MENNONITES
Memno Sîmons était un homme d'une grande charité, capable de tous les sacrifices, très aimé et très respecté, malgré les écarts de sa jeunesse, qu'il avouait en rougissant, et malgré quelques tergiversations en matière de doctrine que ses ennemis pouvaient lui reprocher. — La tendance baptiste remonte en Hollande plus haut que la Réforme, et Ton a pu soutenir avec quelque vraisemblance que les doctrines vaudoises, répandues dans les Pays-Bas dès le quinzième siècle, avaient préparé le mouvement dont Memno Simons prit la direction. Ses disciples, à sa mort, étaient nombreux. Mais ils eurent beaucoup et longtemps à souffrir de Tintolérance catholique et protestante. Le mauvais renom de Tanabaptisme, leur puritanisme extrême, leur refus de porter les armes, de prêter serment, de revêtir les charges publiques, indisposaient également contre eux le gros de la population et ses chefs politiques et religieux. Memno lui-même n'avait pas insisté sur ces applications sociales de son principe de « schisme avec le monde, » mais il est certain qu'elles en découlaient logiquement. De plus, comme il arrive aisément aux sectes fondées sur un principe étroit, des divisions fatales déchiraient les communautés baptistes. Il y avait, sous divers noms selon les localités, le parti des rigides extrêmes et celui des modérés. Les mennonites n'avaient pas de pasteurs proprement dits, mais des « exhortateurs » ou « consolateurs,» nommés par les communautés, sans éducation théologique préalable et devant subvenir à leurs besoins en exerçant une profession séculière. Peu de branches de la Réforme ont compté proportionnellement autant de martyrs que les mennonites. — Cependant, peu à peu leur situation s'améliora. S'ils refusèrent de prendre les armes contre TËspagne, ils purent faire de grands sacrifices pécuniaires pour la cause nationale. Le prince d'Orange Guillaume V^ les protégea. Malgré quelques retours d'intolérance, ils en vinrent à jouir de cette demi-liberté qui fut longtemps en Hollande assurée aux Eglises autres quQ celle de l'Etat, c'est-à-dire qu^ils purent célébrer paisiblement leur culte dans des chapelles non visibles du dehors. Au dix-huitième siècle, l'esprit général de tolérance leur valut de nouveaux avantages. En règle ordinaire, les membres des communautés mennonites se distinguaient par une grande sévérité de mœurs, une vie de famille très intime et une grande charité. Leur nombre, il est vrai, allait toujours en diminuant. De cent soixante mille qu'ils étaient au commencement du dix-huitième siècle, ils sont descendus au chiffre d'environ quarante mille aujourd'hui. Mais non seulement la révolution de 1795 et la constitution en vigueur les ont mis sur le pied de la plus parfaite égalité avec les autres communions religieuses, de plus Tancien, Fàpre antagonisme contre le monde a disparu. Les mennonites sont restés fidèles à leur ancienne doctrine du baptême et du serment (ce dernier scrupule est respecté par la loi néerlandaise), mais du reste ils ne diffèrent plus guère des autres Eglises du type réformé. Ils ont aujourd'hui des pasteurs qui reçoivent une instruction théologique développée. Le rite du la'otme,ni des pieds^ auquel ils tenaient beaucoup autrefois, est tombé en désuétude parmi eux.
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Ils ont deux professeurs à Amsterdam pour instruire les étudiants qui se destinent au service de leurs communautés, et ceux qui connaissent la Hollande savent aussi de combien la science religieuse est redevable aux efforts de MM. S. Millier, van Gilse et Hoekstra. Us ont un établissement de missions à Java. La Société tbéologique de Teyler à Harlem, qui met chaque année des questions religieuses au concours, est une fondation mennonite. Le nombre de leurs communautés dans les Pays-Bas est aujourd'hui de cent vingt-sept et celui de leurs pasteprs d'environ cent quarante. C'est dans les provinces de Nord-Hollande et de Frise qu'ils sont le plus nombreux. Il y a encore des communautés mennonites à Emden, à Leer, à Glèves, à Emmerich, à Crefeld, à Hambourg et à Altona, — Sources : Hermannus Schyn, Historia Mennonitarum, Amst., 1723; Het Levenen de Verrigtingen von Memno Simoyis, par A.-M. Cremer, Amst., 1837; Memno Simons, parB.-H. Roosen, Leipzig, 1848; Œuvres de Memno Simons, édition complète parue à Amsterdam en 1681 sous le titre Opéra omnia theologica; deux éditions antérieures, l'une de 1646, l'autre de 1600, laissent beaucoup à désirer; Blaupot ten Gâte, Ceschiedeniss der Doopsgezinden, Amsterdam, 1837-1850 ; Stark, Geschichte der Taiifeund Taufgesinnteny Leipzig, 1789. A. Réville.
