‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 32 sur 157 · MERLE D'AUBIGNÉ · texte numérisé non relu

MERLE D'AUBIGNÉ

entreprise, quelques-unes des meilleures qualités de rhistoriea. Tordre, la clarté d*esprit, le talent de raconter, une imagination forte qui se représente vivement les choses, une sévérité éclairée qui juge, une résolution d*esprit qui conclut; son style est coloré, animé, parfois éloquent; il sait peindre. La couleur peut paraître forcée par places, les tours sont quelquefois plus oratoires qu'on ne voudrait, les traits ne sont pas constamment heureux, et Fauteur ne se préserve pas assez de la déclamation. Les réflexions, nécessaires chez un véritable historien, surtout chez un historien religieux, sont trop prodiguées. A part ces taches légères, il reste un beau livre, écrit avec talent et passion. » Ce jugement du savant littérateur français a été confirmé par la plupart des critiques, et en particulier par M. Jules Bonnet dans sa Notice sur la vie et les écrits de M. Merle (VAubigné {BuUet de Vhist. du protest, franc., t. XXIII, p. 158-184). Deux livres: le Protecteur, apologie peut-être excessive d'Olivier Cromwell, et Trois siècles de luttes en Ecosse, récit éloquent des combats soutenus pour la cause de la liberté religieuse depuis la réforme de Knox jusqu'à la fondation de l'Eglise libre en Ecosse (8 mai 1843), complètent, avec quelques brochures, l'œuvre historique de M. Merle d'Aubigné. — Ce n'est pas cependant seulement comme historien que M. Merle a droit au souvenir respectueux de l'Eglise. Chrétien convaincu, il s'intéressa toute sa vie à tout ce qui se passait dans le règne de Dieu. L'Alliance évangélique n'eut pas d'adepte plus enthousiaste, ni de plus ferme champion. Il prit une part active aux débats engagés par la démission de son collègue M. le professeur Scherer, et publia à cette occasion ses discours sur ï Autorité des Ecritures inspirées de Dieu (Genève, 4850) et sur le Témoignage de la Théologie, ou le Biblicisme de Neander {Genève, 1850). Aucun événement de quelque importance ne se passait dans le monde chrétien sans qu*il eût son contrecoup dans le cœur ou dans la conscience de Merle, qui généralement exprimait son jugement ou ses désirs dans les discours annuels qu'il prononçait à l'ouverture des assemblées générales de la société évangélique. Aussi son nom était-il entouré d'une véritable auréole, et sa demeure était-elle sans cesse visitée par des étrangers de distinction. En 1846, sur la proposition de Neander, l'université de Berlin lui décernait le diplôme de docteur en théologie; en 1853, le roi de Prusse Frédéric-Guillaume IV lui faisait remettre la grande médaille d.'or pour la science, et en 1856 il recevait du conseil municipal d'Edimbourg le titre et les honneurs de bourgeois*de cette ville. Le 21 octobre 1872 au matin, Merle d'Aubigné fut recueilli dans son repos. L'avant-veille, il donnait encore sa leçon d'histoire à ses étudiants. Il tombait plein de vigueur, comme le chAne dans la forêt. Nature énergique et puissante, Merle d'Aubigné unissait à des formes parfois rudes et hautaines la douceur et la simplicité de Tenrant. Inflexible dans la défense de ce qu'il croyait la vérité, il savait être large et fraternel vis-à-vis de ses adversaires. Aussi laisse-t-ildans la mémoire de ses disciples et de ses amis le souvenir d'un grand et fidèle serviteur de Dieu. — Pour la vie de Merle d'Aubigné, consulter J. Bonnet,

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NfHict, etc.; Eglise libre du 3 janv. i873; Galerie suisse, Lausanne, ^880, t. IIL Pour le catalogue de ses écrits : Dict, biogr. des Genev, et des Vaud. d*Albert de Montet, II, 157 et 158. Louis Ruffet.

