‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 138 sur 157 · NOVALIS · texte numérisé non relu

NOVALIS

ses aspirations religieuses. La forme en est ravissante : ce sont des notes vagues et mélodieuses d'une grande pureté, d'une douceur pénétrante ; c'est un son profond qui produit en nous une douleur poignante, mais il faut Técouter de loin ; car si nous nous approchom, si nous cherchons à distinguer et à analyser, nous n'entendons plus qu'un trémolo rythmique, des accords sans lien ni suite, une impression vague qui aspire à devenir un sentiment. Rien déplus délicat que ces plaintes d'un amour éthéré, ces gémissements d'une ime endolorie qui 'aspire vers le silence éternel,vers la vie simple et unique en Dieu. On a dit, non sans raison, que. le lyrisme de Novalis rappelle les madones du moyen âge. La religion, telle que la préconise Novalis, est une musique céleste, qui fait oublier le monde réel pour le monde idéal. Son Dieu est un Dieu jaloux, une puissance dévorante qui ne laisse rien suBsister à côlé d'elle. La plus haute volupté que l'homme puisse connaître, sa vraie tâche ici-bas, c'est de se perdre, de s'abîmer en Dieu. La nuit, la mort» le recueillement est infiniment plus que le jour, la vie, Taction. La nuit, la nuit sainte et mystérieuse, est l'image de la mort, de l'absorplioa mystique dans l'absolu. Cette mort, cette volupté de mourir et de désirer la mort, est la religion. On peut dire que Novalis a emprunté et arraché à la vie tous ses charmes pour en orner l'image de la mort, et l'on comprend que Hegel ait appelé cette poésie la consomption de l'esprit. L'âme de Novalis se consume, parce qu'elle refuse tout contact avec la nature, tout commerce avec les hommes et^ disons-le aussi, toute rencontre avec le devoir ; c'est une religion en rupture de ban avec la morale. Mais quels accents d'une suavité pénétrante s'échappent de cette lyre : « Pourvu qu'il soit à moi, pourvu que je le possède, pourvu que mon âme n'oublie pas jusqu'à la tombe combien Il est fidèle! Je ne sens rien de la souffrance, je n'éprouve que recueillement, amour et joie... Pourvu qu'il soit à moi! Je laisse volontiers tout le rest-e ; appuyé sur mon bâton de pèlerin, je ne suis, fidèle, que mon Seigneur ; je laisse tranquillement marcher les autres dans les voies larges; pleines, lumineuses... Pourvu qu'il soit à moi ! Le monde m'appartient; je $uis bienheureux comme un enfant du ciel qui tient le voile de la Vierge. Perdu dans cette vision, je ne crains plus la terre. » Et ailleurs T « Si tous te trahissent, moi jeté resterai fidèle, afin que la reconnaissance ne s'éteigne pas sur la terre. Pour moi tu t'es abîmé dans les souffrances, pour moi tu t'es noyé dans la douleur. C'est pourquoi je te donne mon cœur pour toujours avec joie... Souvent je pleure amèrement de ce que tu es mort, et de ce que plus d'un des tiens t'oublie toute sa vie durant. Pénétré du plus pur amour, tu as tant fait pour nous, et pourtant ton souvenir s'est évanoui, et personne ne songe à toi... Plein d'un amour fidèle, tu continues à assister Chacun ; et si aucun ne te reste, tu demeures pourtant fidèle. L'amour fidèle triomphe ; à la fin on le sent pourtant, on pleure amèrement et l'on embrasse doucement, comme un enfant, tes genpux. » Et ailleurs encore : « 11 me faut pleurer, toujours pleurer. Ah! si une fois seulement II m'apparaissail, une

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fois seulement de loin. Sainte mélancolie ! Eternellement dureront ma douleur, mes larmes; et je voudrais tout de suite mourir... car éternellement je ne le vois que souffrir et expirer en intercédant pour nous. Oh 1 pourquoi mon cœur ne se brise-tril pas? pourquoi mes yeux ne se ferment-ils pas? que ne méritai-je le bonheur de fondre entièrement dans mes larmes?.,. S*ils savaient son amour, tous les hommes deviendraient des chrétiens ; ils laisseraient tout le reste; tous ils n'aimeraient que TUnique, tous ils pleureraient avec moi et se mourraient avec moi d'amère douleur. » — Voyez : Rothe, Novalis als religiôser DichUr^ dans la Ailgtm. kirchL Zeitschrift, 1862, H. 10; F. V. Hardenberg. Ein Nachlass, Gotha, 1873, et Tarticle deLanderer dans la Real-Encykl, de Herzog, X, 460 ss.

