‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 148 sur 157 · OBREGON — OCCAM · texte numérisé non relu

OBREGON — OCCAM

Tarchevêque de Tolède, en 1567, la congrégation des Frères hospitaliers de Tordre de Saint-François, connus aussi sous le nom de Frères infirmiers minimes. Gonficmés, en 1569, par le nonce du pape, GaralTa, archevêque de Damas', les Obrégons prirent, dans les années subséquentes, de grands développements, et prononcèrent, le 6 décembre 1589, en présence de dom Gaspar de Quiroga, archevêque de Tolède, les vœux de chasteté, de pauvreté et d'obéissance. Dans tous les hôpitaux commis à leur service, à Burgos, à Guadalaxara^ à Murcie, à Tolède, à Pampelune, à Saragosse et à Yalladolid, ils firent preuve d'un esprit d'abnégation et de charité admirables. En 1592, Obrégon fut appelé à Lisbonne. Là, il dirigea l'hospice de Tous-les- Saints et fonda une maison pour les filles orphelines. En 1598, il assista Philippe II dans sa dernière maladie. Le 6 août 1599, il mourut à Madrid. Son ordre, qu'il avait doté d'une constitution, s'étendit dans les Pays-Bas et eut même quelques établissements dans les Indes. — Sources : P. Domin; de Gubernatîs, Orbis SeraphicuSf II ; Jos. Michieli-Marquez^ Tesoro militar de cavaleria aniiquo e • moderno; Fr. Herrera y Maldonado, Vida y virludes del siervo de Bios Bernardino de Obregon ; Helyot, Histoire des Ordres monastiques religieux et mi7irairc*, 5* part., XLIII ; vol. VII, p. 373 de la trad. allem.; vol. XXII, t. III, p. 2o de l' Encyclopédie théologique.Pains, 1850.

EuG. Sterx.

OBSERVANCE, terme ecclésiastique qui se prend : l<>pour une action • par laquelle on observe une règle, une loi, un statut; 2* pour la règle môme, la loi, le statut qu'on observe; 3" pour les corps ou communautés religieuses qui observent certaines règles. G'ést dans ce sens qu'on dit, par exemple, les cordeliers de la grande ou de la petite observance.

OCCAM (Guillaume), qui fut surnommé Doc/or invincibilis, vei\era: bilis inceptor, Princeps NoYninolium, naquit à la fin du treizième siècle à Occara, dans le comté de Surrey. Etant entré dans l'ordre des franciscains, il fut quelque temps archidiacre à Stowe, Lincolnshire, puis il vint à Paris, suivit les cours de son compatriote Duns Scot, et professa à son tour avec un grand succès. Prenant parti dans le conflit qui s'était élevé entre Boniface VIII et Philippe le Bel, il combattit le^ prétentions du pape dînis une Disputai io super poteslaieecclesiasiicaprX' latis atque principibus terràrumcommissa (publiée par Goldast, Monarcillas, rum. imperii^ I, 164), où jl était démontré que les papes n'ont aucune autorité sur le temporel ; les princes ne doivent tenir compte que de l'intérêt de l'Etat, et ils ont le droit de lever des impôts sur les biens deTEglise. En 1322, il assista, comme provincial des cordeliers anglais, à une assemblée générale des franciscains tenue à Pérouse, où une question agitée depuis près d'un siècle, celle du droit pour un ordre religieux d'avoir des biens terrestres, fut tranchée dans le sens adopté parles zélateurs : « Jésus Christ et les apôtres n'avaieht possédé de biens ni individuellement ni en commun. » Puis il se rendit à Bologne où il enseigna. Jean XXII ayant^ condamné l'opinion des franciscains, Occam répliqua avec une grande énergie dans son Defen-

