‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 20 sur 157 · MELANCHTHON · texte numérisé non relu

MELANCHTHON

la prédestination absolue, au point de dire que le mai arrive par néeessité tout autant que le bien. Mais d*une part la polémique entre Luther et Erasme sur le libre arbitre, d*autre part ses expériences personnelles Favaient amené de bonne heure à mitiger ce dogme. Ce qu'il appelait les angoisses de la conscience, les luttes qu'il faut traverser pour arriver à la foi, lui semblaient être des preuves que Thomme n'est pas entièrement passif dans l'œuvre de la conversion ; il trouva d^ailleurs dans la Bible des passages où est indiqué un concours réciproque de l'homme et de Dieu. Dans l'édition qu'il fit de ses Loci en 1535^ il abandonna la prédestination et la nécessité, et enseigna la contingence des actions humaines : il soutint que sans doute le non-régé- Itéré est incapable de faire la volonté de Dreu, mais que pourtant il y a dans la conversion trois facteurs, la Parole de Dieu dont la lecture ou ta prédication fait connaître la loi et la grâce, le saint Esprit qui opère en l'homme, et la volonté de celui-ci qui y consent. C'est là ce qu'on appela plus tard le synergisme de Mélanchthon ; la formule en était : Deiis trahit hominem, sed trahit volentem. En même temps Mélanchthon insistait sur la nécessité de l'obéissance ou des œuvres, comme devant être des effets de la foi, destinés à la manifester ; les œuvres, disait-il, sont nécessaires, en ce qu'elles doivent sortir nécessairement de la régénération, qui autrement ne serait pas un acte sincère. Quant à la sainte cène, il était arrivé, par l'étude des anciens Pères, à porter sur la doctrine des Suisses un jugement moins rigoureux que Luther. Dans l'édition de la Confession d'Augsbourg de 1540 il modifia l'article sur la cène de manière à effacer les divergences et à rendre possible une union avec les réformés. A cette époque cette editio variata ne choqua personne, pas même Luther. Celui-ci ne s'irrita que quand il vit comment Mélanchthon avait traité le dogme dans le projet de Réformation de Cologne ; mais les bons rapports entre les deux amis ne tardèrent pas à se rétablir ; Luther prît même la défense de Mélanchthon contre ceux qui ne voulaient voir en lui qu'un philosophe. — Les querelles que Luther avait encore su empêcher n'éclatèrent qu'après sa mort. La première occasion fut l'intérim de L&ipzig. Les protestants plus rigides reprochèrent à Mélanchthon les eoncessions qu'il avait faites au sujet des adiaphora; s'ils n'eurent pas tort en soutenant que rien n'est indifférent dès qu'on doit y être contraint, ils s'écartèrent de là vérité en accusant Mélanchthon d'apostasie et de trahison. Non contents de cela, ils relevèrent les divergences entre Luther et lui, sur lesquelles jusqu'alors on avait fermé les yeux ; dans celles de ses opinions qui n'étaient pas exactement celles de Luther, ils ne virent plus que des corruptelm de la saine doctrine. Il se forma ainsi deux partis qui tous les jours se séparèrent davantage et dont, lors de la paix d'Augsbourg, la scission était consommée. Celui qui était représenté par Mélanchthon et ses disciples, et qui dominait à Wittemberg et à Leipzig, fut appelé le parti des philippistes ; l'autre, à la tête duquel était Flacius, eut d'abord son centre à Magdebourg et plus tard à léna. On se querella sur la foi et les œuvres (voy. Fart, sur Georges Maior), et plus vivement .

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encore snr la sainte cène ; à la conception de Mélanchthon, que les flaciens qualifièrent de cryptocalvinisme, ils opposèrent la doctrine de l'ubiquité. On fit quelques tentatives de conciliation, mais chaque fois les flaciens posèrent, comme condition sine qua non, que Mélanchthon désavouât rintérim de Leipzig, le synergismé et le calvinisme. Il en appela à l'arbitrage des Ëglises de Hambourg, de Bruns- Vick et de Lûnebourg ; au commencement de 1557 celles-ci envoyèrent des députés qui, contre Tattente de Mélanchthon, étaient animés du même esprit que Flacius et ses partisans. Les négociations qui eurent lieu ne tendirent qu'à humilier le vieux réformateur ; on lui demanda de signer des articles qu'il lui fut impossible d'accepter. — Malgré la paix d'Augsbourg, Ferdinand, le frère de Gharles-Quint, désira la réunion d'un nouveau colloque entre catholiques et protestants. Par déférence pour lui on en convoqua un à Worms, en septembre 1557 ; Mélanchthon fut du nombre des députés. Les catholiques montrèrent peu de dispositions pacifiques, mais les principales difficultés vinrent du côté des flaciens ; ceut-ci protestèrent d'avance contre tout, si on ne condamnait pas d'abord les zwingliens, les osiandristes, les maioristes et les adiaphoristes ; comme Mélanchthon et d'autres refusèrent d'entrer dans cette voie, les catholiques en prirent prétexte pour rompre le colloque ; l'assemblée se sépara, sans autre résultat que d'avoir constaté le profond déchirement de l'Eglise protestante. — Bientôt après il • y eut une nouvelle controverse sur le synergismé, entre les flaciens et le professeur de Leipzig Pfeffinger. Dans cette situation, le duc Christophe de Wurtemberg proposa un synode général des protestants pour rétablir la paix ; cette proposition ne fut guère réalisable. Seulement, en mars 1558, les princes évangélîques, réunis à Francfort pour le couronnement de l'empereur Ferdinand, signèrent une formule d'union, connue sous le Aom de recès de Francfort, et destinée à mettre fin dans leurs Etats aux querelles théologiques. Gomme elle était rédigée dans le sens de la doctrine mélanchthonienne, le duc de Saxe, Jean-Frédéric, fit publier une « confutation de toutes les hérésies, » pour servir dans son pays de symbole de l'or* thodoxie ; les hérésies étaient condamnées, particulièrement celles des philippistes. A la mème'époque il y eut des troubles à Heidelberg, où l'on se disputait sur la sainte cène. L'électeur palatin Frédéric III renvoya les plus violents des disputeurs et demanda à Mélanchthon un mémoire sur le dogme ; il le donna en conseillant de se borner à un enseignement simple et scripturaire, s'abstenant des subtilités imaginées par la curiosité humaine. — Comme le duc de Wurtemberg revenait à son projet de synode, Mélanchthon, consulté par l'électeur Auguste de Saxe, lui fit sentir l'impossibilité de cet expédient dans l'état où se trouvait l'Allemagne protestante. II était attristé du spectacle des divisions ; cependant il avait l'esprit encore assez vigoureux pour réfuter quelques sectaires et pour écrire un traité contre les articles sur lesquels en Bavière on devait interroger les hérétiques ; ces articles venaient d'être publiés par les jésuites. Le traité de Mélanchthon suffirait à lui seul pour racheter le moment de fai-

