OBERKAMPF
découverte que celui-ci allait perfectionner, de sorte qu*ils furent à eux deux les véritables créateurs de Timpression sur étoffe. Les premiers essais de cette riche et puissante industrie eurent lieu, vers 17i0, en Allemagne et en Angleterre, où la révocation de Tédit de Nantes avait chassé nos plus habiles ouvriers, parmi lesquels figurait un grand nombre des meilleurs teinturiers. Ce n'est pas qu'il ait fallu trois siècles et plus pour que Ton songeât à appliquer aux étoffes les procédés de l'impression sur papier ; la difficulté n'était pas d'iipprimer sur le coton, sur la laine ou la soie, mais bien d'y fixer les couleurs de manière qu'elles résistassent à l'action de l'air et à celle de l'eau; or la chimie, encore dans l'enfance, ne fournissait aucun moyen d'y parvenir. Quand on eut découvert quelques mordants, on se servit d'abord pour l'impression d'une planche en poirier dans laquelle le dessin était découpé, et qui ne pouvait être appliquée sur le tissu qu'avec des précautions infinies. Philippe Ûberkampf eut l'idée de substituer à cette planche ou tampon un rouleau gravé ; là était tout le secret de l'impression mécanique, laquelle devait remplacer avec d'immenses avantages l'impression manuelle. Mais l'expérimentation du rouleau pouvait être longue et dispendieuse : repoussé de tous les confrères auxquels il s'adressa en Allemagne, l'inventeur ne trouva qu'à Bàle un teinturier entreprenant qui consentit à lui laisser tenter l'innovation dans ses ateliers (1749). Au bout de quelques années, Philippe installa pour son propre compte une manufacture à Lœrach, non loin de Bâle, et peu après s'établit définitivement à Aarau. A l'âge de vingt ans, son fils Christophe, connaissant à fond le métier, partit à pied pour Paris, léger d'argent, sans savoir le français et sans aucune lettre de recommandation. Il fut admis comme graveur à l'Arsenal, dans une des rares maisons où l'impression des tissus n'était que tolérée, Louis XV ayant dé(endu la fabrication des toiles peintes, dans la crainte puérile qu'elle ne nuisît à la culture du lin, du chanvre et des vers à soie. Cependant les indiennes étrangères, de plus en plus recherchées, pénétraient en France malgré les rigueurs de la douane. Sous la pression des économistes, entre autres Morellet, la prohibition fut levée en 1759, juste au moment où Christophe, qui ne mit jamais que cette fois à la loterie, venait d'y gagner six cents livres. C'est avec cette modique somme qu'il fonda un établissement des plus modestes, bientôt agrandi et devenu sans rival en Europe. Le vallon de la Bicvre, dont la partie pittoresque rappelle certains sites alpestres, lui avait plu ; il acheta une maisonnette à Jouy-en-Josas (canton de Versailles), endroit presque inhabité, où l'on ne comptait que quelques pauvres cabanes, et se mit à l'œuvre. Dessin, gravure, teinture, impression, tout passa par ses mains et réussit admirablement. Dans la première année il imprima trois mille six cents pièces de jaconas, enlevées à peine sorties du métier, grâce à l'éclat et à la solidité des couleurs, en môme temp§ qu'à l'ingénieuse variété des dessins. Deux ans plus tard, il acheta une prairie marécageuse, la dessécha et y construisit une usine modèle, autour de laquelle vint se