MERLE D'AUBIGNÉ
de Schleiermacher, de de Wette et de Neander. Ce dernier surtout « produisit sur son esprit une forte impression. » Pendant son séjour au delà du Rhin, il assista au jubilé trois fois séculaire de la Réformation. Avec la foule des étudiants, il gravit la colline de la Wartbourg, et dans ce pèlerinage aux lieux témoins des luîtes intérieures du réformateur saxon, il forma la résolution d'écrire « une histoire savante, profonde et intéressante du grand mouvement évangélique du seizième siècle. » En juin 1819, H. Merle fut appelé à desservir le poste de pasteur français de Hambourg. Après avoir passé par une violente crise intérieure, de laquelle il ressortit affermi dans sa foi, il fut pour son Eglise l'instrument d'un véritable réveil. En 1823, il accepta la place de pasteur de la congrégation française de Bruxelles et de prédicateur de la cour. Il se montra à la hauteur de ces difficiles fonctions et sut parler au monarque comme à ses plus humbles sujets. Les événements politiques qui, en 1830, amenèrent la séparation violente de la Belgique et des Pays-Bas, le rendirent à sa patrie, où, sous l'action du réveil religieux, se produisaient de graves événements. Le réveil, longtemps comprimé dans les cadres de l'Eglise établie, avait éclaté au dehors ; une société évangélique avait été fondée pour en répandre les doctrines, et une école de théologie indépendante pour les enseigner et les défendre. Louis Gaussen, qui était l'âme de la résistance, appela auprès de lui son ami Henri Merle, et, chassés l'un et l'autre de l'Eglise établie, ils travaillèrent hardiment, sans se laisser effrayer par les anathèmes de la compagnie des pasteurs, à relever dans Genève le christianisme évangélique. Dès 1831 commença pour Merle d'Aubigné une période marquée par d'incessants travaux. Comme professeur, il fut chargé dans la nouvelle école de théologie de l'enseignement de l'histoire de l'Eglise et des dogmes chrétiens, de la symbolique, de l'homilétique, de la catéchétique» de l'ecclésiologie et de la prudence pastorale. Gomme prédicateur, il assistait ses collègues, MM. Gaussen, Galland et Pilet, dans l'édification du troupeau, qui se réunit d*abord à la rue des Chanoines, puis dans la chapelle de l'Oratoire ; enfin, il préludait par des lectures publiques fort goûtées à sa grande histoire de la Réformation. Cette œuvre, qui ne compte pas moins de treize volumes, est malheureusement restée inachevée; mais elle demeure cependant l'un des monuments les plus remarquables élevés à la mémoire de Luther et de Calvin. Pac la solidité des recherches, par la vigueur de la narration, par l'animation et le pittoresque du style, cette histoire est devenue très populaire en Suisse et en France, mais surtout dans les pays de langue anglaise, où elle a été répandue à un nombre considérable d'exemplaires. Divisée en deux parties, la Réforme au temps de Luther et la Réforme au temps de Calvin, cette histoire embrassé le récit du mouvement réformateur dans les divers pays où son influence s'est fait sentir, mais surtout en Allemagne, en Suisse, en France et en Grande-Bretagne. « M. Merle d'Aubigné, dit M. de Rémnsat [Revue des Deux-Mondes, 1855), n'est pas un écrivain ordinaire. Il réunit, avec les connaissances nécessaires pour Fœuvre qu'il a