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blesse qu'il avait eu à Tépoque de rintérim. Une de ses dernières publications fut son Corpus doctrinœ, dans lequel il réunit, à la demande du consistoire de Leipzig, les trois anciens symboles œcuméniques, la confession d'Augsbourg d*après Tédition de 1540, Tapologie, la répétition de la confession, la dernière rédaction des Loci, la réfutation de rinquisition bavaroise et quelques autres opuscules. Ce Corpus dut servir dans la Saxe électorale de norme de renseignement théologique. — Mélanchthon mourut le 49 avril 1560. Luther avait dit un jour : « C'est moi qui dois défricher la forêt, extirper les souches, arracher les ronces, combler les marécages, tandis que maître Philippe procède avec calme et douceur, il sème, il plante, il arrose, suivant les dons que Dieu lui a si richement départis. » Rien ne caractérise mieux les différences et Taccord des deux hommes que ces paroles du réformateur. — Une première édition des œuvres de Mélanchthon parut à Bàle en 1540, 5 vol. in-f*" ; une autre, ne contenant que les écrits théologiques, fut donnée par son gendre, le médecin Gaspar Peucer, Wittemb., 1562, 4 vol. in-f^. La plus complète est celle qui, en 1834, fut commencée par Bretschneider, puis continuée par Bindseil ; elle forme la première division du Corpus reformatorum. Halle, 28 vol. in-4**. — Voyez Joach. Gamerarius, De vUa Melanchthonis tiarratio, Leipz., 1566; nouv. éd. par Strobel, 1777; Matthes, PhiiMiL.^ sein Leben und Wirketi, Altenb., 1841; G. Schmidt, PkiL Mel. Lében undSchriften, Elberfeld, 1861 ; Galle, Charaktcrîstik Mel. aïs Theologen und Entwicklung seines Leàrbegri/fs, 2* éd,, Halle, 1845; Jacoby, Lilurgik MeL, Gotha, 1876 ; Tarticle de Landerer dans V Encyclopédie de Herzog.

Gh. Schmidt.

MELCHISÉDEG (Malkhisédek; MsX-xt(xeSex, roi de la j ustice) , roi de Salem à Tépoque d'Abraham et en môme temps prêtre du Très-Haut (Gen. XIV, 18-20). Par Salem, il faut entendre Jérusalem, et non le bourg de Saleïm ou Salumias, situé à huit milles romains au sud de Scylhopolis, dans la vallée du Jourdain ; cette dernière localité n'est nulle part mentionnée dans l'Ancien Testament, et le Salem de la Genèse doit avoir été une localité importante. De plus, la vallée du Jourdain n'offre aucune route praticable pour une troupe armée (voy. Jourdain) ; il faut, au contraire, admettre d'après les données topographiques de l'Ancien Testament qu'Abraham, pour retourner chez lui, a dû passer près de Jérusalem. La seule objection véritablement scientifique qui semble s'opposer à cette hypothèse, c'est que Jérusalem s'appelait Jébus dans les anciens temps. Mais Jébus est le* nom de la tribu qui habitait la ville, et rien ne nous prouve qu'à côté du nom de Jébus, celui de Salem n'ait pas été usité ; de plus, il est bien possible que le narrateur auquel cette désignation est empruntée n'a plus été familiarisé avec le nom de Jébus. Quoiqu'il en soit de ce détail, d'ailleurs peu important, Melchisédec est désigné comme grand prêtre du Dieu suprême (el eljôn), que lui-môme désigne « comme créateur du ciel et de la terre, et quu'Abraham reconnaît pour être Jéhovah. Melchisédec est donc représenté comme le plus éminent des adorateurs que le seul vrai Dieu comptait, d'après la