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sorium adversus errores papœ, La réponse de Jean XXII fut une citation à comparaître devant son tribunal à Avignon. Occam se réfugia en France. Mais en 1328, il était en prison à Avignon, avec le général de son ordre, Michel de Cesena. Ils parvinrent tous deux à s'échapper avec l'aide de Tempereur Louis de Bavière, qui se trouvait en ce moment à Pise, et c'est alors que le -docteur doit avoir proposé ce traité d'alliance au monarque excommunié comme lui :« Défends-moi avec le glaive et je te défendrai avec Tépée. » Michel de Cesena et Occam publièrent un manifeste, où Jean XXII était qualifié d'hérétique, et reconnurent le pape Nicolas V. Munich était à cette époque le foyer de l'opposition gibeline. Occam s'y rendit et fut associé aux travaux de Marsile de Padoue et Jean de Jandun. Les docHmenis les plus dignes de foi attestent qu'il mourut dans cette ville en 13^17, six mois avant Louis de Bavière. Cependant une tradition, inspirée sans doute par le pieux désir de ramener un si grand docteur dans le giron de l'Eglise et accueillie'par Trithemius et par Wadding(i<nna/e5 minor. ad, ann. 1347), raconte que le franciscain survécut à son protecteur, se soumit, et fut relevé de son excommunication. Il importe de tenir compte des conflits qui agitèrent la vie du docteur invincible, pour apprécier le caractère de sa philosophie. Il est considéré comme le restaurateur du'nominalisme ; il avait cependant été devancé par Durand de Saint-Pourçaiç ; mais celui-ci se contentait de nier, dans l'intérêt de la foi et de la soumission à l'Eglise, la valeur des notions générales et de la philosophie. Occam veut être plus scientifique. Le réalisme concevait les idées générales, les espèces, comme des entités éternelles, intermédiaires permanents entre Dieu et les êtres concreb. Occam rejette l'existence d'un tel monde idéal. A ses yeux, les idées individuelles sont les seules qui correspondent exactement à des objets réels, et les notions générales sont des abstractions, des combinaisons formées paf l'intelligence, des modalités : Nihil prxter intetlecium et rem cognitam. Il y a en Dieu une notion correspondant à chaque objet individuel, notion qui est la raison d'être de cet objet. Occam transportait ainsi aux idées des êtres individuels le réalisme qu'il enlevait à celles de genre et d'espèce, et par là il affirmait plus fortement que ne l'avaient fait ses (ievanciers, la réalité du monde expérimental. A ce titre, il est le précurseur de l'empirisme moderne. Il en concluait que les vérités de l'ordre suprasensible, les vérités de la foi (existence d'uaseul Dieu, etc.)*, ne peuvent être l'objet d'une démonstration, d'une connaissance rationnelle. C'est par l'autorité de l'Eglise que nous sommes assurés de ces vérités, autorité à laquelle il faut se soumettre, si bizarres que puissent être les conséquences qui se déduisent du dogme. Cependant il met, en dialecticien subtil, une telle complaisance à développer les conséquences les plus paradoxale^, les plus contraires à l'expérience journalière, qu'on se demande s'il n'y a pas quelque ironie dans ces protestations de déférence. Quoique le nominalisme eut été condamné par la faculté des Arts de Paris en 1339 et 1340, et qu'Occam n'eut pas donné un système de théologie qui fût en harmonie avec ses principes ontologiques,

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il compta de nombreux disciples ; à la fin du quatorzième siècle, les nominalistes formaient le parti dominant à l'université de Paris. C'est que le réalisme n'avait pu accomplir son dessein de donner, au moyen des idées générales et du syllogisme, une démonstration rationnelle du dogme, et de concilier ainsi la science avec la foi. La critique acérée d'Occam avait donné le coup de mort au principe de la scolastique, et le quinzième siècle se passa à chercher une voie nouvelle, Les œuvres d'Occam, énumérées dans Wadding^ Scriptores ord. min , et dans la iVouv, Biographie gén,, art. Occam^ n'ont pas été réunies dans une édition complète. Parmi ses écrits philosophiques, les principaux sont : Super libros sententiarum sitbulissima; quxstiones^ Lugd., 1495 ; Quodlibela septem, Par., 1487 ; De sacramento altaris (où il suggère l'idée d'une présence mystique du corps de Christ, qui «xerça sans doute quelque influence sur la pensée de Luther) Venise, 1316 ; Exposiiio aurea super totam artem veterem, videlicet in Porphyril prêedicabilia et Arislotelis prxdicamenia, Bononiaî, 1496. Quîjnt aux écrits politiques et ecclésiastiques, Goldast les a recueillis dans sa Monarckia, sauf le defensorium, qui fut publié par Ed. Brown, dans VAppendix du fasciculus rerum expetendarïim, Lond., 1690. — Consulter, outre les histoires de la philosophie et notamment Hauréau, II, p. 418 ss.; Rettberg, Occam u, Luther, dans les Stud. u. AVir., 1839, 1 ; Kœhler, Realismus u: Nomiimlismu$\iS6S iPrsinilj Gesch. der Logik, III, p. 327-420 ; A. Ritschl^ Gesch, Studien zurchrisiL Lehre von Gott dans les Jahrb. fur deutsche Theologfe, 1868, p. 67 ss. A. Matteh. •

