‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 18 sur 157 · MÉDICIS · texte numérisé non relu

MÉDICIS

blia, sous sa direction, en 1666, le Saggio di naturali e^erienze, le premier essai de liberté scientifique dans Thistoire des sciencesexpérimentales. Lui-même, disciple de Galilée, avait inventé plusieurs instruments de physique. Malheureusement Tacadémie del Cimento parut suspecte à Tinquisition qui avait martyrisé Galilée, et elle fut dissoute en 1667. Dans le courant de cette môme année Léopold fut nommé cardinal et il mérita d*ôtre cité comme exemple dans l'exercice de ses devoirs. — 11. Jean-Charles de Jlférficw (1611-1663), d'abord guerrier et amiral de la Méditerranée, se distingua dans la campagne entreprise par Ferdinand II de Toscane contre le pape Urbain VIII, au sujet de Castro. Après la mort de ce pape (1644) il quitta le casque pour le chapeau de cardinal que lui offrit Innocent X. Légat apostolique auprès de Christine de Suède, lorsqu'elle se rendit à Rome pour abjurer, il fut également son parrain, au nom du roi d'Espagne, dans la cérémonie de sa confirmation en 1655. Il n'abandonna pas, étant membre de la curie, ses mœurs impures de soldat. Après lui la pourpre et les bénéfices ecclésiastiques de la famille passèrent à : — 12. François de Aîédicis (1660-1711), qui fut nommé cardinal en 1686 et protecteur de l'empire et de l'Espagne par Innocent II. Il fut, comme son prédécesseur, libertin et sans importance. En 1737 la famille des Médicis de Florence s'éteignit dans la personne du grand-duc Jean-Gaston, et le prince de Craon s'empara du pouvoir au nom du duc de Lorraine, François-Etienne, dont le duché, réversible à la France, avait été donné, par les préliminaires de la paix de Vienne, à Stanislas Leckzinski, ex-roi de Polojgne. — Sources : Moreni, Bibliografia storica ragionata, Firenze, 1805 : Série d'autort d'opere risguardanti la célèbre famiglia Medici, Firenze, 1826; Fabroni, Elogi d'italianiillustri, Pisa, 1786; Laureniii Medicis Magnificivita cum annotationibus,.. Pise, 1784; Magni Cosmi Medkei vita, Pise, 1789;Strozzi, Délia famiglia Medici, Firenze, 1618; Cavalcanti, Délia carcere, delVingiuslo esiglio e del trionfal ritorno di Cosimo Padre délia Patria, publié par Moreni, Firenze, 1821. Moreni a aussi réimprimé en 1820 le Lauretum (Laurent le Magnifique) de Minervi, publié probablement à Florence en 1516 ; Serassi, Memorie intomo alla vila del magnifico Lorenzo de' Medici, publiées comme préface des poésies de Laurent, Bergamo, 1763; Bianchini, Dei granduchi di Toscana délia reale casa de' Medici, Venezia, 1741 ; Biblioteca italiana, Milano, 1816; Biblioteca scella di opère italiane, Milano, 1848 ; le vol. 543 contient l'apologie de Lorenzino sur la mort d'Alexandre P' de Médicis ; Mellini, Ricordi tntorno ai costumi azioni e governo del gran duca Co^ simo /• (publiés par Moreni), Firenze, 1820; Cantini, Yita di Cosimo Medici granduca di Toscana; Aldo Manuzio, Vita di Cosimo dei Mediei, primo gran duca di Toscana, Bologna, 1586; Pise, 1823; cet ouvrage valut à A. Manuce une chaire à l'université de Pise; Giovio, De vita Leonis X, Florence, 1548 et 1551 ; Bastrelli, Sioria d'Alessandro Medici, Firenze, 1781. Les meilleurs ouvrages sur le sujet sont : 1" ceux de Moreni, ut supra; 2» ceux de Roscoe, The life of Lorenzo de' Medici called the magnificent, Liverpooî, 1792; Londres, 1796; trad. ital.,

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Pise, 1799) et 1816. La première traduction de 1799 omet les chapitres m et X sur le népotisme de Léon X^ de Clément VII, etc. et sur les doctrines réformées ; trad. franc., Paris, 1799; trad. aliem., Berlin, 1797 ; lUuslrations historical and critical of the Ufe of Lorenzo de Medici..,^ Londres, 1822 ; Viia epontificato di Leone X, trad. ital.,[Miiano, 1816; 3* les splendides études de Litta, Famiglie celebri d'Italia; famiglia dei Medici di Firenze, Milano, 1837. Pour Cosme TAncien et Laurent le Magnifique voyez aussi Machiavelli, Storie Florentine, Firenze, 1831. La Magliabecchiana possède en outre VÀrchivio mediceo et une foule de monographies, éloges, panégyriques, etc. sur ce sujet.

