MENDELSSOHN
pour lequel il ressentit une vive admiration, et les œuvres de son coreligionnaire Spinosa qui lui inspirèrent tout au contraire une antipathie durable. A ces écrits fondamentaux succédèrent comme aliment de ses méditations ceux de Shaftesbury, de Wolff, de Leibnitz. Beausobre, le pasteur historien deTEglise du Refuge» initia le jeune Israélite aux beautés de la littérature française, mais Men* delssohn demeura sans traitement fixe comme sans perspective sérieuse d'un meilleur avenir jusqu'au jour où Bemhardt, un riche marchand juif, en le choisissant d'abord pour précepteur de ses enfants et ensuite pour associé de sa maison de commerce, l'eut élevé au-dessus de tout souci pécuniaire (1750). Libre désormais de se consacrer tout entier à ses recherches favorites il fit paraître en 1755 ses Dialogues philosophiques^ où il défendit contre les sarcasmes de Voltaire l'optimisme de son maître Leibnitz. De l'année précédente (1754) datent ses relations avec Lessing, auquel il fut présenté comme habile joueur d'échecs, mais pour le talent et le caractère duquel il professa bientôt une vénération sans mélange, avec Abbt, Sulzer, Nicolai et les représentants les plus distingués du rationalisme berlinois. — Dans ce milieu si vivant et si actif les facultés du penseur, jusqu'alors solitaire, prirent une rapide expansion et s'affirmèrent dans une série d'ouvrages qui reçurent, du public cultivé, le plus favorable accueil : Pope envisagé comme métaphysicien y un mémoire qu'il entreprit de concert avec Lessing, et dont il rédigea la partie historique et philosophique, les Lettres sur les sensations (1755) où il s'éleva avec une chaleur communicative contre les prétentions d'un matérialisme a^essif et brutal, de nombreuses dissertations sur les Rapports des Beaux-Arts avec la Science (1757), le Naïf et le Sublime (1758), la Rhapsodie des Sentiments où il s'inspira des travaux alors peu connus en Allemagne de Burke et qu'il fit parsdtre dans la Bibliothèque universelle de Nicolaî. Mais ces divers écrits esthétiques malgré leur très réel mérite n'étaient regardés par leur auteur lui-même que comme un délassement à de plus fortes et plus austères méditations; c'est en effet dans le domaine de la philosophie religieuse que nous devons nous transporter pour apprécier à sa véritable valeur le plus éclairé des Israélites au dix-huitième siècle et comprendre l'ascendant durable qu'il exerça sur ses contemporains. Sans parler d'une dissertation sur VEvidence dans les sciences métaphysiques, couronnée en 1763 par l'académie de Berlin, les principes fondamentaux du spiritualisme furent exposés par lui dans deux ouvrages que rendirent bientôt populaires la lucidité de leur argumentation et le charme de leur style : le Phédon (1767), trois dialogues où, s'inspirant de son grand prédécesseur athénien il établit l'immortalité de Tàme soit par les postulats de la morale, soit par sa simplicité et son immatérialité mêmes; les Heures du matin (1785) primitivement destinées à rinstniction de sa famille et dans lesquelles il développa en faveur de l'existence de Dieu les preuves co^mologique et théologique. Le secret de l'immense influence dont jouit de son vivant Mendelssohn ne doit point être cherché dans l'originalité de ses vues, puis-