OGÉANIE (Statistique religieuse). On donne le nom d'Océanie au monde insulaire qui peuple les espaces du grand Océan Pacifique. Les limites n'en sont pas également déterminées par tous les géographes. Le groupe important de la Malaisie, que les géographes anglais «t allemands, avec raison croyons-nous, rattachent à l'Asie, est rangé ^généralement dans l'Océanie par les auteurs français. L'Océanie est habitée par des peuplés de races fort diverses, formant, en y comprenant la Malaisie, une population de 43 à 30,000,000 d'individus. Ces habitants peuvent être rattachés à trois groupes de peuples, entre lesquels existent des intermédiaires, issus sans doute du mélange des races, et rendant assez difficile la tâche d'établir entre elles des lignes de démarcation bien nettes. Ces trois races sont : la race malaise, la race polynésienne et la race mélanésienne. A ces races antérieures à l'apparition des Européens en Océanie, et dont les deux dernières au moins semblent marcher à un rapide anéantissement, il faut joindre les races étrangères. Européens et'Chinois, qui y forment des établissements chaque jour grandissants, et paraissent appelés à remplacer graduellement la plupart des nations indigènes. Presque toutes les religions comptent des adhérents en Océanie. Cependant au point de vue religieux, les indigènes peuvent être divisés en trois grandes catégories, les chrétiens, les mahométans et les païens; Les indigènes chrétiens sont maintenant fort nombreux, surtout dans la Polynésie et la Micronésie. Convertis par des missionnaires, soit catholiques, soit protestants de diverses dénominations (surtout

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anglicans, presbytériens et wesleyens, les chrétiens océaniens se sont rattachés à ces types divers (voyez article Missions). L'islamisme possède dans la Malaisie une population nombreuse et fanatiquement attachée à son culte. Java, Sumatra, Bornéo, les Moluques, etc., sont de vrais pays musulmans. Mais la religion du prophète, arrivée probablement dans ces îles par la voie des Indes, y a subi des modiflcations assez importantes et souvent assez profondes. Jusqu'à présent le christianisme n*a fait que peu de conquêtes dans les îles mahométanes de rOcéanie. C'est surtout parmi les peuplades païennes que les missionnaires ont réussi à faire pénétrer la bonne nouvelle de FEvangile. Le paganisme océanien se montre à nous sous les formes les plus diverses, et il paraît à peu près impossible de le ramener à un type unique. Depuis le polythéisme et le fétichisme les plus grossiers, jusqu'à une sorte de sabéisme et à plusieurs modes de panthéisme, nous y rencontrons presque toutes les formes de lareHgion naturelle. Cependant entre presque toutes, il y a des traits communs. Le culte rendu aux divinités a généralement pour but non d* adorer une puissance bienfaisante, mais d'apaiser un pouvoir malveillant et de détourner les effets de 'sa colère. Chez la plupart aussi, on rencontre une idée, généralement vague il est vrai, d'une existence future. Sur cette base commune, l'imagination et la superstition se sont donné libre carrière et ont brodé sur ce thème les variations les plus diverses et souvent les plus monstrueuses. Nous ne pouvons étudier ici davantage le polythéisme océanien. Cette étude, du reste, paraît devoir échapper bientôt au domaine du statisticien, pour être exclusivement le partage de l'historien. Les progrès rapides du christianisme parmi ces insulaires,, d'une part ; de l'autre, la marche plus rapide encoi*e de ces populations vers une extinction totale, permettent d'assigner un terme assez peu éloigné au moment où le paganisme océanien ne sera plus qu'un souvenir. L'Océanie tend de plus en plus à ôtre la terre d'un peuple nouveau, et avant cent ans peutêtre, on n'y rencontrera plus d'autres éléments ethniques à côté des Malais, que les descendants des races étrangères de l'Europe et de la Chine qur affluent aujourd'hui dans l'Australie et dans les principaux archipels du Grand Océan. Les Chinois, quoique fort nombreux déjà, n'y ont pas encore fondé d'établissements religieux considérables et ayant un caractère permanent ; mais si rien ne vient interrompre le courant toujours plus considérable de cette immigration, il est probable que les religions de la Chine formeront un jour un facteur notable de Tétat religieux de l'Océanie. Quant au christianisme, indépendamment des Eglises de missions, il a formé dans le paysplujsieurs groupes ecclésiastiques importants. L'Eglise catholiquea organisé depuis longtemps sa hiérarchie dans les Philippines espagnoles, où l'archevêque de ManiHe est assisté de quatre évoques suffragants, ceux deJaro, de Nueva-Caceres, de Nueva-Segovia et de Cebu. L'éta» blissement de la hiérarchie régulière est beaucoup plus récent dans les possessions anglaises del'Australasie. Elle n'y prit pied qu'eni834 par l'institution du vicariat apostolique de la Nouvelle Galles du Sud