P. LOxNG.

MÉDIS [Mâd a, MT)S(a], pays situé à TO. et au S. de la mer Caspienne. Dans la Bible, les Mèdes apparaissent comme les sujets du roi d'Assyrie, Salmanassar (1 Rois XYII, 6) et, plus tard, du temps de Nabuchodonosor, comme une nation indépendante, gouvernée par ses rois propres (Es. XIII, 17; Jérém. XXV, 25; LI, 11. 28). U, en effet, Hérodote nous apprend que les Mèdes, sous Gyaxares, détruisirent Ninive et l'empire assyrien (625 av. J. G.). Quelque temps après, la Médie fut réunie à la Perse et cessa de former un Etat distinct (Dan. V, 28; VI, 15; Esther I, 3. 18; X, 2; cf. Hérodote, 1, 129; Diod. de Sicile, 2, 34). Soumise par Alexandre le Grand, elle fit partie, après le démembrement de son empire, du nouveau royaume de Syrie, sous le gouverneur macédonien Séleucus Nicator (1 Mach. VI, 56), jusqu'à ce qu'elle passât, en 256 av. J. G., après des vicissitudes diverses, à la monarchie des Parthes (1 Mach. XIV, 2; Strabon, 16, 745). Les anciens Mèdes passaient pour un peuple belliqueux et se distinguaient surtout comme d^s archers habiles. Les habitants des montagnes conservèrent ces mœurs guerrières et libres, pendant que ceux de la plaine s'adonnèrent à l'inàustrie et au commerce et prirent des habitudes de mollesse et de luxe. Leur religion était le culte des astres ; leurs prêtres sont connus sous le nom de mages (voy. l'article Perse).

MÉDITEBILANÉE (Mer), chez les Hébreux haiàm haggâdol (Nombr. XXXIV, 6.7 ; Jos. I, 4), haiàm haacharon (Deut. XI, 24 ; Zach., XIV, 8), iàm haphelichetim (Exode XXIII, 31), ou simplement haiàm (1 Rois, V, 9); dans les LXX "^ ed[Xao<ra(l Mach.) XIV, 34; XV, 11 ; Actes XIX, 6), chez les Romains, mareinlernum. Elle formait la limite occidentale de la Palestine. Son rivage, de Tyr à Ptolemaïs, est escarpé et rocheux; plus au sud, il s'abaisse et devient sablonneux ; il forme un grand golfe près du mont Garmel, mais ne présente que peu de ports sûrs (ceux de Gésarée, de Joppe et de Gaza étaient artificiels). Le flux et le reflux de la mer Méditerranée sont peu sensibles; le courant va régulièrement du S. au N. et apporte, à l'époque de l'inondation du Nil, des dépôts considérables de limon et de sable qui éloignent de plus en plus de la mer les côtes de la Philistie. Sous l'eau se trouvent, de Gaza à Joppe, de grands massifs de corail. La mer est très poissonneuse.

MÉGUIDDO [Megiddo, MdiY^$a<, Morfe^Soj], ville située dans le terri-

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toire de la tribu dlssachar, mais appartenant à celle de Manassé (Jos.XVIl,41), anciennement ville royale cananéenne (Jos. XII, 21) et soumise tard par les Israélites (Juges I, 27). Elle était située dans le prolongement de la plaine de Jesréel (2 Chron. XXXY, 22; Zach. XII, 11), et servit souvent de lieu de réunion du peuple (2 Rois IX, 23.30). Dans le voisinage, se trouvait la rivière de Méguiddo (Juges V, 19), probablement identique avec le Kison, qui avait sa source au pied du Thabor. Salomon avait fait fortifier les abords de Méguiddo qui avaient une importance stratégique particulière (1 Rois IX, 15).

