‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 30 sur 157 · MÉRITE — MERLE D'AUBIGNÉ · texte numérisé non relu

MÉRITE — MERLE D'AUBIGNÉ

déjà dans lePàstor d'Hermas où la piété chrétienne revêt un caractère entièrement légal. Cyprien appelle les bonnes œuvres une salutarîs operatio. Grégoire le Grand et après lui les docteurs scolastiques enseignent que la gratta habitualis ajoute aux vertus de la nature {virtutôs poHHc») les vertus théologales de la foi, de la charité et de Tespérance dont Texercice garantit aux fidèles la vie étemelle. — La Réformation, rétablissant le véritable rapport entre la justification et la sanctification, entre la foi et les o»ivres, a ruiné Tidée d'un mérite quelconque attribué à l'homme. Ses théologiens enseignent que la justice personnelle de Jésus-Christ nous est imputée par la foi, c'està-dire par la ferme persuasion dans laquelle nous sommes que nos péchés nous sont pardonnes par ses mérites, tellement qu'il suffît d'avoir cette ferme persuasion pour être justifié en effet. Les bonnes œuvres découlent de la foi, comme les fruits de l'arbre, sans qu'elles puissent conférer à l'homme le moindre mérité. Tout en lui, le commencement, la suite et la fin, est l'œuvre de la grâce divine que nous, nous assimilons sola fide^ mais nullement parce que la foi opère en nous la rémission des péchés ex opère operalo, — Le concile de Trente (sess. 6, Dejustifkatone, can. 3 ss.) déclare lui aussi que personne n'est justifié que ceux auxquels le mérite de la mort de Jésus-Christ est communiqué et qu'ils sont prévenus et secourus par la grâce divine ; il dit anathème à quiconque soutient que l'homme peut être justifiépar les œuvres qui viennent de ses propres forces, sans la grâce divine, et à celui qui prétend que l'homme justifié peut persévérer toute sa vie dans la justice sans un secours spécial de Dieu (can. 2â). Mais il ne condamne pas ceux qui, pour maintenir l'idée du mérite de condignité, conviennent, il est vrai, qu'un mérite rigoureux, fondé sur la valeur intrinsèque des actions, ne convient qu'à Jésus-Christ seul, puisque toutes ses actions étaient d'un prix, d'une valeur, d'un mérite infinis, mais n'en affirment pas moins que les bonnes œuvres des justes ne tirent leur valeur que des grâces qu'ils ont reçues et n'ont qu'un mérite emprunté de leur divin Sauveur. Cette distinction, subtile et de peu d'importance en théorie, n'en fait pas moins sentir dans la pratique ses conséquences funestes et justifie la condamnation sévère dont elle a été l'objet de la part des théologiens protestants. — Voyez saint Augustin, De dono perseverantix, C. VI; saint Thomas d'Aquin, SommCy 1. 2, qu. H4, art. 4; Bergier, Diction, de théiU, IV, 3i6ss.; Confess. Aug.y VI, XX ; Farm. Concord,, IV, V et VI; Luthardt, Die Ethik Luthers, 1867, p. 30 ss.; Hariess, ^i^it*, 6« éd.^ p. 152ss.

MERLE D'ADBIGNÉ (Jean-Henri), né, le 16 août 1794, aux Eaux- Vives, près Genève, de parents d'origine française, et descendant par sa grand'mère de Nathan d'Aubigné, fit ses études de théologie dans l'Académie de cette ville et subit, comme beaucoup de ses camarades, l'évangélique influence de Robert Haldane. Consacré le 3 juillet 1817,. il prit ce jour-là, dans son journal intime, l'engagement qu'il tint toute sa vie, « de prêcher Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié. » Avant d'entrer dans le ministère actif, il visita l'Allemagne, suivit les cours

Page 1