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6t de Van Diémen. En 1842, fut- institué l'archevêché de Sydney, dont le titulaire fut le chef de l'Eglise romaine de la région. D'autres évêchés vinrent successivement s'y joindre. Aujourd'hui TAustralie et la Tasmanie forment deux provinces ecclésiastiques; Sydney, avec cinq évôôhés suffragants : Armidale, Bathurst, Brisbane, Goulhurn, Maitland ; Melbourne avec six suffragants : Adélaïde, Ballarat, Hobarl- Town, Perth,Sandhurst, Port-Victoria. La Nouvelle-Zélande renferme les trois évêchés d'Auckland, de Dunedin et de Wellington, dépendant

immédiatementdusaint-siège. Les missions etlespossessions françaises forment les. six vicariats apostoliques de l'Océanie centrale, des Marquises, des lies Sandwich, de Taïti, de la Nouvelle-Calédonie et de la Mélanésie. Le vicaire apostolique de Batavia gouverne les catholiques des possessions hollandaises. — Parmi les protestants, l'Eglise réformée des Pays-JBas est solidement établie dans les colonies néerlandaises. Les diverses dénominations protestantes de langue anglaise ont de nombreux établissements en Australie et dans les archipels polynésiens et micronésiens. L'Eglise anglicane y a considérablement développé sa hiérarchie .depuis quelques années. Sans parler des évoques missionnaires de la Polynésie et de la Micronésie, nous trouvons en Australie les diocèses de Sydney, de Queensland ou Brisbane, d'Adélaïde, de Melbourne, de Ballarat et de Perth, dans la Tasmanie celui d'Hobart Town, dans la Nouvelle-Zélande Auckland, Dunedin, Ghristchurch, Wellington. Les presbytériens ont également en Australie une Eglise fortement constituée parmi les habitants européens. Diverses dénominations baptistes et méthodistes y sont aussi représentées par des groupes importants. Les congrégationalistes, les luthériens, les unitaires, etc., ont également des Eglises, surtout dans la colonie de Victoria. Les Israélites australiens sont au nombre d'environ 5,000. Le nombre des adhérents d'origine européenne des diverses communautés chrétiennes, est assez diversement apprécié par les sources que nous avons pu consulter. Cependant on peut dire que trois huitièmes environ appartiennent à l'Eglise anglicane, deux huitièmes au catholicisme, un huitième au presbytérianisme, autant au méthodisme, et que les autres dénominations se partagent le dernier huitième. — Bibliographie : Outre lesj ouvrages relatifs à l'Océanie, cités à l'article MUsionSy voyez Martin, T/te Statesman's Yearbook^ 1880; Tlie Cathollc DirMory for.,. 1880; Ed. Michelis, Die Vœlker der Sûdseey 1847 ; Rud. Salvado, i/emorie sloriche Util" Ausiralia, 1851; Grundemann, Missions Atlas, II et m, 1869-70; Burckhardt Grundemann, àlissions hibliothek, IV, 1880 ; Regerings, Almanak voor Nederlandscli Indie^ 1679; H.-S. Bickmore, Travels in the East Indian Archipelago, 1868;.J.-M.C.-E. le Rûtte, Moka- MokOj eene hijdrage tel de land en volkenkunde van Nederlandsch Indie, 1870; Alfred Russe>Wallace, The MalayArchipelago, iS6d;LBooihhy, The relative positions and aggregate of the Austalasian colonies at ihe end of 1873, dans VAlmanack of the Slatistical Society for 1875 ; Fr. Christmann, Australieny 1870; H.-H. Hayter, Victorian Year-book for 1877-78; J.-H. Heaton, Australia Dictionary, iS19; vonHochstetter, Neiv

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Zealand, 1868; Alex. Kennedy, NémZealand, 1870; J.-D. Lang, Historical and Statistical Account of New South Waies, iSl A; L.-W. Silver, Ilandbook for Australia and New Zealand\ 1877 ; Topinard, Etude mr les races indigènes de V Australie, 1872; Ant. Trollope, Axtslralia and New Zealand. 1875 ; W. Weslgarth, The Colonyof Vicioriay 1864, etc.

