XII
MOLAY (Jacques de), dernier grand maître de Tordre des templiers, entra- dans Tordre vers 1265 et en devint grand maître à la mort de Guillaume de Beaujeu. Il se préparait à réparer les revers éprouvés par les chrétiens en Orient, lorsqu'il fut, en 1305, rappelé en France par Clément V qui, de concert avec 'Philippe IV le Bel, avait décidé la suppression de Tordre. Jacques de Molay quitta Tîle de Chypre, où il faisait vaillamment la guerre aux Turcs, et vint à Paris suivi de soixante chevaliers des plus qualifiés. Il reçut d'abord un très bon accueil ; mais, en 1306, le roi le fit arrêter à Timproviste avec tous ses compagnons, sous Taccusation des crimes les plus odieux. L'ordre des templiers fut aboli en 1311, par Clément V, dans le concile de Vienne. Molay fut retenu en prison jusqu'en 1314. Dans le cours du procès, on donna lecture d'interrogatoires faits à Chinon du 17 au 20 août 1308, interrogatoires contenant des aveux arrachés parla torture ; mais Jacques de Molay protesta hautement contre ces prétendus aveux. Le roi, promptement instruit de ce qui se passait, ordonna qu'on plaçât immédiatement le grand maître et Guy d'Auvergne, son ami, sur un bûcher, élevé à la pointe occidentale de l'île de Notre- Dame, où ils furent brûlés, le 12 mars 1314, lentement et à petit feu. Les chroniqueurs qui nous ont transmis le récit de ces faits remarquent tous que le roi fit brûleries deux templiers sans prendre Tavis des prélats commis par le pape pour le jugement définitif, sans môme consulter les clercs de son conseil. — Voyez Tarticle Templiers.
MOLDO-VALACHIE. Voyez Roumanie.
HOUNA (Louis), théologien du seizième siècle, célèbre par le rôle qu'il joua dans les controverses sur la grâce et les arguments nouveaux, en apparence, dont il étaya les thèses semi-pélagionnes soutenues dès Torigine par la compagnie de Jésus, naquit en 1535 à Ouença, dans la Nouvelle-Castille, et fréquenta dès sa plus tendre
jeunesse Tordre dont il devint plus tard l'un des plus fidèles et des. plus glorieux défenseurs. Après s'être fait remarquer sur les bancs, de l'université par ses brillantes aptitudes pour la théologie, il professa à son tour celte science au collège des jésuites d'Evora, en Portugal, et publia successivement un traité de morale, De juslitia et jurcy un commentaire sur la première partie de la Somyne de saint Thomas et quelques ouvrages historiques, mais tous ses précédents travaux furent rejetés dans l'ombre par son Liberi arbitrii, cum gralxx donis^ iTîvina prîesceiHia, providentia, prxdestinalione et reprobatione concordia^ qui parut en 1588 à Lisbonne, en 1595, avec de considérables additions, à Venise et qui produisit immédiatement, dans l'Eglise aussi Jîien que dans l'école, une sensation extraordinaire. Molina se vantait en effet d'avoir concilié les prétentions rivales des augustiniens et des semi-pélagiens, par une ingénieuse interprétation de nombreux passages du docteur angélique, grâce à des ressources exégétiques que personne jusqu'alors n'avait soupçonnées, comme il le disait luimême dans un accès de naïf orgueil. — La science deDieu, déterminée par sa volonté, continue dans son système à être le mobile des actions, humaines comme de toute chose dans l'univers. La liberté se manifeste par le moyen de la volonté et suivant des voies rationnelles déterminées d'avance, mais l'homme peut toutefois, avec le concours divin et sans avoir besoin d'une assistance spéciale de la grâce, accomplir quelque bien, et ici Molina oppose notre fin naturelle à notre fin surnaturelle, qu'il nç peut atteindre sans avoir progressé dans l'ordre de la grâce. Aussi souvent donc que notre libre volontés se montre capable, par ses seules forces naturelles, de comprendre et d'exécuter quelqu'un des actes nécessaires pour notre justification, dans la même mesure également, Dieu lui accorde sa grâce « préventive » afin que l'homme puisse parvenir au bonheur. Non point que l'homme ait par ses seuls mérites aucun droit à cette assistance divine, puisque sans elle il ne pourrait s'élever au repentir, encore moins accomplir un acte quelconque de foi ou d'amour; mais le Christ nous a acquis par ses mérites à lui ce don divin, et c'est par eux que nous goûtons la sanctification. La libre volonté ne cesse donc d'agir, pendant la réception, dans notre for intérieur, de la grâcepréventive et son développement continu. La justification repose donc, en dernier ressort, sur la parfaite union de ces deux facteursqu'on ne saurait mieux comparer qu'à deux hommes tirant le môme navire de concert : le libre arbitre et la grâce. Il est facile de juger,, d'après cette rapide esquisse, combien les théories du jésuite espagnol s'écartaient de l'orthodoxie augustinienne, malgré les témoignages de respect qu'il prodigue à son fondateur ainsi qu'à Thomas d'Aquin et quoiqu'il prétende toujours demeurer leur disciple. Pour corriger ce qu'il appelle leur dureté, il émet une thèse nouvelle en vertu de laquelle Dieu revêt de la force nécessaire, pour collaborer librement à leur bonheur, tous ceux dont il sait par avance que leur volonté individuelle concordera avec la grâce. Il recourt, pour l'établir, à l'expédient d'une science médiane qu'il emprunte à son maître,.
