DOUEX
OBERUN (Jean-Frédéric), Tapôtre et le civilisateur du Ban-de-la- Rochc, est né à Strasbourg, le 31 août 1740, d'une famille dans laquelle la science et la piété étaient héréditaires. Son père, professeur au gymnase protestant,. avec ses faibles révenus et ses nombreux enfants, tout en étant pour lui-môme d'une économie rigide, usait à l'égard des pauvres d'une bienfaisance que l'on peut appeler généreuse. Il avaitimposé à ses sept fils et à ses deux filles de fortes habitudes de travail et d'exactitude, et les avait accoutumés à un régime ôtàune discipline tout à fait Spartiates. L'aîné devint un philologue et un antiquaire distingué. Quant à Jean-Frédéric, il révéla de bonne heure un caractère décidé et une vive sensibilité. Sa première passion fut pour les exercices militaires et pour les poésies de Gellert. L'éducation à Strasbourg était alors allemande bien plus que française. Toutefois notre littérature était loin d'être ignorée dans la famille Oberlin. Une des tantes de notre héros traduisit môme en allemand les Sonnets chrétiens de Drelincourt et le Polyeucte de Corneille. A dix-sept ans, Jean-Frédéric suivit les cours de l'université et après quelques hésitations (la carrière militaire-l'attirait beaucoup), il se voua à la carrière pastorale sans enthousiasme et sans vocation arrêtée. Entier et résolu comme il J'était, il ne sentit aucun goût pour les tempéraments que les théologiens du dix-huitième siècle apportaient à la vieille orthodoxie du dix-septième siècle. Il prit bravement parti pour le professeur Lorenz, qui était tombé en disgrâce auprès des étudiants à cause de son dogmatisme farouche, et qui damnait avec une sérénité parfaite l'honnête et respectable père d'Oberlin, parce qu'il « n'était pas du nombre des régénérés. » — Pour vi\Te, le jeune étudiant donnait des leçons et entra bientôt en qualité de précepteur chez le chirurgien Ziegenhagen. Oberlin dut à cette circonstance ses connaissances médicales et son goût pour la botanique : mais il lui dut aussi d'entrer en contact avec la piété intime et vivante que l'on respirait dans la maison du docteur Ziegenhagen. Esprit net et méthodique, Oberlin rédigea, le 1" janvier 1760, de sa plus belle écriture, un document dans lequel il déclarait se consacrer entièrement à Dieu; et il renouvela le même engagement dix ans après. Sa devise était : « Marcher devant Dieu. » Pourtant, dan> son Journal f nous démêlons les traces d'une profonde mélancolie. Le désir de la mort y est fréquemment exprimé. Nous pouvons fort bien nous expliquer cette disposition d'esprit qui n'est guère en harmonie avec le caractère d'Oberlin. Le service régulier dans l'Eglise établie, où régnait une sorte de routine cléricale, semble avoir offert peu d'attraits au jeune candidat. Il brigue une place d'aumônier dans le régiment de Royal-Alsace, et, en attendant, il vit de privations, lit Voltaire et les encyclopédistes dans le but de les combattre. C'est dans ces circonstances que se présenta, au commencement de Tannée 1767, dans sa froide mansarde, un visiteur inattendu, le pasteur Stuber, que l'état de sa santé. obligeait de quitter le Ban-de-Ia-Roche.