HÉ6UILL0TH. Ce mot qui, en hébreu, veut dire rouleaux, volumes, sert chez les rabbins à désigner le Cantique des cantiques, Ruth, les Lamentations, l'Ëcclésiaste et Esther, qu'ils nomment en conséquence hamesch meghilloth, c'est-à-dire les cinq volumes. Le singulier megui 11 a ou meghilla s'emploie quelquefois avec l'article déterminatif, par synecdoche, pour désigner le livre d'Esther, et parfois même l'Ecriture en général.

HEINERS (Christophe), célèbre philosophe et historien. Né à Warstade, près d'Ottemdorf, dans le Hanovre, en 1747, mort à Gœttingue, l'an 1810, il se forma presque seul par la lecture, devint en 1771 professeur de philosophie à Gœttingue et membre de l'Académie des sciences de cette ville. Il est remarquable par son étonnante érudition. En philosophie, il ne se prononça pour aucun système et n'émit guère de vues originales. Parmi ses nombreux ouvrages, nous citerons : 1* Essai sur l'histoire de la religion des plus anciens peuples^ surtout des Egyptiens, Gœtt., 1775; 2° Mélanges philosophiques, Leipz., 1775-76, 3 vol.; 3° Historia doctrine de vero Deo, Lemgo, 1780, 2 vol. ; 4* Eléments de Vhisloire de toutes les religions, 1785 et 1787 ; 5** Histoire générale et critique de la moraledncienne et moderne, Gœtt., 1800-1801, 2 vol., qui contient une attaque en règle contre la philosophie de Kant; &* Histoire générale et critique des religions, Han., 1806-1807, 2 vol. ; 7* Comment, très de Zoroastri vita, doclrina et libris, 1777, — Voyez Mensel, Gelehrtes Deutschlond, V, X,X1V.

MEKHITAR ou Mechitar (Pierre Manoug), moine et théologien arménien, fondateur de la congrégation des méchitaristes , né à Sébaste en 1676, mort à Venise en 1749. Orphelin de bonne heure,, il fut élevé par des religieuses et entra dans un' couvent de sa ville natale; où il fut ordonné diacre en 1691, à l'âge de quinze ans. Mais son esprit inquiet et avide d'apprendre l'éioigna bientôt de ce milieu ignorant où il avait été élevé. Il voyagea pendant près de deux ans, et les aventures de cette excursion qui ressemble à une escapade augmentèrent encore en lui le désir d'apprendre. Il n'en rentra pas moins dans son couvent, où il demeura six ans, sauf une courte absence pendant laquelle il visita Alexandrie. Il fut ordonné prêtre, et composa pour son couvent des hymnes que Ton chante encore dans les églises d'Arménie. En 1699, il recommença à courir le pays, se fit recevoir docteur, prêcha avec succès, puis se rendit à Constantinople, et fonda une école arménienne à Galata. Ayant eu des dissentiments avec le patriarche, il se réfugia en Morée, obtint de la république*de

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Venise, à Modon, un local où il rassembla ses disciples dispersés, et fonda une congrégation que le pape approuva en 1812, donnant au fondateur le titre d'abbé. La guerre entre Venise et la Porte (1715) le décida à abandonner son couvent. Arrivé à Venise, il sollicita et obtint la cession deTîle Saint-Lazare, où il construisit un nouveau monastère. Ses religieux s'occupaient particulièrement de travaux d'érudition et de propagande religieuse en Orient. Lui-même a fait une traduction arménienne de r/mima*on, qui est estimée de ses coreligionnaires. Entre autres, on a de Mekbitar une Bible arménienne^ 1733, in-f» et un grand nombre de catéchismes et de traductions des livres saints, des poèmes et odes sacrées.

