‹ Encyclopédie des sciences religieuses; (volume 3)Chapitre 48 sur 157 · MISSON — MISSY · texte numérisé non relu

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troupes sont éloignées », ou bien encore : « Quittez ce chemin, sur lequel vous feriez une mauvaise rencontre. » Toutefois Touïe ne pouvait suppléer la vue : un bataillon de camisards en marche devait faire exactement le même bruit qu'un bataillon de milices. Gomment les distinguer? Les renseignements obtenus de la sorte manquaient évidemment de précision. La vue elle-même pouvait être plus perçante durant Textase; mais quelque acuité qu'on lui suppose. Tinterposition des corps opaques n'interrompait- elle pas son action? Voir non seulement à une très grande distance, mais môme à travers les obstacles, c'est en quoi consisterait la seconde vue, que nous avons ailleurs attribuée aux prophètes, d'après le Théâtre sacré, qui rapporte un grand nombre de faits de ce genre.;Une nouvelle étude de l'ouvrage, repris à diverses fois, mous a inspiré la crainte d'avoir été trop aflirmatif. Nous renonçons à donner pour garants de ces faits des témoins qui croient aux rêves, aux visions, aux apparitions, qui non seulement sont sujets à l'hallucination (chanis aériens), et ne soupçonnent même pas qu'il puisse y avoir la moindre différence entre l'extraordinaire et le surnaturel, c'est-à-dire entre des événements rares mais naturels et le produit d'interventions particulières de la divinité, mais encore dont les préjugés, l'inattention, l'inexactitude créent à chaque instant des miracles para peu près, comme celui de l'incombustibilité de Glary, ou celui des balles mortes qu'ils trouvent dans lei^rs chapeaux, et des miracles ridicules, comme celui des lanternes ou des étoiles filantes, qu'ils transforment en météores envoyés pour guider les fidèles et pour éblouir leurs adversaires. En un mqt, des hommes, ou plutôt de véritables enfants, enivrés d'enthousiasme et de merveilleux, nous paraissent de fort mauvais juges de la réalité d'un phénomène dont l'existence n'a pas encore été, que nous sachions, scientifiquement constatée. — Voirie Théâtre sacré ; la France prot.; Louis Figuier, Bût. du merveilleux, Paris, 1860, in-12; Calmeil, JDe la folie, Paris, 1845, in-8° ; A. Dubois, Les Prophètes cévenols, Strasbourg, 1861, in-S»; Napoléon Peyrat, His(. des pasteurs du désert, Paris, 1842, in-8*»; le Bullel. de la Soc. d'hisi; du prot,, 2^ série, IV, 502, et nos Premiers pasteurs du désert, Paris, 1879, in-8^ 0. Douen. mSST (de), famille noble et protestante, originaire de Normandie, fixée en Saintonge depuis le dix-septième siècle. La généalogie de cette famille occupe lespremières pages d'un ouvrage mystique pro testant qui mériterait d'être publié, intitulé les Fiâmes de Psiché «à la Rochelle, le 1" d'apvril 1628, » écrit au milieu des horreurs de la famine, pendant le siège. La révocation de l'édit de Nantes dispersa les membres de la famille. Le plus distingué de ces réfugiés fut le pasteur César de Missy (1703-1775), qui a laissé la réputation d'un homme éclairé, d'un jugement sûr, de beaucoup d'esprit, d'un goût très fin, passionné pour l'étude, rempli de bienveillance et de charité, La correspondance religieuse d'Alexandre de Missy avec son cousin Samuel-Pierre Meschinet de Richemond, publiée par extraits dans le Témoin de la vérité, rédigé par M. Lucien des Mesnards, montre la foi des réfugiés, au moment où l'incrédulité dominait en France, et oii

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Pascal n'avait plus de défenseurs que parmi les protestants proscrits (Sentiments de M. [Boullier] sur la cntique des pensées de Pascal^ par M, de Voltaire). — Samuel-Pierre-Joseph-David de Missy, né à La Rochelle le 30 octobre 1755, décédé le 20 octobre 1820, fut successivement armateur, membre du district, député de llle de France à TAssemblée nationale (1789), administrateur de l'hospice, maire de La Rochelle (1795-1798), membre du conseil général, sous-préfet, membre du Corps législatif depuis Tan XII, chevalier de la Légion d'Honneur et président de la Société biblique de La Rochelle, et surtout homme de bien.

MITHRA. Voyez Perse.

Mitre, miira, infula sacra^ ornement pontifical que les évoques et les abbés réguliers portent sur la tête lorsqu'ils marchent ou officient pontiûcalement. C'est un bonnet rond, pointu et fendu par le haut, avec deux fanons qui pendent sur les épaules. On croit que l'origine de l'usage des mitres remonte au dixième siècle , car on n'en voit aucune trace ni dans les anciennes liturgies, ni dans les auteurs ecclésiastiques qui ont traité des rites jusqu'à cette époque. Les cardinaux portaient la mitre comme les évêques ; mais Fan 1245, Innocent IV leur donna le chapeau rouge au concile de Lyon. Malgré la plainte des évêques, les abbés réguliers portèrent la mitre, et le même privilège fut accordé à plusieurs chanoines de cathédrales. Quelques chapitres d'Allemagne ont encore ce privilège. Le pape a le droit exlusif d'accorder la mitre à tousles prélats et ecclésiastiques, quoiqu'ils n'aient pas le caractère épiscopal. On distingue, à Rome, trois sortes de mitres : la précieuse, ornée de diamants, la dorée sans diamants, et la simple faite de soie et même de lin blanc. Les auteurs ecclésiastiques donnent plusieurs sens mystiques à cet ornement : c'est, dans l'esprit de l'Eglise catholique romaine, un vêtement de gloire et d'honneur, un casque de défense et de salut. — Voyez Thomassin, Discipliiie de V Eglise^ III, 1, 25; Bona, Rerum liturgie AihriîII^ 1. 1, c. XXIV, § 14; Bocquillot, Liturg. sacr., p. 166 ss.; Gaet. Moroni, Diction.. XLV, 260 ss.

MITTARELLI (Jean-Benoît, il s'appelait d'abord Nicolas-Jean), né en 1708 à Venise, d'une famille originaire de Belluno, fut élevé d'abord par les jésuites qui auraient désiré le conserver ; mais son amour de la solitude et des études tranquilles le conduisit dans l'ordre des camaldules. En 1729, il se rendit à Florence et à Rome pour y terminer ses études théologiques, et s'y lia d'amitié avec les prélats Rezzonico (Clément XIII en i758) et Archinto qui fut plus tard cardinal et secrétaire d'Etat. En 1732, il rentre dans sa patrie pour occuper la charge de lecteur de philosophie et de théologie au monastère de Saint-Michel de Murano. II y fonda avec le père Calogerà la riche et excellente bibliothèque qu'on y admire encore aujourd'hui. Ensuite il se transporta à Trévise comme confesseur des nonnes de Saint-Parisius et y écrivit l'histoire du couvent avec la vie du saint camaldule. Appelé en 1747 à Faenza, avec le titre de chancelier de la congrégation, il y prépara avec le père Castadoni les matériaux

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de ses célèbres Annales camaldulenseSf qu'il publia à Venise de 4755- 177^ Mitarelli les écrivit complètement; Gostadonilui fournissait les notes, les extraite, les documents, les indices, ^ic. Mittarellî obtint les plus hautes *âi!^m;tions de son ordre : il fut en <1756 abbé général de la province de Venise, en 1760 abbé directeur de son couvent de Mùrano, en 1764 abbé général de tout Tordre. Clément Xlfl, qui l'aimait tout particulièrement, aurait touIu le créer cardinal et lui donner Tévècbé de Faema, mais le bon et modeste moine refusa et mourut dans son couvent deMurano, assisté par son ami et collaborateur Costadoni, en 1777. Avec ce dernier il avait, en 1752, recherché dans les couvents de Tltalie, et surtout dans cejui 4e Camaldoli, les manuscrits importants pour la compilation de ses Annales. Mittarelli peut être comparé à Muratori pour sa prodigieuse mémoire, son érudition et son grand sens critique. Il vécut sans ostentation, dans rhumilité et dans la pratique des vertus monastiques. Ses ouvrages les plus importants sont : '1® Annales camaldulenses ord, sancii BenedicHy quibus plura interferuntur tum cèleras imlicthmonasHettsreSj tum historiam eccles. remque diplomat. ilïustrantia] D. J. B. Mittarelli et D. Anselmo Costadoni, Prtsbyteris etmonachise eongreg, camaldnlensiauctoribuSy Venetiis, 1755-4773. Ces Annales, qui racontent toute l'histoire ecclésiastico-monastique depuis l'an 907, servent de supplément nécessaire à Baronius, à Mabillon, aux Bollandistes, à Ughellius et à Muratori. Le modèle en fut pris dans les Annales bénédictines de Mabillon. Le tome II contient l'ordre chronologique des épîtres et des opuscules de Pierre Damien ; le tome VII établit la date des lettres d'Ambroise le Camaldule, et le dernier volume renferme plusieurs lettres importantes de Paul Justiniani, de Pierre Querini et de Gaspar Contarini; 2* CoHectio veterum monumentorum ad viiam S, Parisii et ad historiam monasterii SS. Christine et Parisii de Tar- Visio spectantium, Venetiis, 1748 ; 3* Ad scriptores rervm italicarum cL Muratorii accessiones historicœ Faventinœ, quarnm Elenchus, . . , Venetiis, 1771 ; 4* De litteratura Faventinoi^m, sive de viris dociis,.,, Venetiis, 1775; ^^ Bibliotheca codicum mss monasterii S, Michaelis de Muriano y^ne^tarum... Venetiis, 1772. Ce dernier ouvrage est demeuré incomplet dans l'appendice. — On peut consulter encore le vol. XXXIII de La nuova raccolia d'opuscoli scientifici e filologiciyyenise, 1779 ; Fabroni, VUœ Italorum, Memorie délia vita di D. Giambenedetto Mittaretli, veneziano, ojbate générale de' Camaldolesi, scritte dal p. ab Anselmo Costadoni, Venise, 1779. P. Long.

METYLÈNE, MiruX^iw) ou MutiXt^vt), ville maritime dans l'île de Lesbos, avec deux ports, célèbre par sa richesse et ses établissements littéraires (Strabon, 13,617; Pline, 5, 39; Velléius Paterculus, 2, 18). L'apôtre Paul y passa en allant de Corinthe à Jérusalem (Actes XX, 44).

MOAB, MOABITES (môab), peuple parent aux Israélites et fixé, dès avant l'époque de Moïse, à l'est de la mer Morte et qui conserva son existence jusqu'à l'époque de J.-C. — Le pays de Moab avait pour limites : à l'ouest, la mer Morte et l'enfoncement du Jourdain; au

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sud, le Nahal Haarabim qui le séparait du territoire d'Edom ; ati nord, VAmon (Nomb. XXI, 13) ; à Test, du côté du désert nord de rAiabie, il est difficile d'indiquer une limite exacte. Le territoire des Moabites était Tuontagneux et entrecoupé de gorges et de vallées profondes qui descendaient vers Tcaest. Il était traversé par rAmon et ses nombreux affluents. Peu cultivé et habi<)é aujorurd'hui, il était très fertile dans les anciens temps et produisait en quantité du vin et des fruits (Ësaïe XVI, 7-i 1) ; ses habitants se livraient surtout à rélève du bétail (â Eois UI, 4). Il a dû être très peuplé, car, à cfirté de la capitale Rabbat-Moab et de la forteresse de Kir-Moab, la Bible mentionne de nombreuses villes et localités moabites. D'après la Genèse, les Moabites sont aussi anciens en Palestine que les premiers Israélites ; Lot, après son départ de Sodome, se rendit dans le pays de la montagne où, d'après Gen. XIX, sa fille aînée lui donna un fils, Moab (Fétymologie M6ab, c*est-à«dire venant du père, semble douteuse). S'il en est ainsi, ces Moabites sont proches parents des Israélites ; ils s'emparèrent du territoire occupé d'abord par lesEm ml m (géants), mais ils ont dû s'étendre plus loin, car à l'époque de Moïse la contrée située le long du Jourdain et vis-à-vis de Jéricho porte le nom de campagnes de Moab (Nomb. XXII, 1). Sous Moïse les Israélites eurent d'abord de bons rapports avec les Moabites ; ils tournèrent leur pays (Nomb. XXI, 6)^ Plus tard, redoutant la marche triomphale du peuple, le roi de Moab Balak voulut les faire maudire par Balaam, mais le prophète annonça aux Moabites la ruine (Nombres XXIIàXXÏV).— Si, comme nous le pensons, le passage Nomb. XXV, 1 parle de Moab et non de Madian, nous devons en conclure que Baal- Peor était une divinité moabite et que les Israélites s'abandonnèrent au culte idolâtre de ce Dieu. Sous les Juges, les Moabites, sous le roi Ëglon, s'emparèrent de Jéricho et se fixèrent dans le pays situé à l'ouest du Jourdain. Pendant dix-huit ans Israël leur fut tributaire, jusqu'à ce que le juge Ëhud délivra son peuple, en se servant d'un stratagème pour pénétrer dans Jéricho (Juges lll, 12-30). Le livre de Ruth parle de rapports paisibles entre les gens de Moab et les habitants de Juda, et cela dura jusqu'à Tépoque de Saiil qui vainquit les Moabites après une lutte sanglante, à la suite de laquelle ils perdirent leur indépendance et durent payer tribut (2 Sam. XXIIÏ, 20). Après la mort de Salomon, les Moabites tombèrent sous la domination de Jéroboam jusqu'à la mort d'Achab; sous la conduite de leur roi Mésa ils secouèrent alors le joug de leurs oppresseurs. — Mésa (M é c h a) s'était affranchi du tribut qu'il avait à payer à Israël. Attaqué par le second successeur d'Achab, Joram, qui s'allia à Josaphat de Juda, il fut battu et enfermé dans sa ville (2 Rois II, 3 ss.). C'est alors que, sur les murs de sa forteresse, il sacrifia son fils et héritier présomptif du trône comme holocauste ; l'histoire raconte que les assiégeants levèrent le siège. Ces données au sujet du roi Mésa ont acquis dans ces dernières années une importance relative, à Toccasion d'une découverte assez importante d'une inscription, dans laquelle Mésa raconte ses hauts faits. Cette découverte, due au mis.