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tradition de Tépoque des patriarches et jusqu'à Tépoque de Moïse, parmi les peuples restés en dehors du peuple élu. Cette grande figure de Melchisédec, devant laquelle se prosterne le victorieux Abraham après lui avoir payé le tribut lui revenant à titre de prêtre, a été reconnne de tout temps comme importante et a donné lieu à des -interprétations bien singulières. Un des psalmistes, déjà (Ps. GX, 4), y reconnaît le type de la royauté théocratique, et Fauteur de Tépître aux Hébreux trouve dans ce représentant d'un sacerdoce antérieur et étranger à la loi, et ne tenant par aucune généalogie à celui de Lévi et d'Aaron, le type prophétique du grand prêtre de la nouvelle alliance, de Jésus-Ghrist ; de môme qu'Abraham est inférieur à Melchisédec, de même l'ancienne alliance est inférieure à la nouvelle (Hébr. V, 6. 10; VI, 20; VIII). Pour bien comprendre l'explication tjpologique, surtout en ce qui concerne l'absence de données généalogiques sur Melchisédec, il ne faut pas oublier que, dans l'esprit de Fauteur de l'épître, il ne s'agit pas de Melchisédec comme personnage historique, mais de l'image typique qu'en donne la Bible, pour en faire le type de Jésus-Ghrist. Nous ne saurions ici relater les explications fantaisistes des Pères de l'Eglise ou des théologiens postérieurs ; elles ne présentent d'ailleurs aucun intérêt. Quant aux explications historiques qu'on a données sur la personne de Melchisédec, elles sont plus singulières encore et ne reposent sur aucune donnée certaine. Plus importantes sont les recherches contenues dans le plus récent commentaire de l'épître aux Hébreux du docteur Biesenthal (Dos Trostschreiben des heiligen Paulus, Leipzig, 1878). - Voyez Dillmann, Dos christliche Adambuch des Morgenlandes (traduit de l'éthiopien); Tuch, Commentar zur Genesù, 2« éd., 1871. E. Scherdlin.

MELGHITES, royaux ou impériaux (du syriaque mèlèq, roi), nom donné aux chrétiens orthodoxes d'Egypte, par opposition aux monophy sites ou coptes.

MÉLÈCB D'ANTIOCHE (Saint), dit le Grand, né à Mélitène, dans la petite Arménie, fut appelé en 357 au siège de Sébaste, à la place d'Ëustathe, qui venait d'être déposé comme partisan de l'arianisme. Il y eut un certain nombre d'orthodoxes qui refusèrent de reconnaître Mélèce, sous prétexte que les ariens ayant eu part à son élection, elle devait être regardée comme irrégulière. Mélèce tenta de ramener son troupeau à la foi ; mais, voyant l'inutilité de ses eCTorts, il se retira à Bérée, d'où il fut appelé à Antioche pour occuper le siège de cette ville, laissé vacant par Eudoxe. Jusque-là Mélèce n'avait point pris parti dans les querelles dogmatiques qui divisaient l'Eglise, mais il jouissait d'une vénération générale grâce à la noblesse de son caractère et à l'austérité de sa vie. Un mois s'était à peine écoulé depuis son élection qu'il fut déposé et exilé par les ariens, parce qu'il avait prononcé devant le peuple un discours dans lequel il défendait chaleureusement l'orthodoxie, bien qu'il s'en soit encore tenu à des formules toutes générales, sans se prononcer encore pour l'homoousie absolue et les autres termes chers au parti athanasien. L'évoque

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arien Ëuzoius reçut son siège, mais une partie de la communauté demeura fidèle à son conducteur et tint des réunions séparées dans Tun des quartiers d'Antioche. Mélèce devînt alors le chef de cette fraction de jour en jour plus nombreuse de théologiens qui, partis du semi-arianisme, se rapprochèrent de plus en plus de la doctrine du concile de Nicée. Dès le synode d'Antioche, en 363, Mélèce fit une déclaration publique dans ce sens. Nous ne raconterons pas ses démêlés avec Paulin, que les ariens avaient placé sur son siège, et les cfibrts de Mélèce pour ramener la paix dans TEglise. Il assista également au concile de Gonstantinople, et mourut dans cette ville en 38i . — Voyez Epiphane, Hxres.^ 73; Socrate, 2, 44; Sozomène, IV, 26; Théodoret, II, 27 ; Basile, Lettres, III; Grégoire de Nysse, Orat,funebr. in Mel., Opéra, Paris, 1638, t. III; Ghrysostôme, Orat. in Mel., Opéra, éd. Montfaucon, t. II; Tillemont, Mémoires, t. VII ; Walch, Ketzerhistorin, IV, et Tarticle Arianisme.

MÉLÈCE DE LTGOPOLIS, dans la Thébaïde, mort vers Fan 326, fut déposé dans un synode, tenu vers 306 par Pierre d'Alexandrie, pour avoir sacrifié aux idoles pendant la persécution ; mais, au lieu d'accepter avec soumission la pénitence qui lui était imposée, il se répandit en invectives contre ses juges et devint leur dénonciateur auprèsdes autorités païennes. Le synode d'Alexandrie condamna Mélèce avec tous ses adhérents, qui formèrent un parti séparé dans l'Eglise et consacrèrent des évoques sans l'autorisation du métropolitain. Ge récit, très partial, d'Athanase {Apologia contra Arianos, §39), que suivent Socrate, Sozomène et Théodoret, et qui, par eux, s'est accrédité dans l'Eglise cathplique, est en contradiction avec le récit d'Epiphane {Hxres., 68) et avec une lettre de quatre évêques égyptiens à Mélèce, publiée par Scipion Mafi'ei {Osservazioni letterarie, Vérone, 1738,111, 11 ss.). D*après ces derniers documents, le schisme eut pour cause unique une divergence de vues entre Mélèce et son métropolitain Pierre d'Alexandrie sur la discipline à observer à l'égard des relaps.

MËLÈGE STBIQUE, théologien de l'Eglise grecque, né à Gandie en 1586, mort à Gaiata en 1664. Ayant fait ses études en Italie, il réfuta la doctrine du patriarche Cyrille Lucar, qu'il accusa d'avoir adoptéles idées de Galvin, devint protosyncelle de l'Eglise de Gonstantinople, fut chargé de se rendre en Moldavie pour y examiner la profession de foi de Mogila, métropolitain de Kief, laquelle fut adoptée depuis par les Eglises d'Orient (1642), éprouva, à son retour à Gonstantinople, de telles vexations de la part du nouveau patriarche, qu'il quitta cette ville, y revint en 1651, ouvrit une école qui fut brûlée pendant un terrible incendie, et se retira à Gaiata, où il finit ses. jours. Outre quelques traités peu importants, on a de lui une réfutation de la confession de foi de Gyrille Lucar, réfutation qui a été imprimée à Bucharest en 1690, donnée en grec et en latin par Renaudot dans le recueil des homélies de Gennade, et dont on trouve un extrait dans le tome III de la Perpétuité de la foi d'Amauld. — Voyez.

