‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 19 sur 157 · MELANCHTHON · texte numérisé non relu

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citions flatteuses s*il voulait se consacrer au service de l'Eglise romaine ; il les repoussa avec une fermeté qui empêcha pour jamais le renouvellement de pareilles offres. Vers le même temps il écrivit pour le landgrave Philippe de Hesse une Somme de la doctrine évangélique renouvelée j qui acheva de décider ce prince pour la Réforme. Lors de la guerre des paysans, Télecteur palatin Louis lui demanda un avis sur les douze articles dans lesquels le peuple des campagnes avait résumé ses griefs et ses demandes ; il le donna, en reconnaissant qu*il y avait des abus à redresser, mais en s'ezprlmaat sur les paysans avec une dureté qu'on n'aurait pas dû attendre d'un homme aussi estimé pour sa modération. En général, on le consultait partout où l'on s'occupait de l'organisation de la Réforme: il répondait invariablement qu'il ne fallait rien précipiter, mais ménager les faibles. C'est surtout en Saxe qu'il voulut qu'on procédât d'après ce principe. A la demande de Luther, l'électeur ordonna une vmiation générale des Eglises de son territoire. Mélanchthon fut chargé de rédiger une série d'articles, d'après lesquels les visiteurs auraient à examiner les pasteurs et à inspecter les communes. La première tournée eut lieu en juillet 1527, Mélanchthon étant un des visiteurs.' Les expériences qu'il fit pendant ce voyage l'engagèrent à publier des articles plus détaillés, avec une préface de Luther ; on peut les considérer en quelque sorte comme le premier livre symbolique de la nouvelle Eglise, mais sans caractère légal et obligatoire ; ils expriment les convictions communes 'des réformateurs avec une modération qui, eu égard à l'état intellectuel et religieux du peuple, ne peut qu'être admirée : les pasteurs sont exhortés à ne pas tonner contre le pape et les évèques, puisque ceux-ci ne sont pas présents et que les fidèles n'en sont pas édifiés ; à ceux qui hésitent à prendre la sainte cène sous les deux espèces, on conseille de la donner sous une seule; on ne supprime pas toutes les fêtes de saints, pourvu que ces derniers ne soient pas invoqués ; enfin on donne des instructions sur l'organisation des Eglises, sur le culte, la discipline et les écoles. — Quand la Visitation de toutes les églises de la Saxe fut achevée, on les organisa en prenant ces articles pour base. Le fruit le plus précieux de cette œuvre fut, en 1529, la publication des deux catéchismes de Luther. En cette même année, Mélanchthon accompagna l'électeur à la diète de Spire, dont le résultat fut la protestation qui valut aux protestants leur nom. Gomme les Saxons avaient manifesté leur aversion pour les Suisses, et que pourtant on désirait, dans l'intérêt de la cause commune, que tous pussent s'unir contre le catholicisme on tomba d'accord de tenir à Marbourg un colloque entre les principaux théologiens des deux partis. Dans cette réunion, ouverte le 1«^ octobre 1529, Mélanchthon s'entretint avec Zwingle, tandis que Luther discuta avec OËcolampade. On se sépara après avoir signé quelques articles, rédigés par Luther en des termes qui ne semblaient pas détruire tout espoir de paix. Cependant, la division entre luthériens et zwingliens était déjà trop profonde, pour que cette paix pût être maintenue. — Gharles-Quint ayant convoqué une diète