Pedro de Fonseca, a rAristote portugais, mais à laquelle il imprime un large et fécond développement. — Molina, en véritable scholastique, commence par se demander si Dieu prévoit les événements futurs accidentels, s'il sait, par conséquent, ce qui pourrait arriver dans certaines circonstances données. Il convient, pour cela, de distinguer entre trois sortes de connaissances ; 1» Une connaissance riaturelle en vertu de laquelle Dieu voit les choses telles qu'il les produira médiatement ou immédiatement, scieniia simplex; ^ une connaissance libre, scieniia libéra ^puisque d'une façon absolue rien de ce qui arrive par sa volonté toute-puissante ne lui demeure caché; S» enfin, une troisième espèce de science, sciêiUia média, puisque Dieu voit dans le for intérieur de chacun de nous par sa contemplation supérieure et insondable de chaque libre volonté individuelle, qu'il prévoit par conséquent comment chacun de nous agira dans l'organisme où il se trouvera placé, quoiqu'en sa qualité d'être libre chacun de nous puisse faire directement le contraire. Cette troisième sorte de connaissance ne doit s'appeler ni libre ni naturelle, puisqu'elle participe aux conditions de l'un et de l'autre et ce phénomène n'offre rien que de très compréhensible puisqu'il ne doit se trouver dans le cercle d'action de la créature aucun élément qui n'ait été auparavant au pouvoir de son créateur. Dieu, par sa toute-puissance, incline donc toujours notre volonté où il lui plaît, sauf au péché qu'il tolère mais qu'il n'ordonne et auquel il n'incite dans aucun cas. Il agit toujours, par conséquent, ex comensu hominis j)rxviso, il prononce sur notre félicité ou notre condamnation selon qu'il prévoit que nous serons pieux ou pervers. Molina s'efforce ensuite de prouver qu'une semblable théorie, loin de supprimer la notion de la providence, répand plutôt sur elle une nouvelle lumière en établissant en. Dieu une connaissance préalable, notitia prxrequisila. La prédestination, dans ce nouveau système, n'est autre chose que la gr&ce déterminée par la science divine, mais influencée aussi dans une certaine mesure par la libre volonté humaine. — Les idées du docteur espagnol, quoiqu'elles eussent rapidement conquis les sympathies populaires à cause de leur opposition si tranchée avec le calvinisme, ne laissèrent pas de susciter d'ardents contradicteurs : d'abord dans le sein delà société à laquelle appartenait Molina, par exemple Henriquez, professeur de théologie à Salamanque, et Mariana, qui remplissait les mêmes fonctions à Tolède ; ensuite et surtout dans l'ordre rival de saint Dominique, qui mit son honneur à soutenir dans leur texte littéral les conceptions de son plus illustre maître et dont plusieurs membres entreprirent la réfutation du livre de Molina, entre autres Dominique Bannesius et Thomas de Lemos. La lutte fut poussée assez vivement de part et d'autre pour que les antagonistes se mesurassent dans une dispute publique à Yalladolid et que la liberi arbiirii concordia fût dénoncée à la vigilance de l'inquisition. Le roi catholique avait déjà interdit depuis deux années toute controverse sur ces matières délicates, lorsqu'en 1596 les actes du procès furent soumis au jugement du souverain pontife. Clément VII, après avoir recueilli les avis des plus