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Dosithée, YiedeMiUcB, dans le traité de la Perpétuité de la foi, IV; BMiotà. gr. de Fabricius, XI ; Sathas, Littérature gr. moderne, Athènes,

1868 (en grec).

KÉLITON (Saint), évôqne de Sardes, en Lydie. Polycrate d'Ephèse, dans une lettre à Tévôque de Rome Victor (vers 490), le désigne comme une des grandes lumières de l'Eglise d*Asie et comme ayant toujours été rempli du saint Esprit (Eusèbe, Hist. eccL, V, 24). Diaprés le témoignage de Tertullien (De ecstasi apud ffieronym. devir. illustr., c. 24), il était publiquement reconnu comme un prophète. Eusèbe (IV, 26) et Jérôme nous ont conservé un catalogue de ses nonibreux ouvrages, qui sont malheureusement tous perdus, à l'exception de quelques fragments qui ont été recueillis par Routh, dans ses Reliquixsacrx, Oxf., 1814, 1, 109 ss. L'activité littéraire de Méliton embrassait les domaines les plus divers. Vers Tan 170, il présenta à Marc-Aurèle une Apologie pour les chrétiens. Dans ses Eglogues, il nous donne la première nomenclature chrétienne des écrits canoniques de l'Ancien Testament, à l'exclusion des livres apocryphes. Il avait entrepris lui-même un voyage en Palestine, pour faire sur les lieux des recherches relatives aux écrits sacrés des Israélites. Comme dogmatiste, Méliton défendit avec une grande fermeté la divinité du Logos, n défendit, par contre, contre Marcion, l'humanité du Christ et son développement progressif jusqu'au baptême : mais l'authenticité de ces fragments â été fortement attaquée par Hilgenfeld. 11 a écrit aussi des traités sur le dimanche, l'hospitalité chrétienne, etc. Comme exégète, Méliton est partisan de la méthode allégorique. Il cherche à trouver Christ et la doctrine chrétienne dans la loi de Moïse et dans les prophètes. Dans la querelle pascale, il soutint, comme Apollinaire d'Hiérapolis, la thèse que Christ étant le véritable agneau pascal, qui par sa mort a accompli et abrogé le type de l'Ancien Testament, le 14 nisan ne saurait être maintenu comme le jour de la fêté pascale, ainsi que le voulait le parti judaïsant des Eglises de l'Asie Mineure. Origène, en invoquant un écrit de Méliton, -xtft hwiiÀ Tou Otoîl, qu'il n'avait pas lu, l'a accusé de soutenir la corporéité de Dieu ; d'autres ont inféré du titre de quelques-uns de ses écrits sur l'Apocalypse et la prophétie, sur la vraie conduite des prophètes, ainsi que des éloges que lui décerne Tertullien, que Méliton avait été montaniste. De telles assertions manquent de preuves et sont inconciliables avec l'orthodoxie de révoque de Sardes, qui n'a jamais été contestée. Les fragments de Méliton publiés par le bénédictin Pitra {Spicilegium Solesmense, Par., 1855, vol. II et III) ne sont qu'une compilation des écrits des Pères de l'Occident, surtout de Grégoire le Grand. — Voyez Tillemont, Mémoires, II, 407 ss., 663 ss.; Ceilliez, Bist. des aut. sacr. et eccL, II, 75 ss.; Voog, De Melitone Sardium in Asia episeopo, Leips., 1744 ; Piper, Melito von Sardes, dans les Stud. u. KHt.y 1838, p. 54-154 ; Steitz, dans la Real-EncykL de Herzog, IX, 311 ss.

KKLKAET. Voyez Phénicie.

TÊÈSASBBJt, disciple de Simon le Magicien, né comme lui dans la

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Samarie, comme lui aussi fit profession de magie et même le surpassa dans cet art. 11 enseignait qu^il était le Sauveur, la vertu souveraine inconnue à tout le monde et envoyée par les puissances célestes pour délivrer le genre humain. Il promit à ceux qui se lais- 'Seraient baptiser par lui qu*ils ne seraient sujets ni à la vieillesse ni à la mort et qu'ils pourraient exercer la puissance sur les anges qui avaient créé le monde. Il parait que Ménandre recruta un certain nombre d'adhérents à Antioche et dans les environs. — Voyez Ignace, Epist. ad Trallum; Justin, Apolog.y I, 26; Irénée, Adv, k<eres., I, 2i ; TertuUien, De anima, ch. i ; De prœscriptionej ch. xlvi; Eusèbe, HisL ceci., 2, 26; Epiphane, -ffa?r«., 22 ; Nicéphore, 3, 12; Théodoret, Fabul, hœrelic.j 1, 2; Gieseler, I, 65; Neander, I, 250; Baur, Guosis^ p. 310 ; ainsi que Tarticle Dosilhèe,

HENASSEH-BEN-ISRAEL, fils de R. Joseph-ben-Israël, né à Lisbonne •en 1604, est un des juifs les plus dignes et les plus savants du dixseptième siècle. Chassé du Portugal par Tinquisition, il se réfugia à Amsterdam où il vécut dans Tintîmité des plus grands théologiens (Huet, Denis, Yossius, Grotius et Bochart). Il fut chargé en 1655 de négocier avec Cromwell le retour des juifs en Angleterre. Les négociations se traînèrent en longueur et Menasseh mourut sans en avoir TU la fin. Ses ouvrages publiés en hébreu, en espagnol et en portugais, traitent de questions exégétiques, dogmatiques et métaphysiques et sont en grande partie apologétiques,* et ont été traduits pour la plupart en latin. Nous possédons de lui un ouvrage intitulé Con- 4:iliador (en espagnol) dans lequel il tâche de concilier les passages de TEcriture qui semblent se contredire. Cette œuvre, qui est une mine inépuisable pour la connaissance de la littérature juive, est conçue d*après la méthode usitée alors, et énumère les opinions des rabbins tant anciens que modernes, sans arriver à une conclusion définitive. Il existe. aussi de Menasseh un ouvrage traduit en latin, intitulé De Creatione. Sa biographie a été publiée en français par Pocock avec lequel il s'était lié pendant son séjour en Angleterre (Pocock, Bibliotli. anglaise, II, 1).