F. LiCHTENBERGER.

NOVATIANISME, nom donné à une secte qui se forma vers le milieu du troisième siècle dans TEglise catholique, à la suite du schisme de Novatien et à Toccasion des querelles disciplinaires qui éclatèrent à ce moment. — On sait que TËglise s'était réservé le droit de retrancher de son sein, ceux de ses membres qui, soit par leur apostasie, soit par leurs dérèglements, avaient violé rengagement qu'ils avaient pris au baptême ; ils ne pouvaient se mêler à la foule des fidèles et devaient sortir des assemblées an moment de la célébration de la cène. Cette excommunication n'était levée qu'après qu'ils avaient donné des preuves suffisantes et des marques publiques de rep entir. Alors, par le rite de l'imposition des mains, ils pouvaient être admis de nouveau dans la société chrétienne. La durée et le degré de la pénitence variaient suivant les circonstances et suivant les Eglises. Le crime d'apostasie était généralement le plus sévèrement puni ; toutefois, même àcet égard, la jurisprudence n'était pas partout uniforme. Quelques Eglises refusaient pour toujours la réintégration; d'autres tombaient dans Texcès contraire et moyennant l'obtention d\i libelli paciSj les pénitents pouvaient rentrer facilement en grâce. Ces alternatives de rigueur et de relâchement donnèrent lieu à des manifestations en ^ens opposés. A Garthage, le diacre Félicissimus se mit à la tête de l'opposition soulevée par la lettre de Cyprien aux confesseurs, et dans laquelle l'évêque priait ceux-ci de ne pas accorder trop facilement aux lapsi des libelli pacis. Cette opposition aboutit, comme Ton sait, à un schisme, et Carthage se trouva posséder pendant quelque temps, jusqu'à trois évêques. Cyprien toutefois, finit par recouvrer son autorité et fut même soutenu par l'évoque de Home, Corneille. Celui des prêtres dissidents qui avait joué dans cette affaire le rôle le plus actif, Novatus, quitta Carthage et alla s'établir à Rome pour y faire une opposition semblable à Corneille.' Seulement ses motifs n'étaient plus les mêmes; ce n'était plus l'excessive sévérité de l'évêque qu'il attaquait, c'était sa trop grande indulgence, et il trouva à s'appuyer sur un parti déjà formé, à la tête duquel se trouvait un néophyte nommé Novatien. On n'a pas de renseignements directs sur ce personnage, tout ce que l'on peut savoir sur son compte, se trouve dans les écrits de ses adversaires qui ne paraissent

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pas s'exprimer à son sujet avec impartialité. — Novatien prétendait que Tapostasie, à tous ses degrés, était un péché mortel qui devait entraîner pour les coupables Texciusion perpétuelle des sacrements ; que TEglise qui en admettait un seul, était uiie Eglise souillée, dont il fallait se séparer sous peine de participer soi-même à sa souillure. Il appliquait, en un mot, au christianisme les maximes stoïciennes. Quelques-uns de ses adhérents voulurent le nommer évêque, lorsque Fabien eut subi le martyre, en janvier 250. Novatien refusa d'abord, mais poussé à bout, il se porta contre Corneille. Ce fut ce dernier qui fut élu et son élection, soumise au jugement des autres Eglises, fut presque universellement reconnue comme légitime. Novatien ne put donc être évêque, mais il resta à la tête de la secte novatienne qui, unie aux débris du parti de Montanus, se maintint jusque vers le sixième ou le septième siècle, et compta même, dans les différentes parties de l'empire, un certain nombre d'Eglises. Il y avait des Eglises novatiennes à Constantinople, en Phrygie, en Bithynie, à Alexandrie, en Gaule, en Espagne, etc. Plusieurs conciles de celte époque, et en particulier celui d'Elvire, en Espagne, au commencement du quatrième siècle, édictèrent contre les lapsi des canons conformes aux idées des novatiens. Dans la suite, les novatiens ajoutèrent à leur hérésie d'autres doctrines plus rigides encore. IN condamnèrent les secondes noces, rebaptisèrent les pécheurs et voulurent restaurer l'Eglise dans sa pureté première. Ils s'appelaient eux-mêmes xaôapoi, les purs. A. Gary.

NOYON [{Nomoinagus Veromandiu>rumj Noviomum), évêché suffrageant de Reims, supprimé en 1801. « Pour bien entendre l'histoire de Noyon, dit Le Vasseur, il faut recourir à cellede Noé et de ses flls.»San«^ remonter aussi loin, nous dirons que le siège de l'évêché fut d'abord St-Quentin(Firoma//rfi5). Le tombeau de St-Quentin, martyr au 31 octobre,déjà célèbre autempsde Grégoire de Tours (W.iV.,I,73j, était conservé dans l'ancienne viWed'Augusta Veromanduorum qui prit, depuis, le nom du martyr sous lequel elle est connue depuis le dixièmi' siècle. Vopidum Viromandense lui-môme est placé généralement par les auteurs au village de Vermand, situé à onze kilomètres de Saint- Quentin, mais M. Longnon (^eo.7r. de la Gaule au sixièmesiecle,^M^ s'oppose à cette coutume ; il n'y a pas à Vermand trace des ruine> (J'une ville romaine, mais d'un camp seulement, et le bourg luimême n'est pas connu avant 1160; le Vermandois avait donc pour chef-lieu Saint-Quentin. Hincmar nomme Viromandis comme une ancienne ville épiscopale, déchue de son rang; dès le sixième siècle, le siège épiscopal du Vermandois. était à A'omomagf?«. Saint-Médard, évêque de Noyon, né à Salency et frère de Saint-Gildard, fut élu en 532 au siège de Tournai et dès lors les deux diocèses, dont les chefslieux étaient séparés par environ douze lieues, furent unis jusquen 1146 (voyez la vie de Saint-Médard, par Tévêque de Noyon Radbod (1068-1098) dans les AA. 5^'., 8 juin, II ; Corhlet, LecuUe desainl^l-^ Am. iSoQQi HagioL d'Amiens, l\, 1874 ; l'éloge du saint évoque par Fortunat, II, 17) ; Saint-Médard mourut en 545, suivant d'autres en

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