‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 22 sur 157 · MENDELSSOHN · texte numérisé non relu

MENDELSSOHN

qu'en somme il se borna à reproduire avec plus d'agrément il est vrai et d'éloquence, celles déjà émises par Wolff et les déistes de la première moitié du dix-huitième siècle, mais dans son talent très réel de persuasion et le charme qu'exerçait sur tous ceux qui l'approchaient sa noble personnalité. Il convient aussi défaire entrer en ligne de compte ses ressources de prosateur à une époque où la langue allemande n'avait pas encore pris pleine possession d'elle-même. Des juges bienveillants ont salué dans le Phédon l'imitation réussie des plus beaux dialogues de la philosophie grecque. Nous nous plaisons tout au moins à reconnaître dans l'élégante simplicité avec laquelle Mendelssohn exprimait ses idées un heureux effet de son intimité avec Lessing. — Il serait enfin injuste dans une caractéristique si brève qu'elle soit de Moïse Mendelssohn, d'omettre la part prépondérante qu'il prit à l'affranchissement spirituel de ses compatriotes. Très attaché pour lui-même au judaïsme, très antipathique à toute tentative indiscrète cfe prosélytisme comme l'apprit à ses dépens Lavater, il s'efforça en même temps d'élargir les traditions de ses pères et de secouer le fardeau aussi pesant que stérile du Talmud pour en revenir à la bienfaisante simplicité du Pentateuque et des Psaumes, tous deux traduits par lui en allemand. Sa profession de foi se trouve consignée dans Jérusalem ou la puissance religieuse du mdaïsme (1783), un livre tout imprégné de la tolérance et du libre esprit de son époque et qui forpe un digne pendant à Nathan le Sage. Ajoutons à ce propos qu'en dépit d'une opinion trop longtemps accréditée et malgré la similitude des croyances, l'original du généreux interlocuteur de Saladin ne fut point fourni par Mendelssohn mais par Lessing lui-même. Les Israélites actuels, ceux tout au moins qui se sont dégagés des liens talmudiques, dans leur reconnaissance pour l'œuvre émancipatrice qu'accomplit à leur égard leur illustre coreligionnaire, n'ont pas craint de l'appeler le troisième Moïse, le plaçant, dans un excès d'admiration, sur le même rang que le législateur du Sinaï et Maïmonidès. Cette vie, toute consacrée à la pratique de la vertu et aux plus hautes méditations, fut brisée par un dernier sacrifice à l'amitié. Lorsque parut le livre de Jacobi sur la Doctrine de Spinoza où Lessing à bon droit, selon nous, était taxé de déterministe, Mendelssohn fut si douloureusementému d'une allégation qu'il regardait comme attentatoire à l'honneur du grand homme, qu'il voulut la réfuter sur-le-champ et fut emporté par la fièvre avant que sa réponse eût été livrée à la publicité : Moïse Mendelssohn aux amis de Lessing. — Nous dresserons en terminant une courte généalogie des descendants du philosophe israélite qui héritèrent, presque tous, de sa largeur d'esprit et de son goût pour les jouissances intellectuelles: i. Joseph, son fils aîné, né à Berlin le 11 août 1770, mort dans la même ville le 24 novembre 1848, y fonda, avec son frère Abraham, une maison da banque qui ne tarda pas à s'élever à un haut degré de prospérité et occupe aujourd'hui en Allemagne l'un des premiers rangs ; il se fit également connaître comme écrivain par deux ouvrages d'un genre bien différent: une Cn'^igu^ du Commentaire