E. Vaucber.

OCHINO (Bernardino), souvent nommé en français Bernard OckWy fut un des hommes les plus marquants de la Réforme italienne. Né à Vienne en 1487, il ejitra dans Tordre des franciscains de la stricte observance ou cordeliers, ne s'y sentit pas très édiûé, étudia quelque temps la médecine, puis en 1535 s'affilia aux capucins qui s'étaient détachés des franciscains-cordeliers. Bientôt il acquit une grande réputation comme prédicateur populaire. « Cet homme remuerait des pierres, » disait Charles-Quint après l'avoir entendu. De cette époque date sa liaison avec Pierre Martyr Vermigli, qui le suivit dans le protestantisme et dans l'exil. Mais Ochino ne passa ostensiblement à la Réforme que poussé par les circonstances. II eût voulu travailler à la Réforme italienne sans quitter l'Eglise catholique et en se servant du dogme de la justification par la foi comme d'un levain puriûcateur. Nous le retrouvons à Venise en 1539, prêchant sa doctrine favorite avec un grand succès, remuant jusqu'à des hommes tels que le cardinal Bembo et l'Arétin. En 1538, il avait été nommé à Florence général de son ordre, et on prétend que Paul III voulait faire délai son confesseur. Il fut réélu général à Naples en 1544, bien que sa persistance à prêcher la justification par la foi et à se taire sur les œuvres méritoires, le purgatoire, les indulgences, etc., commençât à le rendre suspect. De nouvelles prédications dans le même sens dans l'Italie du Nord, la désapprobation qu'il formula du haut de la chaire contre l'exécution à Venise d'un prédicateur protestant, Giulio daMilano, la publication de sept Dialogisacri (1542) lui valurent une citation en cour de Rome. Il s'y rendait pour se justifier lorsque, passant à Bologne, il eut avec le vieux Contarinl un entretien dont le résultat fut qu'il jugea plus prudent de s'enfuir d'Italie. — Son ami Vermigli et lui se rendirent à Genève, où il fut nommé pasteur de la comniunauté des Italiens réfugiés. Calvin conçut pour lui une haute estime, l'appelant dans une lettre à Farél, de l'an 1543, vir magnus omnibus modis. Il composa à Genève des Predige -ou Sermo7}s destinés à être répandus en Italie, puis, sous le titre de Apologi, un recueil d'anecdotes satiriques sur la cour romaine et le clergé, enfin une Expositione de l'épître aux Romains. En 1545, .il quitte Genève,, se rend à Bâle, puis à Augsbourg où il est de nouveau pasteur d'une Eglise italienne, n'échappe aux mesures prises contre lui que grâce à là secrète protection des magistrats, se rend à Strasbourg, puis en Angleterre avec son ami Pierre Martyr Vermigli. Tous deux furent consultés par Cranmer et les théologiens d'Oxford pour la rédacUon des formulaires de l'anglicanisme. Ochino fut encore à Londres à la tête d'une communauté italienne. Mais la réaction catholique qui suivit l'avènement de Marie le força de retourner sur le continent. En