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sionnaire alsacien Klein, n*a malheureusement pas été utilisée scientifiquement par lui. Il s'est contenté de mesurer la pierre, alors encore intacte et d'en copier quelques caractères. Le fanatisme arabe, ému par les investigations des savants européens que la découverte intéressait, n'a rien trouvé de mieux que de faire sauter la pierre. Heureusement le drogman du consulat français de Jérusalem, M. Clermont-Ganneau, auquel la science archéologique orientale doit plus d'une découverte, en possédait un cliché fait par un Arabe. Ce savant chercheur a pu, dans la suite, avoir des reproductions plus complètes des fragments les plus importants et reproduire à peu près les deux tiers de l'inscription qui est aujourd'hui au Louvre. La première publication à ce sujet remonte à 1870 et porte pour titre : Le stèle de Mésa, roi de Moab^ 896 avant Jésus-Christ. Lettre à M, le comte de Vogûé^ Paris, 1870. Ces premières indications scientifiques furent complétées par des articles delà Bévue archèobgique {XXVII, cahier 1, tableau viii et cahier 6). Mais jusqu'ici l'inscription, dont la première interprétation allemande a été donnée par 1« célèbre orientaliste Schlottmann,n'estpas encore définitivement déchiffrée à cause même des lacunes qui présente l'état actuel du stèle. Pour l'inscription nous renvoyons [aux articles de M. Ganneau, elle est trop longue pour pouvoir être transcrite ici. — Sous le roi Jéchoas, des bandes moabites firent des incursions dans le royaume du Nord (2 Rois YIII, 20), mais elles furent refoulées par Jéroboam II, le successeur de Jéchoas et tout le pays de Moab devint tributaire d'Israël. C'est à cette époque que se rapporte la prophétie d'Esaïe contre Moab (Esaïe XV, 1-XVI, 12). Après la mort de ce roi, la faiblesse du royaume d'Israël ne permit pas de maintenir la conquête ; les Moabites reprirent leur indépendance, et après la destruction du royaume ils s'emparèrent du territoire des tribus de Rubenetde Gad qu'ils avaient autrefois déjà occupé (Jér. XXVII, 3). D'après Josèphe ils furent vaincus et soumis par Nabuchodonosor cinq ans après la destruction, en punition de l'alliance qu'ils avaient voulu contracter avec Sédécias. Après l'exil, les Moabites ne sont que rarement cités dans la Bible. Sous les Ptolémées et les Séleucides, ils surent conserver leur indépendance et du temps de Josèphe ils existaient encore comme peuple. D'après Nœldeke, ils ne disparurent de la scène du monde qu'en l'année 200 après Jésus-Christ, à la suite de l'invasion des deux tribus yéméniques Salih et Gassen dans les contrées situées à l'Orient du Jourdain. — Sources: Revue de la Société orientale de Leipzig, XXII, p. 659 ss. ; de Saulcy, Voyage en Syrie ; Schlottmann, article Moab dans le Handwôrterbuch de Rièhm, 1879. E. Scherdlin.

MODÂLISHE. L'idée de la Trinité constitue pour la spéculation chrétienne la question suprême, et dès lors on conçoit que la solution en soit ardue. Deux doctrines s'écartent du but que les Pères de l'Eglise, les grands docteurs de la scolastique et de la Réforme avaient entrevu ; l'une, le trithéisme, insiste sur la distinction du Père, du Fils et du saint Esprit, au point de statuer trois Dieux et de ne plus pouvoir affirmer un Dieu unique; l'autre, le modalisme, insiste sur l'unité de

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Dieu, au point de ne voir dans le Père, le Fils et le saint Esprit que des modes divers de Factivité d'une seule et môme personne. Mais tandis que le trithéisme n'a jamais été professé explicitement au sein de la société chrétienne et qu'il est môme douteux que Jean Ascunages et Jean Philopon aient réellement été trithéistes, le modalisme compte de nombreux représentants. Le plus fameux fut Sabellius, vers le milieu du troisième siècle ; il enseignait que la triade n*est que la série des développements successifs de la monade, chacune des manifestations, après avoir accompli son œuvre, s'effaçant pour faire place à la suivante, et le retentissement qu'eut ce système a généralement fait donner le nom de sabellianisme aux doctrines modalistes. Déjà vers la fin du deuxième siècle, Praxéas à Rome, Noëlus à Ephèse, avaient professé l'identité du Père, du Fils et du saint Esprit, doctrine qui fut rejetée comme impliquant le patripassianisme, c'est-à-dire assujettissant le Père à accomplir l'œuvre de la rédemption. Au moyen âge, Abélard fut accusé d'avoir trop atténué la distinction deà personnes divines, en les identifiant avec la puissance, la sagesse et l'amour, ce qui les réduisait à être trois attributs d'un môme Dieu. Au temps de la Réforme, Servet combattit la doctrine de la Trinité au nom d'un panthéisme qui ne pouvait ôtre que modaliste. Au commencement de ce siècle le sabellianisme rencontra un apologiste discret et habile dans SchleiermacheTyUeber den Gegensatz zwtschen der sabell. u. atlmnas. Vorstellungvon dcr Trinitàt, dans la TheoL Zeilschr,^ 1822. Par contre, les conceptions métaphysiques par lesquelles Schelling, dans sa seconde période (Vorlesung, ûber die Méthode d. acad, Studiums, 1802), Hegel et leurs disciples ont cherché' à expliquer la relation de l'infini avec le fini, sont, malgré leâ expressions évangéliques dont elles se décorent, trop étrangères à la pensée religieuse du christianisme, pour pouvoir ôtre assimilées au sabellianisme. Mais de nos jours, plusieurs théologiens, Liebner, Sartorius, Thomasius, Dorner, s'inspirant de la foi chrétienne et des enseignements de l'Evangile, se sont attachés à surmonter le péril du modalisme, qui jusqu'alors avait semblé inévitable, du moment où l'on affirmait l'unité de la personnalité divine. Aussi bien une étude plus approfondie des formes diverses de l'unité a permis de constater qu'aux degrés supérieurs de l'échelle des ôtres, l'unité de l'individu est d'autant plus intense que la diversité des éléments constitutifs est plus riche. — Voyez, outre les articles consacrés aux personnages mentionnés, l'article Diniié,

A. Matter.

HŒHLER (Jean- Adam], Tun des plus illustres théologiens catholiques du dix-neuxième siècle, né le 6 mai 1796 dans le village d'Igers- . heim, près de Mergentheim en Souabe, montra de bonne heure de si heureuses dispositions pour l'étude que son père, un riche paysan, aubergiste et bailli de son district, l'envoya pour se préparer à la prêtrise au lycée d'Elwangen (1814) et au convict de Tubingue(1815). La faculté de théologie catholique comptait à cette époque plusieurs professeurs estimés pour leur savoir et leur libéralisme :Drey, Herbst,

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Hirsch, Feilmooser. Le jeune homme suivit avidement leurs leçons ainsi que celles du philosophe Eschenmayer, et fut encouragé par eux à embrasser la carrière académique, mais il voulut auparavant s*initier à la vie pratique et remplit pendant une année (1819) les fonctions de vicaire à Weil et à Riedlingen. Après quoi il revint comme répétiteur au Stift, se livra à des recherches approfondies surThistoire et la littérature anciennes et songeait à s'inscrire à la Faculté de philosophie lorsque ses anciens maîtres, désireux de s'assurer d'une maiîière permanente les services d'un disciple aussi capable, l'invitèrent à se joindre à eux en qualité de privat-docent. Le gouvernement wurtembergeois reconnut son mérite par un subside qui lui permit de visiter les principales universités de l'Allemagne. Avec cette impartialité et ce besoin de tout connaître qui le distinguèrent si honorablement pendant toute sa carrière, Mœhler se tourna de préférence vers les sanctuaires de la science protestante et donna la majeure partie de son temps soit à Gœttingue où Planck enseignait l'histoire ecclésiastique avec une sûreté de connaissances et une largeur de vues admirées de tous, soit à Berlin où il entra en relations suivies avecMarheineke, Neander, Schleiermacher. Ses cours qui s'ouvrirent en 1823, embrassèrent le droit canonique, la patrologie, l'histoire ecclésiastique, et furent suivis avec intérêt à cause de l'élévation de leurs vues et de la richesse de leur contenu même par des étudiants évangéliques. Mœhler figura également dès son retour à Tubingue parmi les collaborateurs les plus appréciés de la Revue trimesirielle éditée par ses collègues {Theologische Quartalschrift) et y inséra divers mémoires sur l'épître à Diognète, la controverse de Jérôme et d'Augustin à propos du passage Galates 111, 11, les fragments du Pseudo-Isidore. Son premier grand ouvrage: V Unité de lEglise ou le principe du catholicisme exposé dans V esprit des Pères des trois premiers siècles, parut en 1825. Il se divisait en deux parties : l'unité de l'Esprit et l'unité du corps de l'Eglise et témoignait à côté d'une complète possession des sources d'un véritable libéralisme scientifique. Les vices de l'unité extérieure et hiérarchique y étaient signalés sans ménagement et si le principe de la Réformation ne pouvait être compris par Mœhler dans toute son intimité et sa bienfaisante profondeur, on ne pouvait qu'admirer la noblesse de son langage sur le rôle de la Bible dans les premières communautés chrétiennes, l'Eglise invisible, le sacerdoce universel. Nul ne reconnut ses mérites si rares chez un écrivain catholique avec un plus cordial empressement que le docteur Nitzsch. L'université de Tubingue profita du succès de cet ouvrage pour nommer Mœhler professeur extraordinaire et l'empêcher d'émigrer à Fribourg en Brisgau. Au quatrième siècle l'historien se sentit tout d'abord attiré par la grande figure d'Athanase dont il décrivit les luttes et les travaux avec une richesse de couleur puisée aux meilleures sources et une fermeté de lignes véritablement magistrale. Athanase et V Eglise de son temps^ leurs luttes avec rarianisme (2 toI., 1827). Quant au moyen âge auquel il était tout naturellement amené

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parla suite de ses études, il entreprit sa glorification dans une série de monographies, celle de saint Anselme entre autres dont il dépeignit la physionomie avec une affectueuse sollicitude et qui n'étaient que le prélude d'une oeuvre plus complète, malheureusement interrompue par la mort. Les parties qu'il lui avait été donné d'achever furent réunies par son élève Reithmayer en un volume sous le titre de Pairologie ou Histoire de la littérature chrétienne (1840), mais elles se rapportent exclusivement aux trois premiers siè- ' clés. Mœhler qui, après la publication de son Athanase, avait été nommé professeur ordinaire d'histoire ecclésiastique, justifia la confiance de ses collègues par une série de mémoires qui ont été recueillis plus tard dans ses œuvres complètes par le chanoine Dœllinger (2 vol., 1839) : les Origines du gnosticisme , pour le jubilé de Planck ; les Rappœ^ts de CIslam avec l'Evangile à l'occasion du réveil de la question d'Orient (1830) ; ÏAbolition de l'esclavage (1834) ; Le rôle de l'Etat vis-à-vis des universités qu'il conçoit dans les termes les plus larges et les plus féconds; Le célibat du clergé catholique, du maintien duquel il fait Tune des conditions fon* damentales de l'indépendance de l'Eglise et oti il combat énergiquement le mouvement réformiste provoqué à cette époque par plusieurs curés badois. Nous arrivons à Tœuvre capitale de Mœhler et à l'une de celles qui font le plus d'honneur à la science catholique du dix-neuvième siècle : La symbolique ou Exposition des antithèses dogmatiques entre les catholiques et les protestants d'après leurs confessions de foi (1832). Mais pour être complet, il convient de mentionner comme ses prolégomènes les Considérations sur l'état de l'Eglise à la fin du quinzième et au commencement du seizième siècles où la Réformation est dépeinte comme un mouvement révolutionnaire, essentiellement négatif, nuisible pour l'édification des âmes, destructeur de germes pieux qui, s'ils avaient pu se développer en toute liberté, auraient amené sans secousse les améliorations désirées par tous les croyants. La Symbolique reprend la même thèse, mais en dépit de l'impartialité à laquelle prétend son auteur, elle ne peut être regardée q.ue comme une œuvre polémique remarquable par l'abondance des matériaux et la vigueur de l'argumentation et nullement comme un exposé scientifique des divergences qui séparent les deux grandes confessions chrétiennes. Le parti pris de Mœhler éclate dès les thèses du début. Suivant lui, en effet, le protestantisme et le catholicisme sont aussi nettement opposés l'un à l'autre que la vérité et l'erreur, puisque le premier ne renferme que des éléments subjectifs tandis que le second revêt un caractère universaliste, que les réformateurs ont inventé de toutes pièces leurs confessions de foi, tandis que le dogme catholique se perd dans la nuit des temps. Avec de semblables prémisses, il n'est, point surprenant que Mœhler ait envisagé sous le jour le plus faux les côtés distinctifs du protestantisme : la liberté de conscience, les rapports de la religion et de la morale, la doctrine de la justification par la foi, et que, d'autre part, il se *oit efforcé d*idéaliser les décrets du ,concile de Trente et de pré-

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senter à ses lecteurs une Eglise romaine plus conforme à ses généreuses aspirations qu'à la réalité des faits. Malgré ces notables lacunes , la Symbolique n'en demeure pas moins une œuvre de science et de pensée qui ne pouvait naître que sur terre germanique avec le libre régime garanti aux universités ; on y reconnaît Tinfluesce de tous les écrits fondamentaux du protestantisme depuis la Confessioi\ (VAugsbourg iusqxx'èi la Dogmatique de Schleiermacher. Le principe de la Réforme a jeté dans la conscience moderne des racines trop vivaces pour succomber sous les coups d'aucun champion du catholicisme ; mais vis-à-vis de la pénétration dialectique de Mœhler et de rhabileté qui avait présidé à l'attaque, ses défenseurs ont été conduits à le dégager de tout élément hétérogène, à le concevoir dans sa profondeur et son intégrité premières, à en mesurer toute la portée, à en rechercher toutes les conséquences. Parmi les théologiens évangéliques qui entrèrent en lice contre l'auteur de la Symbolique y il .convient de mentionner en première ligne Baur (Uopposiiion du catholicisme et du protestantisme , 1833), Nitzsch (Une réponse ^protestante à la Symbolique du docteur Mœhler^ suivie de cinq thèses protestantes, 1835), Marheineke {Compte rendu dans les Annales de Berlin^ tiré ensuite en brochure spéciale, 1834). — Mœhler, malgré une indépendance de pensée qui ne se démentit jamais jusqu'au dernier moment, subit toujours davantage le prestige de l'unité romaine, et alla même jusqu'à pallier les fautes récemment commises par la curie, comme l'attestent sa Lettre sur la situation de la Suisse, adressée à un jeune prêtre qu'indignaient les intrigues du nonce et des jésuites, ou encore les Luttes actuelles en Allemagney son dernier écrit, provoqué par le conflit des mariages mixtes et les événements de Cologne. Depuis la publication de la Symbolique, se multiplièrent pour lui les marques d'estime et les distinctions honorifiques. Le gouvernement bavarois l'appela en 1835 à Munich, où il enseigna à côté de Dœllinger, un de ses amis les plus chers, et joignit à ses leçons sur l'histoire et les Pères des cours sur le Nouveau Testament. Altenstein, désireux de s'assurer les services d'un théologien aussi distingué par la modération de son esprit que par ses incontestables capacités scientifiques, lui fit, à diverses reprises, quoique inutilement, au nom du cabinet de Berlin, les offres les plus brillantes (place de professeur à Bonn, canonicat à Cologne. Mœhler ne jouit pas longtemps de cette magnifique position. Une attaque de choléra, dont il fut victime en 1836, altéra à tout jamais une santé déjà minée par les excès de travail, et l'obligea d'interrompre son enseignement. Le roi Louis, en le nommant chanoine de Wurzbourg, lui donna une nouvelle marque de son estime ; mais une attaque de fièvre nerveuse l'emporta quelques mois après, le 27 avril 1838. Mœhler occupe parmi les théologiens allemands du dix-neuvième siècle, une place de premier ordre pour la vigueur de son intelligence, la solidité de son savoir, les beaux travaux dont il a enrichi l'histoire de l'Eglise ^ comme aussi par l'étendue de ses horizons spirituels, son impartialité relative à l'égard du protestantisme, la tolérance pratique dont

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il ne se départit jamais vis-à-vis de ses adversaires. Le catholicisme posséda longtemps en Allemagne des représentants d'élite, grâce à l'indépendance absolue dont jouissaient les universités et au fécond contact du protestantisme : cet heureux privilège a pour toujours disparu depuis la proclamation du dogme de l'infaillibilité pontificale. Aussi sympathisons -nous avec M. de Schulte, lorsqu'à Munich, au premier congrès des vieux-catholiques il plaça le mouvement dont

est demeuré un des plus vaillants champions sous la protection de noms aussi vénérés que ceux de Mœhler et de Dœllinger. — Sources : Reithmayer, Biographie de Mœhler^ en tête de la Patrologie ; Wœrner, J. Adam Mœhler^ Ratisbonne, 1866. E. Strcehlin.

