OEUVRES
seignement constant de tous les écrivains du Nouveau Testament. Il n'y a, à cet égard, aucune opposition entre Paul et entre Jacques : le premierpolémise contre les œuvres pharisaïques inspirées par un esprit tout légal ; le second s'élève contre une foi fausse qui ne témoignerait pas sa vitalité par les œuvres. — â. L'Eglise chrétienne ne se maintint pas longtemps (si tant est qu'elle l'ait compris), à ce point de vue d'un spiritualisme élevé qui l'eût préservé du double écueil d'une foi dégénérant en une croyance purement intellectuelle et d'un formalisme dépouillé de toute sève religieuse. Déjà dans les écrits des Pères apostoliques la foi et les œuvres, recommandées comme également nécessaires au salut, apparaissent juxtaposées d'une manière artificielle et toute extérieure, plutôt qu'unies par un lien organique indissoluble. Dans sa réaction contre un gnosticisme favorable, sous prétexte de raffinement ascétique, à la licence la plus effrénée des mœurs, l'Eglise catholique , devenue une institution sacerdotale, retomba sous le joug du légalisme judaïque ; elle poursuivit l'idéal d'une sainteté surnaturelle, par. les moyens qui se trouvaient à la portée des masses ignorantes et superstitieuses et qu'encourageait une hiérarchie avide avant tout de domination. La foi devint ainsi l'obéissance servile aux commandements de l'Eglise, et la pratique dévote des rites ecclésiastiques et des œuvres pies ne tarda pas à se substituej à l'activité morale que doit exercer le chrétien dans les diverses sphères de la vie. Pour être sauvé, il suffisait de posséder la fides generalis, t. e. persuasio, qux omnibus Ecclesia dogmaiibus assentit. Cette foi pouy^ii n'être qu^une fidesimplicita seu in formù^ i. e. assensus quiomniay quanivisignotOy quxab Ecclesia probantnr, amplectUur, Les bonnes œuvres étaient proclamées nécessaires comme constituant l'une des causes déterminantes de la justification {nécessitas operis). Elles pouvaient môme être surérogatoires {opéra supererogationi5)y c'est-à-dire dépasser, soit en nombre soit en qualité, celles qui sont rigoureusement prescrites, depuis surtout que l'Eglise distinguait entre les préceptes, obligatoires pour tous, et les simples conseils qui ne s'adressent qu'à ceux qui veulent atteindre un degré supérieur et en quelque sorte surnaturel de la vie chrétienne. Le mérite propre à toutes les œuvres, mais en particulier aux œuvres surérogatoires, implique une sorte de droit à la félicité et constitue un trésor dont l'Eglise peut disposer, avec faculté de reverser sur les pécheurs le superflu des vertus des saints. De plus, ainsi que dans le paganisme, de simples actes, alors même que les bonnes dispositions du cœur faisaient défaut, pouvaient, comme dans les sacrements, conférer le salut à ceux qui les accomplissaient selon les rites de l'Eglise {opus operatum). Telle fut, sinon la doctrine officielle, du moins la pratique universellement adoptée du catholicisme au moyen âge; elle apparut surtout dans l'institution des indulgences, du célibat des prêtres, des ordres religieux, etc., etc. Le concile de Trente, qui s'est bien gardé de sanctionner les abus de Vopus supererogaùonis et de Vopus operatum^ enseigne (sessioG, De justifie.^ can. 6-8): 1^ que les pécheurs ^e disposent à la justification, lorsque, excités et aidés par la grâce