et qui cherchait un successeur. A la vue de raménagement très primitif, du lit de camp entouré de rideaux^ faits de papier gommé, du poêlon en fer suspendu aa-dessus de la lampe quiirûlait sur la table île travail et où cuisait une maigre soupe à l'eau, Stuber ne put retenir une exclamation de joyeuse surprise : « C'est du Ban-de-la- Roche!... Vous êtes l'homme que je cherche.» — Nous avons raconté ailleurs ce qu'était le Ban-de-la-Roche (voy. cet article) au moment où Oberlin, alorè âgé de vingt-sept ans, arriva à Waldbach en qualité de pasteur, plein d'une ardeur juvénile, tempérée d'ailleurs par la dignité pleine d'onction et la tenue rigide qu'il tenait, la première de ridée qu'il se faisait du ministère pastoral, la seconde des habitudes qu'il avait prises dans la maison paternelle. Dans ce pays inculte et perdu au fond des Vosges, au milieu de cette population engourdie dans l'ignorance et dans la paresse, tout était à créer, et les ressources manquaient absolument. Oberlin apportait avec lui le plus riche trésor : une confiance filiale inébranlable en Dieu. C'est 5on œuvre qu'il veut accomplir. A Lui d'en fournir les moyens! Les lettres du pasteur de Waldbach nous permettent de saisir sur le vif le ressort intérieur qui faisait agir cette nature simple et droite. Sans doute, il çxposera les besoins de sa paroisse à ses amis et bienfaiteurs : il provoquera des dons, il organisera des collectes, mais en laissant pour ainsi dire les faits parler eux-mômes et en comptant, pour le reste, sur l'intervention miséricordieuse de Dieu. — Avec une clairvoyance qui lui fait le plus grand honneur, Oberlin comprit que le premier besoin du Ban-de-la-Roche, c'étaient les écoles. Il traça lui-môme à Waldbach, en face de son chétif et misérable presbytère, le plan d'une belle maison d'école et s'engagea par écrit, vis-à-vis de ses paroissiens, à en faire lui-même tous les frais. Grâce à ce moyen, il obtint le concours de leurs bras et de leurs modestes épargnes. Des bâtiments scolaires semblables furent élevés par ses soins dans les annexes de Bellefossé, de Belraont, de Fouday et de Solbach. Oberlin forma et dirigea lui-môme les instituteurs chargés de faire les classes, qui étaient communes pour les cinq paroisses, de manière à pouvoir donner un enseignement graduel. Les règlements scolaires, tracés par la main môme dOberlin, entrent dans les moindres détails et dénotent un tact pédagogique singulier. « Dans la première classe, y lisons-nous, on apprendra aux enfants : 1° à déposer les mauvaises habitudes ; 2^ à acquérir l'habitude de l'obéissance, de la sincérité, de la débonnaireté, du bon ordre, de la bienfaisance, etc.; 3® à épeler sans livre ; 4° à bien prononcer les syllabes et à bien poser le ton* en récitant ; 5» la dénomination française (en opposition avec le patois) juste des choses qu'on leur montre; 6** les premières notions de la morale et de la religion, etc. » Les leçons de c/io^e^ jouent un grand rôle dans le système pédagogique d'Oberlin. Il rédigea luimême les cahiers pour l'enseignement des classes supérieures qui comprenait la botanique, l'agriculture, l'hygiène, la tenue des livres, la peinture. Rien n'échappait à sa direction vigilante. « Presque tous les écoliers, écrit-il à ses instituteurs, ne veulent peindre qu'avec des
couleurs brillantes. Cependant il y a peu de couleurs brillantes dans la nature : les rochers, les troncs des arbres, les maisons, les terres, les meubles et les. ustensiles n'ont point de couleurs brillantes. S'il y a des écoliers qui sont assez sages pcrur prendre la nature pour modèle et pour employer des couleurs mates, veuillez me faire parvenir leurs cahiers.»