‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 146 sur 157 · OBERKAMPF · texte numérisé non relu

OBERKAMPF

grouper une population de quinze cents ouvriers. Un succès si rapide déconcerta la routine administrative et les préjugés populaires, sans mettre fin aux attaques d'un clergé fanatique. Celui-ci voyait avec indignation s'élever la fortune d'un industriel protestant, d'un hérétique dont le culte était sévèrement proscrit en France. L'activité, le courage, la fermeté de caractère d'Oberkampf, joints à une scrupuleuse probité et à une grande bonté d'âme, triomphèrent de ces obstacles et môme de la concurrence. Une manufacture rivale fondée à Sèvres à grand renfort de capitaux, succombait au bout de dix mois d'exploitation; ses machines furent transportées à Jouy, dont les toiles avaient déjà une réputation européenne. En peu de temps, trois cents manufactures furent construites aux environs de Paris et dans les départements sur le modèle de celle de Jouy; près de trente mille ouvriers, jusque-là misérables, y trouvèrent un salaire assuré, et, par l'exportation des indiennes, la France préleva sur les nations voisines un tribut annuel de plusieurs centaines de millions. Pendant près d'un quart de siècle, les imprimeurs sur étoffe n'eurent à leur disposition que les tissus des fabriques anglaises ; la Révolution aidant, on se mit aussi chez nous à filer et à tisser le coton, autre industrie nouvelle qui accrut considérablement la fortune publique. -Oberkàmpf fut des premiers à l'introduire en France, en joignant à son établissement de Jouy la filature et le tissage d'Essonnes (cant. de Corbeil). Ennobli par Louis XVI, qui décerna à son établissement le titre de manufacture royale, il échappa comme par miracle à la Terreur, et reçut de la main de Napoléon la croix de la Légion d'honneur. L'empereur lui demandant par quel moyen il avait su réaliser une si grande fortune, il lui fit cette réponse caractéristique : Sire, en achetant cher et en vendant bon marché. Oberkampf resta modeste au sein de l'opulence : il s'opposa à l'érection de la statue que le conseil général de Séine-et- Oise voulait lui élever, en 1790, sur la principale place de Jouy ; il refusa également de faire partie du sénat impérial, préférant aux honneurs le calme d'une vie paisible et consacrée à la bienfaisance. Lors de l'invasion amenée par l'empire (1815), Jouy fut livré aux ravages des troupes étrangères ; Oberkampf vit ses machines brisées, ses ateliers détruits, la population qu'il nourrissait depuis soixante ans, réduite à la dernière misère. Ce spectacle me lue, disait-il. fen effet, il s'éteignit en octobre, âgé de soixante-dix-sept ans, laissant à sa famille et à ses alliés, les Feray, les Widmer, les JoJy de Bammeville, les Massieu, les Portai, les Mallet, un grand exemple, et au protestantisme français un nom illustre, qui se place naturellement à côté de ceux des Crommelin, de Boule et des Gobelin. Oberkampf avait épousé en 1774, à l'ambassade de Suède, Marie -Louise Petineau, dont il eut quatre enfants, et, en 1783, à l'ambassade de Hollande, Elisabeth Massieu, qui lui donna aussi quatre enfants et ne lui survécut qu'un peu plus d'un an. — Voyez la France prot.; la 29« livraison dix Mémorial universel de T industrie française ^ des sciences et des arts, le Magasin pittoresque de 1857; Rable, Biogr. des contempc-

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