M06ILAS (Pierre), théologien russe, né en Moldavievers 1597, mort en 1646. 11 avait servi en Pologne, lorsqu'il quitta Tépée pour entrer dans un monastère (1625). Devenu, en 1632, métropolitain de l'église de Kief, il y constitua l'enseignement de la théologie tel qu'il était donné dans les grandes universités d'Europe, et composa une Profession de foi, donnant un exposé systématique et une apologie du dogme de l'Eglise d'Orient, travail qui faisait alors complètement défaut. Cette Profession de foi, ratifiée par les conciles de Kief (1641) et de Jassy (1643), et par des patriarches de l'Eglise grecque et russe, a été un grand nombre de fois publiée en russe et a été traduite en plusieurs langues. L'opinion que la Confession de foi de Mogilas soit une confession officielle de l'Eglise orientale n'est pas soutenable. Celte confession est très répandue et bien estimée dans l'Eglise orientale, surtout dans l'Eglise russe; mais elle a absolument la môme valeur que d'autres confessions de la même Eglise. On doit, en outre, à Mogilas divers opuscules, un catéchisme (1645) et des drames religieux qu'il faisait représenter par les élèves de l'Académie de Kief. — Voyez Kimmel, Proleg. Monumenta fid. eccles. orient, ; Gass, Sym^ bolikder griech. Kirche, Berlin, 1872; A. Dimitracopoulos, La Grèce orthodoxe, Leipzig, 1872 (en grec).

MOINES ou Ordres monastiques. — L'Eglise chrétienne, du jour où elle se fut écartée du spiritualisme de son fondateur, s'efforça de suppléer par l'austérité de ses pratiques au principe de vie qui s'affaiblissait toujours davantage dans son propre sein : lorsqu'elle eut renoncé à pénétrer*le monde comme le levain de la parabole, et à le transformer graduellement à son image, elle voulut tout au moins, par une complète rupture avec lui, préserver ses adeptes de son contact délétère. Non point que l'ascèse lui soit redevable de son origine : elle se. rencontrait déjà plus ou moins développée dans toutes les religions antiques, et, sans remonter jusqu'à l'Inde ou à l'extrême Orient, il suffit, pour se convaincre du crédit dont elle jouissait au premier siècle de notre ère, de se rappeler dans la société grécoromaine les néo-pythagoriciens et autres philosophes d'Alexandrie, dans le monde juif les esséniens et les thérapeutes. Toutefois l'Eglise, par l'infranchissable fossé qu'elle creusa entre ses élus et la société païenne qu'elle tenait pour radicalement corrompue, contribua dans une large mesure à Taccroissement de son influencé. Grâce à l'irré-

ductible dualisme qui s'établit désormais entre la chair et Tesprit, les rachetés du Christ ne crurent pouvoir remplir leur mission ici-bas que par un absolu renoncement à toutes les joies terrestres, même les plus élevées ou les plus innocentes; un inextinguible besoin de délogement s'empara des plus nobles âmes, si bien qu'elles n'aspirèrent plus qu'à se préparer par des privations de tout genre à une patrie meilleure. De là, malgré la sainteté de la vie de famille, la condamnation des secondes noces comme un décent adultère et la vénération supérieure dont fut entouré le célibat; de là l'importance croissante attribuée aux jeûnes et aux autres pratiques dévbtes ; de là la recherche indiscrète du martyre ; de là, en un mot, la tendance toujours plus marquée vers l'ascétisme qui se fait jour, soit dans les écrits des Pères, soit dans les décrets des conciles, sans parler des excès du même ordre dans lesquels tombèrent plusieurs sectes gnostiques, les montanistes, les novatiens. — L'Eglise chrétienne dévia dès le deuxième siècle du principe évangélique, et l'histoire des ordres religieux, avec leurs chutes honteuses, leurs élans sublimes et leur infinie variété n'est pas autre chose que le long et dramatique commentaire de Terreur capitale commiseà leurs origines. Le monachisme, avant d'avoir reçu son organisation extérieure, avait donc jeté de fortes racines dans les esprits et n'attendait plus qu'une occasion propice pour son complet épanouissement. L'adoption par Constantin du christianisme comme religion de l'empire, en favorisant le relâchement des mœurs par l'inscription dans les cadres ecclésiastiques d'une multitiide encore grossière et charnelle, raviva les charmes de l'ascétisme pour les âmes généreuses qui protestèrent par leur fuite dans le désert contre l'avidité et les intrigues d'un clergé désormais asservi à César. En même temps les natures ardentes trouvèrent dans les austérités de la solitude une compensation aux joies du martyre qui leur étaient enlevées pour toujours. Deux hommes surgirent à peu près à la même époque sur les bords du Nil pour satisfaire à ces pieuses aspirations : Antoine, le père des ermites, qui, héritier d'une opulente famille d'Alexandrie prit à la lettre les paroles de Jésus au jeune homme riche, distribua tous ses biens aux pauvres (270) et se retira dans un vieux château en ruines pour triompher des séductions de Satan ; Pacôme, l'organisateur delà vie cénobitique, qui convia dans l'île de Tabenne (3iO) dans des huttes (Xaupa) groupées les unes auprès des autres ou sous le même toit ([xovaaTTjpiov) les solitaires jusqu'alors dispersés. Ces établissements prirent aussi les noms de xoivo^iov et de (xav^pa. Chez Antoine nous saluons le type parfait de Tanachorète : retraite du monde qui ne l'empêche pas cependant de revenir dans sa ville natale lors de la persécution de Dioctétien pour encourager les confesseurs et affronter lui-même le martyre, renoncement à toute possession comme à toute commodité matérielle, travail manuel pour subvenir aux nécessités de l'existence, lutte constante contre les désirs de la chair personnifiés dans les démons et relations non moins intimes avec les puissances célestes. Aussi le souvenir de sa vie réelle ne tarda-t-il pas à se perdre dans les flots dorés de la légende. A

renthousiasme, aux vertus extatiques et contemplatives, succèdent chez Pacôme la réflexion et les capacités de l'administrateur. Les ermites sont astreints par lui à un noviciat, divisés en classes, soumis à des occupations fixes et à une règle commune. Le monachisme se répandit dans l'Orient chrétien avec une incroyable rapidité. Grâce à l'initiative de Pacôme dans Tile de Tabenne, de Macaire dans le désert de Sketos, d'Hilarion à Gaza, d'Ammon sur la montagne Nitrique, et d'Eustatbe de Sebaste et de plusieurs autres illustres ermites, l'Egypte, la Syrie, la Palestine, rArménie,rA8ie Mineure se couvrirent de doîtres et de laures qui recueillirent dès le milieu du quatrième siècle dans leurs murs des milliers et des milliers de pieux habitants. Des deux formes sous lesquelles il se présenta, la première, celle de l'absolue solitude, si elle permit le complet déploiement de leurs forces à quelques individualités extraordinairement douées, favorisa dans de beaucoup plus larges proportions les désordpes et les excentricités de tout genre: ravissements mystiques, écarts des imaginations sensuelles, rupture de toutes les barrières comme de toutes les convenances sociales. A partir du cinquième siècle, les anachorètes du désert de Syrie et de la Thébaïde soutiennent [hardiment la comparaison.avec les ascètes boudhistes ou les brahmanes des bords du Gange et planent comme eux dans les plus hautes régions du monde suprasensible (xo oxpov t/^ç {jtovaarixiqç TraXyiarpac ou «piXo^o^iaç). Tbéodoret, Sozomène et les autres chroniqueurs byzantins ne se lassent pas de nous énumérer la série de leurs hauts faits : guérisons miraculeuses, expulsions démoniaques, triomphes réitérés sur la matière. Après Antoine, leur chef et fondateur, défilent successivement devant nous Paul le Simple, Dorothée, Ammon, Jean, Etienne, Bennus qui tous ont également passé en dehors de tout contact avec la société trente ou quarante années dans le désert, ne se nourrissant que de quelques onces de pain, ne connaissant plus ni le repos, ni le sommeil, retenant dans leur mémoire sans consulter aucun livre les faits les plus compliqués et les passages les plus difficiles, pénétrant sans le secours de la science humaine les mystères les plus insondables, bref attestant en toute occasion Tessor de Tesprit dégagé des entraves et des souffrances chamelles. Nous hésitons pour leur décerner la palme de Théroîsme dévot entre Théonas qui garda pendant trente années un farouche silence et Siméon le Stylite qui, perché sur sa colonne pendant plus d*une génération comme un médiateur entre le ciel et la terre, prêcha du haut de son observatoire larepentance aux habitants d'Antiocbie, servit d'arbitre dans leurs querelles aux tribus de Bédouins avoisinantes et imposa sa volonté à un. empereur. De semblables exploits, s'ils ne pouvaient exercer une influence salutaire et véritablement édifiante sur les foules, n'en parlaient que plus fortement aux imaginations et ouvraient à la légende pieuse une carrière sans limites. — Ce fut sous sa deuxième forme, celle de la vie cénobitique, que l'ascétisme chrétien remplit au sein d'une société dégénérée une mission grandiose, en ressuscitant dans quelques-uns de ses cloîtres l'image des communautés primitives et en accordant par

avance aux plus nobles âmes quelques-unes des joies du ciel sur la terre par la réalisation de leur divin idéal. Et tout d'abord aucun domaine ne fut exclu de son activité. Une ample satisfaction fut donnée aux intérêts matériels par Tessor imprimé à l'agriculture et à Tindustrie dans des contrées jusqu'alors désertes et stériles, les divers métiers exercés par les moines, le judicieux emploi qu'ils assignèrent à des revenus gagnés à la sueur de leurs fronts. La vie religieuse se réveilla dans toute l'étendue de l'Empire à la voix d'athlètes qui* prêchaient par leur exemple plus encore que par leurs discours. Tandis que des personnalités d'élite trouvaient dans ces vastes agglomérations pleine carrière pour le déploiement de leurs aptitudes administratives et gouvernementales, les âmes faibles cherchaient dans le cloître tout à la fois le tombeau d'un passé souvent rempli de fautes et de souillures ainsi que contre de futures tentations une forteresse inexpugnable. Une habile alternance entre les travaux manuels et les exercices liturgiques, les prières en commun et les méditations solitaires chassait la monotonie tout en maintenant une bienfaisante régularité. Aussi n'est-il point surprenant que des romantiques comme Grégoire de Naziance, sans cesse ballottés entre l'attrait de la vie contemplative et l'ambition de jouer un rôle, soient toujours revenus avec joie dans une cellule qu'ils n'avaient jamais quittée qu'à regret, que d'autres Pères d'une humeur plus calme tels qu'Isidore de Péluse, y aient élu domicile pour contempler de ses murailles comme d'une haute retraite les controverses théologiques qui déchiraient l'Eglise de leur temps et les juger d'un œil plus ferme et plus serein. En effet, les portes des monastères ne restaient point seulement ouvertes pour les catéchumènes qui recevaient l'enseignement évangélique, les orphelins, les proscrits, les opprimés de tout genre qui y cherchaient un asile, les malades du corps et de l'âme qui aspiraient à la guérison, mais encore leurs habitants ne craignaient point de les franchir toutes les fois qu'il s'agissait pour eux d'un grand devoir à remplir. — Ainsi, le Syrien Macédonius contribua par sa réputation de sainteté et son éloquence à l'adoucissement des rigueurs que se proposait de déverser sur Antioche révoltée Théodose en courroux. L'activité littéraire déployée par les ascètes ne saurait être estimée aussi favorablement que leur influence morale, tout au moins en Orient. Fortement empreinte de néoplatonisme, tout entière dirigée vers les régions mystiques, elle se présente à nous sous son jour le plus avantageux dans les Homélies de Macaire l'aîné, les Sentences de Nilus, les Parènèses de Marc l'Ermite et de Jean Climaque. Les écrits du faux Aréopagite, s'ils ne virent pas le jour dans un monastère, rencontrèrent dans tous un cercle assidu de lecteurs. Une exception doit être faite dans cette littérature monotone pour l'abbé Maxime qui à côté des effusions sentimentales habituelles déploie la dialectique subtile si fort appréciée dans les écoles de Byzance. La meilleure preuve de l'ascendant qu'exerça l'ascétisme chrétien sur une société énervée par le luxe et les plaisirs, nous est fournie par les éloges que lai décernent à l'envi les Pères les plus grands par le caractère et le