HENDE, episcopatus Gabalitanus ou Mimatemis, L'ancien cheflieu du Gévaudan, de la cité et de Tévêché des Gabali, Javols, n'est plus qu'un village. Mende (Mimate), où nous voyons le siège épiscopal établi en 950, n'était connu, au temps de Grégoire de Tours, que par l'ermitage de Saint-Privat, situé sur le mont Mimât {mous Memmatensis) ; c'est en ce lieu qu'était honoré saint Privât, évêque du Gévaudan, mis à mort par les Alamans dans une crypte où il se livrait au jeûne et aux oraisons ; c'est là qu'existait à la fin du sixième siècle une basilique dont saint Louvent était abbé. L'évoque de Tours nous raconte {Gl. conf., 2) que tous les ans, à une certaine époque, la populationdu Gévaudan se rendait sur le mont Helanus, jetait dans un grand lac qui s'y trouvait des offrandes de toutes sortes, et passait trois jours dans les fêtes. Pour déraciner ces croyances superstitieuses, un évêque de Javols construisit sur le bord du lac, une basilique consacrée à saint Hilaire de Poitiers, à laquelle il parvint à

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attirer ses diocésains, qui portèrent désormais au temple de Dieu ce qu'ils avaient coutume de jeter dans Tabîme. M. Longnon {Géogr. de la Gaule^ p. 530) rappelle que d'après un érudit, M. Ignon {Mém, soc. agric. de Mende, 1839-40, p. 161), peu de temps avant la RévolutioUy le lac de Saint-Andéol attirait encore, le lundi après le deuxième dimanche de juillet, les habitants des paroisses environnantes, qui y jetaient des pièces de monnaie et prétendaient trouver dans ses eaux la guérison de la teigne, des maux d'yeux, etc. Le siège de Mende fut illustré par Guillaume Durant (1286-1296) l'auteur du Rationnel des saints Offices, dont le tombeau, œuvre des Gosmati, est à Rome, à la Minerve, et par Urbain V, natif du diocèse qu'il voulut administrer. La belle cathédrale de Notre-Dame, élevée par lui en 1368, fut pillée en 1530 par les protestants. L'évêché fut successivement soumis à Bourges et à Alby {Gallia^l; Pascal, Gabalum christianum^ P., 1853; Charbonnel, Hist. de VEgL de M., 2 vol., 1858). S. Berger.

MENDÉENS. Au confluent du Tigre et de l'Euphrate, dans des terrains marécageux situés à une petite distance du golfe Persique, habite une communauté religieuse dont les membres sont appelés' sabéens par les musulmans et qui se donnent eux-mêmes le nom de mendéens ou plutôt mandéens. Il faut les distinguer des anciens sabéens qui étaient païens, qui furent persécutés par les khalifes et qui disparurent au douzième siècle. Geux-ci passent, au contraire^ pour les descendants de sabéens mentionnés dans le Goran et ils ont été longtemps respectés des musulmans parce qu'ils possèdent un livre sacré plus ancien que l'Islam. On les appelle quelquefois sabéens chrétiens, pour les distinguer des sabéens païens (Ghwolsohn, Les Sabéens et le Sabéisme, SaintrPétersbourg, 1856, 2 vol.). Descendants des chrétiens gnostiques des premiers siècles, ils ont emprunté la plupart de leurs croyances au judaïsme et au parsisme, et ils ont même adopté quelques-uns des mythes du paganisme grec. — G'est au dix-septième siècle que leur existence a été révélée pour la première fois par un missionnaire carmélite, Ignatius a Jesu {Narralio originis, rituum et errorum christianorum S, Johannis, Rome, 1652). Dans cet écrit ils sont appelés chrétiens de saint Jean. Ge nom singulier a longtemps dérouté les savants. Grotius, Mosheim, Herder ont voulu trouver un rapport entre les sabéens et l'évangile de Jean. Mais Herder (Rrlaûterungen zum neuen Testament aus einer neu trô/fneten morgenlandischen Quelle, Riga> 1775), Michaelis dans son Introduction au Nouveau Testament (Goitingue, 1788), Kleister, dans ses recherches sur Tauthenticité et la crédibilité des documents originaux du christianisme (1798-1800), Overbeck, dans son essai sur l'Evangile de Jean (1784), Storr, dans son livre sur le but de l'hist. év. et sur les épîtres de Jean, et enfin Gesenius (Allgemeine Literaturzeitung 1817, n* 48, p. 378, et dans le Probehefi de la Allgemeine Encyclopédie der Wissenschafien und Kûnste, Leipzig, 1817) ont peu à peu découvert la vraie explication du mendéisme et dégagé la vérité des erreurs dont elle avait été d'abord enveloppée. En tout cas, il ne s'agirait pas de Jean l'évangéliste, mais de Jean-Baptiste pour lequel les mendéens»