de Roselti sur le Dante et un Traité sur les billets de banque (Berlin, 1846). La maison fut continuée par son fils aîné, Alexandre Mendelssohn, tandis que le puiné, Georges-Benjamin, né à Berlin le 16 Dovembre 1794, professeur de géographie et de statistique à TuniTersite de Bonn, fut Tauteur de plusieurs ouvrages estimés : Observatûmes geologico-geographicx de naiuralibus soit in Germanix formii (Kiel, 1828); VEurope germanique (Berlin, 1836) ; V Institution des Etats dans les pays monarchiques (Bonn, 1846). ^ 2. Abraham (40 décembre 1776-19 novembre 1836), le deuxième fils de Moïse, le véritable chef de la grande maison de banque, conseiller municipal à Berlin, remarquable pour la sûreté de son jugement en beaux-arts, en musique surtout, aussi bien qu*en finances, jouit d*une grande et légitime réputation. Il eut pour enfants Félix, Tillustra. maestro ; Paul, qui succéda à son père dans la direction des affaires commerciales; Fanny Hensel dont les lieder sans paroles rivalisent pour la grâce et la délicatesse avec ceux de son frère Félix ; Rebecca Dierichtetqui fut également célèbre dans la haute société de Berlin pour son esprit et sa beauté. — 3. Théodore-Nathan, le troisième fils de Moïse, né à Berlin le 8 décembre 1782, étudia les sciences mécaniques en France et en Angleterre, créa de vastes établissements industriels en Silésie, fut honoré de l'amitié d'Alexandre de Humboldt et mourut le 8 janvier 1852, à Berlin, où il remplissait, depuis 1835, les fonctions de directeur du timbre. — Des deux filles de Moïse, Tainée, Henriette, qui lui ressemblait beaucoup physiquement et intellectuellement, se fixa à Paris et y devint Tinstitutrice de la fille du général Sébastiani, plus tard rinfortunée duchesse de Praslin; la deuxième, Dorothée, qui s'était mariée fort jeune avec un négociant Israélite, Simon Veit, brilla au premier rang de la société romantique, eut du succès comme auteur de romans, se divorça d'avec Veit pour suivre Frédéric Schlegel, et se convertit à la foi romaine en même temps que son second époux. Ses deux fils, Jean et Philippe Veit, furent connus comme peintres et coryphées de l'école catholique. — Sources : Moïse Mendelsohn, Œuvres complètes^ éditées par son petit-fils, Georges-Benjamin, 7 vol., Leipzig, 1843-45; Bodeck, Préface du Phédon^ nouvelle Bibliothèque classique, Leipzig, 1865; Keyserling, Les principes philosophiques et religieux de Moïse Mendelssohn^ Leipzig, 1856; 3!oUe Mendelssohn, Esquisse biographique, Leipzig, 1862.

E. Stroshlin.

MENDELSSOHN-BARTHOLDI (Félix), l'un des plus illustres maestros du dix-neuvième siècle, fils du banquier israélite Abraham Mendels- ^ohn, naquit à Hambourg le 3 février 1809; pour se distinguer des nombreux descendants de son aïeul, le philosophe Moïse Mendelssohn, il ajouta au nom paternel celui de sa mère, une femme éminente par les qualités de l'esprit et du cœur, qui appartenait à la famille si brillamment douée sous le rapport artistique des Bartholdi. Il sufût de rappeler le consul à Rome, Salomon, Tonde de Félix et le créateur de la célèbre casa Bartholdi, En 1813, Abraham Mendelssohn transporta le siège de sa maison de banque à Berlin qui devint pour Félix,

alors âgé seulement de trois ans, sa deuxième et véritable patrie et où, grâce à la société d*élite qui se réunissait dans les salons paternels (nous nous bornerons à citer Henri Heine, Alexandre de Humboldt, Vamhagen d^Ënse), grâce aux concerts et aux représentations théâtrales qui s*y donnaient chaque semaine et auxquels «concouraient des artistes de premier ordre, il rencontra le milieu le plus propice pour répanouissement de sa riche organisation. Après sa mère, une fervente admiratrice de Bach, qui présida à ses premières études musicales, il eut pour maîtres L. Berger, Moschelès, qui, pendant son séjourne 1824 à Berlin, fut un des hôtes assidus de la maison Mendelssohn, et enfin Zelter, le correspondant apprécié de Gœthe, l*austère et profond connaisseur des vieux chefs-d*œuvre italiens, qui Tinitia à tous les mystères de la fugue et du contrepoint et dont il devint le meilleur élève. L*approbation sans réserve qu*en 4825 il reçut de Ghérubini, décida de sa carrière artistique. A ses mérites accomplis et précoces comme exécutant (dès Tâge de neuf ans, il obtenait les suffrages des juges les plus difficiles. II y aurait un intéressant parallèle à tracer à cet égard avec son compatriote et coreligionnaire Meyerbéer, plus âgé que lui de dix-huit ans, mais qui débuta également à l'âge de neuf ans dans un concert public), il joignit de bonne heure aussi la faculté créatrice. Dès 1825, nous le voyons écrire plusieurs chants avec ou sans paroles, symphonies, sonates, quartettes pour pianos et instruments à cordes, déjà remarquables par la pureté de l'inspiration et Télégance du style. En 1827, il composa pour une fête de famille Topera des Noces de Gamachfi^ qui fut représenté avec succès à rOpéra de Berlin, alors le plus célèbre de TAUemagne pour sa fidélité aux traditions classiques et Texcelience de ses membres. Cette entière possession des divers domaines de son art fut encore rehaussée chez Mendelssohn par une culture générale des plus solides et des plus variées, la connaissance des principales langues modernes, la pénétration* toujours plus intime des chefs-d'œuvre littéraires de la Grèce et de Rome aussi bien que de Shakespeare et de Gœthe. Sa traduction de VAndrienne de Térence, dont il s'occupa pendant son séjour à l'université de Berlin et qui fut publiée en 1826 avec une pré* face de son maître Heyse, fournit de ses aptitudes philologiques un brillant spécimen, tandis que sa piété envers les vieux maîtres se manifesta de la manière la plus heureuse par l'exécution, à l'Académie de musique, de la Passion selon saint Matthieu, depuis plus d'un siècle ensevelie dans l'oubli et la poussière et dont Zelter, malgré son culte personnel pour Bach, n'avait osé prendre la responsabilité. — Le 8 mai 1829, il cueillit ses premiers lauriers dans cette carrière de directeur et de chef d'orchestre, où il devait déployer une si exquise virtuosité au grand concert annuel de la Société philharmonique de Londres, où fut exécutée son Ouverture du Songe d'une nuit d'été, ce chef-d'œuvre tout imprégné des senteurs mystérieuses de la forêt et de l'exubérante fantaisie de Shakespeare (l'ensemble de cette œuvre si une d'inspiration ne fut achevé que plusieurs années après, le scherzo où l'on croit entendre les rondes des elfes sur la bruyère