génie. Ecoutons par exemple Basile de Césarée dans plusieurs passages des Constitutions Monastiques : La vie qu'ils mènent est em-. preinte d'un caractère véritablement apostolique et ressemble de tout point à celle des anges ; on ne saurait que la souhaiter à tous ceux qui, affranchis des liens du monde, laissent derrière eux ses chagrins et ses désirs pour s'élever à la seule impassibilité digne de nous et contempler d'un œil serein les joies célestes. Jean- Baptiste dans la Bible leur sert de prototype, ainsi que la pieuse Marie en opposition avec Marthe toute absorbée par les soucis terrestres. Grégoire de Naziance qui conserve d'eux le meilleur souvenir, leur applique exclusivement le portrait que l'auteur de l'Epitre à Diognète trace de tous les chrétiens sans distinction et ne se lasse pas de célébrer les vrais moines qui goûtent dans la pauvreté la richesse, dans l'abstinence la possession, les hommes qui planent au-dessus du monde et se sont placés en dehors de la chair tout en vivant dans la chair [Oratio 12). Chrysostôme lui-même bien qu'il ait combattu à diverses reprises les exagérations ascétiques et blâmé ceux qui voyaient dans la vie de famille et les devoirs de leur vocation, un obstacle à leur perfectionnement, consacre cependant tout un livre (adoersus oppugnatores vilœ monasiicx) à l'apologie du régime monastique et décrit avec une sympathie visible « un état qui permet à ses adeptes d'oublier les bruits du monde par la douce gaieté qu'il leur procure, l'heureux équilibre de leurs facultés, le salutaire partage de !eur temps entre les pratiques de la dévotion et le travail manuel. » — Ij&sRègles courtes ou développées {Regulx brevius et fusiustraciatx)^ qui nous ont été transmises sous le nom vénéré de Basile, nous initient par la richesse de leur contenu à l'organisation extérieure des monastères aussi bien qu'à la vie psychologique de leurs habitants. Elles nous frappent tout d'abord par l'abondance des détails sur le vêtement et la nourriture des moines, la série de leurs occupations quotidiennes, quelquefois même la puérilité des questions qui y sont débattues, celle par exemple de savoir si lors de l'introduction d'un visiteur inattendu, l'ascète doit interrompre la tâche par lui commencée ou encore s'il doit se réjouir davantage des mets qui lui sont servis que de la lecture faite simultanément pendant le repas.Tous les cloîtres d'Orient, quelles que fussent les divergences de second ordre, offrent comme traits communs une obéissance passive aux ordres de leur supérieur désigné sous les noms tantôt d'abbas ou de père, tantôt d'archimandrite, tantôt enfin d'hégoumène, le renoncement à toute possession comme à toute volonté propres, la macération de la chair pour que l'esprit dirigeât librement son essor vers les régions divines. Le retour dans le monde, s'il n'est pas absolument interdit, entraîne tout au moins des peines rigoureuses. A l'origine les abbés seuls reçoivent le sacrement de la prêtrise et siègent dans les conciles à côté des évoques, tandis que les moines, malgré l'église renfermée dans l'enceinte de leur demeure, sont encore regardés comme de simples membres d'une association laïque. Ils n'en devinrent pas moins malgré l'opposition de quelques chrétiens austè-

res et par la force môme des choses les principaux éducateurs du . clergé. Malgré la sollicitude qu'il accorde au côté matériel de son œuvre, Basile s'occupe avec une prédilection plus visible encore des plus délicats problèmes de la casuistique, indiquant tour à tour les voies les plus sûres pour s'acquitter de la pénitence et les plus efficaces pour y persévérer, les relations autorisées avec le sexe féminin, les plus excellents moyens de vaincre la fraude, l'impatience, la jalousie, l'orgueil. Il est parlé dans les règles de la faculté de rire comme de l'obligation du silence. Ses perquisitions s'étendent même jusqu'à l'obscur domaine des instincts charnels et des fantaisies nocturnes. Basile, dans les nombreuses réponses qu'il donne à ces questions de tout ordre, cherche généralement à s'appuyer sur un passage biblique, mais il s'adresse à un public trop restreint et se complaît diins des distinctions exégétiques trop subtilespour que l'ascèse ne trahisse pas la faiblesse de son principe par l'impossibilité où elle se trouve de s'harmoniser avec la morale chrétienne universelle. — L'esprit et la chair se trouvent engagés dans une lutte sans trêve ni merci qui ne peut se terminer que par la destruction de l'un des combattants. La nature opprimée se venge en dépit de toutes les macérations et de tous les jeûnes par des explosions terribles semblables à celles qu'a décrites en traits de feu Jérôme dans sa lettre dix-huitième à Eustache : 0 quoiies in eremo constUutus in illa vasia solitudine quœ exusta soiis ardoribus horridum monachis prœbebat habitactulum putavi me Romanis intéresse deliciis, Ille igilur ego quiob metnm Gehennx talime carcere damnaveram^scorpiorum tanturri socius et ferarum, ssepe choris intereram puellarum. Pallebant ora jejuniis et mens desideriis œstuabat in frigido corpore et ante hominem suum jam in carne prsemortua sola libidinum inciendia bulliebant. Lorsqu'au contraire le corps s'habituait aux privations qui lui étaient imposées, l'esprit s'en dédommageait par d'orgueilleuses extases. D'autres fois toutes les forces de la volonté se brisaient par la violence du choc si bien que le drame se terminait par la folie ou le suicide. Dans d'autres cas enfin la crise n'était évitée qu'au prix de tout héroïsme et de toute vertu, tellement que Jérôme, avec sa rude franchise, stigmatisait les philosophes chrétiens qui ne se distinguaient que par la coupe de leur habit, de la masse des fidèles ; bref les moyens auxquels eurent recours les promoteurs de l'ascétisme n'aboutirent que trop souvent à un résultat directement contraire de celui qu'ils se proposaient.— Des inconvénients tout aussi graves à côté des très réels avantages que nous nous sommes plu à signaler résultèrent de la position prise par le monachisme vis-à-vis soit du clergé séculier, soit de la société laïque.Ettout d'abord les nobles élans et les ardentes aspirations vers la sainteté ne concoururent pas seuls à cet «ntrainemenl vers les cloîtres d'une intensité telle que selon l'ingénieuse expression d'un Père «les cités se vidèrent pour peupler tes déserts. » L'instinct d'imitation et les motifs intéressés y eurent aussi leur large part. Des empereurs du quatrième siècle et non seulement les ariens comme Valens mais de fervents défenseurs de l'orthodoxie, comme Théodose

se virent dans Tobligation de combattre par leurs décrets [Code Thêodos.y XII, 1, 63) une émigration qui frustrait leur trésor de sources abondantes de revenus, enlevait des bras valides à Tagriculture, affaiblissait leurs armées dans d'effrayantes proportions. En môme temps la vie de famille se voyait désorganisée par la rupture des liens conjugaux et plus encore par la fuite de parents qui sacrifiaient réducation de leurs enfants à leur désir de goûter plutôt la paix du cloître. Un synode tenu en 362, celui de Gangres,. proteste dans plusieurs de ses canons (9, 14, 15, 16) contre cet abandon des plus saints devoirs. L'idéal moral que croyaient exalter lesAntoinesetles Basiles fut au contraire abaissé par un formalisme mesquin. On en vint à une appréciation en quelque sorte numérique de la vertu d'après la somme de privations qu'on C's'était imposées et le degré d'insensibilité contre nature auquel on était parvenu. La jouissance de la viande entre autres fut tenue pour un crime tellement que Chry&ostôme malgré les séductions qu'avaient exercées sur son esprit les austérités monacales, s'éleva avec énergie contre cet ensemble d'aberrations. Quelques associations, par exemple celle des euchites, poussèrent l'amour de l'indépendance jusqu'à négliger les grâces et la communion sacerdotales, se contentant de la prière dans leurs cellules et de l'étude par cœur des Livres Saints L'autorité dont jouirent les moines sur le peuple chrétien, fut plus néfaste encore pour le progrès de la culture théologique et l'émancipation des esprits. En dépit de leur complète ignorance, grâce à leur nombre et à leur discipline, ils tranchèrent en maîtres souverains dans le sens de l'orthodoxie la plus stricte, les subtils problèmes auxquels se complaisait la curiosité de leurs contemporains et imposèrent par leurs anathèmes silence à tous leurs contradicteurs. Basile trouva en eux de dévoués auxiliaires pour expulser les ariens de la Cappadoce. Les patriarches d'Alexandrie les transformèrent en une garde de prétoriens qui servit aveuglément leurs ambitions et leurs vengeances. A l'instigation de Théophile, ils amenèrent par leurs intrigues la destitution de Ghrysostôme et décrétèrent d'hérésie les origénistes, sur l'ordre de Cyrille ils poussèrent leurs adeptes au rava^eduquartier juif et au meurtre d'Hypatie, à la voix de Dioscore ils accoururent àËphèse et assumèrent la responsabilité de toutes les mesures prises par le synode des brigands. Leur souvenir demeure attaché à tous les actes de sauvagerie contre le paganisme, à la profanation de tous les sanctuaires, au pillage de toutes les bibliothèques, à la destruction de tous les chefs-d'œuvre de l'art et de la science antiques. 11 n'en fallait pas tant pour justifier les malédictions et les sarcasmes d'un Eunape, d'un Julien, d'un Libanius. Trois siècles plus tard le même fanatisme anima les moines pendant la controverse des images. Les couvents, qui avaient le monopole de leur fabrication, ne pouvaient sans protester se laisser dépouiller d'une de leurs plus abondantes sources de revenu. Le même ascétisme qui prétendait affranchir l'homme de la tyrannie de la chair^ se montrait incapable d'adorer sans un symbole matériel la divinité.

Enfia les moines par leur organisation démocratique, se sentirent beaucoup plus rapprochés des masses que le haut clergé et résistèrent avec une toute autre énergie aux empiétements du pouvoir civil. Etienne combattit avec une persévérante hardiesse les édils iconoclastes de Constantin Copronyme, Théodore le Studite ceux de Léon risaurien. — - Les lettres de ce dernier éclairent la société de son siècle d'une vive lumière. La vénération pour les ascètes avait atteint son apogée : couramment désignés sous les nornsdeY^vo; ^Xïxtov ou de <n:Ép[u f¥T(|*ov, ils voient leur mission également quaiinée Siitct^E*;*» ifT'Xuw» et reçoivent les honneurs autrefois réservés aux martyrs. L'identification est complète entre eux et le parfait chrétien en ce sens qu'on ne saurait le concevoir sous d'autres traits que les leurs: <• Si l'on recherche les origines de la tradition en vertu de laquelle on quille le monde pour se faire moine, on pourrait, déclare Théodore, sa demander avec tout autant de droit les motifs pour lesquels on a embrassé la religion chrétienne. » Les voeux monastiques revêtent le caractère d'un sacrement si bien, que le Studite, après le fauxAréopagite, parle du fiusn^piov nit [wva^ixî^î teXsiwfftiîiç. Nous sommes également renseignés par ses lettres sur les prescriptions légales qui interdisaient aux solitaires de posséder des esclaves, de s'entretenir sans une impérieuse nécessité avec une personne du sexe féminin, d'accueillir ceux de leurs confrères qui auraient été expulsés pour fautes graves d'un autre monastère. Enfin, quant à la hiérarchie des emplois dans chaque association ascétique, elle avait d'après la même correspondance pris depuis les règles de Basile une singulière extension, puisque nous voyons énumérés à la suite les uns des autres: un i)fD^(Uva{, un uiroTSTaxTix^;, un JixàvDULOf, un ^ninni: [lovâpliiï, un iTriTnipiftiiç, un x.a.vowifyTii un TaîiâpXïiç un XElAapiTTjc, un ôfwiriTOpiOî, un ^sTiiipio^, un içuTtvuniç, un voatuojjLOi;, etc. — Pendant les siècles qui suivirent et jusqu'à la chute de l'empire byzantin la dégénérescence du monachisme marcha de pair avec l'accroissement de sa prospérité extérieure. Le cynisme ascétique sous ses formes les plus bizarres, trouva des représentants, si bien qu'au douzième siècle on décrivit ses espèces et ses monstruosités comme si elles eussent appartenu au règne animal: Yoixmtai, x"C-t"ei''r«i, «^'■tto^toStç, puKwvrtç, oi-yûvttï, oiSii p(iu[«voiTou6»uiitXïTaiîfïSpTTaïx'ovtT«i. La catégorie la plus respectée demeura celle des stylites. Eustache de Tbessalonique, dont les ouvrages abondent en renseignements précieux, met dans la bouche de l'un de ces solitaires un discours symbolique dans lequel la colonne qui leur s(m[ de résidence est successivement comparée à une colline au ^<>lJlnlet d'une haute montagne, à la tribune de l'athlète, & la tour de 1.1 Itirce, au foyer de la lumière. Toutefois ces passages dans lesqinU Eustathe s'efforce d'idéaliser le monachisme de son temps et i|i' le représenter tout ensemble comme le refuge des lettres etdes a] t-^ ï>acrés et comme une oasis sainte et pure sur le seuil de lai|iu'l[e expirent toutes les passions humaines, forment un étrange cimtraste avec d'autres du même auteur dans lesquels, emporté par Sun ardeur moralisatrice, il accuse tout uniment ces prétendus habl-

bilanls du ciel d'ignorance, d'indiscipline, d'avidité, d'hypocrisie. En tout cas, les quelques tentatives de réforme qui furent hasardées de loin en loin, échouèrent devant la routine et la parti pris des principaux intéressés. Les richesses même accumulées par les moines leur tournèrent à perte vis-à-vis des besoins croissants d'un trésor obéré et avec des empereurs que n'effrayaient point les confiscations, tels que Manuel Gomnène. Quelques couvents jouèrent jusqu'à la chute de Byzance un rôle politique, d'autres plus rares cultivèrent la science ou se vouèrent à des œuvres charitables. Les plus célèbres de tous furent ceux qui, à partir du neuvième siècle, couronnèrent les promontoires escarpés ou se cachèrent dans les sombres forêts du mont Athos : constitués en* une véritable république d'ascètes, ils sont encore aujourd'hui tenus dans une profonde vénération par toute la chrétienté orientale et jouissent du privilège de fournir d'évêques les sièges les plus illustres. — Envisagé dans son ensemble, le monachisme grec s'est maintenu dans ses grandes lignes tel qu'il fleurissait au quatrième siècle. Le même principe de stabilité qui lui a permis de braver les plus redoutables tempêtes, s'est opposé à l'introduction dans son sein de tout élément régénérateur : jamais en ses heures de crise, il n'a vu comme en Occident, surgir des ordres nouveaux qui ramenassent une* sève plus pure et plus généreuse dans son organisme pétrifié. Les plus récentes confessions de foi, celle de Métrophane par exemple, sans proclamer l'ascétisme indispensable à la vie de l'Eglise, célèbrent cependant en lui un de ses plus magnifiques ornements et de ses leviers les plus efficaces. Les vœux imposés aux novices sont demeurés les mêmes que dans les règles de Basile : modération, pauvreté, support, obéissance. Au dire des témoins les plus autorisés, il règne actuellement dans les monastères du rite grec une piété fervente et naïve quoiqu'altérée par l'ignorance et les plus grossières superstitions. La simplicité du genre de vie, l'austérité des pénitences, la division en plus vastes appartements et en petites cellules, rappellent le régime cénobitique primitif. Leurs habitants, recrutés en majeure partie parmi le peuple des campagnes, restent fidèles à leurs origines et jouissent sur leurs anciens frères d'une toute autre influence que les hauts dignitaires. L'indépendance hellénique trouva en eux ses plus passionnés et ses plus vaillants défenseurs. Quant aux couvents russes qui observent également la règle de saint Basile, plusieurs exercent sur l'imagination nationale un fort prestige par la puissance de leurs images miraculeuses, leur ancienneté, leurs richesses; les membres du haut clergé qui yont passé leurs plus belles années continuent à les visiter après leur élévation pour y présider aux cérémonies du culte et s'inspirer de leurs traditions de sagesse. — Si maintenant nous tournons nos regards du côté de l'Occident, nous constaterons que le monachisme, en raison même de ses origines exotiques, dut avant son établissement définitif triompher des haines les plus violentes et des préjugés les plus tenaces. A ses débuts en Italie et malgré la protection manifeste que lai accorda Ambroise de Milan, il fut exposé aux railleries des lettrés^