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professent un grand respect et qu'ils tiennent pour le seul vrai prophète. Cependant ils ne méritent à aucun degré le nom de chrétiens de saint Jean que, du reste, ils ne se donnent jamais eux-mêmes. Ils ne sont ni chrétiens, ni sérieux disciples du Baptiste. [Is sont plutôt adorateurs d'un Eon appelé Menda-dî-haï (de là leur nom), ce qui signifie X^ç vfiç ^wfiç. Petermann a fait du mendéisme une étude très complète (Deutsche ZeitschrifL fur christl. Wissench. und chrisil. Leben, 1854, n"" 23 ; dans la Real Encyclopédie^ de Herzog, IX, 318 ss. et Reisen in Orient II, Leipzig, 1861). 11 a connu un prêtre mendéen et c'est de lui qu'il tient la plupart de ses renseignements. — La littérature mendéenne se réduit aujourd'hui à fort peu de chose. Le plus important de leurs ouvrages est le Sidra Rablfa, le grand li\Te, appelé aussi le joyau, le trésor. Il se compose de plusieurs sections qui sont certainement d'époques et d auteura différents. La première partie consacrée aux vivants, appelée « la droite, >» remplit les deux tiers de l'ouvrage. La deuxième est appelée « la gauche » et est consacrée aux morts. Elle renferme le récit de la mort d'Adam et les prières lues par les prêtres aux enterrements. Détail bizarre : ces deux parties ne sont mises à la suite l'une de l'autre dans aucun manuscrit ; mais chacune a son commencement à l'une des extrémités du volume et il faut le retourner pour passer de l'une à l'autre. Elles se rencontrent par leurs fins dans le corps du livre. La Bibliothèque nationale de Paris possède quatre manuscrits du Sidra Rabba, Un savant suédois, Matth. Norberg, en a publié pour la première fois, en 1815, une* traduction latine sous ce titre : Codex nazarxus^ liber Adami uppelatus syriacè transcriptus (Lund, 1815, 4 vol.). Ce nom de livre d'Adam, sous lequel le Sidra Rabba est généralement connu, ne lui a jamais été donné par les mendéens et il n'y a aucun motif de le lui attribuer. Du reste, toute cette édition de Norberg a été faite sans esprit critique, le texte qu'il a publié est très altéré et fourmille d'interpolations. On ne peut donc s'en servir qu'avec une extrême prudence. Les autres écrits des mendéens sont : l** le Livre des âmes^ liturgie de la célébration des sacrifices et que chaque prêtre est tenu de savoir par cœur ; 2*^ la liturgie du mariage ; 3*" les prières journalières ; 4^ les prières des prêtres dans les maisons et à l'Eglise; 5* l'histoire de saint Jean-Baptiste ; &" Comment les astres pré^ disent aux hommes leur bonheur et leur malheur. Les mendéens ont aussi des préceptes à l'aide desquels ils conjurent le mauvais sort et des amulettes, portés sur la poitrine, qui éloignent les malins esprits et les maladies. — Le Sidra Rabba renferme toute la religion mendéenne, mais il est très difficile d'en exposer le contenu. Les croyances des mendéens, mélange de toutes les religions antiques, se modifient dans les différentes sections de cet ouvrage. Les mêmes divinités reparaissent çà et là sous des noms différents, et, à l'inverse, le même nom est quelquefois appliqué à différents dieux. Les auteurs de ce livre vivent dans un monde imaginaire peuplé de milliers de génies d'une nature étrange et d'anges dont les noms seuls sont des énigmes Silvestre de Sacy, en France, et Petermann, en Allemagne, ont

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analysé tous deux la même section du S'utra Rabba ; une des plus importantes, la cinquième du premier livre occupant 106 pages dans l'édition Norberg (I, 131-237). Elle renferme, d'après eux, trois relations différentes du système du monde. A Torigine des choses les mendéens placent Fira Rabba (le grand fruit) qui renfermait en germe tout le monde à venir. Â côté de lui, ou produit par lui, se trouve Mana Rabba, le seigneur de gloire, appelé aussi roi de lumière qui donne naissance au Jourdain. La vie a été produite par Mana Rabba et rémanation de cette « première vie » acheva la création primitive. Dès lors, Mana Rabba se retira dans des solitudes inaccessibles, et il ne se manifeste plus qu'aux esprits des plus pieux parmi les mendéens appelés après la mort à contempler sa gloire. C'est à Mana Rabba que tout honneur doit être rendu, toute prière adressée, et chaque section du Sidra Rabba commence par la mention de son nom. Il trône dans l'éther brillant et pur dont se pénètrent toutes les créatures et où habitent dans la félicité éternelle des myriades d'anges. De la « première vie » émane la « deuxième vie. » Celle-ci voulut un jour s'élever au-dessus de « la première vie, « et, à cause de cela, elle fut chassée de l'éther brillant et pur. Manda-dî-haï, que nous avons déjà nommé plus haut, est une seconde émanation de la première vie : il est appelé aussi le hls bien aimé, le bon berger, le grand prêtre, la parole de vie, le ^oyoç, le maître et le sauveur de l'humanité. C'est lui qui est le Christ des mendéens. Il a lutté contre le chef du royaume des ténèbres, Our (le feu dévorant), et il Ta enchaîné dans les enfers. Ailleurs, Manda-di-Haï est confondu avec Abel et la deuxième émanation de Mana Rabba avec Caïn. C'est cet Abel (ouHibil Si va) qui aurait précipité Our dans l'abîme et l'aurait enchaîné dans une tour environnée de sept murailles de fer et de sept murailles d'or. D'après d'autres passages, Abel serait fils de Manda-dî-Haï et il aurait eu deux frères Seth et Ënos. — Tous les anges émanent de la « troisième vie » Abba Thur ou Uthéré (le père des anges). Abba Thur tient dans sa main une balance et pèse avec soin les actions des esprits tombés qui viennent à lui. Il les renvoie, s'ils sont trouvés par lui trop légers ; dans le cas contraire, il leur ouvre le che'min« des régions d'une lumière plus haute ». Un jour, Abba Thur regarda à côté delui, et voici il y avait un abîme, au fond duquel il aperçut une eau trouble et noire. Son image se refléta dans cette eau noire et ce fut ainsi qu'il créa l'ange Ptahel ou Gabriel. Celui-ci fut chargé par Mana-Rabba, et §ur la demande de Manda-dî-haï, de créer la terre et les hommes. Mais il ne put donner à Adam et à Eve ni le souffle qui les anima, ni la station droite. C'est Abel, Seth et Ënos qui ont reçu directement ces dons de « la première vie » ou première émanation de Mana-Rabba' et les ont transmis aux hommes. Ceux-ci ne doivent donc pas rendre de culte à Ptahel ; il n'est pas leur vrai créateur. — Ailleurs nous trouvons un tout autre récit. Hibil-Siva ou Manda-dî-haï, revêtu de la force de Mana-Rabba, est descendu dans le Royaume des ténèbres* il a arraché à Tenfer son secret et est revenu, emmenant avec lui un génie du sexe féminin, la reine de l'obscurité appelée tantôt Fetahil,