pour un concert du Gewandthaus^ à Leipzig, le 2 février 1843, la Marche nuptiale si pleine d'ampleur et de majesté pour une fête donziée à Potsdam le 14 octobre de la même année). La Correspondance •de Mendelssohn, qui gagna dès Tabord les sympathies du public lettré par sa simplicité et sa distinction exquises, nous a initiés aux travaux et aux impressions de ses Wanderjahre (mai 1830-mai 1832) : à Weimar où, par le charme de sa personnalité plus encore que par la perfection de son talent, il conquit rafféction de Goethe ; à Rome, où -en fidèle disciple de Zelier, sous la direction des savants abbés Baini, le biographe de Palestrina et Santini, il explora soit à la Bibliothèque pontificale, soit à la chapelle Sixtine, les trésors de Tan- «cienne musique italienne et jouit tout particulièrement de la société de Bunsen, de Thorwaldsen, de Horace Yernet; àNaples, dont il dé- •crfvit les beautés dans le Saltarello de sa symphonie en la majeur; à Paris, où il se fit applaudir aux concerts du Conservatoire et fut introduit dans les plus brillants salons; en Suisse, dont il célébra dans une de ses lettres les plus gracieuses la fête populaire des vignerons, et où les Alpes exercèrent toujours sur ses nerfs fatigués une influence vivificatrice. Lorsqu'il revint en Allemagne, le jeune et déjà célèbre maestro aurait désiré s'établir à Berlin et y occuper la place de directeur de l'Académie de musique devenue vacante parla mort de Zelter mais les intrigues d'une coterie victorieuse l'obligèrent d*émigrer à Dusseldorf où Tattirait son amitié pour Immermann et où, dans une pensée analogue à celle de la Dramaturgie de Hambourg, il entreprit de réformer l'Opéra dans une série de représentations classiques. Leipzig, où il fut appelé le 4 octobre 1835 par un prince ami des arts, justement estimé pour ses beaux travaux sur le Dante, le roi Jean de Saxe, reçut de lui une nouvelle vie par la création du Conservatoire de musique où il appela quelques-unes des meilleures forces de l'Allemagne (Moschelès, Rietz, David), et dont il devint lui-même un des professeurs les plus appréciés, la réorganisation des concerts du Ge- Tvandthaus, la série non interrompue de triomphes qu'il remporta à la fois comme compositeur, directeur, exécutant. L'aménité de son caractère, l'étendue de ses connaissances, le vif intérêt qu'il portait à toutes les branches de la science et de l'art, firent de sa maison une des plus agréables de Leipzig, après son mariage avec M"' Cécile Jeanrenaud, une jeune personne d'une distinction accomplie^ fille d'un pasteur réformé de Francfort (<837). Frédéric-Guillaume IV, qui se plaisait à louer au Mécène essaya, en 1843, de fixer auprès de lui son ex-sujet en lui conférant le titre sonore de directeur général de la musique dans son royaume et en le chargeant d'écrire les chœurs d*Âthaliey d^Œdipe à Colonne, d'Antigone, mais il existait une divergence de vue trop profonde entre le César romantique et le petit-fils d'un Israélite libre penseur, pour que l'accord entre eux fût de longue durée. Mendelssohn reprit en 1845, à Leipzig, les fonctions qu'il y avait précédemment occupées à la satisfaction générale, mais son âme trop sensible fut brisée par la mort subite de sa sœur, Fanny Hensel (14 mai 18^17), à laquelle l'unissaient la similitude des goûts et