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1553, nous le retrouvons à Zurich, pasteur d'upe Eglise de langue italienne foi*mée par des réfugiés de Locarno, mais aussi en relations avec Lelio Socin et déjà suspect à Calvin. — En effet, Ochino semble, surtout depuis cette époque, s'être dçtaché de Torthodoxie protestante à laquelle il avait été jusqu'alors att^^ché. Ce n'était pas un savant, il connaissait mal le grec, nullement l'hébreu. Mais il aimait beaucoup à approfondir les grands problèmes de la théologie, et autant qu'avec sa manière italienne de ne pas plus s'avancer que la prudence ne le lui conseillait; il croyait opportun d'énoncer ses objections et ses hérésies secrètes, il ne craignait pas de s'aventurer sur les terrains dangereux. C'est ainsi que, dans un Dialogo del Purgatorio, il avait énoncé la théorie très probablement puisée auprès du Lelio sus-nommé, d'après laquelle l'œuvre expiatoire du Christ ne pouvait mériter per se la rédemption des hommes, piuisque Jésus devait à Dieu pour lui-môme obéissance entière. Si la rédemption avait eu lieu, c'est qu'il avait plu à Dieu de considérer l'obéissance du Christ comme suffisante, par un pur effet de sa miséricorde. 11 publia aussi Les 8 Lahyrmihes de libero aul servo arbitrio (vers 1562). Les partisans dû libre arbitre s'engagent selon lui dans quatre sentiers d'où ils ne peuvent sortir; ceux du serf arbitre se fourvoient parallèlement. Le pauvre Ochino promet bien de nous dire Quonam paçio ex us labyrinihis exeujidum, mais, d'après Bayle (art. Ochin)^ *il aboutit à dire comme Socrate : Unum scio quod non scio. — 11 faut reconnaître qu'Ochino aimait la subtilité et la difficulté. Ainsi, lui dont les mœurs étaient pures, lui qui avait vécu de la manière la plus honorable avec la femme qu'il avait épousée à Genève, qui l'avait suivi partout et lui avait donné plusieurs enfants, déjà vieux et en dehors de toute arrière-pensée personnelle, ne va-t-il pas, dans un de ses dialogues, discourir sur la polygamie, de manière à la défendre par des raisons très spécieuses, à la combattre de la manière la plus faible, et à terminer simplement la discussion par le conseil donné à ceux qui seraient dans le cas de désirer plusieurs femmes de prier Dieu qu'il leur envoie la grâce de la continence I C'est la même méthode qu'il suit pour exposer ses idées sur le dogme dé la Trinité. Il commence par réfuter fortement le dogme sabellien. Il faut opter, selon lui, entre la doctrine orthodoxe et l'arianisme. Mais la* première est si vigoureusement attaquée et si faiblement défendue contre le second qu'il n'est pas possible de contester que c'était bien celui-ci qui avait les secrètes préférences dç l'auteur. De plus, Ochino se prononçait contre la punition des hérétiques par le bras séculier. Bèze, inquiet, exhorta les magistrats de Zurich à s'enquérir, et ceux-ci déférèrent les publications d'Ochino au jugement des pasteurs de la ville. Leurs conclusions ne furent pas favorables. Ochino et ses quatre enfants (sa femme était morte peu auparavant des suites d'une chute) durent quitter Zurich par un hiver rigoureux et sans pouvoir obtenir de sursis. Repoussé de Bâle et de Mulhouse, il se rendit à Nuremberg où il composa son apologie, toujours sous forme de dialogue et où il s'en prit en termes acerbes que ses malheurs expliquent aux magis-

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trats et aux pasteurs de Zurich (1563). Les Zurichois répondirent par une Spovgia adversus aspergines B. Ochini^ qui n'était pas plus tendre. De Nuremberg Ochino se transporta à Cracovie, mais il en fut chassé par le décret du 16 août 1564, rendu à l'instigation du nonce, et en vertu duquel tous les étrangers non catholiques étaient bannis de la Pologne. 11 reprend donc sa vie errante. Il pçrd plusieurs enfants h Pinczow où sévit la peste. Lui-môme contraote le même mal, se rétablit à grand'peine, se remet en route en plein hiver, retombe malade et meurt enfin de fatigue et de misère au commencement de 1565, à Schlackau, en Moravie, à Tâge de 78 ans. Ce que nous avons dit de ses œuvres explique pourquoi on le range ordinairement parmi les , antitrinitaires de son époque. Théodore de Bèze a réfuté ses arguments en faveur de la polygamie à la fin de son traité De RepttdiiSy 1567 ; il a de plus pris la défense des mesures édictées contre lui par les magistrats de Zurich qu'un certain Andréas Dudith avait attaqués de ce chef. — Ochino a publié six volumes de sermons en italien, une Exposition de Fépître aux Romains, un Commentaire sur les Galates, un traité De Cœna Domini, les Labyrinthes^ des Apologi et des Dialogues, Ses ouvrages sont devenus rares. Parmi ses sermons, il en est quatre intitulés Missx Tragœdia^ où la messe est personnifiée et où Ton raconte sa .naissance, son baptême, son éducation, sa condamnation. Le second de la série porte pour titre : Quemadmodum meirita educataque fueritMissa, àdoleverit que et ornata ditavaque ad summam dignitatem prxstantiamque perveneris, — Ses adversaires ont répandu sur les sentiments qu'il fit paraître à son lit de mort des calomnies qui se réfutent d'elles-mêmes. Selon les uns, il aurait abjuré le protestantisme pour mourir catholique, selon les autres il serait mort athée. Bayle, dans l'article qu'il lui consacre, a montré ce que toutes ces accusations avaient d'absurde. Ochino fut «n de ces hommes chez qui la jeunesse intellectuelle s'éveilla tard. Tandis qu'ordinairement nos idées prennent leur pli définitif à l'âge de la maturité, c'est après une jeunesse et une maturité qui avaient su joindre beaucoup de circonspection à un réel courage qu'il se lança dans les questions abstruses, dans le's idées excentriques, du moins, et pour .le temps téméraires. Ce n'en était pas moins un homme de grande valeur et dont il faut regretter que l'intolérance catholique et protestante ait empoisonné les dernières années. — Sources : Bayle, Dictionn. ; Struve, De vila, reîigione et fdlis B. Ochini, dans les Observât, seled. de Halle, IV, 409 ; V, 1 ss. ; Trechsel, Antitrinitaires, A. Réville.