et aux brutalités de la plèbe ; les patriciens romains ne dissimuièrenl pas leur courroux lorsque Jérôme eut recruté dans leur société quelques-unes de ses plus illustres adeptes et les eut entraînées à sa suite dans le désert de Bethléem ; le clergé lui-même accueillit avec froideur les ascètes égyptiens qui accompagnèrent Athanase lors de son exil et se livrèrent à une active propagande en faveur de l'institution qui leur était chère. Aussi la phitosophie de ta Thébaîde auraitelle marché au devant d'un échec certain si elle eflt prétendu s'imposer dans toute sa rigueur à des populations qui n'avaient ni les mêmes moeurs ni les mêmes besoins religieux. Elle dut, pour se faire accepter, rabattre en raison même du climat de ses austérités quant à la nourriture et au vêtement, renoncer à l'isolement des laures el aux pérégrinations désordonnées des anacborëies, grouper tout au contraire ses adhérents dans de vastes habitations oîi ils vivraient en commun sous une autorité directrice. Peu à peu les nouveaux venus se concilièrent les sympathies générales par la saine activité qu'ils déployèrent et les œuvres charitables dont ils prirent l'iniLiative. Des miracles mêmes s'accomplirent en leur faveur, s'il faut en croire la légende de Martin de Tours. Le saint qui, pour l'introduction des premiers moines, avait eu à lutter contre le mauvais vouloir de tout son diocèse, fut accompagné pardeux mille d'entre çux à sa dernière demeure. Augustin fut si charmé de leur discipline qu'il soumit le clergé d'Hippone ii des règles toutes semblables, mais son exemple trouva peu d'imitateurs. L'épiscopat les enrôla sous son drapeau pour imposer le célibat obligatoire à tous les membres du sacerdoce et n'eut qu'à se louer de leurs services. S'ils ne jouèrent pas dans les controverses théologiques un rôle aussi bruyant que leurs confrères orientaux, leur influence ne laissa pas néanmoins de s'y faire sérieusement sentir, comme le montre l'exemple de Jean Cassien dans les controverses semi-pélagiennes. — Le monachisme d'Occident subit, en 529, une profonde et bienfaisante transformation avec l'érection, par Benoit de Nursie, du monastère du Mont-Cassin etla promulgation des règles bénédictines. Un terme fut mis par l'illustre religieux aux désordres des Gyrotagi et aux excentricités importées d'Orient qui dis'T.'iiil.iient l'œuvre à laquelle il avait voué son génie ; grâce à la m udt' ration qui inspira ses réformes et aux sacrifices auxquels il cunsiintit sur plusieurs points secondaires, il put insister d'autant plus fortement sur la nécessité absolue de la chasteté, de la sobriété, de la bienfaisance, de la modestie, de l'obéissance envers les supérieurs ; l(;i habiles tempéraments qu'il apporta à l'ascétisme primitif permirent à la rie chrétienne de se déployer avec plus d'ampleur et à la nature de reprendre quelques-uns de ses droits en même temps que des liens plus étroits entre leurs membres donnèrent aux nouvelles associations une unité que ne connurent jamais les couvents orientaux. Grâce à d'aussi tangibles avantages la règle bénédictine trouva un facile accès, non seulement en Italie, mais en Espagne et dans les Gaules et jouit pendant plusieurs siècles d'une supériorité ji,^^r..-„.iifl,. Son élasticité se prêtaà d'heureux changements dans les

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occupations de ses adeptes tout en en respectant le caractère essentiel. Ainsi Gassiodore, dans les règles qu*il octroya en 538 au monastère de Viviers en Galabre, ajouta aux exercices de dévotion et au travail manuel Tétude des lettres et la copie des manuscrits classiques. Fidèles à la pensée de leur illustre fondateur, les bénédictins, pendant la période troublée qui suivit l'invasion des barbares, remplirent en Occident une mission véritablement civilisatrice : à leur voix les déserts se peuplèrent, des régions naguères stériles se couvrirent d'abondantes récoltes, les écoles attachées à chaque cloître répandirent chez des hommes incultes la connaissance du Trivium et du Quadrivium; les chroniqueurs, en consignant le souvenir des faits qui s'étaient accomplis sous leur regard immédiat, jetèrent les bases de l'histoire du moyen âge ; les manuscrits de l'antiquité, s'ils en furent pas exploités avec intelligence, furent tout au moins préservés d'une destruction certaine. Quant aux rapports entretenus par chaque couvent avec le chef du diocèse, ils se trouvèrent déterminés d'avance par l'époque même de leur fondation. Le régime épiscopal fonctionnait en eEFet en Occident dans sa plénitude avant que se fussent élevées dans les forêts des Apennins les murailles de Monte-Gassino. D'autre part les moines, dans leur majorité puisqu'ils étaient toujours regardés commelaïques,formèrentdes associations particulières dans lesquelles le supérieur exerça les fonctions de presbytre. Les abbés acceptèrent donc en principe vis-à-vis des évêques de leur diocèse la position subordonnée qui leur était faite par les circonstances, mais travaillèrent de toutes leurs forces à relâcher des liens gênants et rencontrèrent dans toutes leurs tentatives d'émancipation l'actif appui des papes et des conciles. Grâce au rapide accroissement de leurs biens temporels par des legs et des donations pieuses, ainsi qu'à l'influence considérable dont ils jouissaient sur les populations, il leur fut aisé de repousser toute velléité de domination de la part de leurs anciens suzerains comme toute surveillance importune ; mais l'excès même de leurs richesses, en affaiblissant l'empire de la règle primitive, prépara leur décadence. Gontrairement à l'exemple que lui donnait rSglise grecque, le monachisme à partir du moyen âge se fractionna dans l'Occident en des ordres rivaux et qui se multiplièrent dans la mesure même où la vie religieuse se retirait des cadres officiels. — Nous nous bornerons à donner de l'ensemble une rapide esquisse, renvoyant pour les détails aux articles spéciaux consacrés par YEncyclopédie à chacun d'entre eux. Envisageons tout d'abord le monachisme sous la plus attrayante de ses faces et rappelons son noble rôle dans les entreprises missionnaires qui initièrent les barbares du Nord tout à la fois aux bienfaits de la civilisation et à la connaissance de l'Evangile. Tandis que les monastères dans les pays romans se montraient oublieux de leur sainte tâche, l'Eglise d'Irlande qui avait reçu de l'Orient les premiers germes de sa foi chrétienne, était parvenue à un haut degré de prospérité et avait mérité, ainsi que sa sœur de la Grande-Bretagne, le beau surnom d'Ile des Saints à cause du zèle qu'elle déployait pour les bonnes œuvres.

Séparée de Rome par les mers, elle n* avait jamais entretenu des relations durables avec cette métropole de TOccident et s'était soustraite à son esprit hiérarchique ; son christianisme, loin de se perdre dans les subtilités byzantines, avait revêtu un caractère essentiellement pratique, et s'était appliqué à adoucir les mœurs des tribus celtiques environnantes, à les corriger de leurs vices, à leur, inspirer le goût de Fagriculture et des occupations sédentaires. Les mêmes couvents, à leur tête Jona et Bangor, qui avaient présidé à cette œuvre éducative et moralisatrice, ayaient secoué Tesprit scientifique de sa torpeur, et brillaient comme des phares au milieu de la nuit universelle. Ni la conquête anglo-saxonne, ni la réunion des Bretons à TËglise de Rome, opérée à la fin du sixième siècle par le moine Augustin, n'apportèrent de graves changements à un régime aussi salutaire. Grégoire P' se concilia les sympathies de ses nouveaux sujets par l'habile modération dontilusaà l'égard des coutumes nationales. Le moine grec Théodore, qui occupa à la même époque le siège métropolitain de Canterbury, imprima à la vie littéraire et religieuse une assez féconde impulsion pour que les couvents qui, pendant la période celtique avaient jeté un si vif éclat, donnassent encore, au huitième siècle, asile à Bede le Vénérable, le docte historien ; au neuvième, à Scott Erigène, le hardi penseur. De ces ardents foyers partirent, dès le septième siècle, de courageux missionnaires pour convertir la Germanie encore païenne ou régénérer la Gaule retombée sous les Mérovingiens dans la sauvagerie et la débauche : Colomban pour l'Austrasie, Gall pour THelvétie orientale, Kilian pour la Franconie, Willibroord pour la Frise, Winfried enfin, le plus illustre de tous, pour les bords du Rhin. La biographie de Sturm, l'un de ses plus fidèles compagnons (Perlz, Monwnenta Germanlca^ t. II), retrace dans un vivant tableau les aventures et les périls auxquels étaient quotidiennement exposés ces héroïques pionniers de la foi nouvelle. Les couvents continuèrent à remplir dans ces régions inconnues le rôle dont ils s'étaient si glorieusement acquittés dans la mère patrie: ils servirent tout à la fois de foyers à la colonisation chrétienne, de forteresses pour tenir en respect les territoires récemment conquis, de pépinières où se formèrent, sous l'œil de maîtres expérimentés, de vaillants soldats de l'Evangile. De la Nouvelle-Gorbie, par exemple, sortirent Anscar et tous les apôtres du Nord. Les évêchés ne revendiquèrent que plus tard et dans une période plus stable, la suprématie primitivement exercée par les cloîtres. — Boniface, après qu'il eut été élu primat de Mayence, asservit au saint-siège une organisation qui, auparavant, si elle n'avait pas joui d'une entière indépendance, n'aurait jamais rendu d'aussi précieux services, et qui plus tard, lorsqu'elle eut perdu sa liberté d'action, ne songea plus qu'à s*en consoler par l'accroissement de ses richesses et de ses privilèges. Le relâchement atteignit au huitième siècle dans l'Eglise franque d'assez vastes proportions pour attirer l'attention de Charlemagne. Le grand empereur, qui aspirait à unir l'Eglise et l'Etat dans un ordre idéal, où il serait investi de l'autorité temporelle, tandis que le pape, à ses

<îôtés et sous son patronage , remplirait les fonctions métropolitaines, s'efforça de soumettre le clergé séculier et tout particulièrement celui des cathédrales à la règle bénédictine. Ûévôque <ie Metz, Chrodegang (742-766), avait, en souvenir d'Augustin, accoutumé ses élèves à des repas en commun qu'accompagnaient le chant des hymnes et la- lecture de l'Evangile, ainsi qu'à diverses pratiques ascétiques. Gharlemagne , et après lui Louis le Débonnaire, élevèrent à la hauteur d'une norme universelle la réforme du pieux évèque lorrain , en sorte que des monastères de chanoines [monasleria canonicorum^ vita canonica), surgirent simultanément dans toutes les villes de l'empire. Un germe d& décomposition se glissa , il eet vrai , dans ces nouveaux instituts, par ie maintien des distinctions sociales et la faculté laissée à chacun de leurs membres de conserver sa fortune personnelle. Aussi plusieurs moines, séduits par un régime aussi accommodant, se firënt-ils chanoines, maint couvent se tranforma en une association de bénéficiers uniquement occupés à manger les revenus de leurs riches prébendes et oublieux de leurs austères devoirs. Les abbayes furent tantôt gérées dans un intérêt égoïste par le souverain lui-môme, tantôt données en fief à un de ses courtisans laïques [abba comités), tantôt livrées en toute propriété à un évoque influent. Quant aux cloîtres proprement dits, Louis le Débonnaire les soumit à l'inspection d'un rigide solitaire, Benoît d'Aniane, et fit décréter en 817 par un synode d'abbés leur complet retour à la règle primitive. — Les siècles suivants offrent le spectacle d'une dégénérescence morale toujours plus profonde, parfois interrompue par de stériles tentatives de réforme. Le seul de ces essais qui ait véritablement porté d'heureux fruits, fut réalisé en Allemagne par les moines bretons et irlandais^ chassés de leur patrie par les pirates Scandinaves. Leur mysticité gagna les cœurs du peuple que repoussaient l'orgueil et le formalisme du haut clergé franc. Leurs travaux scientifiques auxquels s'intéressa Bruno, lé frère d'Othon le Grand, coïncidèrent avec les réformes ecclésiastiques entreprises sur une vaste échelle par les empereurs de la maison de Saxe, et la transformation qui s'opéra dans les mœurs de la papauté à partir de Grégoire V. Grâce à leur salutaire influence, le clergé germanique du dixième siècle atteignit un niveau de piété et de connaissances très supérieur à celui des pays romans. En deçà du Rhin également, mais à une époque plus tardive, s'accomplirent, par l'initiative des moines, de sérieuses réformes. La forme choisie par eux fut celle des congrégations : les couvents qui avaient jusqu'alors joui d'une entière indépendance se réunirent volontairement pour l'observation d'une règle analogue dans ses grands traits à celle de Benoît de Nursie, quoique aggravée sur plusieurs points de détail. Le soin démener à bien cette entreprise délicate fut confié au supérieur d'un couvent modèle, qui assembla autour de lui à des intervalles réguliers les autres abbés , membres de l'association, pour s'aider de leurs conseils. Si libre qu'elle fût, cette union, la plus étroite qu'autorisassent les constitutions bénédictines, suffit pour régénérer plusieurs monastères en les