les liens de la plus tendre affection. Un séjour prolongé à Interlaken ne produisit point sur lui Teffet réparateur qu'yen attendaient les médecins. L'infortuné maestro, dont la perpective d'œuvres longtemps caressées et qui approchaient de leur achèvement n'avait pu dissiper la tristesse, revint languissant à Leipzig pour y mourir le 4 novembre 1847. — Nous n'avons pu indiquer dans cette rapide esquisse les nombreux voyages entrepris pour l'exécution de ses œuvres et qui se transformèrent par lui en de véritables ovations d'autant plus sincères qu'elles étaient plus spontanées et que nul moins que l'auteur de Paul et d'Etie, ne posséda l'art du humbug et les aptitudes charlatanesques: qu'il nous suffise de rappeler qu'avec l'aide du prince Albert, il éve^la en Angleterre le sens pour la musique classique et y jouit d'une réputation pour le moins égale à celle de Hsendel.li nous est également impossible de tracer une caractéristique un peu complète de cet ensemble de dons intellectuels et de qualités morales qui font de lui une des individualités les plus accomplies de son époque et les plus attrayantes dans l'histoire de l'art : cette modestie, qui le rendit étranger à toutes les glorioles mondaines en maintenant toujours chaude et vivace en lui la foi en l'idéal, ce désintéressement qui le remplit tout à la fois d'une intelligente vénération pour les illustres maîtres du passé et lui permit de présenter au public, sous leur jour le plus avantageux, ceux de ses contemporains que maltraitait la fortune : Hector Berlioz, Niels Gade, cette fermeté dans les convictions et cette persistance dans le travail qui l'appelèrent de droit à la succession des Bach et des Beethowen, et grâce auxquelles sa carrière trop tôt interrompue se résume dans un seul mot : Excelsior. Ce fini et ces scrupules jusque dans les moindres détails de l'exécution, furent chez lui d'autant plus méritoires qu'il possédaitr pour la rédaction de ses pensées, une facilité véritablement merveilleuse, que l'ouverture de Ruy-Blas^ par exemple (1841), encore toute vibrante des hardies beautés de Victor Hugo, fut écrite en moins de trois jours, et qu'il composa pendant un banquet un de ses chants les plus populaires dont le texte avait été mis sous sa serviette et qui fut exécuté séance tenante par un chœur improvisé d'amateurs. Le génie de Mendelssohn, tout nourri des saines traditions classiques, porte cependant l'empreinte du dix-neuvième siècle en ce que la réflexion l'emporte chez lui sur les facultés créatrices, la science critique sur la fantaisie géniale, et qu'il se montra plus habile pour modifier et combiner les effets déjà produits, que pour ouvrir à l'art des voies entièrement nouvelles. Ce manque de vigueuj* dramatique est surtout sensible dans Topera qui tenta toujours Mendelssohn, mais où après avoir vainement travaillé sur plusieurs textes {Hans Heiling, la vieille et pittoresque légende germanique ; la Tempête où le personnage d'Ariel aurait dû, semble-t-il, évoquer de luimême ses plus ravissantes mélodies), il ne laissa aucune œuvre achevée (fragments remarquables de Loreley^ 1847). En revanche, le maestro de Berlin brille au premier rang parmi les lyriques, par Télégance, la noblesse, la fraîcheur de ses inspirations, comme l'attestent la popu.