MÉNOGHinS (Jean-Etienne), savant italien, fils d'un illustre jurisconsulte et professeur de Padoue, naquit à Pavie en 1576, entra à Tâge de dix-sept ans dans la compagnie de Jésus, se voua à l'enseignement et professa la théologie dans plusieurs collèges de son ordre. Les dignités dont il fut revêtu le récompensèrent de son ardeur au travail : il revêtit successivement les fonctions de recteur des collèges de Modène et de Rome, de provincial du Milanais et des Etats vénitiens et enfin d'assistant du supérieur général. Nous possédons de Ménochius divers ouvrages exégétiques sur l'Ancien et le Nouveau Testament : Hieropoliticon sim Inslitutiones polUicx e seripturis de prompus, Lyon, 1827, in-H»; Brèvis expositio sensus litteralis tolius scripiurx, Cologne, 1630, 2 vol. in-f*, fort estimés de leur temps et qui jouirent souvent des honneurs de la réimpression (la meilleure édition en fut donnée à Paris en 1719 par le père Tournemine) ; Slorie tessute dt varie erudiiione sacra morale e profana^ Rome, 1646- 1654, 6 vol. in-4«; De Republica Hebrxorum, Paris, 1648-1652, in-f^; plus deux ouvrages posthumes : De CBconomia christiana , Venise^ 1656, in-4«. Storia miscellana sacra, Venise, 1658, in-4'». Ménochius mourut à Rome le 4 février 1655. — Sources : Richard Simon, His^ toire critique du Vieux Testamenty p. 416, et Histoire critique des pnn-cipaux commentateurs du Nouveau Testament, p. 551 ; Alegambe et Sothwell, Scriptores Societatis Jesu ; Dupin, Bibl. des auteurs ecclésiastiques^ XVIL E. Stroehlin.
MENOLOGE, calendrier, martyrologe des chrétiens grecs. Il porte, pour chaque jour du mois, l'indication des martyrs dont la mémoire est célébrée en ce jour. On lit chaque mois, et aussi à l'occasion de certaines fêtes, devant les fidèles assemblés, les passages du ménologe qui y sont relatifs. Ce petit livre est à la fois un guide pour les
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ministres du culte et un moyen d'édification pour les fidèles. Il représente en quelques points le répertoire des fêtes et anniversaires que possèdent les prêtres catholiques sous le titre d'ordo, et répond d'un autre côté à cette longue énumération de martyrs qui fait partie de la liturgie romaine, sous le titre de martyrologe, et qui, commencé par saint Jérôme, sur le modèle de celui qu'avait mis au jour le grec Eusèbe de Gésarée, fut continué plus tard par Bède, Raban Maur, Adon et d'autres.
MMOT (Michel) vécut sous les règnes de Louis XI, Gharles YIII, Louis XII et François I*'. L'année de sa naissance est inconnue ; on sait seulement qu'il mourut en 1518. Il fut cordelier et professa la théologie dans un établissement de son ordre, à Paris. Il est connu comme prédicateur, à cause de son étrange et burlesque langage dans la chaire chrétienne. Dépassant les excentricités d'Olivier Maillard, on peut dire que c'est lui qui a poussé le plus loin les excès du style macaroniqne. Ge que Menot a osé dire dans ses sermons est absolument inouï ; les sorties les plus grossières, les bouffonneries, les crudités, les indécences de ce singulier prédicateur sont inimaginables, et on aurait de la peine à les croire vraies, si ses sermons qui ont été imprimés n'étaient pas encore là pour nous les faire connaître. Une étude de Menot pourrait avoir son utilité grande pour ceux qui auraient à peindre l'état de corruption et d'abaissement dans lequel était tombé l'enseignement chrétien au quinzième siècle. G'estce qu'avait bien compris déjà de son temps^ le célèbre Henri Estienne dans son Apologie pour Hérodote, Gitant notre cordelier, le savant typographe attaque l'ignorance des gens d'Eglise, « les poursuit à outrance et les harcèle » (France protestante, art. Estienne, t. Y, p. 28, n* XVII ; voir aussi Le Bas, Dict. encyclopéd. delà France, t. X). Nicéron a donné des extraits de Menot ; Voltaire, après lui, a recueilli quelques-unes des excentricités de ce prédicateur, mais il ne faudrait pas copier servilement les citations de ce dernier, on devine ce qu'elles subissent en passant sous la plume qui cédigeait le Dictionnaire philosophique. Nous ne citerons ici, des sermons de Menot, que les deux passages suivants, ils suffiront pour donner un échantillon de son genre et de