OGHOSIAS [Àchasjah; 'OxoÇ^aç]. — l*» fils et successeur d'Achab, roi d'Israël (897-896 av. J.-C). Il favorisa comme son père, le culte de Baal etd'Astarté(l Rois XXII, 52 ss.), et mourut, après deux ans de règne, à la suite d'une chute qu'il fît du haut de la plate-forme de son palais (2 Rois I, 2 ss.) . Les deux relations mentionnent qu'Ochosias proposa au roi de Juda Josaphat de rouvrir la navigation dans les ports de la mer Rouge (1 Rois XXII, 50 ; cf. 2 Chron. XX, 36 ss.); mais, d'après la première, Josaphat aurait décliné cette ouverture, tandis que, suivant la seconde, l'entreprise commencée en commun

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aurait échoué. Sous Ochosias, les Moabites tributaires se détachèrent du royaume d'Israël (2 Rois I, 1). — g» Ochosias, fils et successeur de Joram, roi de Juda (884 av, J.-C), prince idolâtre (2 Rois VIII, 27; 2 Chron. XXJI, 3 ss.). Il s'unit à Joram, roi d'Israël, pour combattre le roi de Syrie, Azaël, et les Hébreux eurent l'avantage dans la bataille qui fut livrée devant Ramoth do Galaad ; mais Joram ayant été blessé, les deux rois revinrent à Jesréel où, à la suite d'une émeute qui éclata dans l'armée, Joram et Ochosias furent assassinés par Jéhu (2 Rois VIIÏ, 28 ss.; 2 Chron. XXII, 5 ss.). D'après le récit du livre des Rois, Ochosias, blessé mortellement, aurait été transporté par ses gens à Mageddo où il expira. Selon les Chroniques, au contraire, c'est en Samarie où il s'était caché que le roi aurait été découvert et tué par Jéhu.

O'COKNELL (Daniel), patriote irlandais, né à Carhen, dans le comté de Kerry, le 6 août 1775, mort à Gênes, le 15 mai 1847. Son père, Morgan O'Connell, gentilhomme campagnard issu d'une famille dévouée de tout temps au catholicisme et à l'Irlande, avait dix enfants. Comme il était dans une situation de fortune plus que modeste, il s'était vu obligé, pour vivre, de faire du commerce et même de se lancer dans la contrebande. Daniel, son fils aine, eut la chance d'être adopté par un oncle célibataire, Maurice O'Connell qui se chargea de son éducation et qui devait lui laisser plus tard, avec sa fortune, la terre patrimoniale de Darrynane. En attendant il était dans la destinée du futur agitateur de rencontrer, presque à chaque pas, quelqu'une des entraves qui pesaient sur l'Irlande catholique. Quand il fut en âge de recevoir les premiers éléments de l'instruction, il dut, pour échapper aux pénalités absurdes encore en vigueur, fréquenter ces écoles clandestines qu'on appelait des écoles de haie {hedge schools). — Ce ne fut qu'à l'âge de treize ans qu'il put entrer dans la pension de Redington, tenue par un prêtre catholique, et la première, dit-on, qui ait été publiquement ouverte en Irlande. Le collège de Maynooth n'existait pas encore, et l'oncle Maurice dut envoyer lé jeune Daniel en France, pour qu'il pût y perfectionner ses études. Il entra au collège de Saint-Omer au commencement de 1791 et passa un an après à celui de Douai. Mais en 1792, les établissements religieux ayant été fermés par la Révolution, Daniel O'Connell revint en Angleterre et embrassa à dix-neuf ans la carrière du barreau qui venait d'être ouverte aux catholiques; il ne tarda pas à s'y faire une grande réputation d'éloquence. L'année même où il débutait comme avocat, à Dublin, en 1798, un soulèvement, que devait appuyer un corps de troupes françaises, éclata en Irlande contre l'Angleterre. Cette prise d'armes échoua complètement et n'eut d'autre résultat que d'aboutir à l'acte d'union avec l'Angleterre. A cette occasion, O'Connell prononça son premier discours politique dans une assemblée des catholiques de Dublin réunis à la Bourse et qui faillit être dispersée par la force. — • Quelques années après, en 1807, devenu possesseur de la fortune de son oncle, il épousa une de ses cousines qui lui donna sept enfants. Ses

