MATHURINS — MATTER
MATHDRINS, ordre religieux, fondé sous les auspices de la Trinité (d'où le nom primitif de trinitaires ou religieux de la sainte Trinité), l'an 1198, par saint Jean de Matha et Félix de Valois, pour racheter les esclaves chrétiens des mains des infidèles. Le nom de mathurins leur fut donné en France parce qu'ils occupèrent à Paris, depuis 1226, une église qui était sou» rinvocation de saint Mathurin. Ils suivaient la règle de saint Augustin et étaient répandus en Italie, en Espagne (où nous trouvons aussi des trinitaires déchaussés et des religieuses trinitaires}, en Allemagne, où la Réforme les supprima, et en France jusqu'en 1790. — Voyez Hélyot, Hist. des ordres milil. et relig., t. II,
ch. xLix; t. III, ch. xlv ss.
IfATINES [Nocturnalis synlaxis, nocturnx precationes, malutinum, Jiorx matuiiux), nom donné à la première partie de l'office divin que l'Eglise catholique fait célébrer chaque jour, et qui se dit de grand matin. Dans l'office des dimanches et des fêtes, les matines sont ordi- /nairement divisées en trois nocturnes; composés de psaumes, dont le nombre varie selon la nature et la solennité de l'office. Ordinaireiment, les matines commencent par un invUatoire qu'on répète à 'Chaque verset : Venite exuUemus Domino, qui est suivi lui-môme d'une hymne. — Voyez l'article Heures canoniales.
MATTER (Jacques), né en 1791 à Alt-Eckendorf (Alsace). Dès Tâge de vingt-six ans, il remportait le prix d'un concours que l'Académie des inscriptions avait institué sur un sujet vaste et alors peu connu, d'Histoire de l'Ecole d'Alexandrie (2« éd., 3 vol., 1840). Ce succès lui :procura la chaire d'histoire au collège de Strasbourg. Peu après, il . prit la direction du gymnase de cette ville, et en 1820 il y joignit ! l'enseignement de l'histoire ecclésiastique à la faculté de théologie. :Ses investigations lui fournirent la matière de deux ouvrages : une Histoire générale du Christianisme et de la Société chrétienne, 4 vol.; et une Histoire critique du Gnosticisme, 2 vol. avec un cahier de planches, •œuvre bien ardue à une époque où les documents n'avaient pas encore fait l'objet des discussions approfondies qui se sont élevées de nos jours. Nommé inspecteur d'Académie en 1828, il écrivit, pour donner un guide aux membres des Comités cantonaux, le Visiteur des écoles (2* éd., 1838J, ainsi que V Instituteur primaire ou Conseils et directions pour préparer les instituteurs à leur carrière (2* éd., 1843). Les événements de 1830 suggérèrent à l'Institut la pensée d'un con- 'Cours extraordinaire sur la question de VInfluence des mœurs sur les lois et des lois sur les m^urs; il remporta de nouveau le prix (2* éd., 1843). Aux yeux de l'auteur, les mœurs des peuples embrassent les idées et les habitudes : c'est aux idées qu'appartient l'empire ; les lois ne sont que des formes plus ou moins grossières des idées libres et ,pures; elles oppriment les idées, lorsque celles-ci sont faibles; mais Jes lois se perfectionnent partout où les idées sont fortes. Les fonctions d'inspecteur général des études, auxquelles il fut bientôt appelé, Jui laissaient assez de loisirs pour rédiger une Histoire des doctrines .morales et politiques des trois derniers siècles, 3 vol., 1836, où il exposait
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les péripéties de cette lutte de Tidée contre la loi restrictive ou oppressive, lutte qui ne cessera point jusqu'à ce que la politique ait subjugué la morale, ou que la morale soit arrivée à un empire assuré en politique; et, en 1841, un essai sur V Affaiblissement des idées et des études morales signalait un état dangereux de Tesprit public. Dans ces divers écrits, l'auteur s'était plutôt attaché à ce qu'il y a d'humain et de rationnel dans le christianisme, mais le progrès de ses méditations le portait à en envisager toujours davantage le côté surnaturel et divin. Ce mouvement était secondé par Tétude des Livres saints. Le Comité de la Society for promoihiug Christian knowledge lui avait demandé en 1835 une révision des versions françaises de la Bible ; il s'adjoignit le pasteur R. Cuvier et plusieurs jeunes savants, et la publication du Nouveau Testament en 1842, de l'Ancien en 1849^ donnait une vive impulsion aux travaux de cet ordre, qui ont paru en grand nombre depuis trente ans. Après avoir exercé pendant quelque temps les fonctions d'inspecteur général des bibliothèques, il s'en démit en 1846 et retourna à Strasbourg pour professer, au séminaire protestant de cette ville, la philosophie de la religion. C'était à cette cime de nos connaissances qu'il voulait consacrer ses dernières années, soit en esquissant à grands traits l'ensemble de ce domaine, et ce fut l'objet d'une Philosophie de la religion^ i vol., 1857, d'une Morale ou philosophie des mœurSy 4860, et d'une Histoire de la philosophie dans ses rapports avec la religion depuis Vère chrétienne^ 1854; soit en traitant