son style. Parlant des biens de l'Eglise que chaque ecclésiastique recherchait avec passion, « il faut, dit Menot, que ces biens passent par les trois cordelières de VAve Maria : car le Benedicla tu sont grosses abbayes de bénédictins ; in mulieribus, c'est Monsieur et Madame ; et fruclus ventri^, ce sont banquets et goinfreries. » Dans son sermon sur Madeleine, il s'exprime ainsi : m Et ecce MÊagfialena se va dépouiller et prendre tant en chemises, et cœteris indutnentis^ les plus dissolus habillements que un quelqu'un facerat ab xtate septem annorum» Habebat suas domicellas juxià se in apparatu mundano : habebat ses senteurs, aquas ad faciendum relucere faciem, ad attrahendum illum hominem {Jesum), et dicebat: Verh habebit cor durum, nisi eurri attraham ad meum amorem. Et si deberem hypothéquer omnes meas haereditates, nunquam redibo Jérusalem, nisi colloguiocum eo habito. Credatis quod visa dominatione ejus, etcomilivd,
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facia est ^bi place, on a paré le sicge cum panno aurés ; ti vend se prestntart face-à-face son beau museau aniè nostrum Rtdémptorem ad auinendum eum à son plaisir. » Les sermons de Menot ont été publiés en quatre volumes ; le plus curieux et aussi le plus recherché des quatre, est celui qui est intitulé : Sermones quadragesimales olim {\ 508) Turonis declamati, Paris, 1519 et 1525, in-8^ A. Maulvauj-t.
HÉPHIBOSETH. Voyez Miphibeseth.
MER D'AIRAIN, grand bassin de bronze qui se trouvait dans le vestibule du temple de Salomou et dans lequel les prêtres lavaient les pieds et les intestins des victimes, ainsi que les instruments dont ils se servaient dans les sacrifices. Ce vase, qui était de forme ronde» avait dix coudées de diamètre d'un bord à l'autre, trente coudées de circonférence et cinq de profondeur. Le bord était recourbé en forme de calice. Il pouvait contenir deux mille (d'après les Chroniques trois mille) bath, c'est-à-dire mètres cubes attiques d'eau. Le bassin, dont le piédestal ressemblait à une grosse colonne creuse, reposait sur douze bœufs de bronze, disposés en quatre groupes, laissant quatre passages pour aller tirer Teau au moyen de robinets attachés au pied du vase, bien que ce détail ne soit pas mentionné dans la description que donne le texte (2 Rois XXY, 13 ; cf. Jérém. LU, 17).
MER MORTE. Le plus ancien nom que porte la mer Morte est celui de lac salé (Gen. XIY, 3) ; elle est encore désignée comme mer des steppes (Deut. III, 17 ; lY, 49) ou mer de l'Orient (Ezéch. XLYII, 18 ; Joël II, 20). Josèphe l'appelle Asphaltitis et Pau^anlas l'appelle déjà Mer morte ; les Arabes la nomment Bachr Lût^ mer de Lot. Ce grand lac occupe l'enfoncement le plus profond connu sur notre globe, car il est à 394 mètres au-dessous du niveau de la Méditerranée. U est situé entre les degrés 31 5' et 31 45' latitude nord et entre les degrés 33 1' et 33 14' à l'est du méridien de Paris. Sa longueur totale depuis l'embouchure du Jourdain jusqu'à la partie la plus méridionale, près de Usdum, est actuellement de 73 kilomètres ; au milieu, elle a une largeur de 17 kilom. 8, mais^ près du point où elle est rétrécie par le Kison, elle n'est large que 'de 3 kilom. 5. On reconnaît toutefois à d'anciennes traces laissées parles ûots qu'elle était autrefois bien plu s étendue (Josèphe lui attribue une longueur de 167 kilom. et une largeur de 27 kilom ; cette dernière indication est évidemment fausse, car de tout temps les rochers du rivage lui ont assigné des limites très nettes). Elle est alimentée par les eaux du Jourdain qui y déverse en moyenne six millions de tonnes d'eau par vingt-quatre heures. Les autres affluents provenant des sources des rivages et des deux vallées de Modschîb et de Kerak n'entrent pas en ligne de compte. En hiver le niveau de l'eau est de plusieurs mètres plus élevé qu'à la fin de l'été, où l'eau est la plus basse. On n'a pu encore prouver, comme l'admettent quelques savants modernes^ qu'il existe une communication souterraine entre la mer Morte et le golfe Persique. Il est plus scientifique d'admettre que le niveau de l'eau baisse par suite de l'évaporation journalière, laquelle d'après les recherches de sir Austin Layard, serait de 13,5 mm. Elle se pro^