inconnues. Leur tactique est toujours la même ; à l'embouchure des fleuves ils construisent un camp retran- ^ ché ou s*emparent d'une île, d'où ils se répandent dans toutes les directions : C'est ainsi que Noirmoutiers, Oissel, Thanet leur ont ouvert l'accès de la Loire, de la Seine, de l'Angleterre. On les voit remonter les fleuves, tant qu'ils ne rencontrent pas d'obstacles ; puis quand retentissent les notes sinistres du cor d'ivoire, tout s'enfuit au loin ; les rives des fleuves deviennent désertes et désolées. Les pirates ne font aucun quartier; à l'origine même ils jetaient comme par jeu les enfants sur la pointe de leurs lances. Cavaliers improvisés, ils se répandent dans les campagnes; c'est en vain que les populations, abandonnées à elles-mêmes par la lâcheté des tristes descendants' de Charlemagne, cherchent à leur résister ; vaincus sur un point, ils apparaissent aussitôt sur un autre et ont déjà regagné la haute mer avant qu'on ait pu les atteindre. Les malheurs des temps sont si grands que toute discipline, toute religion, tout scrupule a disparu. Les aventuriers, les proscrits, les criminels et déclassés, si nombreux dans cette période d'anarchie, viennent, dit Michelet, grossir les rangs des pirates; tel ce redoutable Hastings qui, si l'on doit en croire la tradition, n'était autre qu'un paysan des environs de Troyes. Peu d'invasions ont laissé des traces plus profondes d'épouvante dans les esprits que les incursions normandes, tandis que les premières invasions barbares se faisaient par masses et que les femmes, a'ccompa^ gnant leurs époux, constituaient dans les pays conquis des populations nouvelles, les Normands, isolés, sans famille, se sont vite fondus avec les populations soumises. Ils ont étendu leurs ravages en Allemagne, eu France, en Angleterre, en Irlande, en Espagne, sur toutes les côtes de la Méditerranée, et se sont retrouvés à Constantinople comme gardes de l'empereur d'Orient ou Varenges avec leurs compatriotes descendus par les fleuves de la Russie. C'est en Allemagne

que les Normands ont été repoussés avec le plus de succès. Toutefois nous les voyons inonder la Belgique, la Hollande et la Frise aussitôt après la mort de Gharlemagne, et Gand fut pendant plusieurs années leur principal camp retranché. En 851, Aix-la-Chapelle et Trêves sont livrés aux flammes, Tabbaye de Prûm subit le même sort en 892. Dès 865, un des vikings, Kalbi , avait trouvé la mort (|ans le Rhin. En 889, le roi Louis le Jeune infligea à Thuin une sanglante défaite aux barbares qui n'en pillèrent pas moins Cologne, Coblentz et Metz; Charles le Gros les avait également défaits en 882 sur les bords de la Meuse. Ce fut Thonneur de la maison saxonne de les empêcher de prendre pied en Allemagne. L'Andalousie vit les premiers piratps apparaître sur ses côtes en 844. Hastings, remontant le Guadalquivir, s'empara de Séville après une bataille de trois jours, mais les rois maures et chrétiens surent arrêter ses progrès. En 859, ce fut le tour du Maroc, des Baléares, de la Spezzia. Hastings, qui avait rêvé de s'emparer de l'impériale Rome, crut à la vue de la ville de Luna avoir réalisé son rêve. On voit les Normands pénétrer vers la fin du siècle jusque dans l'Archipel et sur les côtes de TAsie-Mineure. — Les historiens modernes sont d'accord pour voir dans les Varègues, qui ont donné à la Russie son nom et son premier prince, Rurik, des Normands, dont les institutions nationales se retrouvent dans le code de lois de laroslav. Nous les voyons se mettre de bonne heure à la solde des étrangers et combattre sans scrupule les uns contre les autres. En 859, après, avoir vaincu les Finnois, ils font payer un tribut aux Slaves de Tllmen; les Varègues de Kief et de Novgorod menacent à plusieurs reprises Constantinople et pénètrent en 944 jusqu'auprès du Caucase. Rurik, après avoir affermi sa puissance à Novgorod, transmit la couronne à son fils Oleg. En 943, Igor perdit par le feu grégeois une armée sous les murs de Constantinople. Sa veuve, l'altière et cruelle princesse Scandinave Olga, entra en rapport avec Basile le Macédonien, empereur d'Orient. Les prêtres envoyés par ce prince apportèrent aux Russes l'alphabet cyrillique et le christianisme orthodoxe d'Orient. Olga est la première sainte du calendrier russe; l'œuvre décisive, arrêtée par la résistance de son fils Sviatoslaf, devait se réaliser à une époque postérieure. — C'est en France que les Normands firent le plus de ravages et finirent par prendre pied. Notre histoire pendant plus d'un siècle n'est guère que la chronique d'un pouvoir agonisant et d'un peuple réduit aux plus cruelles extrémilés. Nous choisissons quelques dates. 830 : Noirmoutiers est occupé ainsi que l'île de Ré. Les pirates prennent et brûlent Rouen en 841, Nantes et Bordeaux en 843, Paris et Saint-Omer en 846, Noyon et Amiens en 859, Meaux en 862, Saint-Denis en 865. En 866, Robert le Fort périt les armes à la main et les guerres normandes, qui font disparaître dans la honte les derniers carlovingiens, préparent la grandeur de la troisième race. En 865, c'est le tour d'Angers et de Bourges; en 879, de Troyes, et en 880 d'Arras. En 881, Louis III remporte une victoire éclatante à Saucourt, mais dès 882 Reims est pillé et Charles le Gros n'arrête les progrès des Normands sur les côtes de la Lotharingie

