MICHAELIS — MICHEL
Marsh et des notes nouvelles), et surtout le premier volume de son Introduction à l'Ancien Testament (1787). Michaëlis y a réuni de nombreux matériaux relatifs à Torigine des livres bibliques, à la connaissance du texte, comme aussi des usages et des mœurs de TOrient ; malheureusement, la forme de l'exposition n*est pas exempte de sécheresse et de pédantisme. Le savant orientaliste croit à la révélation, mais d'une manière tout extérieure et seulement comme con^ firmation de la religion naturelle; il admet les miracles et les prophéties, mais confesse n'avoir jamais rien ressenti d'un témoignage intérieur du Saint-Esprit. Il considère Moïse comme un homme d'Etat habile qui a fait accepter, par des motifs religieux, ce qui lui semblait utile pour son peuple. Si, par exemple, il défend au nom de Dieu de cuire le cabri dans le lait de sa mère, c'est que le cabri est meilleur apprêté à l'huile d'olive qu'au beurre. Nous possédons aussi de Michaëlis une Autobiographie (édit. par Buhle, 1793), et sa Corresffoudancft littéraire (éd. par le môme, 1794-1796, 3 vol.).
HIGHÉE (Livre de), écrit de médiocres dimensions, qui occupe la sixième place dans la collection des douze petits prophètes. L'iiiscription placée en tête de ces quelques pages dit que leur auteur a prophétisé sous les règnes de Jotham,'Âchaz et Ezéchias. L'examen du texte nous reporte avec plus de précision au règne proprement dit d'Ëzéchias. On voit généralement dans Mi chée un contemporain, un peu plus jeune, d'Isaïe. La grande catastrophe annoncée par l'auteur, dès le début de sa prophétie, ne sera pas autre que, l'invasion assyrienne qui mit fin au royaume du Nord (722 av. J.-C). D'ailleurs, ni la liaison des morceaux, ni les allusions aux faits contemporains ne sont très claires. L'on ne s'est même point mis d'accord sur la division des parties principales du livre de Michée. On a proposé d'y détacher trois groupes, chap. I-II, III-V, VI- VIL Les motifs qui inspirèrent le prophète sont, en dehors de l'allusion aux graves circonstances politiques, la corruption et l'avidité des hautes classes, l'idolâtrie, le polythéisme. Les descriptions d'un avenir brillant alternent avec les menaces les plus terribles. Parmi ces dernières, on a signalé de tout temps celle qui annonce la dévastation totale de Jérusalem (III, 12). Un morceau fameux est également celui qui débute par ces mots : « Il arrivera, dans la suite des temps, que^la montagne^deja maison de Jahveh sera fondée sur le sommet des montagnes... » Ces lignes se retrouvent aussi dans Esaïe. On a longuement discuté pour savoir auquel des deux écrivains il fallait attribuer la^paternité^; on a égalelement voulu en faire honneur à un auteur antérieur. Le. livre de Michée se range, par sa date, parmi les anciennes productions du prophétîsme hébraïque. Toutefois, il n'est nullement prouvé que les quelques pages attribuées à ce personnage soient restées à l'abri d'interpolations ou de remaniements plus ou moins considérables. — Voyez la littérature du sujet dans la Bible de [Reuss {Les Pro^ phètes, 1. 1). M. Vernbs.
MIGHEL [Mikàél, MixdiiX], l'un des sept archanges de Tangéologie juive après l'exil (Dan. X, 13 ; XII, 1), que l'on considérait
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comme le représentant et le protecteur du peuple d'Israôl. La mythologie juive nous montre Tarchange Michel en lutte avec Satan pour le corps de Moïse (Jude 9) ou avec le dragon et ses anges (Apoc. XII, 7 ss.). De la synagogue, cette doctrine passa dans TEglise, qui célèbre trois apparitions de saint Michel : 1° celle de Ghones ou Colosses, en Phrygie, dont on ne sait pas positivement Tépoque; la fête de cette apparition a été fixée, dans TEglise d'Orient, au 6 septembre; 2° celle du mont Gargan, aujourd'hui mont Saint- Ange, en Italie, dans le royaume de Naples, et qui eut lieu, dit-on, à la fin du cinquième siècle, sous le pape Gelas I" ; on a placé au 8 mai la fête de cette apparition, et au 29 septembre celle de la dédicace de la caverne dans laquelle saint Michel apparut ; 3" celle qui eut lieu vers Tan 706 en présence d'Autbert, évoque d'Avranches, à l'endroit où était située Fabbaye de Saint-Michel, dans le golfe qui se trouve entre la Normandie et la Bretagne. On célèbre la mémoire de cette apparition le 6 octobre (voy. l'article Anges), — L'ordre militaire de Saint-Michel fut institué en 1469 par Louis XI, dans le château d'Amboise. Les chevaliers portaient un collier d'or fait de coquilles entrelacées sur une chaîne d'or, où pendait une médaille représentant l'archange Michel terrassant le démon. L'église du Mont-Saint-Michel, en Normandie, fut destinée par Louis XI à célébrer les offices divins et les cérémonies de Tordre ; plus tard, Henri II les transféra à la Sainte- Chapelle, à Vincennes, et, l'an 1643, Louis XIV les transporta aux Grands-Cordeliers de Paris. Le nombre des chevaliers était primitivement limité à trente-six; il fut, dans la suite, élevé à cent; ils devaient tous être gentilshommes; le roi en était grand-maître. Plus tard. Tordre fut accordé également aux gens de lettres, de robe, de finance et aux artistes célèbres. Rétabli sous la Restauration, il a cessé d'exister depuis 1830 (voy. Hélyot, Jlist, des ordres monast. et mUit., VIII, 370; Hermant, Hist. des ordres de chevalerie, p. 340 ss. ; StatuU de Vordre de Saint-MichelyFdLvis, 1725, dem. édit., in-4*').