— Pour lutter contre l'abandon elle vagabondage précoce auxquels étaient exposés les enfants en bas âge„ Oberlin imagina les salles d'asile dont il fut le véritable créateur;et dont ilconûa la direction à Louise Schepler, sa servante, qui était entrée en condition chez lui à l'âge de quinze ans, et qui le servit avec un rare désintéressement pendant quarante-sept ans. Les chambres de tricotage, auxquelles vinrent s'ajouter bientôt des chambres de coulure pour les jeunes filles plus âgées, étaient une innovation des plus heureuses. De nombreuses estampes enluminées ornaient les murs et parlaient aux yeux des enfants.-Les « conductrices de la tendre jeunesse » devaient, entre autres, s'appliquer principalement à enseigner aux enfants «l'horreur dti manque de respect que nous devons aux pauvres, la présence de Dieu, la prière dû cœur.» — Oberlin s'occupa de même à relever le culte; il développa avec un zèle infatigable le chaiît sacré, introduisit les prières faites d'abondance et pleines d'actualités, multiplia les leçons du catéchisme et les services sur semaine, pendant lesquels les femmes étaient tenues de tricoter pour les pauvres. Il régla l'emploi du dimanche, combinant les délassements honnêtes et les jeux corporels avec les exercices d'édification. La cure d'âmes était pour lui l'objet d'un soin particulier. Sa prédication était très simple et toute paternelle. Il improvisait d'après des plans détaillés tracés à l'avance. Sa foi vivante et agissante touchait les auditeurs. Elle s'alliait à un grand sang-froid et à un courage héroïque en face de la résistance que lui opposaient ses paroissiens souvent rebelles et des menaces dont il était l'objet de la part des rôdeurs et des piliers de cabaret dont il censurait les habitudes vicieuses. — Oberlin ne s'appliqua pas seulement à évangéliser le Ban-de-la-Roche, il voulut aussi le civiliser. A cet effet, il dressa de sa main le plan des chemins vicinaux qui devaient faciliter les relations des villages entre eux et avec le dehors. Donnant l'exemple, il mit lui-même la main à la pioche avec son valet de labour et se vit bientôt entouré de 200 ouvriers volontaires. Il établit partout des ponceaux, des murs de soutènement, faisant sauter à poudre des rochers; il ouvrit des magasins d'outils. Il ordonna des mesures prévoyantes pour abolir la vaine pâture, pour irriguer les prés, pour niveler le terrain, pour établir des rigoles et utiliser chaque coin de terre arable dans ce pays rocheux et stérile. Il introduisit la culture du seigle, du trèfle, du lin de Livonie, de la pomme de terre, dont'il fit venir des semis de Hollande et de Suisse, ordonnant de brûler les tiges et les feuilles pour servir d'engrais. Il fit planter des arbres fruitiers, envelopper, durant l'hiver, les arbres de paille et de laine; il fît creuser auprès des étables des fosses à purin et rédigea les règlements de la première société d'agriculture. — Oberiin apporta
les mômes soins au développement de Tindustrie, créant dans son presbytère un atelier modèle complet. Ne négligeant point les petites industries, il faisait apprendre aux enfants à confectionner des ouvrages tle vannerie, des bergerons et des paniers en osier, ou encore des vêtements rustiques. Cbaque maison eut son métier de tisserand, jusqu*à ce que des fabricants vinrent du dehors doter le Ban-de la-Roche de filatures de coton et de tissages. —Pour élever le niveau de Tinstruction et stimuler le zèlç de ses paroissiens, Oberlin créa une bibliothèque roulante, un cabinet d'histoire naturelle ; il proposait des prix à ceux qui, dans les branches d'activité les plus diverses, obtenaient les meilleurs résultats; il établit une pharmacie gratuite et une société de fours économiques; il donna des instructions pour soigner les noyés, les gelés, les asphyxiés. Il institua une caisse des pauvres, des caisses d'épargne et de prêt. Mais le règlement portait en tète ces avertissements significatifs à ses « chers paroissiens qui désirent être portés sur la liste des pauvres » ; « N'ôtes-vous pas allés , en négligeant l'église, aux fraises?... Vos bêtes ne font-elles aucun dommage?... Ne