MÉLANGHTHON. Philippe Schwarzerd (tel a été son nom allemand) naquit le 16 février 1497 à Bretten, dans le grand-duché de Bade. Son père était armurier; par sa mère il était le petit- neveu de Reuchlin. Il reçut sa première instruction à Pforzheim,où George Simler, an des réformateurs de la grammaire, dirigeait une bonne école. Entre autres livres; Simler expliquait à ses élèves les comédies scolaires de Reuchlin, sur lesquelles il avait écrit un commentaire. Lors d'unséjourdu savant hébraïsant à Pforzheim, sa ville natale, le jeune Schwarzerd et quelques-uns de ses condisciples récitèrent devant lui une de ses pièces; il en fut si charmé qu'il voulut que son petit-neveu prît le nom grec de Mélanchthon (traduction de Schwarzerd). A l'âge de douze ans, l'écolier se rendit à l'université de Heidelberg ; en 1510, il fut mis en rapport avec Wimpheling, de passage en cette ville ; quelques vers latins qu'il fit en l'honneur du pédagogue sont sa première production imprimée; il s'y donna le nom latin de Pullisolus ; bientôt après il fit d'autres vers en mémoire du prédicateur strasbourgeois Geiler de Kaisersberg. Tout jeune qu'il était, Wimpheling le recommanda au comte Louis de Lœwenstein pour être le précepteur de ses fils. Le 4 juin 1512 il devint bachelier ès-arts, très instruit déjà dans les langues classiques et en mathématiques. En septembre il passa à l'université de Tubingue ; il y suivit des cours de philosophie, de poésie, de droit, de théologie, sans avoir l'intention de se vouer au sacerdoce; par les relations constantes qu'il entretenait avec Reuchlin, il se perfectionna aussi dans la connaissSnce de la langue hébraïque. Le 25 janvier 1514 il obtint le grade de maître èsaris, qui lui donnait le droit de faire deis cours publics ; il en fît sur Térence, sur Gicéron, sur la grammaire grecque, sur la dialectique, il publia des InstUutiones grxcx grammaticœ et des traités de quelques humanistes, et se proposa même de rétablir le vrai texte d'Aristote. Une des pièces les plus comiques de la deuxième partie' des Epuiolx cbicurorum mr&rum est due à sa plume. Passionné pour les études nouvelles, il ne tarda p«s à se dégoûter du séjour de Tubingue où, disait-il, il ne trouvait plus rien à apprendre. C'est alors que, sur la recommandation de Reuchlin, il fut appelé à Wittemberg comme professeur de grec, par l'électeur Frédéric de Saxe. Il y arriva le S5 août 1518 ; quatre jours après il y prononça son discours d'ouverture ; le jeune professeur de vingt-un ans y exposa les principes qni

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devinrent la règle de sa carrière savante ; il parla de la nécessité de rétude des langues pour les théologiens, en la fondant sur la maxime que la doctrine chrétienne ne doit pas être puisée dans des versions fautives ou dans des gloses douteuses, mais avant tout dans ses sources originales. Il commença son enseignement par Tinterprétation d*un chant d'Homère et d'une épître de saint Paul, afin de montrer que Thumanisme n'a de valeur que quand il est mis au service des intérêts religieux, et que pour comprendre le Nouveau Testament il faut avoir appris le grec dans les auteurs classiques. Par cette position qu'il prit dans l'université saxonne, il convainquit Luther de l'importance des études littéraires ; d'autre part, Luther l'amena définitivement à la théologie. Désormais, les deux hommes seront inséparables et se compléteront l'un l'autre ; aucun des deux n'eût accompli seul la Réforme, elle ne devint possible que par leur coopération. — En juin 1519, Mélanchthon fut un de ceux qui accompagnèrent Luther etCarlsladt àLeipzig, pourladisputation avec le docteur Ëck. Mélanchthon n'y prit point de part active, mais après le colloque il déclara qu'il avait reconnu mieux encore qu'auparavant la différence « entre l'ancienne théologie chrétienne et la théologie nouvelle des scolastiques. » Dans une apologie contre Ëck, qui s'était plaint « du grammairien de Wittemberg, » celui-ci posa pour la première fois le principe de l'exégèse prolestante, savoir que l'Ecriture sainte ne peut avoir qu'un sens, le sens littéral. Peu après, il se fit recevoir bachelier biblique, le premier laïque admis à l'enseignement de la théologie : dans les thèses qu'il soutint à cette occasion, il mit l'autorité de la Bible au-dessus de celle des conciles, et nia que ce fût une hérésie de rejeter la transsubstantiation; bientôt il nia aussi l'infaillibilité du pape, comme aussi contraire au bon sens qu'aux livres saints. — A cette époque, Reuchlin, qui avait quitté Stuttgard pour Ingolstadt, aurait voulu attirer son petit-neveu dans cette université, mais Mélanchthon ne put se résoudre à se rendre dans ce milieu catholique et réactionnaire. Il resta à Wittemberg où, en novembre 1520, il se maria. Dans plusieurs écrits il prit la défense deLutIvBr; le plus important est celui qu'il opposa à la sentence de condamnaition que le 15 avril 1521 la Sorbonne avait formulée contre le réformateur. Mélanchthon répondit à ce jugement par son Apologia pro Luthero adversus furiosum Parisiemium theologastrorum decretum ; non content de défendre Luther, il accusa la Sorbonne d'avoir oublié le christianisme ; c'est la scolastique qui est un tissu d'erreurs, c'est elle qui a causé la ruine de la religion. — Ce qui fut plus décisif encore que cette opposition faite par Mélanchthon à la Sorbonne, ce fut un ouvrage qu'il publia également en 1521, ses Loci communes rerum theologicarum. En 1519, il avait interprété dans ses cours l'épître aux Romains, qu'il considérait comme un résumé de toute l'Ecriture. Lorsque l'année suivante il l'expliqua de nouveau, il en réunit les idées principales sous quatre chefs, loci co7nmuneSj le péché, la loi, la grâce et les sacrements. Un de ses auditeurs ayant publié ses leçons à son insu, il en fit lui-même une édition plus cor-