quelque chapitre spécial, Saint Martin le phUosophe inconnu^ 1862; Swedenborg^ 1863; le Mysticisme en France au temps de Fénelon, 1865. Le sujet de ce dernier livre attirait depuis longtemps son attention, et les réflexions qu'il lui inspirait sur la vie en Dieu le préparaient à sa mort, qui eut lieu en 1864. A. Matter. MATTHM (Chrétien-Frédéric), célèbre philologue et critique, né à Grœst, en Thuringe, en 1744, fut successivement recteur de l'école de Meissen, professeur de langue grecque à l'université de Wittemberg, puis professeur de littérature classique à Moscou, où il mourut en 1811. La plupart de ses travaux concernent le rétablissement du texte des écrits du Nouveau Testament. Il avait collationné cent trois manuscrits, découverts pour la plupart dans la bibliothèque du Saint- Synode de Moscou, à l'aide desquels il chercha à retrouver les leçons primitives, attribuant une importance exagérée à la pénétration et au zèle dont auraient fait preuve les copistes byzantins et russes. Matthœi eut le tort de donner à la polémique qu'il dirigea contre ses confrères, en particulier contre Griesbach, un ton acerbe et passionné. Ses principaux ouvrages sont : 1° Tous les écrits du Nouveau Testament, en commençant par les épîtres catholiques et en terminant par les évangiles, en grec et en latin, d'après un manuscrit inédit de la Vulgate, avec la mention ex codicibus mosquensibus nuiv quam antea examinatis, Riga, 1782-88, 12 vol. in-8*'; édit. manuelle, 3 vol. in-8®; 2" Vetustum Ecclesix grxcas Constantinopoiitanx Evattgeiiarum, Leipz., 1791, in-S"; 3' Ewymii Zigabeni Commentarius in IV
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Evangelia, Leipz., 1792, 3 vol. in-8* ; 4' Novum Tesiamentum grxcum, Wittemb., 1803-1804, 2 vol. ln-8« avec des annotations critiques. — Voyez Reuss, Gesch. der heil. Schriflen N, T., § 413.
MATTHIAS, Tun des disciples immédiats de Jésus, d*après la tradition l'un des soixante-dix, qui prit rang parmi les douze apôtres à la place de Judas Iscarioth (Actes 1, 23 ss.). La légende le fait voyager en Ethiopie, où il aurait subi le martyre. D*après une autre version, il aurait été lapidé par les Juifs en Judée. De bonne heure, on avait fait circuler sous son nom un évangile apocryphe et un Livre des ira-dilions (icapaddaeiç). Les Grecs célèbrent sa fête le 9 août, et les Latins le 24 février ; à Milan, on la fait le 7 février. — Voyez Clément d'Alexandrie, Strom., II, 163; VII,. 318; Eusèbe, Hist. eccL, I, 12; III, 25; Perionius, Vitx aposloL, p. 178 ss.; AA. SS. ad 24febr.; Augusti, Detikwûrdigk,, III, 241 ss.
MATTHIEn (Saint), MaTOotToç ou Mamdloç, dérivé de l'hébreu matthi, abréviation de matthiah, identique alors avec Matthias, Théodore, ou de la racine math, viril, d'après Grimm {Lexicon grœco-lat. in lib. N, T,, 1868), fut l'un des douze apôtres de Jésus, dont toute la célébrité tient au premier évangile auquel son nom a été attaché de tout temps. Galiléen de naissance et exerçant les fonctions de douanier sur les bords du lac de Tibériade, il fut appelé par Jésus à entrer dans le cercle de ses disciples. Toutefois, il faut remarquer que dans Marc et Luc (Marc II, 14 ; Luc V, 27) ce péager appelé ainsi par Jésus est simplement nommé Lévi sans que ces deux auteurs qui ont pourtant bien le nom de Matthieu dans leur liste des Douze, nous avertissent de l'identité du personnage, en sorte qu'on en peut toujours douter, comme le font, entre autres exégètes, Neander, Ewald, Reuss, etc. Quoi qu'il en soit, Matthieu reste tout à fait dans l'ombre aux temps apostoliques. Même sa légende postérieure est pauvre. Clément d'Alexandrie nous le peint comme un ascète essénien, ne se nourrissant que de fruits et de légumes, jamais de viande {Pédag., 11, 1, 16). D'après Eusèbe, après être resté une douzaine d'années en Palestine, il aurait laissé son évangile écrit en hébreu à ses compatriotes et serait allé ailleurs poursuivre sa mission {H, E,, III, 24). On racontait qu'il s'était rendu en Ethiopie et y était mort martyr ; d'autres disent en Macédoine ou dans l'Inde, etc.. Notre premier évangile est peut-être encore plus anonyme que tous les autres. Cependant l'antiquité tout entière, sauf l'exception du manichéen Faustus, est unanime pour l'attribuer à l'apôtre Matthieu. D'après une vieille tradition qui remonte jusqu'à Papias et toujours répétée depuis lors, Matthieu aurait écrit un évangile en langue hébraïque ou plutôt araméenne, dont notre évangile actuel serait une traduction grecque (tradition Panthène indépendante de celle de Papias, Euseb., H-, E., V, 10; Irériée, Adv, hxr., III, 1 ; Origène chez Eugène, VI, 25; Jérôme, Comment, in Matlh,, prof.; De vir, ill. 3). Ces deux affirmations que notre premier évangile avait été écrit en hébreu et avait eu Matthieu pour auteur étaient inséparables et solidaires. La seconde devait donc être ébranlée du jour où la première serait compromise. Or déjà