tenez-vous pas un chien sans une nécessité absolue?... » Il monta aussi une petite imprimerie et distribuait à ses paroissiens des versets bibliques sur des feuilles volantes. — Oberlin avaif épousé en 1768 Marie-Salomé Witter, sa cousine, la fille d'un professeur de l'université de Strasbourg, qui s'associa avec un noble dévouement à l'activité de son mari -et qui lui donna neuf enfants. Elle s'était même préparée à raccompagner à Eben-Ezer, colonie salzbourgeoise établie dans l'Amérique du Nord, oix se trouvaient vingt mille âmes sans pasteur qui a\'aient adressé un pressant appel au philanthrope chrétien des Vosges. La guerre d'Amérique fit échouer ce généreux projet et conserva Oberlin au Ban-de-la-Roche. — La révolution dé 1789 fut saluée avec des transports de joie par les populations protestantes de nos départements de l'Est, bien qu'elles fussent exposées, les premières, aux entreprises des souverains-alliés armés contre la France. Le pasteur de Waldbach prononça une allocution patriotique aux volontaires de 1792, partant pour défendre la frontière: « Si quelqu'un, s'écria t-il, devait trouver son tombeau loin d'ici, il trouvera que les pays où Dieu et notre devoir nous mènent sont toujours le plus près du ciel. » Son fils aîné fut l'une des premières victimes. Oberlin, pour diriger et contenir le mouvement révolutionnaire, avait institué un club (société populaire), qui se tenait le dimanche, au temple même, à l'issue du culte, et s'était fait nommer président et orateur. « La meilleure arme, disait-il, pour combattre les tyrans, c'est la Bible... » Et encore : « On est républicain quand on comprend que chaque particulier ne doit vivre que pour le public. » Cette conduite patriotique ne l'empêcha pas, sous la Terreur, d'être arrêté et momentanément amené dans la prison -de Schlestadt. Sa maison était devenue un asile pour les prescrits. En 1814 et 1815, Oberlin encouragea la résistance des corps francs qui essayèrent, sous le courageux Wolf, de faire une guerre de partisans aux alliés. L'empereur
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Alexandre n'en délivra pas moins un sauf-conduit à la personne et à la maison du pieux apôtre de Waldbach. — Nous n'avons rieu dit encore dès rapports d'Oberlin avec le dehors. L'œuvre philanthropique à laquelle il s'était voué avait attiré l'attention sur le coin ignoré des Vosges qu'il s'efforçait de gagner à l'Evangile et à la civilisation. Des visiteurs, en grand nombre, arrivèrent de tous les pays. Les autorités, surtout le préfet du Bas-Rhin, Lezay-Marnézia, se montrèrent sympathiques et reconnaissantes. Oberlin était en relation épistolaire avec Goethe, Pfeffel, Basedow, Lavater, Jung-Stilling. La société biblique de Londres le nomma en 1804 son premier membre correspondant et envoya ses premières Bibles au Ban-de-la-Roche. L'arrivée de la famille Legrand de Bâle, qui en 1813. transféra ji Fouday une fabrique de rubans, donna un précieux collaborateur au pasteur de Waldbach. Henri Oberiin et Daniel Legrand établirent des dépôts bibliques dans divers départements et reçurent entre autres les encouragements de l'archevêque de Bordeaux et de révoque d'Angoulôme. A partir de 1818, Oberlin se mit en rapport avec la Société biblique protestante de Paris, et la muniûcence des chrétiens pauvres du Ban-de-la-Roche pour la propagande des livres saints, pour les sociétés des missions de Paris et de Bâle, pourles sociétés de traités religieux, confondait Souvent la parcimonie des riches donateurs de la capitale. — Les dernières années d'Oberlin approchaient. Toujours actif, toujours sévère pour lui-môme, presque privé de l'usage de ses yeux, en proie à des insomnies pénibles, il n'avait qu'une pensée, qu'une préoccupation : sa paroisse! « Pares-