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pour Augsbourg,eii invitant chaque Etat à y présenter son « opinion, » rélecteur de Sjaxe chargea ses théologiens de formuler les doctrines et des usages sur lesquels on était en désaccord avec les catholiques. Vers le milieu de mars 1530, ils se réunirent à Torgau et adoptèrent un projet, rédigé par Mélanchthon et composé de neuf articles se rapportant aux cérémonies et aux institutions; quant aux doctrines, ils s*en tinrent probablement aux articles qu'on avait acceptés dans une conférence tenue à Schwabach, à laquelle Mélanchthon n'avait pas assisté. L'électeur lui ordonna de donner à tous ces articles « une forme, » afin qu'il pût les produire à la diète comme étant son c( opinion. » Mélanchthon commença le travail pendant le voyagea Augsbourg et l'acheva dans cette ville. Il le communiqua à Luther^ qui avait dû s'arrêter à Gobourg ; Luther l'approuva, en disant que, quant à lui, il n'aurait pas pu « marcher à pas si doux. » Cette œuvre de Mélanchthon devint la Confession d* Augsbourg. Quand l'empereur en eut entendu la lecture devant la diète, il en fit faire une « confutation, » mais se refusa à toute discussion publique.Yoyant toutefois que plusieurs des Etats catholiques répugnaient à l'emploi de la force contre les protestants, il consentit à l'ouverture de conférences entre les théologiens des deux partis. Ce fut encore Mélanchthon qui^ dans ces réunions, fut le principal orateur des évangéliques ; il y montra sa fermeté accoutumée quant aux doctrines, mais témoigna^ dans son désir de paix, d'un tel esprit de conciliation quant aux choses extérieures, surtout quant à Tépiscopat, que de plusieurs côtés on lui en fit de vifs reproches. Il prouva, du reste, son attachement à la Réforme, en écrivant Y Apologie de la confession ; cet ouvrage est un des plus beaux monuments de la littérature protestante du seizième siècle. — En 1534, Mélanchthon eut une grande surprise; comme il s'agit d'un fait qui e^t peu connu en France, il convient d'en dire quelques mots. François V% dans un des moments où le besoin de se créer des alliés contre Charles-Quint lui commandait de ménager les protestants, voulut faire une tentative de se rapprocher de ceux d'Allemagne. En 1533, son ambassadeur, Guillaume du Bellay, passant par Strasbourg, s'entretint avec Butzer des moyens de rétablir l'union des Eglises. Butzer s'offrit à le seconder. De retour à Paris, Du Bellay détermina le roi à demander l'avis du réformateur ^trasbourgeois et celui de Mélanchthon. On chargea de cette mission le jeune médecin Ulric Chélius (Geiger) qui, l'année suivante, rapporta au roi trois mémoires, rédigés par Mélanchthon, Butzer et Hédiôn. Sans s'être entendus entre eux, les trois théologiens étaient arrivés à peu près aux mêmes conclusions. Celui de Wittemberg, le seul qui nous intéresse en ce moment, observe d^ abord que les catholiques reprochent aux protestants de s'être séparés de l'Eglise sans raison suffisante; que c'est là un reproche injuste; que si Ton veut convenir de moyens de paix, il faut commencer par reconnaître que dans le catholicisme il y a des erreurs et des abus; Tunion ne sera possible que si le pape cesse de vouloir contraindre les consciences dans les choses qui importent au salut ; de leur côté, les protestants

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seront prôts à tolérertout ce qui peut être toléré sans préjudice pour la vérité. Abordant ensuite les points controversés, Mélanchthon déclare que les protestants ne nient pas la nécessité d*un pouvoir ecclésiastique, qu'ils ne s'opposent ni à l'épiscopat ni même à la papauté, pourvu qu'évêques et papes exercent leur ministère dans le sens évangélique. Quant aux prétentions politiques des papes, elles ne regardent ni l'Evangile ni l'Eglise, elles ne sont l'affaire que des rois. Les traditions et les usages, tels que les jeûnes, les fêtes, les cérémonies, sont aux yeux des protestants des choses indifférentes, qu'ils supporteront chez ceux qui croiront devoir les conserver. Mais ceci suppose l'accord préalable sur la doctrine ; c'est là le point le plus difficile. Cependant, si les catholiques veulent être de bonne foi, ils se convaincront que le dogme de la justification parla foi seule est plus conforme à l'Ecriture que celui qui attribue un mérite aux œuvres. La question de la messe devra être décidée par un concile universel, à cause des abus qui régnent partout; dans tous les cas les protestants ne renonceront plus à la communion sous les deux espèces. Les contents peuvent être maintenus, pour ceux qui se sentent la vocation d'y entrer, bien qu'il serait plus utile de les convertir en écoles. Enfin, dans l'intérêt de la moralité, il faut accorder le mariage des prêtres; il suffirait pour cela d'un mot du pape. — Peu après l'arrivée de ces mémoires à Paris, on afficha les placards qui provoquèrent, comme on sait, une persécution si cruelle des réformés. Néanmoins François !«'' reprit les négociations avec Mélanchthon ; il l'invita même à venir discuter avec quelques docteurs de la Sorbonne. Mélanchthon eût été prêt à se rendre à cet appel ; mais l'électeur de Saxe et Luther s'y opposèrent; on n'avait que trop de motifs de se méfier du roi. Quand en décembre 1535 Guillaume du Bellay reproduisit, devant une conférence tenue à Smalkalde, les propositions d'un rapprochement par des concessions, et d'une action commune pour obtenir la convocation d'un concile universel, les Etats s'y refusèrent; Mélanchthon lui-même écrivit la lettre de refus. Il déclina de même un appel qu'il reçut de Henri VIII de venir en Angleterre. En Allemagne, où il était justement considéré comme le plus savant, le plus habile à la discussion, le plus modéré des réformateurs, il assista à presque toutes les assemblées où se traitaient des questions de doctrine ou de politique ecclésiastique. Il donna son avis dans les conférences sur l'attitude à prendre vis-à-vis du concile, dont les papes annonçaient la réunion prochaine ; en 1536 il fut au colloque de Wittemberg qui s'occupa de la sainte cène, et rédigea une formule qui devait établir une concorde entre Luther et les Suisses. En 1541 il fut présent aux colloques de Worms et de Ratisbonne, où l'on parut être sur le point de s'accorder sur quelques points dogmatiques, mais où l'entente fut impossible sur les questions de pratiques et de gouvernement. 11 fournit une consultation à l'archevêque Herrmann de Wied qui voulait réformer Cologne, mais s'attira le blâme de Luther à cause de la manière dont à cette occasion il s'était exprimé sur la cène. La diète de Spire de 1544 ayant décidé qu'à la diète prochaine