qu'en cédant une partie de la Brie à Godefroy qui embrasse la fo chrétienne. Les pirates s'établissent définitivenlent à Bayeux et dans une partie de la Bretagne. Malgré Théroïsme de Tévôque Gozlin et du duc tle France, Eudes, au siège de Paris (885), les carlovingiens, incapables de lutter plus longtemps, durent traiter avec les Normands, auxquels Charles le Simple abandonna par le traité de Saint- Clair-sur-rEpte (911) toute la contrée, qui depuis a porté leur nom% UoUon, leur chef, devint chrétien dès 912 et reçut le baptême des -j

mains de Vitton, archevêque de Rouen. Hérivée, archevêque de Reims, a joué un grand rôle dans cette ÔBuvre si considérable, comme l'attestent et la lettre que lui écrivit à ce sujet le pape Jean IX, en 901 (Labb., Coll. ConciL, IX, 484), et les lettres qu'il adressa luimême à yitton pour régler sa ligne de conduite, pleine d'indulgence et de tact, avec les nouveaux convertis bien ignorants et retombant trop souvent dans le paganisme. Ces pirates que rien n'effrayait, pleins de mépris pour un pouvoir discrédité, avaient une crainte superstitieuse des cérémonies catholiques. Si leur aveugle fureur frappa d'abord les prêtres et les évoques, ce fut le clergé qui déploya contre eux le plus d'énergie .et les dompta parfois par la puissance morale. Un viking, ayant fui devant les reliques de Fleury-sur-Loire, s'écriait qu'en France lés morts avaient plus de puissance que les vivants. Ce qui nous montre la sincérité de Rollon, c'est la prompte assimilation de la langue franque par son peuple, la sagesse de ses lois, les progrès de l'Eglise. La Neustrie prit un rapide essor, les couvents, les églises s'élevèrent de toutes ports, les Bretons, jusqu'alors indomptés, durent se soumettre. De 990 à 1037 Robert I" de Normandie occupa le siège de Rouen. Les Normands prirent part aux croisades, fondèrent des royaumes éphémères et, devenus les défenseurs de la papauté, servirent de contrepoids à Tautorité des empereurs allemands. — L'Angleterre, avant de subir la conquête normande, eut à souffrir, elle aussi, des terri- *

blés pirates danois qui portèrent pendant deux siècles le fer et la tlamme sur ses côtes et devinrent même un moment les maîtres du pays. C'est en 78Xque les pirates danois firent leur première apparition en Angleterre et massacrèrent la population d'un port prête à les accueillir comme des amis. Vers 830 les pirates Gurmund et Turgèse s'établirent à Dublin et à Armagh, brûlèrent les couvents et firent disparaître en quelques années la prospérité renaissante de l'Irlande. En 837, en 851 Londres est livré aux flammes après une victoire inutile d'Ethelwolf; en 860 c'.estie tour de Winchester. En 864 Ella, ' roi dé Northumbrie, a fait jeter dans un puits rempli de vipères le farouche Ragner Lodbrog, dont le sauvage chant de mort est parvenu jusqu'à nous, mais les fils du pirate le vengent, s'emparent d'York, 867), de la Northumbrie (871). La Mercie a subi le même sort en 864 ; 870 voit la fin du royaume d'Estanglie, dont le roi Edmond subit le martyre. On peut se demander pourquoi les Danois furent si cruels envers les Anglo-Saxons, leurs frères. La réponse est facile. N'avonsnous pas vu les Normands se combattre à outrance pour un peu

