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Trompette, d*où il adressa au roi un placet dans lequel il demandait sa mise en liberté. À la révocation, il sortit de France avec sa femme et ses enfants, et gagna Dordrecht dont la municipalité lui fit une pension. Il fut installé à Arnheim, en qualité de pasteur extraordinaire, au mois de mai 1687, et n'y resta que deux ans. Avant d'aller prêcher sous la croix, il composa un livre onctueux et touchanta pour la consolation et raffermissement des pauvres réfugiés, et pour la censure des tièdes qui avaient peine à se mettre à couvert de la persécution en quittant leurs commodités temporelles et leur patrie. » Voici le titre bizarre de ce livre, revu par Jean Rou et devenu très rare : Les feuilles du figuier^ ou vanité des excuses de ceux qui ont suc* eomhé sous la persécution^ La Haye, Abrah. Troyel, 1687, in-12. Rentré en France par la Suisse au mois de 1689, en vertu d'un mandat du synode d'Utrecht, Maturin fut arrêté, vers la fin de l'année, au milieu de son ancien troupeau, qu'il était venu consoler et fortifier, crime invariablement puni de mort ou de réclusion perpétuelle dans une prison d'Etat. On ignore le lieu de sa détention ; mais ce lieu ne fut ni la Bastille ni l'île Sainte-Marguerite. Malgré la surveillance sévère qui régnait dans les cachots, le confesseur paraît avoir réussi à écrire à sa femme. Celle-ci sollicita le synode des Eglises wallonnes, tenu à Harlem en 1708, de venir en aide aux souffrances du captif dont ni mauvais traitements ni promesses ne pouvaient vaincre l'intrépide fidélité. Le synode obtint des états du quartier de Yeluwe un don de cinq cents florins, qu'il remit à M"" Maturin, et s'occupa de faire élargir le prisonnier. Deux ans plus tard, les Etats de Gueldre accordèrent à M"* Mathurin cent ducatons d'argent, pour être envoyés à son mari. Parmi les pasteurs du Désert arrêtés, Maturin est le seul, à notre connaissance, qui ait été relâché. Un peu après la paix d'Utrecht (1713), à la fin de 1714 ou au commencement de 1715, il fut conduit à la frontière et chercha près de Genève un asile au moins momentané, où le professeur Pictet le félicitait en ces termes: «Vous avez un long temps été comme enseveli, sans qu'on ait pu déterrer le lieu oïl vous étiez; mais, grâce à Dieu, vous en sortez glorieusement, vous levez la tète, vous triomphez^ ou plutôt la grâce triomphe en vous sur la nature, sur le monde, sur.Tenfer, sur toutes les principautés, sur cette Rome antichrétienne, la meurtrière des saints. Elle a trouvé le moyen, par ses cruautés, d'abréger nos disputes : Vous êtes nos meilleurs théologiens, généreux confesseurs et défenseurs de la foi ; vous fermez la bouche à l'adversaire, vous faites plus que les Claude ni les Jurieu n'ont pu faire ; vous portez le témoignage et les flétrissures du Seigneur, vous êtes ses témoins, titre glorieux : 4< Tous serez mes témoins. » Ce n'est pas que nos- théologiens ne rendent bon témoignage à la vérité ; mais vous la confirmez, vous la scellez de votre propre sang ; cela s'est vu et se voit encore tous les jours. » Pictet Tinvitait en terminant à publier le récit de ses souffrances. Le glorieux confesseur chargé d'années et d'infirmités (il avait près de quatre-vingts ans et en avait passé vingt-cinq dans les cachots), eut-il assez de force physique poui> composer cette relation? Et s'il
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récrivît, qii'est-elle devenue? En 1718 le synode d'Amsterdam enregistrait sa mort avec une pieuse vénération. Maturin venait de succomber après avoir rejoint sa femme en Irlande. L'un de ses fils, Pierre, devint doyen de Killalve, et son petit-fils, Gabriel- Jacques, doyen de Saint-Patrick à Dublin. On compte parmi ses descendants plusieurs pasteurs de mérite, entre autres un prédicateur éloquent, connu aussi par deux ouvrages remarquables : Melmoth the Wanderer^ et la tragédie de Bertram, — Voir nos Premiers pasteurs du désert, Paris, 1879, in-8*» D. Douen.