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éclatants succès au barreau Tavaient mis de plus en plus en évidence, et dès lors il consacra à la cause de l'émancipation de Hrlande sa parole qui était devenue une puissance. A partir de 181i, il devint le véritable chef des catholiques irlandais. En 1823, il fonda VAssocintion catholique qui étendit ses ramifications sur toute l'Irlande et qui tirait ses revenus d'une contribution volontaire de 10 centimes par semaine et par tête et payée par trois millions d'Irlandais. En 1828, l'agitation étant arrivée à son comble, un membre du Parlement, sir Francis Burdett, posa devant la Chambre des communes, la question de l'émancipation des catholiques irlandais; il demanda qu'on revisât les lois concernant les cîitholiques. Celte moti'on, combattue par le ministère, fut repoussée à la Chambre des lords. O'Cbnnell crut le moment venu de montrer à l'Angleterre la puissance de son parti; il posa sa candidature au Parlement, bien que le serment lui fermât l'entrée de la Chambre des communes. Elu à une majorité écrasante, il vil son élection cassée pour refus de serment; mais le ministère, comprenant que le moment était enfin venu de faire droit aux justes réclamations des Irlandais, présenta unbill d'émancipation qui fut définitivement voté, le 10 juin 1820. O'Connell retourna en Irlande pour se représenter devant ses électeurs; il y fut accueilli comme un triomphateur, et après avoir été réélu il revint à Londres où il put, cette fois, entrer au Parlement; il y siégea pendant dix-huit ans et représenta successivement le comté de Kerry, celui de Kilkenny, la ville de Dublin et le comté de Cork. — Afin de consacrer son temps et ses forces à la carrière parlementaire, il renonça au barreau. Ses compatriotes le dédommagèrent de ce sacrifice en organisant en sa faveur une souscription annuelle qui produisit des sommes considérables; en 1835, elle dépassa le chifï're de cinq cent mille francs. Ses adversaires l'appelèrent le « roi mendiant », mais loin d'en rougir, il s'en glorifiait. II vivait d'ailleurs en véritable prince, ayant une suite nombreuse, des équipages, des meutes, paradant au milieu de la fouie dans un char traîné par quatre chevaux blancs, la tête couronnée d'une toque verte. A la Chambre des communes, il se mêla à toutes les grandes discussions et chaque année jeta au Parlement son cri célèbre : « Justice pour l'Irlande. » Lorsqu'en 1841, le ministère whig fut remplacé par un cabinet tory, O'Connell, qui venait d'être élu lord maire de Dublin, commença aussitôt les hostilités contre le nouveau cabinet. Mécontent de ne pouvoir obtenir l'abolition de la dîme que les catholiques payaient au clergé protestant, il recommença l'agitation en Irlande en créant l'Association du rappel de rUnion. Cette agitation ne tarda pas à prendre des proportions énormes, si bien que le ministère, craignant une insurrection, envoya des troupes pour empêcher la réunion qui devait avoir lieu le 8 octobre 1843 à Cloutarf, et fit poursuivre O'Connell comme coupable de haute trahison. Traduit devant la cour d'assises le :20 mai 1844, le grand agitateur fut condamné à un an de prison et à cinq cent mille francs d'amende ; O'Connell fit appel de ce jugement qui fut cassé par la

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