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tantôt Roucha (c'est le Roucha du Nouveau-Testament syriaque, 4«iX< en grec, nous retrouverons ce terme plus loin). Cet esprit féminin n'est autre que la mère de Our (le feu dévorant) et que Menda-dî-haF a vaincu. Or, pendant que Ptahel était occupé à créer la terre et les hommes, Roucha mit au monde d'abord sept fils, ensuite douze et enfin cinq. Ptahel les plaça au ciel. Les sept premiers sont les sept planètes. Le soleil est la plus grande de toutes et il commande aux autres. Il y a sept ciels et le soleil est dans le quatrième. Les douze fils qui viennent ensuite sont les douze signes du Zodiaque. La destination des cinq derniers est inconnue. Ils devaient être utiles aux hommes; ils ne cherchèrent au contraire qu'à leur faire du mal et ils sont l'origine de tous les maux de la terre. — De toute cette étrange cosmogonie et de cet amas de récits obscurs, il ressort que l'empire de la terre et des mers est resté aux mauvais esprits. Ceux-ci demeurent cependant sous la dépendance des esprits célestes. — Les mendéens considèrent le ciel comme formé par de l'eau très pure et très claire ; et cependant il est si dur que nul diamant ne peut le fendre. Sur cette eau naviguent les planètes et les autres astres ; ceux-ci ne possèdent pas de lumière propre, mais sont éclairés par des anges, le firmament est si pur que nous voyons à travers les sept ciels jusqu'à rétoile polaire autour de laquelle tournent tous les astres comme autour d'un soleil central. — La terre est un disque rond ; elle est entourée de trois côtés par une grande mer. Au nord se trouve une haute montagne tout entière de turquoise et dont le reflet fail paraître le ciel bleu. — L'homme est composé de « l'esprit, l'âme et le corps » (v&uç, ^ù'iTi, ffwfxa). C'est la ^ùxri, Roucha, qui l'induit en tentation. Nous avons vu plus haut que les mendéens donnaient ce même nom à la mère du diable. C'est d'elle, en effet, que viennent tous les mauvais désirs. Ils n'attribuent à Roucha qu'une seule bonne œuvre:

comme Junon Lucine, elle assiste les femmes en couches. Le men-

déen qui sent la mort approcher doit s'oindre d'huile le corps entier; sans quoi son âme ne pourrait monter au séjour de la lumière. — Le christianisme auquel les mendéens ont emprunté une partie de leurs croyances, leur inspire pourtant une vive répulsion. C'est ainsi qu'ils identifient souvent le diable et le Messie, considérant parfois celui-cr comme le fils de Roucha et en faisant un magicien. — Le monde, d'après eux, doit durer quatre cent quatre-vingt mille ans. Déjà trois fois, la race humaine a été détruite par le feu, le fer et l'eau. Quatre cent soixante-six mille ans se sont écoulés d'Adam à Noé. Six mille ans après Noé, Jérusalem a été bâtie. Cette ville, qu'ils appellent Our Achélam (Our accompli), est toujours représentée par eux comme un séjour d'abomination et d'erreur. Un premier prophète s'éleva quand Jérusalem fut bâtie ; c'était Abraham ; puis Micha (Moïse) et enfin Schlimoun bar Davith (Salomon fils de David) dont les démons étaient les serviteurs. Le troisième faux prophète fut Ischou Meschiah (Jésus Messie). Les miracles de la marche sur les eaux et de la transfiguration ont été des actes de magie inspirés par Roucha. Jésus se dit luimôme Dieu et fils de Dieu, mais son imposture a été dévoilée et les