arrachant à leur isoleùient et à leur torpeur. La première en date de ces congrégations et en même temps la plus célèbre, fut celle de Gluny, fondée en 910 par Bernon et dont le deuxième abbé Odon étendit les statuts à plusieurs couvents français et italiens, après leur avoir assigné leur forme définitive. Sous Mayeul, son successeur (948-994), la suzeraineté immédiate de T abbaye embrassa tous les couvents de France et de Bourgogne, plus de deux milliers. Encou^agé^ par leurs succès dans la sphère qui les touchait le plus directement, les religieux de Cluny s'attaquèrent à la réforme du clergé séculier el stigmatisèrent, sans ménagement, les abus dont se rendaient coupables ses hauts dignitaires. Ils furent soutenus, dans cette ardue mission, par le saint-siège qui multiplia pour eux les exemptions et Ie^ privilèges, mais se vit récompensé de ses faveurs par le zèle avec lequel Cluny soutint vis-à-vis de Tépiscopat les maximes des Fausses Décrélales, — L'exemple de la puissante abbaye bourguignonne réagità son tour sur les cfoitres germaniques dont la libéralité dévote du dixième siècle avait accru les richesses dans une mesure inouïe. Aussi n'est-il point surprenant que, malgré l'activité charitable et l'ardeur scientifique déployées par eux dans une précédente période, ils ne fussent, avec le retour de l'abondance, retombés dans leurs anciens errements. Henri II se chargea de les réveiller de leur indolence en faisant marcher de pair avec leur réforme intérieure la sécularisation de leurs biens dans des proportions inconnues depuis les jours de Charles Martel. Quelques-uns des revenus ainsi reconquis furent de nouveau affectés à un but pieux, mais la majeure partie servit à parer aux besoins les plus urgents de l'administration et à combler les vides du trésor impérial. L'altier monarque procéda avec une rigueur systématique h cette œuvre de recouvrement, et recommanda ironiquement une sage économie dans leur future gestion, aux cloîtres ramenés bien malgré eux à leur pauvreté primitive: Quapropler consulani sibi etprœveniarU scandala anlequam fiantyhabtant quesecum, qux Deo offeruntur^ nec abjicant incassuni^ quia ciio venict tempus, quando ynundus recipiet, quod Deo dédit, et monasteria quxninic suni in abundantia^ prima erant in rapina ut fiât, quod Salvator ait : abondante iniquitate refrigescet charitas multorum (Codex Diplqmaticifs Fuldensis, p. 350). De nombreuses congrégations s'organisèrent sur le modèle de Cluny : en Italie Pulsano et Clusa, en Espagne la Marche des Pyrénées, en Allemagne Hirschau dans la Forêt-Noire, qui vénéra dans l'abbé Guillaume son pieux fondateur (1069). La décadence do Cluny fut amenée au douzième siècle par les mômes causes qui avaient déjà miné le crédit de ses prédécesseurs : l'excès des richesses, une trop constante et trop impérieuse immixtion dans le domaine temporel, une liberté qui, avec la suppression en 1063 de toute juridiction épiscopale, dégénéra en licence. Accoutumés à une vie facile et à une société choisie, oublieux des prescriptions sévères dans leur monotonie que leur avaient, à l'origine, imposées Odon et Odillon, les bénédictins ou, moines noirs avaient secoué toute obligation gênante et désappris, avec leur prédilection pour le latin, le simple el

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dans Abailard le représentant de la science humaine, du scepticisme, de rhérésie, l'apôtre enfin de la paix universelle entre les monarques de rOccident pour les entraîner tous à une croisade victorieuse contre rislam. Sous son gouvernement les cisterciens jouirent dans toute / TEurope d'un crédit sans limites. Les templiers leur empruntèrent leur constitution, plusieurs ordres de chevalerie espagnole, ceux de Montesa, de Galatrava, d'Alcantara, se proclamèrent leurs affiliés, le Portugal tout entier leur paya volontairement le tribut de vasselage. Dans le milieu du treizième siècle, ils ne possédèrent pas moins de dix-huit cents abbayes. Cette prospérité extraordinaire explique la promptitude de leur chute. Les moines blancs qui prétendaient au monopole de toutes les vertus ne se montrèrent bientôt ni moins avides de richesses, ni qioins durs dans leurs rapports avec leurs inférieurs, ni moins imbus de préjugés aristocratiques que les moines noirs de Gluny leurs rivaux décriés et détestés. Tous les essais entrepris pour leur régénération intérieure échouèrent devant leur obstinée résistance. — De ces nombreuses tentatives de réforme la plus célèbre est celle à laquelle se voua au dix-septième siècle, après une jeunesse orageuse, Tabbé Jean Bouthilier de Rancé. L'abbaye de la Trappe devint sous sa direction (1662) le théâtre des plus redoutables austérités qui embrassèrent dans leur cercle de fer jusqu'à la conversation et aux travaux scientifiques, mais l'excès même de ses rigueurs attira dans ses murs, jusqu'à la Révolution française, d'enthousiastes pénitents. Nous mentionnerons brièvement d'autres ordres nés également dans le cours du douzième siècle, mais beaucoup moins célèbres que les cisterciens : les religieux de Prémontré qu'organisa en 1120 sur le modèle de la vita canonica Norbert, un ancien chanoine de Cologne et chapelain de Henri V et qui, par le zèle couronné de succès par eux déployé pour la conversion des Windes, supplantèrent les bénédictins dans l'Allemagne orientale ; les carmélites, dont la règle fut dictée par le prophète Elie dans une caverne de la sainte montagne au croisé calabrais Berthold et qui, après la reprise de la Palestine par les Musulmans, reçurent de la Vierge, par l'intermédiaire de leur général Simon Stock, un scapulaire miraculeux dont l'attouchement suffît pour préserver des peines éternelles. D'autres ordres se consacrèrent tout spécialement au soin des malades : les hospitaliers de Saint-Antoine d'abord laïques, puis chanoines de Saint-Augustin, que créa en 1095 à Vienne en Dauphiné, Gaston, un riche gentilhomme du pays dont le fils venait d'être guéri de la peste dite feu de Saint- Antoine ; les frères des hôpitaux que Guido réunit en 1178 à Montpellier et auxquels Innocent III assigna en 1204 à Rome, comme maison mère destinée à servir de modèle à plusieurs autres, l'hôpital récemment restauré du Saint-Esprit [Hospitale sancti spiritus in Saia); les trinitaires ou frères de la Rédemption désignés par le peuple sous le sobriquet de mathurins ou frères-aux-ânes, qui se destinèrent au rachat des captifs à l'exemple de Jean de Mathâ, un ancien théologien de la faculté de Paris, et de Félix de Valois (1198). La première troupe de chrétiens délivrés par leurs bons offices revint en 1200 du Maroc. Leur

général prit sa résidence à Cerfroy. une abbaye du diocèse de Meaux où un cerf avec une croix entre ses cornes avait apparu à leurs pieux fondateurs. Enfin dans le cours du onzième siècle et pour répondre au besoin d'une plus étroite solidarité dans la vie quotidienne naquirent les /lumiliafe^, des artisans milanais proscrits, tout spécialement des tisserands, qui firent de rapides progrès dans toute la Lombardie et pratiquèrent, outre des exercices dévots, la communautédes biens. InnocentlII, quiles tenait pour une heureuse transition entrele clergé et le monde, les reconnut en 1246 et leur imposa la règle bénédictine. Pie V prononça en 1571 leur dissolution comme suspects d'hérésie. La croyance si répandue dans les cercles nobles du moyen âge que de toutes les œuvres méritoires, il n'en était pas de plus excellente que la délivrance du saint Sépulcre, provoqua la création des ordres chevaleresques. La modestie de leurs origines forme un parfait contraste avec la splendeur de leurs développements. Quelques marchands d'Araalfl, qui faisaient le commerce avec la Palestine, fondèrent en 1048 un hôpital à Jérusalem pour la protection de leurs pèlerins. Les religieux qui s'en occupaient et qui avaient d'abord suivi la règle de saint Benoît, reçurent en 1095 de Pascal II une constitution spéciale et prirent le nom d'hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. Leur grand maître Raymond Dupuy ajouta aux trois vœux monastiques ordinaires l'obligation de combattre les infidèles. L'ordre se subdivisa désormais en trois classes : les chevaliers proprement dits, dont la bravoure brilla du plus vif éclat sur les champs de bataille, les chapelains qui vaquèrent aux offices religieux et les servants qui continuèrent à prendre soin des misérables (1118). La même année huit autres chevaliers que conduisait Hugues de Payen s'engagèrent vis-àvis du patriarche de Jérusalem par des vœux tout semblables, élurent domicile dans le palais royal à côté de l'ancien temple de Salomon et empruntèrent à ce voisinage leur appellation ùq Praires vxiliiiaB templi ou encore de Pauperes cùmmilitones Christi templiqueSalomonis. — Nous franchirions le cadre de cet article si nous entreprenions d'esquisser même brièvement l'histoire de ces deux ordres fameux qui rivalisèrent bientôt d'orgueil, de puissance, de richesses et remplirent le monde entier du bruit de leurs débordements et de leurs discordes. Leur antagonisme garda même si peu de ménagements qu'en 1179 Alexandre III leur imposa bien malgré eux une paix perpétuelle. Les templiers qui se laissèrent trop souvent séduire par l'or musulman et qu'Innocent III, à cause de leur immoralité patente, menaça en 1208 de la perte de leurs privilèges, regagnèrent l'Europe après la perte par les chrétiens de la Terre sainte à laquelle ils avaient largement contribué par leurs querelles intestines, et choisirent Paris pour résidence. Philippe le Bel, qui convoitait leurs immenses richesses et ne pouvait supporter une influence rivale, les accusa publiquement en 1307 de magie, d'hérésie et d'autres crimes aussi odieux qu'invraisemblables. Clément V, son docile instrument, décréta leur suppression le 2 mai 1312 au concile de Vienne par la bulle Ad providam. Quant aux hospitaliers ils s'étaient réfugiés en 1187, après la prise de Jéru-

salem par Saladin, à Ptolémaïs et en 1296, à la suite des victoires du sultan d*Egypte, à Chypre d'abord, puis à Rhodes sous la conduile de leur grand-maître Foulques de Villaret (1309). Cette île qu'ils possédèrent pendant plus de deux siècles, fut transformée par leur vaillance en un boulevard avancé de la chrétienté contre l'Islam . Soliman le Magnifique réussit à les en déloger après un siège opiniâtre (octobre d522). Mais Malte qui leur fut concédée par Charles-Quint (4530), devint sous leur garde vigilante un écueil tout aussi redoutable pour les armes ottomanes et barbaresques. Après les pertes qu'ils avaient subies au seizième siècle lors de la confiscation de leurs biens en Angleterre, en Suède, en Hollande et dans les autres pays qui embrassèrent la Réforme, les chevaliers de Malte furent spoliés la dernière année du dix-huitième siècle de leur île par le général Bonaparte (1799). Les Anglais qui s'en emparèrent l'année suivante, après avoir promis de la rendre à la paix d'Amiens, se la firent adjuger au congrès de Vienne, malgré toutes les protestations de ses anciens maîtres qui, dans l'intervalle,, avaient perdu leurs dernières possessions en Allemagne et en Italie (1806, traité de Presbourg). La Prusse, qui avait supprimé l'ordre en 1810 le restaura, mais dans de tout, au très conditions, le 6 janvier 1853. Les nouveaux johannites qui, pour le seul Frédéric-Guillaume lY étaient les héritiers de l'ancien balliage deBrandebourg,se consacrent tout spécialement au soin des blessés sur les champs de bataille. — Le troisième des grands ordres chevaleresques, celui des chevaliers teutoniques: Equités teuionici hospitales seu Marix VirginisHierosolymitani, virent également le jour en Palestin^e pendant le siège de Ptolémaïs (1196) et furent organisés par des inarchands de Brème et de Lûbeck sous la direction d'Henri de Wallpot, mais déjà en 1226 il émigra en Prusse pour se vouer à la conversion des païens par la force des armes beaucoup plus que par la prédication de l'Evangile. Leur histoire se confond dans ces contrées avec celle de la conquête germanique. En 1237, s'accomplit leur fusion avec les chevaliers porte^glaives : Fratres militise Christi seu gladiferiy institués en 1201 par l'évèque Albert de Livonie. La résidence de leur grand maître fut transférée en 1305 de Ptolémaïs à Marienbourg sur les bords de la Yistule. L'ordre teutonique eut son plus bel épanouissement au quatorzième siècle avec la possession incontestée de la Lithuanie, les victoires réitérées sur les Polonais, l'éclat d'une cour chevaleresque, la fondation de cités prospères, la création d'une classe de paysans qui contribuèrent par leur charrue bien plus que leurs maîtres par leur épée, à asseoir la civilisation germanique sur le sol slave. Vinrent les mauvais jours : le 10 juillet 1410 la bataille de Tannenberg où Félite des chevaliers succomba devant une armée très supérieure en nombre de Polonais et de Lithuaniens; en 1411, la paix de Thom qui leur enleva Kulm, Elbing, Marienbourg et l'obligea à reconnaître pour le reste de ses possessions la suzeraineté de leurs vainqueurs. La dégénérescence intérieure marcha de pair avec les revers vis-à-vis de l'étranger et l'ordre teutonique était depuis longtemps en pleine dissolution lorsqu'Albert de Brandebourg,

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son dernier grand maître, le sécularisa le 10 avril 1525 sur le conseil de Luther. Ses émules, les chevaliers porte-glaives qui avaient vaillamment résisté en Livonie à Tinvasion russe, n* avaient pu néanmoins se maintenir contre son courant dévastateur qu'en se déclarant les vassaux des rois de Pologne. Sa sécularisation fut également prononcée par son dernier grand maître Gotthard Kettlerqui, à l'exemple d'Albert de Brandebourg, s'était converti au protestantisme, si bien que le duché de Gourlande et de Semigallie devint àpartir de 1551 un fief laïque. Quant à la minorité des chevaliers teutoniques qui était demeurée fidèle à l'Eglise romaine, elle s'était immédiatement donné une nouvelle constitution, celle de Kronberg, et avait transporté sa résidence à Mergentheim en Souabe. Ils se maintinrent avec une diminution croissante de leur pouvoir et de leurs richesses sous la protection d archiducs autrichiens jusqu'en 1806 où Napoléon les supprima dans toute l'étendue de la confédération germanique. La Bavière, le Wurtemberg, le grand duché de Baden se partagèrent leurs dépouilles. Les ordres de chevalerie espagnole de Saint-Jacques de Compostelle, de Calatrava, d'Alcantara eurent une importance toute locale qui se concentra dans l'expulsion des Maures. — Les ordres monastiques dont à partir du sixième siècle nous avons énuméré les principaux dans leur opulente diversité, satisfirent à deux aspirations primordiales du moyen âge ; celle vers l'association qui se manifesta à la même époque dans les corporations, les universités, les ligues des princes et des villes ; celle vers la sainteté qui espéra atteindre son idéal par la fuite du monde et la voie douloureuse de l'ascèse. Quel attrait les membres du clergé séculier auraient-ils pu en effet exercer sur l'imagination populaire quand elle jouissait quotidiennement de ce double spectacle : celui de pécheurs scandaleux qui attestaient par l'austérité de leur pénitence la sincérité de leur repentir et celui d'obcurs plébéiens parvenus par le seul effort de leur piété et de leur génie à la domination temporelle et à la possession des plus riches prébendes. A un point de vue plus général, la création des mêmes ordres satisfit un besoin qui s'était fait depuis longtemps sentir : celui d'une direction spirituelle autre que la hiérarchie et qui en comblât les lacunes. La division en congrégations rivales fut un perpétuel stimulant pour le zèle de leurs adeptes. Les moines blancs de Cîteaux se firent forts de réformer l'oisiveté de leurs prédécesseurs de Cluny, tandis que ceux-ci leur reprochèrent amèrement leur dureté et leur orgueil. Le monachisme concilia dans son sein mainte contradiction apparente. Il poussa aux croisades, aux pèlerinages, aux vastes et lointaines entreprises, tout en se vantant de posséder dans son for intérieur un trésor plus puissant pour le salut des âmes que tous ceux de la terre promise. Il mit en réserve pour chaque douleur réelle ou imaginaire le seul remède efficace. Il servit la science sans bien la connaître et permit tout au moins aux lettrés et aux chroniqueurs de déployer dans ses paisibles retraites une fraîcheur d'impressions et une rectitude dejugementqu'ils auraient vainement demandées ailleurs. Il engendra enfin toute une série d'éminentes per-