larité toujours égale, et rétemelle jeunesse de ses Chants avec ou sans paroles. Aucun autre non plus n*a contemplé d*un œil plus sympatiiique, ni rendu avec une poésie plus grandiose, les paysages du Nord et les merveilles du monde romantique {La tranquiUiié de la mer ei Vheureuse traversée^ 1827 ; Les Hébrides ou la grotte de Fingal, 1832 ; La belle Melusine, enfin, la plus originale peut-être et la plus saisissante de ses créations, La Nuit de la WalpurgiSy 1843). — Dansle domaine de la musique instrumentale, nous nous contenterons de mentionner parmi ses productions les plus goûtées, les concertos pour piano en sol mineur (1837), et en ré mineur (1841), celui pour instruments à cordes en mi mineur, la sérénade, l'admirable concerto pour violon (1845), des sonates, des trios, etc. Malgré les beautés descriptives des symphonies italienne (la majeur, 1832) et écossaise (lamineur, 1841), nous n'éprouvons aucune difficulté à placer dans ce domaine, Mendelsohn bien au-dessous de Mozart et de Beethoven, parmi les épigones, les auteurs de Tâge d'argent, et à reconnaître que la grâce et le sentiment suppléent chez lui à la grandeur épique et à la passion absente; mais nous le retrouvons avec tous ses avantages, dans. la sphère religieuse où avec les moyens les plus simples il obtient des effets d'une puissance extraordinaire. Qui ne se souvient, s'il les a une fois entendus, des Psaumes avec orchestre, solis et chœurs, écrits pour la cathédrale de Berlin, en particulier du XLIl* et du GXIY*? Nous arrivons enfin à l'oratorio vis-àv-is duquel Mendelssohn remplit une mission vivificatrice , et qui sous sa direction géniale , sans rien perdre de sa profondeur et de sa simplicité premières, exprima la vie moderne avec ses aspirations infinies, ses combats, ses tristesses et ses espérances, Paul (1836) et Elie (1846), auxquels il convient d'ajouter les fragments inachevés du Christ, peuvent, de l'avis des meilleurs juges, figurer dignement à côté de la Passion de Bach, et du Messie de Haendel. Il suffit pour justifier cette appréciation, de citer dans le premier, le chœur delà Jérusalem Céleste, et le morceau Dieu, sois moi propice ; dans le second, la description de la famine, la lutte avec les prêtres de Baal, la prière bientôt exaucée d'Elie, et les chœurs d'actions de grâces. Julius Rietz a présidé à l'édition critique des œuvres de Mendelssohn, entreprise par la maison Breitkopf et Uœrtel (Leipzig, 1871-1877).— Sources : Lettres de Félix Mendelssohn- Bartholdi, 1875, 6* éd. donnée par son fils Paul Mendelssohn ; Camille Selden, La musique en Allemagne, Mendelssohn, Bibliothèque philosophique de Germer Baillière ; Reissmahn, Mendelssohn, sa vie et ses œuvres, Berlin, 1872 ; Edouard Devrient (un de ses amis intimes), Mendelssohn, Lettres et souvenirs ; Ferdinand Hiller, id., Cologne, 1874; Sébastien Rensél, La maison Mtndelssohn, Leipzig, 1880; 0. Gumprecht, Portraits musicaux, Leipzig, 1865; La Mara, id., Leipzig, 1865.

£. Strgehun.

MENDIANTS (Ordres). Ce nom a été donné aux religieux qui vivent d*aumônes. Il y a quatre ordres anciens de moines mendiants, qu'on nomme les quatre mendiants: les carmes, les dominicains, les franciscains et les augustins. Cependant les franciscains seuls sont men-

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diants par leur règle même, tandis que les autres ne le sont qu*eii yertu de constitutions qui ont été ajoutées à leur règle. Le concile de Trente, reconnaissant les inconvénients de la mendicité religieuse, a permis les biens-fonds aux ordres mendiants, à Texception des capucins et des frères mineurs de Tétroite observance. Mais les religieux mendiants ne peuvent posséder aucun bénéfice de quelque qualité qu'il soit.