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recte. C'est la première exposition méthodique de la doctrine des réformateurs, qui jusqu'alors n'avaient publié que des écrits de controverse ou de circonstance ; c'est en même temps le premier essai de faire une dogmatique uniquement d'après la Bible, sans les autorités du catholicisme et les formes de la scolastique. On n'y trouve pas encore un système parfaitement achevé, on y rencontre même des idées que Mélanchthon modifiera plus tard, mais on y découvre en germe toute la véritable théologie protestante. On pouvait voir désormais ce que c'était que cette théologie que Jérôme Emser avait traitée de cynique et qui pour les docteurs de la Sorbonne n'était qu'un ramassis informe de touteâ les hérésies. Le livre eut un succès extraordinaire; de 1521 à 1525 il en parut dix-sept éditions dans différentes villes ; la traduction allemande qu'en fit Spalatin fut également imprimée plusieurs fois. — On sait que, pendant que Luther était à la Wartbourg, on essaya en Saxe, tantôt avec sagesse, tantôt avec précipitation, de réaliser les conséquences pratiques de la Réforme. En l'absence de Luther, la direction de ce mouvement était confiée aux professeurs de Wittemberg, principalement à Mélanchthon. Des prêtres s'étant mariés et des religieux ayant quitté leurs couvents, Mélanchthon approuva ceô démarches ; Luther, au contraire, hésitait encore; tout en ne s'opposant pas au mariage des prêtres, il n'osait pas se prononcer contre les vœux monastiques, il voyait dans la soumission spontanée à ces vœux un acte de la liberté chrétienne. Ce n'est qu'après en avoir correspondu avec son ami, qu'il se déclara à son tour contre le monachisme. Ce qui était plus grave, ce furent les tentatives que Ton fitàWittemberg,sous la conduite de Carlstadt, de briser les images et d'abolir la messe. Mélanchthon et ses collègues délibérèrent beaucoup sur ces matières, mais manquaient d'autorité pour retenir les impatients. Le trouble fut augmenté par l'arrivée de quelques enthousiastes, qu'on désigne sous le nom de prophètes de Zwickau, qui ne prétendaient suivre que la Parole intérieure et qui rejetaient le baptême des enfants. Dans les derniers jours de 1521 ils se présentèrent chez Mélanchthon, qu'ils embarrassèrent par leurs arguments ; se croyant incapable de les juger, il insista auprès de rélecteur pour qu'il fit revenir Luther, qui seul lui semblait en état de discerner si de pareils esprits étaient de Dieu ou du diable. L'électeur, embarrassé lui-môme, lui conseilla de laisser aller ces gens en paix et trouva dangereux de rappeler Luther; celui-ci lui-même écrivit à Mélanchthon pour le rassurer, il lui démontra la nécessité du baptême des enfants et espéra que la chose n'aurait pas de suites. Mais Carlstadt, qui s'était joint aux prophètes de Zwickau, alla de plus en plus loin; le désordre devint tel que Luther, cédant aux pressants avis de Mélanchthon et malgré l'avis contraire de l'électeur, quitta son asile de la Wartbourg et revint à Wittemberg. Il rétablit le calme ; les prophètes et Carlstadt se retirèrent, la Réformation put de nouveau se développer d'une manière normale ; Mélanchthon y contribua par ses leçons et par ses livres. — En 1524, il fit un voyage dans sa patrie ; là il reçut de la part du légat Campeggi des propo-

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