MAULTROT (Gabriel Nicolas), né à Paris en 1714, mort, âgé de quatre-vingt-dix ans, le 12 mars 1803, embrassa la carrière du barreau, dans laquelle il ne plaida que rarement, mais il s'y est fait connaître par des ouvrages innombrables sur les questions agitées de son temps. Gomme jurisconsulte, il s'était attaché spécialement à rétude du droit canon, et dans les luttes qui avaient lieu alors entre le clergé et la magistrature, Maultrot se posa en adversaire du clergé. Dévoué au parti des « appelants, )> il en défendit les intérêts avec une chaleur de conviction et une fermeté qui ne se démentirent jamais. Combattant Tabus que les évoques faisaient de leur autorité, il porta de rudes coups à Tépiscopat par ses écrits où Ton voit qu'il possédait à fond tous les points du droit civil et ecclésiastique. Cependant, les principes de la Révolution ayant éclaté, Maultrot revint sur plusieurs de ses sentiments antérieurs, et s'opposa à la constitution civile du clergé, contre laquelle il publia un grand nombre de brochures. La Révolution lui ayant fait perdre toute sa fortune, il se vit réduit pour vivre à vendre sa bibliothèque, mais Vhuissier chargé de la vente lui fit perdre l'argent qui en provenait, par une banqueroute. Maultrot se résigna courageusement à cette épreuve, et sut se procurer d'autres ressources. Devenu aveugle à l'âge de cinquante ans, il n'en continua pas moins de travailler, c'est au contraire à partir de cette époque que ce fécond et savant écrivain semble avoir le plus produit. Sa mémoire était si grande et si fidèle, qu'en dictant ses ouvrages à son secrétaire*, il pouvait indiquer les sources dont il tirait chaque argument. La liste très abrégée des écrits de Maultrot est encore longue, on en jugera par ce qui suit : 1® Apologie des jugements rendus en France contre le schisme par les tribunaux séculiers, 1752, 2 vol. in-12^ et 1753, 3 vol. in-12. Cet ouvrage est divisé en deux parties : la première est de l'abbé Mey, la seconde de Maultrot ; il a été condamné par un bref du pape Benoît XIV; 2^* Consultation pour MM, de la Chalo^ tais, in-4'» ; 3* Maximes du droit public français, en collaboration avec Blonde et l'abbé Mey ; 4® Dissertation sur le Formulnre, 1775, un fort vol. in-12. L'auteur s'oppose à la signature du formulaire avec une grande énergie; 5"* Les droits de la puissance temporelle contre la deuxième partie des actes de rassemblée du clergé de 1765, 1777, in-12, où le clergé est vertement traité par l'auteur; 6" L'Institution di^ne des curés, et leur droit au gouvernement général de VEglise, 1778, 2 vol. in-12 ; 7* Les droits du second ordre défendus contre les apologistes de la domination épiscopale, 1779, in-12; 8" Les prêtres juges de la foi,
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ou réfutatifmdu Mémoire dogmatique et historique de Vabbé Corgne, touchant les juges de la foi, 1780, 2 parties in-12 ; 9* Les prêtres juges dans les conciles et avec les évêques, ou réfutation du traité des conciles en général^ de Fabbé Ladvocat, 1780, 3 vol. in-12; ^0'' Juridiction ordinaire immédiate sur les paroisses, 1784, 2 vol. in-12; 11« Défense du second ordre contre les Conférences» ecclésiastiques d'Angers, 1787, 3 vol. in-12 ; 12« Examen des principes du Pastoral de Paris (publié par M. de Juigné), 1787, 1788; 13» Défense du droit des prêtres dans le synode contre les Conférences d'Angers, 1789, in-12. Dans tous ces ouvrages sur lesquels M. Picot déverse sa mauvaise humeur, Maultrot se montre convaincu, ferme, armé de toutes pièces, et son argumentation serrée n*a point encore été réfutée par un écrivain de sa force.