HEKBOZA (D. Pedro Gonzalez, cardinal de), fils de don lûigo Lopez de Mendoza, marquis de Santillana, et de Gatalina de Pigueroa, « unit à l'éclat de la naissance, de la fortune et de la position, une élévation d'âme, une élégance et une aisance de mœurs admirables, et mérita d'occuper jusqu'à la fin de sa vie la place la plus rapprochée du trône » (Alvaro Gomez, De rébus gestis Franc. Kmenii, p. 9, Alcala, 1569). Evoque de Calahorra en 1455, et de Sigiienza en 1465, archevêque de Séville en 1474 et de Tolède en 1481 ; abbé de Valladolid et de Moreruela, revêtu de la pourpre en 1473, chargé, en 1478, de l'administration de l'évôché d'Osma, créé, en 1483, patriarche d'Alexandrie, et comblé. d*honneurs par les rois catholiques, il intervint dans toutes les affaires importantes de son temps. Sous le règne de Henri FV et après la mort de ce prince, il embrassa avec ardeur le parti de Isabelle de GastîUe, et combattit l'archevêque de Tolède, Alonso Carillo qui, jaloux de la gloire naissante de son rival, embrassa le parti des ennemis de la reine. A la bataille de Toro (1476), on vit les deux prélats les plus illustres de l'Espagne, lutter dans les rangs des armées ennemies. Carillo, vaincu, termina tristement sa vie, à Alcala, occupé à réaliser les rêves chimériques de l'alchimie ; son heureux adversaire qui, après sa mort, lui succéda au siège de Tolède, parvint de degrés en degrés jusqu'aux marches mêmes du trône. Pierre Martyr d'Anghiera l'appelle le troisième roi de l'Espagne, la gloire et le flambeau resplendissant de sa maison, que le peuple espagnol aime et vénère, que les princes étrangers entourent de leurs respects, et que le collège des cardinaux s'honore de compter parmi ses membres {Opus. epist,^ lib. VIII, ep. 158% Amst., 1670). C'est lui qui, lors de l'insurrection de Ségovie, assiste la reine de ses conseils (1476), qui règle le différend avec le saint-siègé, éclaté à l'occasion de la succession au siège de Cuença, dont le pape Sixte IV avait disposé contrairement aux volontés de la reine (1482), et qui, après la prise de Grenade, a l'honneur d'arborer la croix d'argent et l'étendard de saint Jacques, sur les murs de l'Alhambra (<492). Les richesses innombrables dont il dispose lui donnent l'autorité d'un roi. Ses clients forment une armée bien disciplinée, toujours prête à obéira ses ordres. S'il aime le luxe et le faste, si sa conduite n'est pas toujours irréprochable, s'il laisse plusieurs enfants illégitimes, il honore sa mémoire par la protection qu'il accorde aux sciences et aux lettres, et les édifices splendides qu'il fait construire : le collège de Santa Cruz à Valladolid et à Tolède, l'hospice pour les enfants trouvés. S'il partage les opinions intolérantes de son siècle, il est exempt du sombre fanatisme qui, à cette époque, triomphe, en Espagne, de toutes les tendances libérales.

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Dans sa jeunesse, il traduisit pour son père V Enéide et VOdyssée^ les <Buvres d'Ovide, de Valère Maxime et de Saliuste; en 1478, il composa pour rinstruction des juifs un catéchisme intitulé : Catechismus pro Judasorum conversions ad Jesu Christi fidem facile expedienda. Il s'intéressa, avec Diego Deza, aux plans de Christophe Colomb, que le conseil de Salamanque avait déclarés vains, impraticables et reposant sur des chimères, et fut le propagateur de toutes les entreprises grandes et nobles. Quand il mourut, en 1495, à Guadalaxara, la reine Isabelle, présente à ses derniers moments, se chargea de F exécution de son testament. Lui-même désigna Franzisco Ximenes de Cisneros pour son successeur. — Sources : Salazar de Mendoza, Cronica del gran cardenal^ Tolède, 1625, in-f"; Zurita, Anales; vol. LXI; F. de Pulgar, Clarosvrarones, tit. 4*; Mariana, Hist. Esp,, 1. XXIII, ch. xi et XIX ; 1, XXIV, ch. xxn; 1. XXVI, ch. vu ; cf. W. H. Prescott, History cfthe reign. of, Ferdinand and Isabella, London, 1837 et 41; M. Sangrador Yitores, Hist. de Valladclid, vol. 11% p. 90, Yallad., 1854. • EuG. Stern.