sonnalités depuis Benoît de Nursie jusqu'à Bernard de Clairvaux». depuis Pierre le Vénérable jusqu'à François d'Assise et à Dominique • d'Osma. Les papes, malgré les précieux services dont il lui furent redevables, ne laissèrent pas d'être effrayés par tant de richesses et le quatrième concile de Latran, dans son treizième canon, s'efforça d'opposer une digue à l'exubérance de ce développement (1215) : Ninimiareligionum diversUas gravera ia ecclesia Dti confusionem inducat^ firmiter prohibemus^ ne quis de cxlero novam religionem inveniat^ sed gutcitmque voluerit ad religionem converti unam de approbalis assumât, — Le saint- siège aussitôt que le réclamèrent ses intérêts fut le premier à s'affranchir de cette restriction solennelle. Les anciens ordres qui se recrutaient en majeure partie dans les classes élevées de la population, repoussaient par leur licence les âmes pieuses, les foules par leur orgueil, si bien que les unes et les autres se sentaient attirées par l'évangélique' simplicité des albigeois et vaudois , et d'autres sectes hérétiques. Il importait, pour couper court à cette désertion croissante, de fonder de nouvelles associations qui revêtissent un caractère essentiellement populaire. Les ordres mendiants^ par le succès avec lequel ils s'acquittèrent de leur délicate mission, ramenèrent à l'Eglise catholique les sympathies qui commençaient à lui faire défaut et écartèrent pour longtemps de son sein tout danger d'un schisme. Leur premier promoteur fut le fils d'un riche marchand d'Assise, Francesco Bernardone dont la postérité changea le nom patronymique en celui de sa ville natale, une nature franchement italienne, aisément portée aux extrêmes et qui s'abandonnait avec enthousiasme à^ ses premières impressions, un mystique qui se préoccupa trop de l'imitation purement externe de son Sauveur, un orateur ardent et naïf qui trouvait comme par miracle le chemin des cœurs, un poète enfin qui vivait dans une enfantine communion avec la nature et appelait toutes les créatures vivantes ses frères ou ses sœurs. Pour guérir l'Eglise de ses plaies, aucun remède ne lui sembla plus efficace que de prêcher aux pauvres, avec la repentance, l'Evangile de la miséricorde. Malgré la conscience avec laquelle il acceptait pour lui-même les plus dures privations, sa règle édictée en 1210 insiste moins sur les mérites de l'ascèse que sur la nécessité de la conversion et la< puissance de l'exemple. De même qu'aux albigeois, la richesse apparaît à François d'Assise comme la source de tous les maux : aussi se plaît-il dans ses discours à opposer aux trésors périssables la pauvreté et la simplicité apostoliques. Ses disciples ne doivent absolument rien posséder en propre; il les renvoie sans crainte pour leur subsistance à l'aumône et à la charité de leurs semblables. L'austérité habituelle de leur vie ne doit point les rendre étrangers aux joies innocentes de la foule : tout au contraire, ils doivent, par leur modestie, gagner sa confiance et prendre le titre de fraires minores^ frères mineurs^ pour mieux se distinguer de leurs superbes devanciers (connus en France sous le nom de cordeliers). La cure d'âmes qu'entreprit François en vertu de semblables principes fut couronnée d'un succès extraordinaire ; les masses répondirent avec

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un tel empressement à son appel qu'il put recruter dans leur propre sein les forces que réclamait leur apostolat. La papauté prit une position expectative au début de ce mouvement étrange dont elle ne pouvait discerner avec une entière certitude s'il provenait d'un saint ou d'un hérésiarque, s'il affermirait sur ses bases la hiérarchie romaine ou en précipiterait la déchéance. Innocent III se souvint à propos d'une maxime toujours pratiquée avec succès par ses plus illustres prédécesseurs, qu'il suffisait d'enrôler un mouvement démagogique au service d'une puissance plus haute pour le dépouiller de tout péril.JFrançois obtint, en 1205, du chef de la chrétienté une audience particulière et fut autorisé par lui, en 1216, à tenir la première assemblée générale de son ordre. Les franciscains qui dans l'intervalle s'étaient répandus dans tous les pays romans avec une merveilleuse rapidité, furent solennellement reconnus, en 1221, par Hotiorius III avec leur règle et leurs privilèges. Grégoire IX, enfin, canonisa leur fondateur en 1228, quatre années seulement après sa mort (4 octobre 1224). Un nouvel élément de crédit leur avait déjà été octroyé en 1212 par l'adjonction d'un ordre de femmes tout semblable, celui des clarisses dont la première directrice fut Glaire Scissi, également originaire d'Assise. Leur influence sur toutes les classes de la société reposa sur des bases plus solides encore à partir de 1221 par la création à laquelle présida le saint lui-même d'un nouvel ordre de pénitents qui s'engageaient à l'exercice de toutes les vertus chrétiennes tout en restant provisoirement dans le monde: les tertiaires ou frères convers (tertius ordo de pœnitentia) , — Au quatrième concile de Latran avait assisté, en même temps que Francesco Bernardone, Domingo Guzman, chanoine d'Osma, un Espagnol issu d'une noble famille castillane et profondément versé dans la science théologique de son époque, de mœurs sévères, d'un caractère opiniâtre et méthodique, rempli d'une haine instinctive contre l'hérésie. Un voyage qu'il avait fait en 1205 dans le midi de la France en compagnie du légat l'avait convaincu tout ensemble de l'incapacité des anciens ordres pour triompher de l'hérésie et de la nécessité d'une milice nouvelle complètement dévouée au saint-siège. Ses premières tentations auprès d'Innocent III furent moins heureuses encore que celles de son émule; il obtint à grand'peine de lui, avec une audience verbale, la faculté d'organiser ses compagnons suivant la règle de Prémontré comme une nouvelle association de chanoines. Honorius III, qui avait été informé des succès remportés sur les albigeois par le nouvel ordre des frères prêcheurs {fraires priedicatoreSy en France, jacobins), donna volontiers à leurs statuts sa sanction pontificale (1216). Des nonnes, en moyenne partie recrutées parmi les albigeoises converties, sye placèrent sous sa direction; de même que les franciscains, il eut pour affiliés dans le monde des frères et des sœurs du tiers ordre {fratres et sororesdemilitia Christi). Les dominicains se proposèrent comme but de leurs efforts la préservation pour la chrétienté de tout contact hérétique et recoururent pour y parvenir à la charité, à l'enseignement, à la prédication. Leur triomphe fut définitivement assuré lorsque leur

fondateur au premier chapitre général tenu à Bologne (1220) eut adopté les maximes de François d'Assise sur la pauvreté apostolique. Aussi, en 1233, peu d'années après sa mort (6 août 1221), Grégoire IX lui octroya-t-il, de même qu'à son émule, les honneurs de la canonisation.—Diverses associations monastiques proclamèrent, à l'exemple des ordres mendiants, leur renoncement absolu aux biens de ce monde : les carmélites (i245), les ermites de saint Augustin récemment fondés en Italie (i256), le^sewites, La constitution des franciscains et celle des dominicains traversèrent les mêmes stades avant d'arriver à leur complet développement. Chaque couvent fut présidé, chez les premiers par un gardien, chez les seconds par un prieur, chaque district par un père provincial, l'ordre entier par un général {minister generalis)y tandis que les intérêts de la communauté étaient représentés auprès de chacun d'eux par un définiteur. La législation et la surveillance morale incombèrent soit aux réunions provinciales, soit au chapitre général. Les deux ordres élurent résidence à Rome : les franciscains au Capitole [Aracxii), les dominicains au temple de la Minerve (Sopra Mlnerva). Affranchis des soucis de la vie quotidienne, les ordres mendiants n'en demeurèrent pas moins mêlés au peuple et ouvrirent aux plus capables de ses ûls l'accès des plus hautes dignités ecclésiastiques. Investis du droit d'entendre en tout lieu les confessions, ils devinrent les directeurs universels des consciences et furent initiés à tous les secrets qu'ignora le prêtre de la paroisse : aussi en profitèrent-ils pour une constante immixtion dans les affaires des familles, des cités, des Etats. Obligés de tenir tablé ouverte, ils rassemblèrent autour d'eux la foule des indigents, et en prirent prétexte, surtout les frères prêcheurs, pour accepter des sommes immenses qui, du moment qu'elles étaient censées la propriété commune de l'ordre, ne contrevenaient aucunement au vœu individuel de pauvreté prêté par chacun de ses membres. Leur prétendue indigence fut d'ailleurs amplement compensée par l'étendue de leurs privilèges (indulgences, rosaire, prédication, confessionnal) et leur élévation systématique au-dessus soit du clergé séculier, soit des anciens ordres. L'esprit véritablement apostoliquequiavait à l'origine animé leurs fondateurs n'avait pas tardé à être étouffé par les rivalités et les ambitions mondaines. Les papes chérirent dans les ordres mendiants une milice admirablement disciplinée, recrutée dans toutes les classes de la population et de préférence dans les plus infimes, habituée aux plus rudes privations et à une obéissance absolue. Grâce au dévouement et à la persévérance de ces soldats en capuchon, l'hérésie disparut des pays romans. Leur emblème fut le chien de garde que les dominicains avaient fait graver parmi leurs insignes, vigilant et fidèle, mais acharné contre l'adversaire qu'il accable de ses morsures. Le rôle spécial des dominicains fut déterminé par le caractère dogmatique de leur fondateur. Ils se donnèrent pour mission la défense de la vérité catholique par tous les moyens, de la tribune populaire comme du haut de la chaire professorale, par leurs écrits comme par leurs discours sans parler du bûcher. Ils régnèrent par la crainte, péné-

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trèrcnt de leur esprit les hautes classes et se rendirent célèbres tout à la fois comme les pères de la censure et les juges du tribunal de l'Inquisition. Leur mendicité avait cessé de fait lorsqu'ils en furent déchargés en droit par Martin V (1425) et depuis longtemps déjà ils ne se gênaient plus d'acquérir des biens, meubles et immeubles, pour la construction de leurs magnifiques églises. Le schisme qui éclata en 1230 au sein de l'université de Paris leur fournit l'occasion avidement convoitée de postuler une chaire de théologie et de s'y maintenir en dépit de tous les efforts de leurs adversaires. La lutte, qui ne dura pas moins de trente années, fut conduite du côté de la Sorbonne par Guillaume de Saint-Amour, du côté des ordres mendiants par Thomas d'Aquin et Bonaventure. Le jour où ils eurent définitivement remporté la victoire, la vie scientifique se retira de cette institution d'où elle jaillissait naguères en flots tumultueux sur l'Europe entière. Sans leur rivalité avec les franciscains, qui se résume dans les grands noms de Thomas et de Duns Scot, aucun épisode un peu vivant ne serait venu interrompre la monotonie de leurs thèses scholastiques. Les frères prêcheurs, après qu'ils se furent abaissés à la vente des indulgences, perdirent toute autorité même pour la défense de la curie romaine. Les viri obscuri avec leurs armes émoussées ne purent tenir tête aux doctes et spirituels assauts que dirigèrent contre eux les Reuchlin et les Hutten. Le saint-siège lui-même les congédia comme un corps d'armes pétrifié dans la superstition et la routine pour les remplacer par les jésuites. — L'influence des franciscains même après la Réformation fut beaucoup plus durable. Si aucun d entre eux ne se montra plus animé pour le salut de ses frères de l'ardeur et du désintéressement du saint d'Assise, ils n'en conser- Tèrent pas moins la faveur populaire, et l'indulgence de la Portiuncula resta toujours ento\irée de son auréole légendaire. La protection que le Vatican ne cessa de leur accorder contre les plaintes toujours plus bruyantes des évêques ne s'adressa .toutefois qu'à une partie d'entre eux ; l'autre fraction, celle des spirituels, la repoussa avec les privilèges dont elle était accompagnée comme une atteinte à leur vœu de pauvreté. La lutte fut terrible et l'issue en demeura longtemps douteuse, si hjen que de perspicaces observateurs se demandèrent lequel l'emporterait finalement de la discipline militaire ou des aspirations démocratiques. Il suffit de rappeler à cet égard les prédictions de Joachim de Flore et son Introduction à rEvati" gile éternel, les distinctions réitérées d'Alexandre IV (1253] et de Nicolas m (1279) entre l'usage {simplex itsifactus) qui leur était imposé et la propriété qui appartenait au saint-siège seul ; la constitution des spirituels en un ordre spécial par Célestin Y {ermites Célestins) et leur prompte suppression par Boniface VIII, les cruelles persécutions auxquels ils furent exposés sous Jean XXII et leur mort joyeuse dans les flammes (1318). A cette époque les fratricelles, surtout les tertiaires, furent aussi suspects à l'inquisition que les béghards. La majorité des franciscains elle-même [fratres de communitate) rompit avec la curie le jour où Jean XXII eut dans la question de la propriété

prononcé contre eux et en faveur des dominicains par la bulle Cum inter nonnullos (12 novembre 1322). La plupart d'entre eux, à leur tète leur général Michel de Gésène et le théologien Guillaume Occam, émigrèrent à Munich auprès de Fempereur excommunié Louis de Bavière. « Tu me defendas gladio, ego te defendam calamo t> aurait dit au monarque comme souhait de bienvenue Tillustre docteur scholastique qui prévoyait le rôle de Fécrivain dans le monde moderne. La querelle ne prit un terme qu'avec la séparation décrélée^ par le concile de Constance de Tordre en deux classes : les observants {fratres de observantià) qui maintinrent dans toute sa rigueur la règle primitive et les conventuels qui y apportèrent de nombreux adoucissements. Le concile de Trente accorda la possession en commun à tous les ordres religieux y compris les mendiants, à l'exception toutefois des capucins et des frères mineurs deTObservance. Les maximes relâchées firent dans les rangs des conventuels de si violents ravages que PieV,lors d'une nouvelle édi tion.de leurs statuts, se vit dans Tobligationderestreindreparmi eux la propriété individuelle.— Le treizième siècle est regardé à bon droit comme Tàge d'or du monachisme. L'esprit d'association s'y déploie avec une telle sève que les anciennes formes ne peuvent plus suffire à la richesse de ses manifestations. Et tout d'abord parmi les confréries plus libres auxquelles il donna naissance, nous mentionnerons les béguines, de pieuses femmes qui, sans s'astreindre à la discipline monastique ni être liées par aucun vœu, s'occupaient en commun de bonnes œuvres dans un béguinage. De Gand, de Bruges et des opulentes cités des Pays-Bas où elle vit d'abord le jour, leur institution se propagea avec une bienfai- '%ante rapidité en France et en Allemagne. Dans le sexe masculin leur correspondirent les beghards, mais ceux-ci par la vie errante à laquelle ils s'adonnèrent et les étroites relations qu'ils entretinrent avec les plus hardies d'entre les sectes mystiques, ne tardèrent pas à encourir les rigueurs de l'inquisition (concile de Vienne, 1311). Une autre association inspirée par la même pensée charitable fut en 1300 à Anvers celle des lollards (Aleiana, du nom de leur saint patron^ fratres cellitœ). D'autres encore s'efforcèrent, quoique bien inutilement, de ranimer au sein du monachisme dégénéré quelques étincelles de l'esprit évangélique : les bénédictins de Bursfeld, qui dévoilèrent les maux existants plus qu'ils n'indiquèrent le véritable remède,, 'es frères de la vie commune instruits par Gérard de Groot et d'abord groupés autour de l'abbaye de Windsheim ; par l'importance qu'ils rendirent à la Bible dans le culte et l'enseignement, ces derniers préparèrent pendant deux siècles les voies à la Réformation sur les bords du Rhin et dans l'Allemagne du Nord. Quant aux pays romans ils se bornèrent à une imitation des ordres mendiants que ne releva aucune éminente personnalité. Parmi ces associations nouvelles qui ne jouèrent jamais qu'un rôle médiocre dans la vie de l'Eglise, nous indiquerons les servites qui, en 1233, à Florence, à l'occasion d'un réveil religieux, se vouèrent tout spécialement à la vierge et au culte^ de ses douleurs {servi beatœ Marix virginis) ; les jésuates fondés par