HIGHEL-ANGE, né en 1475, mort en 1564. Ce génie colossal dans la sculpture, la peinture et l'architecture ne mérite pas au point de vue littéraire les louanges de TArioste : Michel più che mortalAngel divinOy ni celles de Fresnaô : Quidquid erat forma scivit Bonarrota patenter. 11 n'a pas su dans la poésie battre des sentiers solitaires et peu connus (£ vo per vie men calpestate e sole). Le Dante, dont il était Tadmirateur passionné, fut son modèle sans que jamais il ait pu arriver à sa hauteur. Ses poésies (Rime) sont des sonnets, des canzoni, des madrigaux, adressés ou à sa dame, ou à des personnages illustres ; il y découvre les pensées intimes de son âme et ses plus profonds sentiments religieux. C'est à ce dernier point de vue que ses poésies ont de l'importance pour ï Encyclopédie. Michel-Ange ne fut pas un réformé ; comme Vittoria Golonna, G. Gontarini, Sadolet, J. Morone, Ghiberti, Foscorari etc., il connaissait le luthéranisme et les aspirations religieuses de la meilleure et de la plus docte partie du clergé romain. Il connaissait bien la sainte Ecriture et s'en inspirait dans ses grands ouvrages ; il professait intérieurement plusieurs des doctrines de la Réforme,
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sans que pour cela l'idée d*une séparation d'avec Rome ait jamais, germé dans son esprit. Gomme on Fa bien dit, le caractère naturel de Michel-Ange, caractère indbmptable qui ne se pliait pas même devant les colères de Jules II (il mit des papes en enfer comme Dante)^ le conduisit à ne tenir aucun compte des rites extérieurs de TEglisfr et à renfermer dans son for intérieur, tous ses sentiments religieux. Sur la mort de son frère Jean-Simon, il écrivit à son nevea Léonard : « Bien qu'il n^ait pas eu tous les secours religieux ordonnéspar l'Eglise, il a eu toutefois une bonne contrition, et cela suffit pour son salut... » Ses Rime nous font connaître ses sentiments au sujet de quelques doctrines romaines. Dans son second chapitre en vers, sur la mort de son frère* et de son père^ il n'y a pas la moindre allu-^ sion à la doctrine du purgatoire qui faisait alors tant de bruit. En parlant du bonheur des défunts il dit : « Aucun nuage n'obscurcit votre lumière... Votre splendeur n'est pas éteinte par la nuit et ne peut croître avec le jour et la plus. grande chaleur du soleil... Par la mort, j'apprends à mourir. Père bienheureux, et par la pensée je te vois dans ce séjour où le monde nous fait passer si rarement. » La grâce divine, le sacrifice de Jésus-Ghrist peuvent seuls lui obtenir le salut » (voy. sonnets 47, 48, 49, 50, 51). « Je t'appelle, Seigneur, je t'invoque toi seul... Renouvelle en moi par la repentance, lesdésirs, l'esprit, et la valeur si faible. Toi qui donnas l'âme divine et qui l'emprisonnas dans cette dépouille si frôle et si lasse, nourris-la, soutiens-la, ravive-la î Sans toi. Seigneur! tout bien lui manque. La puissance divine seule peut faire son salut » (sonnet 51). Le sonnet 52"* est remarquable par la profonde analyse psychologique que le poète fait de son âme et de sa vie : égaré par le péché, il a perdu sa liberté, sa raison, et ne peut être relevé que par Dieu. La foi pour lui est le don le plus excellent, il don de 'rfoni, parce que, et ces paroles ont la plus haute signification dans la bouche d'un catholique qui s'émancipe, 'l ciel non s' âpre a noi eon altra chiave, « le ciel n'est ouvert qu'avec cette clef » (sonnet 67 ; voyez encore sonnets 54, 55). Son devoir de vrai disciple de Jésus-Ghrist, qui peut seul lui donner la puissance des œuvres de piété et de justice, c'est de le louer, de le chanter et de le glorifier dans toute sa vie (sonnet 53). Les bienfaits de Dieu et le sentiment de sa misère lui inspirent le magnifique sonnet 56"« dans lequel il nous assure que l'art ne peut à lui seul satisfaire son âme absorbée dans la contemplation de l'amour divin, cKaperse a prender noi in croce le braccia « qui ouvrit, pour nous prendre, ses bras sur la croix. » Ge roi de l'art reconnaît avec modestie que l'amour du Ghrist peut mieux que toutes les gloires de sa carrière si brillante porter le bonheur dans son âme. Dans les Rt'me de Michel- Ange les pensées religieuses et les sentiments tendres sont développés les uns à côté des autres sans que le sens moral en soit^ choqué. Son amour pour Vittoria Golonna est pur, sans alliage de passion charnelle. La beauté selon lui, comme pour Platon, devait subjuguer les sens au lieu de les allumer et conduire l'âme à la contemplation de la beauté suprême. Dieu pour lui est l'artiste éternel ;