HÉNÉLAS, McvsXflKx, grand prêtre des juifs en Tan 172 avant J.-C, à la place de Jason qu*il écarta en offrant à Antiochus Epiphane 300 talents de plus que lui (2 Mach. IV, 23 ss.). Pourse procurer cette somme considérable, il fit voler le trésor du temple par son frère Lysimaque. Accusé par les Juifs auprès du roi de Syrie, lorsque celui-ci prit ses quartiers d'hiver à Tyr (170), Ménélas se défen- <iit si habilement qu'il réussit à faire exécuter ses accusateurs. L'approche d' Antiochus le délivra de même des attaques de Jason qui avait réussi à l'assiéger dans la citadelle de Sion (2 Mach. V, 5 ss.). Pendant la guerre des juifs contre les Syriens, il parait avoir fui le pays. Sous Antiochus Eupator, il fut aiTèté à fiérée comme ayant excité des troubles en Judée et précipité du haut d'une tour élevée de cinquante coudées (162) (2 Mach. XIII, 3 ss. ; cf. Josèphe, Anliq.,

42;9;7V M6NIDS (Justus)^ Menig, théologien luthérien, né en 1494 ou en

1499 à Fulda. Secrétaire du nonce apostolique, il renonça à entrer ao couvent auquel ses parents l'avaient destiné pour ikire ses études à Erfurt (1514), où jl se lia avec Gamerarius qui le recommanda à Luther. Appelé en qualité de diacre à Mûhlberg, puis comme pasteur à Erfurt où il se maria, Ménius fut chargé par l'électeur de Saxe Jean,de visiter les Eglises de laThuringe, conjointement avec Mélanchthon et Spalatin. A la suite de cette tournée d'inspection, où il déploya de rares qualités d'administrateur, il fut nommé pasteur et surintendant à Ëisenach. En 1529, il accompagna Luther au colloque de Marbourg, mais sans y prendre une part personnelle. Ménius, à la même époque, publia divers écrits, parmi lesquels nous citerons surtout son (Economia christiana ou du Mariage chrétien^ avec une préface de Luther (1529) et ses Commentaria in lib. Samueiis et Acia Apoitolorum (Wittemb., 1531). Il composa la première agende ou rituel ecclésiastique de la Saxe et donna une édition légèrement abrégée du Petit Catéchisme de Luther. Ménius écrivit aussi, en aile-

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mand, un traité De V Esprit des anabaptistes (1544), qui parait avoir eir un grand succès. A partir de 1546, il joignit la surintendance de Gotha à celle d'Ëisenach. Il justifia, en 1547, la prise d*armes contre Tempereur, en termes très énergiques et s'opposa de toutes ses forces à Tintérim. Amsdorf ayant été nommé surintendant général des églises de la Saxe par rélecteur Jean-Frédéric, Ménius demanda et obtint de ne garder que la surintetidance de Gotha. Avec son collègue et supérieur, il publia des Censura (1552) contre Osiander et sa «théologie alchimiste ; » mais il se sépara de lui, ne pouvant souscrire à la condamnation inconditionnelle de la proposition de Maior que « les bonnes œuvres étaient nécessaires au salut. » Accusé par Amsdorf à la cour, il ne put se justifier qu*avec peine du reproche d'hétérodoxie, et continua à polémiser contre son ancien collègue, qui fit preuve, dans cette circonstance, d'une passion regrettable.. Ménius, fatigué de ces luttes incessantes, accepta une place de pasteur à réglise Saint-Thomas de Leipzig (1557), où il mourut Tannée suivante. — Voyez la préface de Mélanchthon aux Sermons de Ménius, publiés à Wittemberg en 1559 {Corpus Reform,, IX, 926 ss.) ; Planck, Gesch. desprot, Lehrbegr,, IV, 344 ss.

MENKEN (Godefroy), prédicateur distingué, né à Brème en 1768, mort dans la même ville en 1831. Fils d'un honorable négociant, il ne se laissa pas entraîner par son imagination et par l'ardeur de ses sentiments religieux dans les écarts du mysticisme. De bonne heure, il choisit la Bible comme guide unique de sa pensée et de sa vie, et lui resta fidèle dans la longue et riche carrière qu'il lui fut donné de parcourir. Ses éludes théologiques à léna et à Duisbourg ne contribuèrent pas à le réconcilier avec la dogmatique et avec la philosophie de son temps qu'il accusait de dessécher Tâme et de nourrir l'esprit d'abstractions. Dans ces années de luttes intellectuelles se placent des relations qui exercèrent sur la direction religieuse de Menken une influence décisive : dçs liens d'une amitié profonde et intime l'unirent à Achelis avec lequel il échangea une correspondance qui renferme de véritables trésors (Briefe des Dr. G, Menken an Achelis^ Brème, 1860) ; au recteur Hasencamp, dans la maison duquel il trouva réalisé l'idéal de la famille chrétienne ; au docteur Samuel Kollenbusch de Barmen qui était devenu le centre d'une activité religieuse béiiie dans les districts de Glèves et de Berg. Mais ce furent surtout les écrits de Bengel qui affermirent Menken dans ce que l'on peut appeler sa religion biblique. Successivement pasteur à Francfort^ à Wetzlar et depuis 1801 à Brème, il édifia plusieurs générations d'âmes par sa prédication onctueuse,nourrie , pleine d'expériences chrétiennes et de connaissance de la Bible. Il remit en honneur l'explication homilétique et ses recueils d'homélies renferment ce qui s'est produit de meilleur dans ce genre trop négligé par les orateurs modernes. — Deux brochures polémiques attirèrent d'abord l'attention publique sur Menken : l'une traitant De la Démonobgie (1793) était destinée à battre en brèche la doctrine rationaliste de l'accommodation, gratuitement prêtée à Jésus-Christ; l'autre. Du