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^apporterait un projet de réforme et de conciliation, Mé rivit pour Télecteur de Saxe un mémoire, appelé plus tard on de WittemberÇy et qui ne fut qu'une exposition réité- < tiiiie, avec Toffre de quelques concessions à répiscopat. En U) il prononça le discours funèbre de Luther, en comparant . Ksaïe, à saint Jean, à saint Paul, à saint Augustin. — Bientôt lata la guerre de Smalkalde, si fatale pour les protestants, -nuint profita de sa victoire pour leur imposer, en 1548, Tini .Vugsbourg. Le nouvel électeur de Saxe, Maurice, ne voulant introduire chez lui par la force, fit délibérer ses théologiens ca- Kjues et protestants sur les changements à introduire pour satisre l'empereur. De ces délibérations sortit ce qu'on a appelé l'inté- ;n de Leipzig. Mélanchthon, circonvenu, pressé par les conseillers -In prince, et croyant que dans ces circonstances difficiles il fallait iaire quelques sacrifices pour sauver au moins les principes de la Réforme, consentit au maintien de certaines institutions et cérémonies, que l'on pouvait considérer comme des choses indifférentes, adiaphora ; mais il fit plus, il approuva aussi un article sur la justification, assez ambigu pour que les catholiques pussent y retrouver leur dogme. Ce fut une faiblesse que l'on ne peut expliquer que par les angoisses d'un homme profondément intimidé. L'intérim de Leipzig, bien qu'il ne fût presque pas exécuté,, produisit dans le monde protestant une agitation extraordinaire ; il excita les colères des hommes plus fermes ; Mélanchthon surtout fut attaqué avec la dernière véhémence ; nous en parlerons plus bas. — Le concile de Trente, ouvert une première fois en 1545, puis interrompu, fut convoqué de nouveau pour 1551. L'empereur ayant invité les Etats prolestants à y envoyer des députés, l'électeur Maurice fit rédiger par Mélanchthon une nouvelle explication de la confession d'Augsbourg ; celte Repetitio confessionis auguslanœ fut signée par les théologiens de plusieurs Etats, entre autres pour ceux de Strasbourg. Mélanchthon était un de ceux qui devaient se rendre à Trente ; il quitta Wittemberg le 18 mars 1552, mais avec l'ordre de s'arrêter à Nuremberg, pour attendre des instructions ultérieures ; il les attendit en vain ; Maurice avait d'autres projets que celui de présenter au concile une confession de foi. Il entreprit contre Charles-Quint cette campagne qui aboutit au traité de Passau, suivi en 1555 de la paix d'Augsbourg. — Désormais le protestantisme put se consolider librement dans les Etats où il était introduit ; mais la paix extérieure qui lui était garantie profita aussi aux querelles intérieures, qui s'étaient préparées depuis la mort de Luther et qui maintenant vont remplir de leur bruit toute l'Allemagne protestante. Par suite de la position qu'il occupait Mélanchthon fut entraîné dans toutes ces controverses, tantôt pour -donner son avis, comme dans les affaires d'Osiander, de Stancard, etc., tantôt comme accusé lui-môme. Cette partie de son histoire nous fournit l'occasion de caractériser en quelques mots son point de vue dogmatique. — Dans la première édition de ses Loci il avait posé, comme l'avaient fait tous les Réformateurs, le principe de

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