MERLIN (Jean-Raimond), dit Monroy, né à Romans, en Dauphiné, et sorti de France pour cause de religion, fut nommé professeur d'hébreu à Lausanne en 1537, pasteur à Peney, près Genève, en 1539, et, en 1560, pasteur à Genève, dont il était bourgeois depuis vingt et un ans. L*année suivante, Coligny ayant demandé un « homme propre pour édifier en cour, » Jean-Raimond fut envoyé à Paris, et après une excursion à La Rochelle et au Mans, assista au colloque de Poissy. Il se rendit ensuite près de Jeanne d'Albret et contribua à rétablissement de la Réforme en Béarn avec un zèle qui ne respecta pas toujours les droits de la conscience d'autrui. Il retourna à Genève en 1564, et y fut déposé la même année, pour s*ètre élevé avec une grande vivacité contre ce qui lui paraissait une déplorable intrusion des magistrats dans le domaine ecclésiastique. Il revint sans doute alors dans le Dauphiné; mais la Saint-Barthélémy l'obligea à chercher de nouveau un asile en Suisse. Le consistoire et le conseil de Genève maintinrent sa déposition, mais lui permirent la cène quand il se fut humilié et eut reconnu sa faute. Il songeait à exercer de nouveau le ministère, lorsqu'il mourut en 1578, laissant, entre autres ouvrages, une traduction française des Commentaires d'CScoUzmpade sur Job et DanieL

MERLIN (Pierre), fils du précédent, devint, en sortant d'étudier la théologie à Genève sous Th. de Bèze, aumônier de Coligny. On le vit à Alençon en 1566, et l'aginée suivante à Paris. Durant les troisièmes troubles religieux, « il suivit à la guerre M. de Lavardin et M. de Mimbré. » Après la bataille de Moncontour (1569), il servit l'Eglise de La Rochelle ; puis il suivit l'amiral à Blois, à Gbàtillon-sur-Loing, et à Paris en 1571. C'est lui qui fit la prière pendant qu'Ambroise Paré pansait la plaie du grand homme assassiné par Maurevert. C'est lui encore qui, au bruit du tocsin de la Saint-Barthélémy, accourut le premier auprès de Coligny pour partager son sort, .« L'amiral s'étant fait lever de son lit, dit Crespin, et étant couvert de sa robe ^e chambre, commanda à son ministre, nommé Merlin, de faire la prière. » Après quoi il parla ainsi : « Il y a longtemps que je me suis disposé à mourir. Vous autres, sauvez-vous, s'il est possible ; car vous ne sauriez garantir ma vie. » A l'exception de Nicolas Muss, tous s'enfuirent ; Merlin essaya de les suivre et de s'échapper par une fenêtre qui donnait sur les toits ; mais, ne pouvant les suivre à cause de sa mauvaise vue, il passa trois jours dans un grenier à foin, entre le mur et le tas, couvert du foin qu'il avait entraîné dans sa chute. Suivant d'Aubigné, une poule vint trois fois pondre dans sa main et l'empêcha de mourir de faim. Etant sorti de sa cachette, il trouva un asile à l'hôtel de Renée de France, qui l'emmena à Montargis, d'où il gagna Genève, au mois de juin 1573. En décembre 1574, il rejoignit le comte de Laval et Châtillon à Berne, et y demeura jusqu'en 1576. L'Eglise de La Rochelle, M"" de Téligny, Condé, Châtillon, Laval, se le disputaient alors; il suivit le dernier en Bretagne, et tout en rem-

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plissant ses fonctions de chapelain, exerça le ministère dans Féglise de Vitré, qui avait pour pasteurs Berni et Perruquet. En 1578, le synode national de Sainte-Foy l'élut modérateur et le députa au colloque de Francfort, où devait être agitée la question de la réunion des Eglises réformées et des Eglises luthériennes. Il présida aussi le s}iiode national de Vitré (1583), et assista à celui de Saumur (1596). 11 mourut à Vitré le 27 juillet 1603, ayant exercé le pastorat environ quarante-cinq ans. Les catholiques eux-mêmes le regrettèrent; ils l'avaient souvent pris pour arbitre quand ils avaient quelque différend avec des réformés. Il a publié quelques ouvrages, et Ton trouve trois lettres de lui dans le recueil des lettres françaises de Scaliger.

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