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Succès et de la Victoire des impies (1795), prémunissait ses compatriotes •contre les conclusions qu'ils pouvaient être amenés à tii^er des irictoires remportées par les armées françaises : le succès n'est pas toujours le signe de la justice. Dieu permet le triomphe momentané de l'iniquité pour en tirer un plus grand bien ; il châtie par la -défaite ceux qu'il veut relever en les humiliant d'abord. Parmi les ouvrages plus étendus dé Menken nous citerons ses Méditations sur l'Evangile de saint Matthieu (1809-1822, 2 vol.), son Explication de VEpUre aux Hébreux [iVli), %on Manuel pour s'instruire soi-mime dans les vérités de T Ecriture sainte (Francf . , 1805) , ses Méditations bibliques (Brème, .4879). Nous y retrouvons quelques-unes des vues par lesquelles l'auteur s'éloigne de l'orthodoxie courante pour se rapprocher de renseignement biblique. C'est ainsi qu'il insiste sur l'humanité de Jésus- Christ qui, si elle doit être prise au sérieux, implique la disposition au péché, sans que pourtant il y ait eu, chez lui, péché réel. En général, Menken considère le péché dé l'humanité, ce funeste héritage d'Adam, moins comme une Côulpe entraînant un châtiment que comme une souffrance injuste qui nous est imposée comme une épreuve. Le salut apparaît dès lors non pas seulement comme un don de la grâce divine, mais comme un effet de sa justice, afin de réparer l'injustice qui pèse sur l'humanité en suite du péché des premiers hommes. De même les souffrances et la mort de Jésus-Christ ne doivent pas être considérées comme un châtiment qui lui aurait été infligé, mais comme le rétablissement de la justice de Dieu par rapport à lui-même. Il devait aux hommes de leur offrir ce moyen de salut. Nous préférons à ces essais d'atténuer la rigueur de la doctrine orthodoxe, qui n'échappent pas au reproche de subtilité, les admirables développements par lesquels Menken établit la supériorité de la vérité évangélique sur tous les systèmes de la philosophie. — Voyez Osiander, Charakterisiih Menhens^ Brème, 1832; Mtnkens Versœhnungslehre, inwàrtlichen Auszûgen aus dessen Schriften, Bonn, 1837; Gildemeister, Lebenu, Wirken des D^ G, Menken, Brème, 1860, 2 vol., et l'article de Gœbel daihsl^Real'EncykL deUerzog, IX, 328 ss.

F. LlCHTENBERGER.

HENNONHES. Aux articles Anabaptisme et Baptisme, on a prémuni le lecteur contre l'injuste confusion qui s'établit quelquefois entre les anabaptistes révolutionnaires et fanatiques du seizième siècle, et les paisibles baptistes qui leur succédèrent et n'eurent avec eux de commun que quelques points de doctrine, notamment l'idée que le baptême des petits enfants doit être, dans une Eglise chrétienne vraiment régénérée, remplacé par celui des adultes, demandé et reçu librement, en pleine connaissance de cause. Les mennonites sont les baptistes {Doopsgezinden) des Pays-Bas. — Ce nom leur vient de celui qui fut moins leur fondateur que leur réformateur. Memno Simons, né vers 1498 (on n'est pas bien d'accord sur la date précise) à Witmarsum (Frise), où Ton montre encore la maison où il vit le jour, lut d'abord, vers 1524, curé du petit village de Pirsgjum. Il était alors un prêtre assez mondain, médiocrement instruit, bien que travaillé

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