* seux ! » se disait à lui-même ce travailleur infatigable. Il mourut le !«' juin 1826 à l'âge de quatre-vingt-cinq ans. Parmi ses dernières paroles on cite celles-ci : « 0 Seigneur Jésus! accorde-moi le repos !... » « Puissiez-vous oublier mon nom et ne retenir que celui de Jésus-Christ que je vous ai prêché! » — Oberlin n'était pas un savant théologien, bien qu'il connût l'hébreu et le grec et qu'il fût versé dans les éléments de beaucoup .de sciences. Il n'était pas un homme d'Eglise, et nos orthodoxes d'aujourd'hui l'auraient très certainement rangé au nombre des « théologiens déclassés; " bien que naturellement opposé à l'esprit sectaire, il était, par tempérament et par conviction, profondément individualiste. Homme de foi et d'action; il a servi son maître avec line fidélité simple et persévérante, dans une parfaite indépendance des hommes et une profonde aversion pour l'esprit de parti. Il désirait le rapprochement de tous les chrétiens et indiquait la Bible , comme le lien de. leur union. Il insistait, entre toutes, sur la doctrine de la Providence spéciale , et attribuait à la prière la plus grande efficacité
' sur la vie individuelle et sur les destinées sociales. Hétérodoxe et paradoxal comme à plaisir, il s'intitulait ministre catholiqueévangélique ; il pratiquait l'usage du sort, s'intéressait à la physiognomonie mise à la mode par Lavater, et s'occupait avec prédilection des problèmes relatifs à la vie future ; il n'admettait pas l'éternité des peines et intercédait volontiers pour les trépassés. Il
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croyait aux pressentiments et aux visions, et même à la possibilité d'une communication avec les morts. Il avait dessiné une carte géographique du ciel avec celte légende : « Représentation hasardée de la chère patrie des disciples de Jésus-Christ. » Il s'occupait aussi de magnétisme et avait imaginé une théorie particulière sur les couleurs. — Le caractère d'Oberlin présente un mélange de qualités d'ordinaire opposées : une piété enthousiaste unie à un coup d'œil pratique sobre et juste, une grande fermeté et une grande douceur, une ardeur juvénile et une extrême tolérance, une humeur toujours gaie associée à une rude franchise. Il était h la fois très économe et très libéral vis à vis des pauvres ; il avait dans ses affaires Tordre le plus minutieux et il était l'adversaire le plus déclaré du formalisme. Il savait joindre, dans une admirable mesure, le contentement serein que lui inspirait la condition présente à une puissante aspiration vers un état meilleur. — Voyez Lutteroth, Notice sur Oberlin, Paris, 1826; F. de Neufchâteau, iî apport sur Vagriculture et la civilisation du Ban de la Roche, Paris, 1818; Krafft, Aus Oberlih's Leben, Strasb., J826; Stœber, Vie de J. F. Ober lin, SireLsb,, 1831, où se trouvent insérés un certain nombre de fragments de sermons (le journal VEglise libre* et d'autres feuilles religieuses en ont publié d'autres, trouvés dans les "jpapiers de la famille 0.) et de lettres; Schubert, Z%e aus dem Leben 0.. 1826; 4* éd., 1832; Burckhardt^ 0. Lebensgeschichte u. Schriften, Stuttg., 1843, 4 vol., qui a inséré in extenso tous les écrits d'Oberlin, qu'il a pu se procurer, tant français qu'allemands, et jusqu'aux brouillons les moins destinés à la publicité, ce qui donne un grand intérêt à cet ouvrage; Bodemann, 0., nack seinem Leben u. Wirken dargeslelll, Stuttg., 1855; 3* éd., 1879; Spach, 0., pastexfr du Ban- de-la- Roche, Strasb., 1866; l'article de Hagenbach dans la Real-Encykl. de Herzog, etc., etc.
F. LlCHTENBERGER..
OBIT, ohitus, anniversarium, messe fondée, et qu'on dit tous les ans pour un défunt à l'anniversaire de sa mort. Le plus ancien obit de France est celui du roi Ghildebert, qui était fondé à l'abbaye de Saint- Germain-des-Prés, à Paris, et qui se disait la veille de Saint Thomas. U yavaitrdes obits où Ton distribuait de l'argent, et d'autres où l'on donnait du pain, du sel, etc. On appelle ofei/uaire un bénéficier pourvu d'un bénéfice vacant par mort ou per obitum.