A. Maulvault..
MAUPERTUY ou MÂUPERTUIS (Jean-Baptiste Drouetde),né à Paris en i650, d'une famille noble originaire du Berry. Il fit ses humanités au collège Louis-le-Grand qui appartenait alors aux jésuites, et montra de bonne heure des dispositions pour Téloqucnce et la poésie. S'étant adonné plus tard à Tétude du droit, il y renonça bientôt pour se plonger dans la lecture des romans, vers laquelle le portait son ardente imagination. Pour Tarracher à son entraînement pour une littérature légère et frivole, un de ses oncles, qui était fermier général, lui procura un emploi important en province, mais le jeune Maupertuy y continua la vie dissipée à laquelle il avait pris goût, et y dépensa toute sa fortune en plaisirs ruineux. Revenu à Paris à Tâge de quarante ans, il renonça soudainement aux joies du monde dont il disparut. Deux ans après, en 1692, il embrassa Tétat ecclésiastique, et voulut s'y préparer par un séjour de cinq années dans un séminaire, après lesquelles il se rendit dansTabbaye de Sept-Fonts. Cinq ans après, il alla s'enfoncer dans une étroite solitude du Berry, d*oii il fut appelé à Vienne en Dauphiné par M. de Montmorin qui en était archevêque, et y reçut les ordres sacrés. Revenu à Paris, il se retira ensuite à Saint-Germain en Laye où il mourut le 10 mars 1736, âgé de quatre-vingt-six ans. Les biographes modernes placent la date de sa mort en 1730 ; mais nous préférons nous en rapporter aux contemporains.Voici la liste de ses ouvrages principaux : 1^ Pensées chrétiennes etmorales, etc., 1703, in-12. Ouvrage publié à Tinsu de Tauteur, et renfermant des passages détachés de quelques discours qu*il avait prononcés sur différents textes de TEvangile, pendant ses cinq ans de séminaire ; 2° Histoire de la Réforme de f abbaye des Sept-Fonts, Paris, 1702, in-12; 3** Les Sentiments d'un chrétien touché d'un véritable amour de Dieu, Avignon, 1716, in-12; 4° L'Histoire de la Sainte Eglise de Vienne, in-4®; 5" Prières pour le temps de l'affliction et des calamités publiques, in-12 ; 6° De la Vénération rendue aux reliques des Saints, in-12; 7* Le Commerce dangereux entre les deux sexes, in-12 ; 8** La Femme faible ou les Dangers d'un commerce fréquent et assidu avec les hommes, Nanci (Vienne), 1704, in-12. Maupertuy est aussi auteur de plusieurs traductions françaises dont voici les principales : "* le premier livre des Institutions de Lactance, in-12 ; 2° Traité de la
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Providence, de Salvien, un vol. in-12; 3Me Tifnothêe, de Salvien, 1 vol. iii-12 ; 4" Actes des Martyrs recueillis par dom Ruinart, Paris, 1708, 2 vol. in-12, traduction plusieurs fois réimprimée depuis ; 5* ffisloire des Goths^ de Jornandès, in-12 ; 6^» Vie du frère Arsène de Janson {U comte de Rosemberg), religieux de la Trappe^ in-12 ; 7* Pratique des Exercices spirituels de S. Ignace, in-12 ; 8* Traité de Lessius sur le choix d'une religion, in-12; 9' LEuphormion de Bardai, 1711, 3 vol., ou 1743, un vol. in-12. Maupertuy écrivait avec vigueur; son style ferme n'est pas dépourvu d'élégance, mais il est parfois diffus et incorrect. A. Maulvault.
MâUR (Congrégation de saint). — La réforme de l'ordre de saint Benoît, tombé depuis des siècles dans une profonde décadence (voyez Gérin, Les Bénéd. français avan^ 1789, Rev. Ouest, histor,, 1876, p. 449), est sortie d'un couvent de la Lorraine. Dom Didier de la Gour^ prieur de Saint- Vanne (S. VUoni), à Verdun, avait groupé les couvents de la Lorraine et des provinces voisines au service de la science, sous le nom de congrégation de Saint- Vanne (1600) ; les noms de Moyenmoûtiers et de Senones, la mémoire de dom Galmet et de dom Rémi Geiliier suffisent pour en honorer le souvenir. L'assemblée du clergé de France demanda, en 1614, que tous les couvents de France fussent associés à la congrégation de Saint- Vanne. Le chapitre général préféra instituer une association nouvelle et Louis XIII donna, en 1618, à un moine de Saint Vanne, dom Bénard, les pouvoirs nécessaires pour fonder la congrégation de Saint-Maur. Saint Maur, dont le nom fut donné à la congrégation nouvelle, était le fondateur du couvent de Glanfeuil ou Saint-Maur-sur-Loire (542) ; on le regardait comme l'introducteur, en France, de la règle de saint Benoît. La congrégation nouvelle fat approuvée en 1621 et 1627 par la cour de Rome. Le couvent des Blancs-Manteaux, à Paris, fut le premier réformé ; en 1766, la congrégation comptait 191 maisons en six provinces et 1,917 religieux. Saint-Germain-des-Prés était chef