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d*or? D'ailleurs ils envisageaient les Anglo-Saxons comme des renégats envers les institutions et les dieux de la patrie. Alfred le Grand, quatrième fils d'Ethelwolf, longtemps proscrit et fugitif, ne désespéra jamais du succès, releva le courage des siens, infligea en 878 une défaite sanglante aux Danois à Ethandun et sut repousser de 893 à 896 les attaques de Hastings. En 879 Guthrun, vaincu par Alfred, consentit à embrasser le christianisme, prit au baptême le nom d'Althelstan et reçut en fief la Northumbrie. Edouard l'ancien sut maintenir Iqs avantages obtenus par Alfred ; en 9â8 Althelstan remporta à Brunaburgh une victoire décisive sur le roi d'Ecosse Constantin uni aux Danois, Au bout de quatre-vingts ans les Dano's reparurent sur les côtes sous les ordres de Sven et détruisirent de 981 à 995 Southampton, Gbester et Londres. Ces nouvelles invasions donnèrent naissance à Timpôt du Danegeld. Etheired II, qui avait épousé Emma, fille de Richard I*% duc de Normandie, donna le 13 novembre 1002, jour de la Saint-Brice, le coupable et funeste signal des vêpres danoises. Sven, et après lui son fils Canut le Grand, se rendirent maîtres de l'Angleterre et la résistance d'Edouard Côlede-Fer fut rendue inutile par une mort prématurée. Ayant affermi son trône par son mariage avec Emma, vainqueur d'Olaf enNonège, Canut se montra aussi sage dans la prospérité qu'implacable dans ses vengeances, travailla à rapprocher les deux nations soumises à ses lois et acheva la* conversion de son peuple. Un grand nombre de ses lois ont en vue les progrès et l'aû'ermissement de l'Eglise. Pèlerin dévot aux tombeaux de saint Pierre et de saint Paul, Canut institua le denier de saint Pierre, qui devait avoir des conséquences si funestes dans l'avenir. On sait comment il confondit les basses flatteries de ses courtisans en faisant placer son trône sur le bord de la mer au moment du flux. A sa mort les Anglo-Saxons recouvrèrent l'ascendant et c'est après une dernière victoire sur les Danois qu'Harold vint mourir à Hastings sous les coups de Guillaume le Conquérant. L'ère des expeditions.de piraterie avait pris fin depuis la conversion définitive des Etats Scandinaves au christianisme. — Sources : Gallia^ IX; Flodoard, Hisi. de Reims, trad. Lejeune, 1B15: Usser, Brii, AntLq,,ïn'î°; Lappeixberg, Gesch, von England, II; Orrf. Viialy ap. Duchj Hist. Norm. Script., 564 ; Guill. de Jumièges, i6W,Xl, .624 ; Fr. Palgrave, HisL of. Normandy and of England, 2 v. Lond., 1851-55; Depping, Jlist, des exp, mnrii. des Nomi., 2 vol., 1839; Maurer, Die Bekehr.der Norm. Simmme, 2 vol; Rambaud, HiiUàt Russie; M«= Lear, The Norlhmen, London. A. Paumier.

NORRIS (John), philosophe et théologien anglais, né en 1657 à CoUingborne-Kingston (Wiltshire), mort à Bemerton en 1711. Fil> d'un pasteur, il fut envoyé à l'université d'Oxford, y prit ses grades et en fît partie, depuis 1680, à titre d'agrégé. Il montra de bonne heure une grande prédilection pour Platon et il en traduisit en anglais quelques fragments, entre autres ï Effigies, amoris, sous le titre de The Pictuire oflove unneiled (Londres, 1682, in-12). Son idéalisme devait le porter à combattre les doctrines de Locke et c'est

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