Colombino, un patricien de Sienne qu'avait exalté la légende des saints, confirmés en 1367 par Urbain V comme d'humbles indigents, supprimés en 1668 par Clément IX comme les riches padri del acquavita ; les minimes^ une quintessence des minorités, dont le créateur François de Paule avait copié, en les exagérant, les vertus de François d*Assise, autorisés en 1474 par Sixte IV, en 1504 par Alexandre VI ; les hiéronnymites, des ermites espagnols et italiens qui se placèrent en 4370 sous le patronage de saint Jérôme et donnèrent en 1356 l'hospitalité à Charles-Quint dans leur couvent de Yuste en Ëstramadure ; les olivetains {congregatio sanclx Mariai Montis OUveti)^ une association bénédictine réunie par Jean Tolomei dans un désert voisin de Sienne et sanctionnée en 1315 par Jean XXII ; enfin Tordre féminin du Rédempteur ou de Sainte-Brigitte qui dut sa naissance à une pieuse visionnaire de la maison royale de Suède et fut agréé en 1370 par Urbain V. Les quelques réjouissantes exceptions que nous avons signalées et plus encore ce besoin fébrile de créations nouvelles ne font que mieux ressortir la décadence de l'institution monastique envisagée dans son ensemble. A partir du quatorzième siècle les ordres religieux étaient devenus de la part des hommes pieux et cultivés l'objet du plus profond mépris, des satires les plus amères et les mieux justifiées. Comme d'autre part leur chute provenait des mômes vices qui rongeaient l'Eglise romaine toute entière, il aurait été puéril de s'adresser pour la guérison d'un malade à quelqu'un de plus malade encore. Toutes les tentatives de régénération échouèrent, môme celles qui partirent des conciles généraux tels que ceux de Constance et de Bâlc ou qu'approuvèrent des papes par l'intermédiaire de leurs légats {Instruction de Nicolas de Cusa, 1450). —Vint avec la Réformation le jour terrible du jugement prédit par l'empereur Henri II dès le onzième siècle. Pour l'Allemagne, en effet, la moitié de la fortune nationale avait, pendant le cours du moyen âge, été transformée en biens de main morte ; les ordres mendiants qui étaient censés ne rien posséder en propre jouissaient de plusieurs millions de revenus. Aussi n'est-il point surprenant qu'au seizième siècle, parmi les demandes formulées par les paysans, figure en première ligne la sécularisation des propriétés ecclésiastiques. Ceux môme qui comprimèrent avec plus de rudesse les révoltes du pauvre peuple acceptèrent cette partie de son programme, et les princes catholiques tombèrent parfaitement d'accord sur ce point avec les adeptes de la Réforme. Dès 1525 se produisit un projet de sécularisation générale qu'auraient été chargés de mener à bien le Diète et l'empereur. De tous les couvents n'auraient été conservés que quelques monastères de femmes pour l'éducation des demoiselles nobles et encore avec l'abolition des vœux perpétuels. Les intérêts qui se reliaient à l'ancien ordre de choses étaient encore trop vivaces pour permettre l'exécution d'une mesure aussi radicale. Chaque prince procéda à sa guise dans l'étendue de son territoire, mais les souverains catholiques, à commencer par l'archevêque de Mayence, ne se montrèrent pas les

moins ardents à la curée, tellement que Luther leur reprocha d'être à cet égard plus protestants que les protestants eux-mêmes. Comme l'a observé Ranke, la tendance à la sécularisation se manifesta au seizième siècle dans l'Europe entièt'e. Dans les pays évangéliques tels que l'Allemagne du Nord, l'Angleterre, la Hollande, les royaumes Scandinaves, les biens qui avaient appartenu aux couvents furent affectés pour une grande partie à un but pédagogique, à la création d'écoles et d'universités.* Une autre fit tout naturellement retour à l'Etat en sa qualité de patron et fondateur ou fut répartie au même titre entre les ayants-droit par l'extinction ou la suppression des congrégations auparavant existantes. Une dernière partie enfin, tout en gardant son caractère corporatif, se transforma en une institution de prévoyance pour certaines classes privilégiées (instituts pour les demoiselles nobles, etc.). Au sein de l'Eglise romaine les institutions monastiques subirent également une profonde transformation. Le concile de Trente investit les évoques, en leur qualité de délégués du saint-siège, de droits étendus pour la visite et la réforme des monastères (session VI, 13 janvier 1574; De réform,, c, 3, ; session XXI, 16 juillet 156â). Toute une série de ses prescriptions fut consacrée à la remise en vigueur de la discipline (session XXV, 4 décembre 1563; De regularibus etmonialibus capita 22). Tous les cloîtres indépendants durent se grouper en congrégations en vue de leur surveillance et de leur inspection mutuelles (session XXV, ç. 8). Afin d'arrêter les progrès toujours plus menaçants de la Réforme évangélique et de rendre à la catholicité sa pureté et sa vigueur premières, Paul III accorda le 27 septembre 1540 par la bulle Regimine sa sanction aux règlements de la société de Jésus. Nous renvoyons à l'article spécial de ÏEncyclopédie pour tous les détails relatifs à la constitution et à l'histoire de cette compagnie fameuse dans laquelle s'incarnèrent, élevés à leur maximum de puissance, tousles principes du romanisme.—Quantaux ordres d'une moindre importance qui durent leur origine à la réaction catholique de la deuxième moitié du treizième siècle, nous indiquerons tout d'abord l'association fondée en 1524 dans un but charitable par quelques prélats de la ville éternelle, et qui se transforma dans la congrégation des théatins après l'élévation en 1555 de l'un d'eux, l'évèque de Théati, au trône pontifical sous le nom de Paul IV. Vouée tout ensemble à la prédication, à la mission intérieure et au soin des malades, elle servit de pépinière pour le recrutement du haut clergé. Philippe de Néri qui, pour obéir aux généreux instincts de son cœur, passait ses journées dans les églises et les établissements de bienfaisance, ses nuits dans les catacombes, réunit à partir de 1548 quelques disciples pour la lecture et l'explication en commun des livres saints dans la chapelle d'un hôpital construit avec ses seules ressources. De là provint leur nom de Pères de l'Oratoire; au commencement ils furent des clercs assemblés pour leur édification mais que ne liait aucun vœu. Le cardinal de Bérulle fonda en 1611 à l'exemple de Philippe de Néri et pour le relèvement de son clergé V Oratoire français. Quelques couvents du même pays, pour satisfaire

à une prescription du concile de. Trente, s'entendirent pour un rajeunissement de la règle bénédictine auquel adhérèrent, sur le désir de Richelieu, la plupart des membres de cette congrégation célèbre (1618). Placés sous le patronage de saint Maur, Tun des compagnons de leur premier fondateur, ils se vouèrent de préférence aux recherches érudites et laissèrent dans le domaine de l'histoire d'impérissables monuments de leur zèle et de leur perspicacité. La cure d'àmes populaire, si négligée à la même épo'que, trouva un rénovateur en la personne de Matteo de Bassi, un disciple de François d'Assise, qui s'inspira de son amour et de son dévouement. Les capucins, constitués à partir de 1615 en un ordre spécial, exercèrent sur les masses une influence égale à celle dont jouissaient les jésuites auprès des riches et des nobles. Au sacrifice des biens matériels ils ajoutèrent, sans peine celui de la science ; par leur saleté extérieure et la vulgarité de leur langage ils ne furent que trop souvent les égaux de ceux dont ils avaient entrepris la moralisation et leur prédication ressembla dans bien des cas au discours burlesque placé par Schiller dans la bouche de l'un d'eux (Camp de Wallenstein), Leurs instincts démocratiques se réveillèrent avec les mouvements d'émancipation qui ont rempli le dix-neuvième siècle et se trouvèrent» avec leur obéissance innée vis-à-vis du saint-siège dans un insoluble conflit. Si en Espagne ils ont fourni au carlisme ses plus actifs agents, d'autres se sont enrôlés en Italie sous la bannière des carbanori et des garibaldiens. Une sainte femme, Angèle de Brescia, créa en l'honneur de sainte Ursule un ordre de filles qui devait se consacrer . dans l'intérieur des familles à l'exercice de la bienfaisance. Les ursuUius reçurent depuis 1612 une constitution monastique et se vouèrent de préférence à Téducation des filles où elles rencontrèrent comme émules les visitandines fondées par François de Sales et son ardente amie Madame de Chantai (1610-1618. Ordo de visUatione Mariœ Virginis), Les piai^istes qu'organisa en 1640 à Rome l'espagnol Joseph Galasanze choisirent également l'éducation de la jeunesse pour champ de leur activité. Un pauvre et vertueux Portugais, Jean de Dio, avait pris dès 1530 l'initiative d'une association connue en Espagne sous le nom des Frères hospitaliers, en France et en Allemagne sous celui de frères de la Misèricorde [barmherzige Brûder) qui se voua au soin des malades sans différence de confession. Vincent de Paul, en souvenir de son propre esclavage à Tunis, fonda en 1524 les Pères de la Mission ou lazaristes pour travailler au rachat des captifs et répandre parmi le peuple les bienfaits de l'Evangile. La même œuvre de relèvement fut poursuivie à partir de 1634 et sur l'initiative d'une veuve M"* Le Gras par les 5œur5 ^rwes ou Filles de la charité. En 1722 apparurent sous la direction de Jean-Baptiste de la Salle les Frères de la doctrine chrétienne ou ignoraniins; en 1734, sous celle du Napolitain Alphonse de Liguori, les rédemptoristes sous l'habit desquels se dissimulèrent les jésuites après la promulgation de la bulle Lominus ac redemptor noster. Enfin le dix-neuvième siècle a assisté en France à la création de deux nouveaux ordres, il est vrai, peu importants : les flc/i-

{)ieiLX de Solesmes qui entreprirent en 1833 de ressusciter les doctes traditions de Tabbaye de Saint-Maur et les oblats institués tout spécialement pour la pratique des bonnes œuvres, en 1826, par Mgr de Ma^enode, évoque de Marseille. — Favorisé par la réaction catholique, qui suivit le concile de Trente, le monachisme rencontra dans r <c absolutisme éclairé » du dix-huitième siècle, un adversaire beaucoup plus violent et beaucoup moins équitable 'que dans la réformation religieuse du seizième. Joseph II, son plus illustre représentant, procéda sur une vaste échelle à la sécularisation des couvents patronnés par i^es ancêtres et n*excepta de ses décrets suppressifs que ceux d'entre eux qui se vouaient à la cure d'âmes, à réducation ou à la bienfaisance. De nombreux pamphlétaires sortis •des rangs du catholicisme n'eurent pas de peine à retracer dans un tableau animé toutes les fautes dont le monachisme s'était rendu -coupable et à le représenter « comme le boisseau qui s'opposait à la propagation de la lumière, la chape de fer qui étouffait toute pensée •et tout sentiment humains, favorisait l'ignorance, l'égoïsme, la barbarie et maintenait entre l'Eglise et le monde une infranchissable barrière » (von Biicher, Les jésuites en Bavière, 3 vol.). « Vis-à-vis de la milice de l'intolérance, tout acte d'intolérance est justifié, » s'écriait en 1780 un prêtre qui gardait l'anonyme et dont les paroles servent encore aujourd'hui de devise au radicalisme autoritaire. L'Assemblée constituante de 1789 a prononcé en France la suppression de tous les ordres monastiques. Quelques-uns d'entre eux y ont été tolérés ious la Restauration et.en plus grand nombre à partir de 1850, mais sans aucun droit positif ; quatre congrégations jouissent de l'existence légale: les lazaristes, les prêtres de la Mission, les prêtres du saint-Esprit, les prêtres de Saint-Sulpice. La troisième République, par ses décrets du 29 mars 1880, s'est bornée à remettre en vigueur, pour la défense des droits de l'Etat, les dispositions prises par ses devanciers. La compagnie de Jésus est désormais expulsée du territoire français, les -autres ordres doivent soumettre leurs statuts à l'approbation du gouvernement. En Allemagne, les victoires de Napoléon I" amenèrent la complète sécularisation des biens monastiques. Le Recès de la DUte de 1803, § 25, est conçu en ces termes : « Les biens de toutes les abhayes, monastères et autres fondations du même genre, dans nos anciens comme dans nos nouveaux territoires, dont la reconnaissance ne se trouve pas expressément mentionnée dans le présent édit, sont mis à la pleine et libre disposition de leurs gouvernements respectifs pour subvenir aux frais du culte, de l'instruction, de la charité puhlique et plus généralement pour contribuer à l'allégement de leurs finances sous la réserve de pensions pour les membres des congrégations supprimées. » Les couvents, sauf quelques-uns d'entre eux qui se vouaient à l'éducation et à la bienfaisance, se trouvèrent supprimés en vertu de cette décision dans toute l'étendue de la Confédération germanique à l'exception de l'Autriche. Avec la Restauration, et surtout avec le régime compressif qui succéda aux agitations de 1848, iuirent pour eux des jours meilleurs. En Autriche, les ordres monas-

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