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Juifs Tont mis à mprt. Jean-Baptiste est le seul vrai prophète; il a fait plusieurs miracles. Le dernier faux prophète fut Achmat (Mahomet) , après lui aucun n'est venu^ni ne viendra et, dans quatre ou cinq mille ans, rhumanité sera de nouveau anéantie, mais la terre sera repeuplée par un nouveau couple dont les descendants Thabiteront pendant cinquante mille ans. Ensuite Our (appelé ici Léviathan) engloutira la terre et tous les mondes ; il disparaîtra enfin lui-même avec le Royaume des ténèbres ef l'univers ne sera plus qu'un éther lumineux. — Les mendéens ont Tannée solaire de 365 jours partagée en 12 mois de 30 jours auxquels ils ajoutent cinq jours complémentaires. Us désignent les mois d'après les signes du Zodiaque; ils se servent aussi des anciensnoms juifs légèrement modifiés. Ils célèbrentle dimanche. Ce jour-là, au lever du soleil, ils se rendent au temple avec leurs] femmes et leurs enfants. Ils prient tuois fois parjour et sont tenus desecourir les pauvres. Leurs fêtes ecclésiastiques sont au nombre de quatre ; la troisième qui dure cinq jours est la plus importante. Chaque mendéen doit s'y faire rebaptiser. Du reste, les dévots se font baptiser tous les dimanches. Le baptême est toujours suivi de la sainte Gène, où une sorte de pâte préparée par les prêtres remplace le pain, et l'eau le vin. L'usage du vin n'est permis qu'aux prêtres. On l'autorise aiMsi à la communion qui précède la cérémonie du mariage ; car tout mariage est précédé du baptême et de la cène. — Les mendéens ont trois sortes de prêtres : ceux du premier degré n'exercent guère qu'une sorte de diaconat et un jeune garçon peut remplir ces fonctions, pourvu qu'il ait reçu l'imposition des mains. Pour être prêtre de second degré, il faut être âgé d'au moins quinze ans, avoir étudié les livres religieux, avoir passé sept jours et sept nuits en veilles et en prières et avoir subi soixante et un jours d'épreuves sévères. On est alors consacré par sept prêtres et nommé tarmida. Enfin les tarmidas distingués par leur science et leur piété peuvent briguer une dignité plus élevée encore, celle de gantzebra {guidzebar^ trésorier) gardien du trésor (c'est-à-dire du grand livre, le Sidra Rabba). On parvient à cette sorte d'épiscopat après un examen et une nouvelle consécration. Les fonctions du ganizebra consistent surtout à. consacrer ses nouveaux collègues et à permettre le mariage aux veuves et aux femmes divorcées. Les prêtres ordinaires ne peuvent marier que les vierges. Les mendéens reconnaissent encore au sommet de la hiérarchie ecclésiastique un chef suprême, sorte de pape dont les pouvoirs politiques et religieux sont très étendus. Les femmes peuvent parveniraux dignités ecclésiastiques.— Les vêtements du prêtre sont très simples; il porte une robe de lin blanc attachée avec une ceinture de même couleur. Une étole blanche de la largeur de la main descend jusqu'aux pieds. Il met autour de la tête un turban blanc ; au bras droit, quand il célèbre le culte, il a la << couronne » morceau de toile blanche large de deux doigts ; au petit doigt de la main droite, un anneau d'or ou simplement doré et enfin dans la main gauche une branche d'olivier. Les prêtres sont toujours nu-pieds dans l'exercice de leurs fonctions. Les temples sont très petits, les prêtres seuls

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s*y rassemblent, les laïques restent dans la cour où se trouve de Teau courante pour les baptêmes. Ils n*ont point d'autel et aucun ornejnent. — Les mendéens disparaissent rapidement. Au dix-septième siècle, ils comptaient encore vingt mille familles. En 181S, M. Raymond, vice-consul français à Bassora, écrivait à Silvestre de Sacy r a Réduits au nombre de quatre à cinq mille, opprimés par les Persans et par les Turcs, les sabéens vivent dans la misère et rabaissement. » En 1858, Petermann n'en a plus trouvé que 1500. Dispersés au sud de Bagdad, ils exercent, différents métiers, les uns sont orfèvres, d'autres forgerons, d'autres encore constructeurs de bateaux, charpentiers, menuisiers. D'apparence, ils ne se distinguent pas des musulmans au milieu desquels ils vivent. Us ne se marient qu'entreeux et ont horreur du célibat. La polygamie ne leur est pas seulement permise, elle leur est recommandée dans le Sidra Rabba, Aussi estelle générale. Il est rare cependant qu'un mendéen ait plus de deux femmes à la fois. Us ne parlent plus le syriaque ; mais ils en connaissent encore là langue écrite, celle de leurs livres. Le Sidra Rabba n*a été traduit ni en arabe, ni en turc, ni en persan. Les musulmans qui respectaient beaucoup autrefois les mendéens, les exploitent et les maltraitent aujourd'hui. — Bibliographie. Outre les ouvrages que non» avons cités dans le courant de cet article, on peut consulter 9ur les mendéens : Sylvestre de Sacy, Journal des Savants^ n^* de juin et de novembre 1819 et n^ de mars 1820 ; compte rendu de la publication du Liber Adami de Norberg ; la savante thèse deEm. Burckhardt, Les Nazaréens ou Mandai-Iahia, Strasb., 1840, qui est d'une importance de premier ordre ; Gustave Brunet, Les Evangiles apocryphes^ Paris, 1863 ; livres attribués à Adam, p. 313-324. Edm. Stapfer.

MENDELSSOHN (Moïse), philosophe et littérateur allemand du dixhuitième siècle, né à Dessau, le 6 septembre 1729, de parents israé- Ktes, manifesta dès sa plus tendre enfance de si remarquables dispositions pour l'étude que, malgré l'exiguïté de ses ressources, son père, un simple maître d'école, n'hésita pas à le confier pour l'instruire dans les lettres sacrées.au docte rabbin Frankel. A la connaissance de l'Ancien Testament et du Talmud, le jeune homme ne tarda pas à joindre celle du More Nebochim^ le principal écrit de Maïmonidès, qui exerça toujours sur lui un singulier attrait et auquel il emprunta plus tard les idées maîtresses de son propre système. Ses excès de travail lui amenèrent, lorsqu'il demeurait encore sous le toit paternel, une maladie de Tépine dorsale qui mit sa vie en danger et le laissa bossu et valétudinaire pour la fin de ses jours. Berlin, où Frankel ne tarda pas à être appelé comme rabbin, devint pour Mendelsshon une deuxième patrie ; il y arriva en 1743 pour y rester jusqu'à sa mort (4 janvier 1786). Condamné pendant de longues années à la plus rigide pauvreté, ne goûtant d'autres joies que celles que lui procurait un travail austère, autodidacte dans la plus noble acception de ce mot, Mendelssohn apprit, sans aucun secours étranger et avec une peine infinie à cause de son éducation talmudiste, le latin afin de pouvoir lire dans l'original le De intellectu hominis de Locke

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