OBLAT. Ce terme a été employé dans des acceptions diverses: lo d'un enfant que les parents offraient à Dieu pour être religieux dans un monastère (Mabillon, A A. SS, Bened,,Y, 106; VIII, 19); 2° dîme personne séculière qui se donnait avec ses biens à quelque monastère. Les oblats différaient des frères convers en ce que ces derniers étaient religieux et en portaient l'habit, tandis que les oblats n'étaient pas religieux et portaient un autre habit que celui des relijgieux ; 3^ au moine lai que le roi de France mettait autrefois dans chaque abbaye ou prieuré dépendant de sa nomination, auquel les religieux étaient obligés de donner une portion monacale, à condition qu'il ouvrirait les portes de l'église, qu'il sonnerait les cloches.
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et ferait d'autres fonctions semblables. Ces places étaient destinées à des soldats estropiés et invalides. Les monastères qui ne voulaient pas recevoir ces sortes d'oblats leur payaient une pension. Les places des oblats ont ce^sé depuis la translation qui en fut faite par Louis XIV à l'hôtel des Invalides, auquel contribuaient toutes les abbayes et tous les prieurés conventuels qui- étaient à la nomination du roi (Glaise, Diction, des sciences ecclés., II, 1625).
OBLATE se dit, en style d'ancienne liturgie, du pain qui servait à la messe.
OBLATES, religieuses d'une congrégation fondée à Rome en 1425 par sainte Françoise Romana (1384-1436), et dont Eugène IV approuva les statuts en 1437. Ce Sont des filles ou des veuves qui renoncent au monde pour servir Dieu. Elles ne font point de vœux, mais seulemeift une promesse d'obéir à la supérieure, et, au lieu de profession, elles nomment leur engagement ablation. Elles suivent la règle de saint Benoît. On les nomme aussi coUatines ou oblates délia lorre de spechi (tour du miroir), à cause du quartier de Rome où est situé leur monastère.
OBLATION. Voyez Sacrifices.
OBLATS BE MARIE-iMHAGULÉE, congrégation -de prêtres établie à Aix, en 1815, par Charles-Joseph de Mazenod, depuis évèque de Marseille, approuvée par lettres apostoliques du 17 février 1828, et dont l'objet principal est le ministère des missions. Ces religieux sont répandus non seulement d^ns les diocèses du midi de la France et en Corse, mais dans le comté de Cornouailles, en Angleterre, dans le Canada et aux Etats-Unis. La maison-mère, transférée successivement à Marseille et à Àutun, est aujourd'hui à Paris; elle compte 14 succursales et 171 membres. Il ne faut pas confondre cette congrégation avec les oblats d'Italie, société fondée en 1816 par quelques prêtres piémontais, qui a trois maisons, à Turin, à Novare et àPignerol, et qui a envoyé des missionnaires en Birmanie, dans les provinces d'Ava et de Pégu.
OBRÉGON (Bernardin) naquit à Huelgas, près de Burgos, le 20 mai 1540. A la mort de ses parents, il fut élevé par l'un de ses oncles, chantre à l'église de Siguenza et entra au service de l'évêque de cette ville. Poussé par le désir de voir le monde et d,e courir les aventures, il embrassa l'état militaire et servit dans les rangs de l'armée espagnole à l'époque des guerres de Philippe II avec la France. Un incident survenu à Madrid fut l'occasion de sa conversion. Un balayeur des rues ayant jeté par mégarde de la boue sur son habit, Bernardin lui donna un soufflet. Au lieu de s'en irriter, le pauvre homme le remercia, disant qu'il recevait volontiers cette injure pour l'amour de Jésus-Christ. Vivemeat frappé de ce trait de grandeur d'âme, Bernardin se convertit. Il prit l'habit du tiers ordre de saint François et se dévoua entièrement au service des malades. Entré à l'hôpital de la cour à Madrid, il s'unit à un certain nombre d'hommes qui, animés des mômes sentiments, vinrent se joindre à lui. Grâce à leur concours, il fonda, avec l'autorisation du roi et de