d'ordre; là splendide bibUothèque de ce couvent, que dom Poirier disputa en 1793 au vandalisme et à l'incendie, en fit le centre des études historiques en France. G'est au premier général, dom Grégoire Tarisse, que l'ordre doit le développement qu'y prit la science. G'est pour la congrégation que Mabillon écrivit en 1691 son célèbre Ti^aité des Etudes monastiques, Dom Tarisse donnait à chacun de ses collaborateurs des instructions qui n'épargnaient aucun détail. Quel projet plus vaste et plus beau que celui que dom Maur Audren de Kerdrel traçait en 1711 pour «l'illustration et la gloire de l'histoire gallicane» {LeCab, de^mss,^ U, 63). « On voudrait : l"" réformer la notice des Gaules de M. de Valois; ^ refondre la compilation des historiens de France de M. du Ghesne, et voir les anciennes pièces qui peuvent y entrçr; 3"* donner les actes originaux des saints de France ; 4® un martyrologe; 5** un nécrologe général, avec les sépulcres, épitaphes et les inscriptions antiques et nouvelles ; 6^ les Conciles de France ; 7"^ la bibliothèque des auteurs de France; S'' le Monasticon gallicanum; 9^ Oallia christiana (on y travaille) ; 10^ la discipline des Eglises de
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France; H* les histoires particulières des provinces et des villes; 12» l'histoire des terres titrées du royaume ; 13" tout ce qui peut servir au nobiliaire général de France; 14° tout ce qu'on peut trouver dans les anciens titres, pour augmenter le Glossaire de M. Du Gange ; lo" pour faire on dictionnaire des anciens mots gaulois ; enfin, tout ce qui peut servir à Fillustration et à la gloire de la France. » Ce plan immense ne comprenait qu'une branche des études bénédictines. On ne saurait dire tout ce qu'ont produit de publications admirables les disciples de saint Maur. Les mauriniens ont créé la |>aléographie (Mabillon, De re diplomaticaj 1681, in-f»; [D. Toustain et D. Tassin], Nouv. Traité de diplomatique, 1750 ss.,6 vol. in-4'»; Montfaucon, PaUeographia grœca, 1708, in-f*). Cet ouvrage sans égal, VArl de véri fier les dates {il^O; 3» éd., 1783 ss., 3 vol. in-f^; 4« éd., 1818 ss., 37 vol. iit-S^) est l'œuvre anonj'me de dom Maur d'Antine (f 1746), de dom Clémencet (f 1778) et de dom Clément (f 1793). Le Glossaire de Du Cange, né en dehors de l'ordre, y reçoit sa forme définitive (par dom d'Antine et dom Carpentier, 1766). Les sources de l'histoire de France ont été réunies et classées dans l'immense recueil des Historiens de la France, commencé par dom Bouquet (1738), continué par dom Brial(-i-1828), poursuivi par l'Académie des Inscriptions, qui compte dom Brial parmi ses fondateurs. Les provinces reçoivent leur histoire, Lobineau écrit V Histoire de Bretagne {ilOl; 2" éd., 1742 ss.), domMorice, la même histoire (1750 ss.), domDevic et Vaissète l'Histoire du Languedoc (1730 ss,), en ce moment republiée avec toutes les ressources de la écience actuelle; Félibien et Lobineau, V Histoire de la Ville de Paris (1725) ; le même Félibien rédige V Histoire de Vabbaye de Saint' Denis (1706), et dom Bouillart celle de Saint-Germain-des- Prés(1724). L'œuvre du Gallia christiana est plus vaste. Rédigé une première fois en 1656 par les Sainte-Marthe, ce recueil immense est recommencé à nouveau par un bénédictin de cette savante famille (1715 ss.), puis continué à la mort de Denis de Sainte-Marthe par Tordre. M. Hauréau vient d'en achever la publication. De grandes œuvres, telles que Vltalia sacra d'Ughelli, V Espana sagrada de Florez ; la Germania sacra que dom Martin Gerbert avait préparée et où Grandidier devait écrire l'histoire du diocèse de Strasbourg, sont nées sous l'influence de cette grande entreprise. L'Histoire littéraire de la France (1733 ss.), arrivée aujourd'hui, par les soins de l'Académie, au vingt-septième volume, présente le tableau de notre littérature depuis ses origines ; elle est due à la science de dom Rivet et de plusieurs de ses confrères. Pour l'exécution de tant de grandes œuvres, il fallait que les trésors des bibliothèques de l'Europe entière fussent mis à contribution; de ces travaux préparatoires, de ces missions scientifiques sont sortis le Spicileginm de d'Achéry (1675 ss. I; 2* éd., 3 vol. in-f>, 1723), les Analecta de Mabillon (1675 ss., 4 vol. in-8*), le Thésaurus novus de Martène et Durand (1717, 5 vol. in-P>), ÏAmplissima collectio de Martène (1724 ss., 9 vol. in-^), le Voyaçi littéraire de deux religieux bénédictins (1717 ss., 2 vol. in-4*), par les deux mêmes auteurs, le Diarium Italicum (1702, in-4''), de